Avant le Canon FTb, il y eut le Canon FT QL

Avant le Canon FTb, il y eut le Canon FT QL

Préambule

Ah, celui-ci vient de chez Emmaüs. Selon la personne qui me le présentait, il a appartenu à un monsieur qui en prenait soin et dont c’était le seul appareil. Il était propre, c’est vrai, livré un 50mm f1.8 FL, avec une bague FL vers M39, une seconde M39 vers FL, un tube pour la macrophotographie, un câble souple qui avait bien vécu et une lanière en cuir tressé.

Toutefois, il était complétement bloqué !

Pas moyen ni d’armer ni de déclencher, et le minuteur avait souffert. Heureusement, la pile n’avait pas coulé dans le boitier.

Au vu de l’état, petite négociation pour l’emporter à un prix plus raisonnable que demandé initialement. Et le voilà dans le coffre de la voiture pour un éventuel dépannage car je ne sais pas encore si je vais réussir à le débloquer.

Un peu d’histoire

Il y a un moment déjà que je vous ai présenté le Canon FTb QL. Ce dernier succédait au Canon Ft QL qui nous occupe aujourd’hui en 1971. Et il inaugurait une nouvelle monture, la FD, qui remplaçait l’ancienne FL dédiée elle au FT.

Mais reprenons depuis le début. Canon s’est forgé une excellente réputation, comme d’autres fabricants japonais, avec la production de télémétriques efficaces et moins onéreux que leurs homologues allemands comme le Leica ou le Contax (voir le Canon P).

Au tournant des années cinquante – soixante, c’est le réflex qui s’impose et Nikon lance le plus gros pavé dans la marre, le Nikon F (1959).

Canon n’est pas encore prêt à riposter et il multiplie les tentatives pour répondre à Nikon : du Canononflex (1959) au Canonex (1963), il propose des solutions parfois osées mais peu convaincantes (comme le Canonflex R 2000 – 1960). Puis vient le FX (1964), le premier réflex de la marque qui propose une cellule CdS, des objectifs interchangeables, des vitesses jusqu’au 1/1000s.

Outre la parenthèse Pellix (un miroir fixe semi-transparent plutôt qu’un à retour instantané), c’est le FT QL (1966) qui lance les réflex Canon dans la cours du grand public : objectifs à monture FL interchangeables, vitesses jusqu’au 1/1000s, semi-automatique, minuterie, possibilité de bloquer le miroir et chargement rapide (QL = quick load).

A partir de ce moment, l’histoire est lancée. En 1971 sortent deux appareils qui vont changer les choses : le F1, appareil professionnel qui inaugure la nouvelle monture FD et le FTb destiné aux amateurs et experts. Nous connaissons la suite.

Mais revenons un moment sur ce Canon FT QL, lancé en mars 1966, un an après le Pellix, un peu comme si la marque hésitait entre deux concepts. Et de fait, les retours clients ont marqué la fin du second, notamment à cause de la mauvaise luminosité de la visée et de l’usure rapide du miroir fixe, que les clients astiquaient de trop bon cœur pour qu’il résiste.

C’est donc la technique du miroir mobile, à retour instantané qui restera en lice. A cela, Canon ajoute la mesure de la cellule à travers l’objectif (TTL) et le chargement rapide (QL), la monture à baïonnette FL, la prévisualisation de la profondeur de champ, un minuteur, une cellule au CdS, un testeur de pile et la synchronisation du flash (1/60s).

Nous allons découvrir tout ceci plus en profondeur …

Présentation du Canon FT QL

Comme nous venons de le voir, le Canon FT QL est le premier d’une série qui aboutira au FTb, plus moderne, en 1972. Les trois appareils sont respectivement le FX, équipé d’une cellule placée en façade et donc non TTL ; le FP, qui n’a pas de cellule et est donc l’entrée de gamme de la série ; le FT QL, le haut de gamme.

Concrètement, que nous propose-t-il à cette époque ?

  • tout d’abord la monture FL, qui présente un verrouillage assez semblable à celle qui va lui succéder en 1972, la FD
  • ensuite, et c’est une première pour Canon, la mesure de la lumière à travers l’objectif, dite TTL (Through-The-Lens). Le condensateur de lumière est placé sur une surface réfléchissante qui représente 12% de l’image, incliné à 45°. La lumière passe à travers un miroir semi-transparent et frappe le posemètre. Celui-ci, alimenté par une pile, indique la quantité de lumière reçue dans le viseur via une aiguille qui bouge selon les réglages effectués, le but étant de la stabiliser dans le petit cercle.
  • cette technique, bien que précise par temps clair, montre vite ses limites en faible lumière. Un accessoire était prévu, le Booster Canon. Il permettait d’augmenter la plage de sensibilité des films de 25Asa à un incroyable 12.800Asa. Il était pratiquement possible de photographier en pleine nuit, avec un film de 100Asa, comme en plein jour. Monté sur la griffe porte accessoire, ce Booster amplifiait la lumière entrante. Sans cet accessoire, la sensibilité des films est de 25 à 2000 Asa.
Appareil photo reflex numérique Canon FT QL avec un boîtier et un cordon de connexion, affichant des indications concernant la compensation d'exposition.
  • qui dit cellule au CdS dit pile. Au mercure à l’époque, vous pouvez remplacer la PX625 de 1,35v par une pile moderne PX635A de 1,5v, mais il faudra corriger la sensibilité du film. Ou alors, mieux, utiliser une pile zinc-air destinée aux appareils auditifs, à placer dans un adaptateur, ou une WinCell, plus chère mais qui est la copie conforme de la PX625 d’origine (taille) et qui propose le même voltage
  • le réglage de la sensibilité s’effectue en soulevant la molette sur laquelle les vitesses sont notées. En face des mots Din ou Asa, il y a deux petites fenêtres dans lesquels vous verrez défiler les chiffres des sensibilités des films
  • le viseur est une lentille de Fresnel avec un cercle de micro-prisme au centre, fixe. La mise au point se fait en centrant l’image dans le rectangle gris (12% de l’image). Sur le côté droit, en bas, l’aiguille du posemètre. Il faut régler l’exposition en mode arrêt (stop-down).
Une jeune femme s'accroupit près de l'eau, souriant, avec un bateau à voile en arrière-plan.
  • l’obturateur est en tissu. Il est à plan focal horizontal et offre des vitesses de 1s jusqu’au 1/1000s, plus une pose B et la synchro flash au 1/60s. La griffe porte accessoire ne porte pas de contact
  • de synchronisation, il faut donc relier le flash à la prise PC

Comment s’y retrouver dans les commandes de l’appareil ?

Vue d'un appareil photo Canon avec des étiquettes indiquant ses différentes fonctionnalités et réglages.
Vue de dessus d'un appareil photo Canon FT avec étiquettes indiquant les différentes parties, notamment le viseur, le compartiment de la batterie, le rail pour correcteurs dioptriques, et le bouton pour libérer le rebobinage.

Du classique, vous en conviendrez. La nouveauté, à l’époque, est à l’intérieur (mesure TTL).

Un objet a son importance avec ce boitier : c’est le petit levier multi-fonctions qui est à l’aplomb de la marque FT.

Appareil photo Canon FT avec objectif visible et détails du boîtier.

Si vous le poussez vers l’objectif, il agit comme un bouton de prévisualisation de la profondeur de champ, que vous pouvez bloquer en faisant glisser sur L le petit interrupteur à son côté.

Et lorsque vous le poussez dans l’autre sens, il libère la minuterie.

Je vous avoue que j’étais un peu frustré ici car sur mon exemplaire, ce levier était bloqué je le rappelle. Parce qu’on avait forcé les fonctions de ce levier. Je l’avais d’abord neutralisé mais en parcourant le Net, j’ai trouvé comment tout remettre dans le bon ordre et tout fonctionne correctement.

De l’autre côté de l’objectif, l’autre petit levier permet de bloquer le miroir et, en dessous, c’est la prise pour la synchronisation du flash.

Un appareil photo argentique Canon FT avec un objectif visible, sur fond blanc.

Enfin, pour ouvrir le dos de cet appareil, ne vous acharnez pas sur la tirette de rebobinage, il y a un discret verrou par dessous.

Une fois ouvert, vous découvrez le mécanisme, bien pensé de l’aide au chargement (QL = quick load)

Appareil photo argentique ouvert montrant le compartiment à film.

Que penser de cet appareil ?

Selon le code inscrit dans la chambre, à l’emplacement de la bobine de film, (K522) cet appareil daterait du 5ème mois 1970 (voir références).

A son époque, ses concurrents étaient le Pentax Spotmatic SP II, le Nikkormat FTn, le Minolta SR T 101, l’Olympus OM-1 ou le Fujica ST 701 par exemple et pour rester chez nos amis Japonais.

Des appareils simples, où le mécanique l’emporte encore sur l’électronique, balbutiante mais déjà équipé de cellule embarquée et couplée.

Aujourd’hui, je les appelle des appareils-école car c’est avec eux que vous aurez le plus de chance d’apprendre le triangle d’exposition (sensibilité-vitesse-ouverture) ou la règle du Sunny f16 (revoir l’article sur le Fujica ST 701 pour ceux qui ne connaissent pas). Chaque action sur un des éléments influencera le résultat de votre photo.

Tiens, petit aparté à ce sujet : il peut être utile d’emporter avec soit un petit carnet où vous noterez les conditions de prise de vue et le réglages que vous avez choisis. Lorsque votre film sera développé, c’est un mémo utile pour savoir si vos choix étaient les bons, ou s’il faut les corriger.

Il fait son poids mais il est tout en métal, donc solide. En cas d’achat, pensez à vérifier qu’il déclenche à toutes les vitesses, que les mousses sont à faire ou ont été refaites et que le compartiment pile n’est pas oxydé. Idéalement vous devriez avoir sur vous une pile PX625A pour tester la cellule mais dites-vous bien que même si elle est HS, l’appareil fonctionne toujours et donnera d’excellentes photos.

Le levier du retardateur possède 2 utilisations : remonté dans le sens anti-horaire, c’est un retardateur mécanique. Poussé vers l’objectif, il ferme l’objectif et met la cellule sous tension pour une mesure à ouverture réelle. C’est peut-être le reproche qu’on peut lui faire, contrairement au FTb QL qui lui succèdera car lui fait la mesure de la lumière à l’ouverture choisie.

Sinon, c’est un superbe appareil, construit pour durer … longtemps.

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Réflex SLR 35mm (image 24×36)
  • Monture objectif : Canon FL
  • Obturateur à plan focal horizontal ; vitesses de 1s à 1/1000s et pose B ; synchro flash par prise PC au 1/60s
  • Mesure via une cellule au CdS, à travers l’objectif (TTL)
  • Sensibilité de la cellule : de 25 à 2000Iso, sans Booster
  • Viseur par pentaprisme fixe, lentille de Fresnel avec mise au point sur cercle dépoli
  • Chargement simplifié, technique QL (Quick Load)
  • Pile PX625A avec compensatin ou WinCell
  • Poids avec objectif 50mm: 1095gr (+/-)

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_FT_QL, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1250-Canon_FT%20QL.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Canon-FT-QL.htm, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_canonftql_fr.html, https://mhphot.fr/Notices/Canon_FT_QL/canon_ft_ql.pdf, https://wikimonde.com/article/Canon_FT_QL, en français ; https://vintagecameralab.com/canon-ft-ql/, https://all-my-cameras.com/2022/06/26/the-canon-ft-ql/, https://www.localpointphotography.com/canon-ft-ql-review/,https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-ft-ql/, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ft-ql.html, https://www.mir.com.my/rb/photography/companies/canon/fdresources/ftql/index.htm, http://www.luistriguez.es/fotos/cameras/canonft/index_canonft.htm, https://www.imagingpixel.com/p/canon-ft-ql.html, https://canon.cavey.org/en/canon_date_codes.php, https://blog.jimgrey.net/2013/08/02/canon-ft-ql/ , en anglais

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