Une petite précision tout d’abord : celui que nous appelons le Zorki C est n fait un Zorki S mais en écriture cyrillique, le S s’écrit C ! Ça va, vous suivez toujours ?
Ensuite, d’aucun prétende qu’il s’agit d’une copie du Leica II, ce dont je ne suis pas certain, au vu des images ci-dessous. Il y a bien « un petit air de » mais ça s’arrête là !
Esthétiquement le Zorki est moins « équilibré » notamment avec la molette des vitesses en surplomb alors que sur le Leica, tout est à la même hauteur.
Ceci étant, les 2 appareils sont un peu « torturés » au sens où il y a quand même beaucoup de boutons et molettes.
Pour le reste, remarquez la longueur de la base télémétrique, qui est sensiblement la même pour les deux appareils, gage généralement d’une meilleure précision lors de la visée.
Pour tout dire, le Zorki C a généralement moins la cote que le Zorki 3 (à cause de son esthétique particulière) mais il ne démérite pas et si vous voulez entrer à moindre coût dans la famille des télémétriques « à l’ancienne », c’est une belle opportunité, son prix étant toujours contenu.
Ah, encore, la différence entre le Zorki C et le Zorki 2C tient au fait que le second possède des œillets pour le porter.
Techniquement :
télémétrique à objectif au standard Ltm 39 (Leica visant)
calibré pour une focale de 50mm mais vous pouvez lui adjoindre un viseur dédié à d’autre focale (du 35 au 90mm souvent – en deçà et au delà, la visée est compliquée)
toujours armer avant de modifier les vitesses sous peine d’abimer la mécanique irrémédiablement
vitesses de 1/25 à 1/500 plus pause B
en dessous de la molette des vitesses se trouve une collerette pour la synchronisation des vitesses du flash
griffe flash avec un contact sur la face avant (mais on utilise rarement un flash avec ces appareils)
compteur mécanique et manuel pour le nombre de photos (penser à le remettre à zéro à chaque nouvelle pellicule)
deux œilletons à l’arrière : à gauche, le télémètre, à droite, le viseur proprement dit (cadrage) – ça c’est comme sur le Leica
le déclencheur est niché entre la molette des vitesses et la roue du compteur de vue qui est aussi la molette pour faire avancer le film
sur le déclencheur, notons les 2 positions matérialisées par un point de couleur, celle notée d’un Л (en rouge) indique la position pour rembobiner le film
à l’autre extrémité, la tige pour rembobiner le film en fin de course.
en dessous, une clé pour ouvrir le compartiment dans lequel vous allez insérer le film (vérifier toujours, en cas d’achat, qu’il y a bien une bobine réceptrice dans l’appareil) – comme sur les Leica de l’époque et même jusqu’au célèbre M.. Ce n’est pas le plus pratique, mais on s’y fait vite et il y a plein de tuto pour vous montrer comment ça marche (voir ci-dessous une petite vidéo d’exemple)
Cet appareil fut fabriqué de 1955 à 1958 à 472.702 unités. Pas mal du tout ! Quand je vous disais que les Russes ont produit le plus grand nombre de télémétriques au monde …
Mais qu’a t-il d’intéressant cet appareil, finalement ?
Sa compacité, proche de celle, par exemple, du Zorki 1c que j’ai déjà présenté, surtout si vous lui adjoignez un 50mm dit « rentrant ». Vous pourrez le glisser dans une poche (heu… de manteau ou blouson).
Sa solidité : tout est en métal ici, même les bobines à l’intérieur.
Avec lui, vous irez à l’origine de la photo 24×36, avec ses bons moments et ses (rares) galères. Mais quel plaisir de photographier différemment.
En plus, comme je le répète souvent, un boitier est une boîte noire plus ou moins sophistiquée et celle-ci ne convertira les rayons lumineux que si l’objectif est de qualité (et les réglages les plus corrects possibles – quoique le N/B vous laisse quelques latitudes). Alors, au prix où sont ces boitiers, faits vous plaisir et investissez dans une bonne optique, qui ne doit pas forcément être du Leica pour être bonne. Les russes en ont aussi quelques unes qui sortent du lot, comme les Jupiter 3 ouvrant à f1,5 ou les Jupiter 8 ouvrant à f2.
Franchement, à essayer !
J’ai trouvé une video sympa (en espagnol, pour changer) pour présenter l’appareil
petite video pour vous montrer comment charger votre appareil – attention, j’y fais une remarque toute personnelle : ne laissez pas la languette découpée avec un angle vif mais arrondissez le, cela risquera de moins coincer dans l’appareil.
Surtout je vous ai trouvé une petite vidéo (espagnole) sous titrée en français qui explique comment utiliser ces appareils russes. C’est super bien fait et très instructif.
Cette fois-ci, j’espère vous avoir donné l’envie d’utiliser ces vieux appareils sympathiques et encore bien abordables.
Je ne prétends pas avoir fait le tour, il y en a encore bien d’autres. Je vous suggère, par exemple, un petit tour sur le site de Monsieur Sylvain Halgand (en français) et Soviets Cameras (en anglais)
Vous y découvrirez un vaste monde qui s’étend, grosso modo, des années trente aux années quatre-vingt.
Et un paradoxe : si les appareils russes sont, pour certains, des copies de Leica et Contax notamment, à un moment ou un autre, ils s’en sont écartés et ont tracé leur propre voie. Pas avec les mêmes moyens ni les mêmes technologies que les appareils allemands, ou japonais (autres grands concurrents) mais ce sont eux qui ont produit le plus grand nombre d’appareils télémétriques au monde, rendant cette pratique abordable pour de très nombreuses personnes dont les budgets n’étaient pas illimités.
Je l’ai souvent écris mais un appareil photo n’est jamais qu’une boite noire destinée à recueillir les faisceaux lumineux qui écriront votre photo. Certaines sont sophistiquées, d’autres moins, mais le résultat reste le même : si les rayons lumineux ont bien été guidés, notamment à travers un objectif de qualité, ils arriveront en bon état sur la pellicule et votre photo sera la meilleure possible, tenant compte des réglages effectués, de votre créativité, de vos envies de suivre, ou pas, les « règles » de la photographie.
En ce sens, les appareils russes sont exemplaires car ils vous permettent d’utiliser les meilleurs objectifs possibles car ils sont (hormis les Kiev en monture Contax) à la norme dite Ltm 39, soit Leica visant. Vous aurez donc l’embarras du choix, chez Zeiss, chez Voigtländer, chez Leica, chez Jupiter, chez Industar, chez Canon (et j’en oublie sans doute)…
Ceci étant, si vous voulez découvrir les prémices de l’argentique, vous vous tournerez peut-être vers un Zorki 1c, un Fed 2, un Zorki 4 ou 4K, un Fed 1g.
Ces appareils ont beaucoup de charme mais ils ne sont pas les plus faciles à utiliser même s’ils n’ont rien de rédhibitoire, c’est une question de patience pour les apprivoiser.
Les appareils plus récents comme le Zorki 6, le Fed 3b, le Fed 4b seront peut-être plus simples de prime abord.
Si vous n’avez pas lu les articles dont je vous notais les références en début d’article, je résume :
le Fed 4b possède déjà une cellule, non couplée mais fonctionnelle. C’est une bonne aide pour s’initier à l’argentique
Le Zorki 6 a deux petits avantages, même s’il n’a pas de cellule : le dos est monté sur charnière (plus facile pour mettre le film) et vous ne devez plus réfléchir à armer l’appareil avant de modifier les vitesses
Vous pouvez vous baser sur ces quelques explications pour partir à la découverte mais rien ne vous empêche, à travers vos lectures des sites mis en référence, d’essayer d’autres modèles. Je n’ai voulu que vous donner des pistes de réflexion, des trucs et astuces pour trouver celui qui partagera vos déambulations photographiques.
Enfin, les prix de ces appareils sont encore contenus sur les différents sites de vente (Ebay mais aussi le site russe Meshok – prévoir un traducteur !). Ce qui vous permettra de choisir une bonne optique pour accompagner votre appareil.
Prenons un exemple simple : un Fed 4b se négocie autour de 60€ avec un Industar 61. Si vous cherchez un Leica M5 (lui aussi avec cellule – couplée ici), vous tournerez autour des 1200€ boitier nu !
Y a pas photos, comme on dit … et tous les appareils russes peuvent aussi être réparés et réglés. Un site incontournable à cet effet : Oleg Photocameras.
A vous de faire vos propres explorations et bon amusement.
Même si certains auteurs ne l’aiment pas, voilà pourtant un Zorki sympathique.
Le Zorki 6 est, comme toujours, tout en métal, solide, pas vraiment gracieux mais plus équilibré, dans son ensemble, que le Fed 4b que je vous présentais il y a peu. Il fut produit de 1959 à 1966, belle longévité !
Il a une forme relativement contenue même, comparé au Fed 3, il est plus petit, je dirais « plus condensé ».
Vous remarquerez aussi sa large base télémétrique (la distance entre la fenêtre de visée et celle du télémètre) qui facilitera l’utilisation d’objectifs réputés difficiles (grande ouverture d’un Jupiter 3 50mm f1,5 p. ex., ou grande focale comme le Jupiter 12 35mm f2,8) parce qu’elle apporte une plus grande précision.
Au niveau design, même s’il est loin de gagner un premier prix, il faut quand même remarquer l’intégration du levier d’armement dans le capot et son accès facile, avec le déclencheur dans le prolongement.
Et – surtout – ici plus de clés sous la semelle pour séparer le dos du corps de l’appareil mais un dos monté sur charnières avec un vrai verrou sur le côté gauche. Petite remarque néanmoins, s’il faut lever la petite tirette du verrou pour ouvrir la porte, lorsque vous le refermez, il faut ré appuyer sur cette tirette pour fermer ce verrou.
Un grand progrès !
Ensuite, si vous regardez bien les photos, au dessus du verrou et sous le bouton de rembobinage, vous apercevrez une petite languette : c’est le correcteur dioptrique, toujours bien là et efficace.
Pour le reste, du grand classique, bien éprouvé – quoique avec des nouveautés – et efficace :
monture LTM 39 pour un large parc d’optiques (l’appareil est calibré pour un 50mm comme d’habitude), il n’y a pas de cadres collimatés pour d’autres focales et il faudra utiliser un viseur séparé
rideau en caoutchouc rendant un bruit finalement très discret
obturateur à plan focal horizontal
vitesses de 1/30, 1/60, 1/125, 1/250 et 1/500s plus pause B
viseur clair et bien contrasté
doubles prises pour la synchro flash
autre grande avancée, vous pouvez enfin changer les vitesses sans tenir compte que l’appareil soit armé ou pas (contrairement aux autres appareils russes)
Attention toutefois à ce petit bouton, près du sélecteur des vitesses : il sert lorsque vous avez terminé le film et que vous voulez le rembobiner. Un appuis dessus par inadvertance et vous ne pourrez pas prendre la photo mais en plus le prochain armement vous entrainera une vue et demie plus loin. A ne pas utiliser pour faire des doubles expositions comme nous pourrions être tenté de le faire !
Sur les dernières photos, vous remarquerez les différences de tailles entre le Fed 4b, le Zorki 3b, le Zorki 6 et le Leica M5
En résumé, si vous en trouvez un en bon état (et ils sont nombreux dans ce cas), faites vous plaisir si vous voulez découvrir le monde du télémétrique à coût contenu, ce qui vous permettra d’investir dans une belle optique.
Sans aller jusqu’aux excès de prix des optiques Leica, en 50mm – qui est son optique de base préférée – un bon Jupiter 3 fera très bien l’affaire, voire même un Jupiter 8.
Au pays des télémétriques, il y a des appareils qui retiennent l’œil plus que d’autres, allez savoir pourquoi (ou pour qui) ?
Le Ricoh « 35 » m’a intrigué et j’ai eu l’occasion d’en acquérir un en très bel état, que je vais vous présenter.
C’est donc un vrai télémétrique, avec correction de la parallaxe et tout et tout … mais à objectif fixe, en l’occurrence ici, un Riken 45mm f3,5.
En main, c’est du solide, comme en ces années là (1955), tout en métal, bien fini avec des innovations qui génèrent peut-être des formes inhabituelles mais qui savent rester élégantes.
Comme ces deux « tubes » plats, flanqués à gauche et en haut de l’objectif, qui masquent en fait les précieux mécanismes des réglages de la distance, de l’ouverture, de la vitesse. C’est techniquement complexe et pourtant solide (il fonctionne toujours 60 plus tard) et cela reste esthétique (enfin,je trouve, mais les goûts et les couleurs …)
Allez, petite revue technique de l’appareil :
objectif Ricomat Riken 45mm f3,5 en trois éléments et trois groupes
ouverture de f3,5 à f16
mise au point manuelle avec télémétre couplé; grande base télémétrique pour une meilleure précision
visée bien claire et contrastée
vitesses de 1/10s au 1/200s plus pause B (obturateur Riken)
compteur de vue mécanique autour du bouton d’armement
Outre son esthétique particulière, il possède la particularité de pouvoir être armé soit en tournant le gros bouton sur le capot à droite (en regardant dans le viseur) soit par une gâchette située sous l’appareil.
Sur mon exemplaire, il manque une partie de celle-ci (le renvoi vers le haut) mais cela n’affecte pas son utilisation somme toute assez naturelle avec la main gauche, lorsque vous tenez l’appareil prêt à photographier.
Autre particularité, cet appareil a été produit avec des graduations de distance soit en « feet » soit et mètre. Pourtant il ne fût guère proposé à l’export. Seuls 16.500 exemplaires ont été produits, ce qui explique sa relative rareté.
Et cette singularité se retrouve sur la platine autour de l’objectif, car c’est là qu’est gravée l’échelle de mise au point pour le zone focus.
Les roues de réglages, autour de l’objectif, sont bien crantées même si elles restent fluides et faciles à manœuvrer.
C’est vraiment un appareil plaisant à tenir en mains et à utiliser. Son déclencheur étant plus discret que sa mise, finalement.
Pour le charger, il faut ouvrir les deux clés sous l’appareil et ôter le dos entier, ce qui permet de placer facilement le film dans son logement, de tirer la languette jusque la bobine réceptrice. Lorsque vous le refermez, une plaque de pression vient assurer la planéité du film.
Mais avant de refermer l’appareil, regardez la petit pièce métallique qui viendra s’ajuster parfaitement avec la tige d’entrainement de la pellicule et qui est assujettie à la gâchette sous la semelle. Du bel ouvrage !
En fin de film, vous appuyez sur le bouton près du déclencheur et tournez le bouton de gauche pour rembobiner.
Historiquement Le Ricoh « 35 » est le premier appareil gravé « RICOH » pourvu d’un télémètre. Il suit le Ricolet, à viseur clair, le Ricolet 2 et le Riken 35 identique à ce modèle, sa gravure exceptée.
Plus de 30 modèles de 35 mm télémétriques seront commercialisés par RIKEN ( puis RICOH ) entre ce modèle et le 500 G de 1972.
Si vous cherchez un appareil différent et néanmoins parfaitement utilisable – si vous en trouvez un – faites vous plaisir, il vous le rendra.
Une petite vidéo d’illustration (sorry, en japonais, mais c’est approprié) :
Le Fed 4b fut produit de 1964 à 1980 par l’usine Fed de Kharkov, en Ukraine
C’est un télémétrique avec obturateur à plan focal horizontal, avec des vitesses de 1s à 1/500 s plus pause B, synchronisation du flash au 1/30s. Les rideaux sont en toile caoutchoutée, réglables si besoin. Les objectifs sont à viser, au standard LTM 39 (Leica visant), ce qui ouvre pas mal de perspectives en matière de focales utilisables, quoique d’origine, l’appareil est paramétré pour un 50mm. Si vous voulez lui adjoindre un 35 ou un 90, voire un 135 mm, il vous faudra passer par un viseur ad hoc, à glisser dans la prise du flash. Il n’y a pas de cadres colimatés comme sur un Canon P ou un Leica M.
Son objectif en dotation normale est un Industar 61, un 53mm ouvrant à f2,8
Dans la logique des choses, il y eut le Fed 2, puis le Fed 3 avant le Fed 4. Et ce dernier se divise en Fed 4a (1964 – 1971) et Fed 4b (1969 – 1976), celui qui nous occupe aujourd’hui. Ce Fed 4b était disponible en trois variantes, qui concernaient surtout des détails cosmétiques. Il y aura ensuite un Fed 5, pour continuer la lignée.
Que retenir de ce Fed 4 ? Il fut sans doute le télémétrique le plus fabriqué, avec le Zorki 4, avec près de 633.000 exemplaires construits de 1960 à 1980. Même la célèbre marque de vente d’appareils photo FOTO-Quelle a vendu le Fed 4 sous la dénomination Revue 4, principalement en Allemagne.
Il est le premier a offrir une cellule au sélénium, non couplée, avec une jauge située sur le dessus du capot, à la place du bouton de rembobinage, qui migra de ce fait sur le côté de l’appareil sous la forme d’une grosse molette qu’il fallait actionner pour rembobiner le film en fin de course.
A part ça, heu…. comment dire, il n’est pas vraiment beau. Disons qu’il est un peu spécial, pour rester poli.
En fait, ce qui choque, c’est la disproportion entre la hauteur de l’appareil et la taille de l’objectif. Surtout que pour caser a cellule, la partie supérieure de l’appareil est surélevée.
Pour le reste, il ressemble au Fed 3b et au Zorki 6, à savoir une espèce de brique aux coins arrondis.
Soyons de bon compte, ses commandes sont onctueuses, on ne sent quasiment pas les engrenages quand on arme l’appareil. La cellule a dû être chargée en sélénium car celle de mon appareil fonctionne toujours et à mon avis, il y a longtemps qu’il a perdu son étui protecteur. Faudra le passer au compteur Geiger pour voir …
Sinon, on l’ouvre en faisant glisser tout le dos de l’appareil après avoir ouvert les deux clés situées sous la semelle, ce qui reste facile.
Comme tout russe qui se respecte, toujours armer avant de changer les vitesses pour éviter de casser la subtile mécanique de celles-ci.
Le viseur possède une correction dioptrique, bien utile. C’est un vrai télémétrique avec coïncidence de l’image réalisée par l’ajustement d’un point jaune au centre du viseur, qui pourrait être plus lumineux.On y arrive avec un peu de pratique, sans courir …
Celui que j’ai reçu, en toute connaissance de cause, ne fonctionne pas correctement. Les vitesses doivent être réglées, surtout les vitesses lentes. Il est équipé d’un Jupîter 8 de 1968 en assez bon état (il faut le faire briller mais il fonctionne et il est propre).
Le Fed 4b vu de dos avec la couronne qui entoure le viseur et permet la correction dioptrique, la jauge de la cellule à gauche, en lieu et place du bouton de rembobinage, qui migre sur le côté; en dessous les 2 clés pour ouvrir le dos de l’appareil (notez qu’il y a toujours une bobine réceptrice, à vérifier lors de votre achat); le Jupiter 8; la fenêtre de la cellule, que j’ai ensuite protégée d’un bout de gaffer doublé de papier pour ne pas coller sur la vitre.
« Bon d’accord, mais pourquoi avoir acheté cet appareil alors ? »
Hé bien, par esprit de contradiction !
En effet, les puristes clament toujours bien haut et fort que seul Leica est LE télémétrique qui a tout inventé, les autres étant de vulgaires copies.
Avec un peu plus de discernement, je dirais que Leica a ouvert la voie, que certains ont copiée, mais ils s’en sont aussi servi pour faire avancer ensuite, à d’autre rythme, le concept initial.
Reprenons le cas de ce Fed 4b qui date, rappelons le des années soixante. Si en 1953 Leica a lancé un énorme pavé dans la mare aux télémétriques avec son Leica M, il faut bien reconnaître que nous devrons attendre 1973 pour voir apparaître le premier Leica avec une cellule, en l’occurrence, le Leica M5, qui a fâché la majorité des leicaïstes de l’époque.
Notre Fed 4b possédait une cellule, certes non couplée mais faisant corps avec l’appareil dès 1964, soit dix ans avant le prestigieux allemand ! Car à l’époque, si vous vouliez une cellule sur votre M4, il fallait acheter un Leicametre à fixer sur la griffe flash, ce qui donnait à l’ensemble un côté « bricolage » du meilleur effet, ou une cellule à main, que vous glissiez dans votre poche ou sac.
Et lorsque dans les années septante (de 1975 à 1978) la fabrication des M fut interrompue, au point que l’on a cru que cette gamme allait disparaître, nos amis russes fabriquaient encore et toujours des Zorki, des Fed et des Kiev.
Soyez curieux, essayez des appareils qui sortent des sentiers battus. Ils ont leur charme et, franchement, au prix où ils sont vendus, vous pourrez acheter d’excellentes optiques à fixer dessus et vous serez surpris des résultats.
Comparaison de tailles : ici le Fed 4b derrière un Fed 3b (notez la différence de hauteur due à la cellule du Fed 4B), puis le Fed 4b, le Fed 3b et le Leica M5
J’ai reçu un gros carton, qui avait manifestement souffert de son long voyage au delà de la … Manche !
Déballage un peu inquiet, mais l’intérieur est gavé de papier serré et l’appareil entouré de plastique bulle. Ouf, tout va bien et l’appareil est intact.
Je le tourne et retourne dans mes mains : il est propre, l’objectif aussi, le viseur clair et, surtout, l’armement est d’une onctuosité rare – j’ai l’impression que les rouages baignent dans une graisse fluide, je sens à peine l’armement; enfin le déclenchement est finalement discret : un « flop » presque inaudible.
J’ouvre les deux clés sous la semelle et je fais glisser le dos entier vers le bas. Un peu d’oxydation sur les rails mais rien de grave, les rideaux ont l’air en très bon état et il ne manque pas la bobine réceptrice. Jusque là, tout va bien.
Attardons nous un peu sur l’histoire de cet appareil.
Je ne reviens pas sur l’histoire de FED, que vous trouverez ICI mais je vais m’attarder sur ce modèle en particulier.
Soyons honnête, il n’est pas « sexy ». Il est relativement carré même si les bords sont arrondis, pour alléger un peu la forme. Tout est là mais sans recherche particulière en ergonomie, même si tout tombe bien sous les doigts.
Au dessus, le gros boutons à droite est le compteur de vue, avec une espèce de « mémo » pour le type de film utilisé, et le bras d’armement est en prise directe. Le déclencheur est à côté et ensuite la molette pour les vitesses. De l’autre côté, la bobine réceptrice, qui tourne au fur et à mesure de l’avancement du film et que l’on tourne dans l’autre sens lorsque le film est terminé, pour rembobiner..
En dessous, deux clés permettent de déverrouiller le dos, pour le chargement du film. Plus facile que sur le Fed 1 G qui , à l’instar des Leica, demande de glisser le film, accroché à la bobine réceptrice, dans le corps de l’appareil.
Techniquement, l’obturateur est un plan focal horizontal avec un rideau caoutchouté, ce qui limitera la vitesse d’obturation (ici 1/500 s). Les vitesses vont de 30 secondes + pause B jusqu’au 1/500 s donc.
Ici aussi, toujours armer avant de changer les vitesses sous peine de tout abîmer.
Il y a encore une griffe pour monter un flash et une prise de synchronisation sur la façade avant mais pas de contact tel que nous les connaissons aujourd’hui.
Au dessus de l’objectif, deux fenêtres : la carrée est celle du viseur, la ronde, celle du télémètre. Justement, le patch du télémètre est visualisé par un cercle jaune, assez visible. Le cadre naturel du Fed 3b est le 50mm. Ici aussi, si vous voulez monter une autre focale, il vous faudra investir dans une tourelle ou un viseur dédié, que vous fixerez dans le griffe du flash.
La monture est en Ltm 39, celle des Leica dit visant, assez universelle même si délaissée de nos jours. Mais cette monture offre une gamme assez incroyable d’optiques, toutes marques confondues, de Leica à Canon, Nikon, Minolta, les objectifs russes comme les Fed, les Jupiter, les Industar, etc. Il y en a pour toutes les bourses, tous les styles de photographie, de l’ultra précis à celle d’un contour assez, heu…. indéfini
Ne cherchez pas la cellule, il n’y en a pas. Prenez en une avec vous.
Même si le viseur est plus grand et pratique que celui du Fed 1G, il n’a pas la clarté d’un Canon P ou d’un Leica M, par exemple. Ici aussi, le principe du zone focus sera d’une grande aide. Je l’avais qualifié « d’autofocus le plus rapide du monde » et c’est le plus pratique à utiliser en photo de rue notamment. Petite particularité intéressante à signaler : le viseur (la grosse roue crantée à l’arrière) permet une correction dioptrique en « vissant » ou « dévissant » la couronne. Pratique.
L’appareil que j’ai reçu est monté d’un Industar 61, un 52mm ouvrant à f2,8. Les bagues sont fluides et les crantages autour du fut sont pratiques pour le réglage de la distance, rapidement. Mais si j’en crois ceux qui l’on déjà utilisé, ce n’est pas le plus performant. Je vais le tester. Ne pas oublier qu’il s’agit d’un objectif à viser, donc ne pas le serrer trop fort contre la monture sous peine d’éprouver quelques difficultés pour le changer ensuite. Assurez-vous qu’il est bien contre, puis un petit coup de poignet et ça tiendra vraiment bien. Les distances sont exprimées en pieds (ft), ça nécessite un peu d’entrainement.
Et là – mais je vais me faire incendier – je vais le mettre en comparaison avec une autre « brique », mon Leica M5
C’est juste pour l’exemple car dix ans séparent les deux appareils : le Fed 3b date de 1963, le M5 de 1973.
En terme de taille, c’est sensiblement la même chose, mais le second a déjà une cellule. Remarquez néanmoins la taille du viseur et du télémètre du Leica, fort proche du M3 par rapport à celui du Fed 3b.
L’engin fait son poids : 620gr et de surcroit, les ingénieurs russes n’ont pas cru bon d’ajouter des œillets pour pouvoir le porter. Il faut se munir d’une gaine, en cuir épais, qui offre la particularité d’être en une seule pièce. Bref, la majorité des utilisateurs opèrent une coupe chirurgicale de la moitié inutile de la gaine, et pour ceux qui n’en ont pas, un petit sac fera l’affaire.
Honnêtement, ce n’est pas le plus beau des appareils, mais la douceur de ses commandes sont assez exceptionnelles. Il est beaucoup plus agréable à utiliser qu’un Zorki 4K par exemple. Et je trouve qu’il fait aussi moins daté que le dit Zorki 4K. Il fait très « années soixante » et cela contribue à son charme désuet.
Autant les Fed 1G, Zorki 1c, Leica IIIf font « vieils appareils », autant le Fed 3b semble « moderne » … pour l’époque. Surtout si vous le comparez au Fed 3 produit de 1961 à 1969, soit en même temps que le Fed 3b. Ce Fed3 là ressemble à s’y méprendre au Zorki 4, dont les silhouettes semblent hésiter entre l’ancien et le moderne.
De fait, le Fed 3 ressemble beaucoup aux Zorki 5 et 6, dont les commandes sont aussi étonnamment douces (l’armement ne fait aucun bruit si l’appareil est bien réglé). J’y reviendrai sans doute.
En résume, voici un appareil parfaitement fonctionnel, agréable à utiliser même s’il n’est pas toujours pratique de l’emporter. Qui aura sans nul doute son petit effet (allez, avouons-le, ça compte aussi !) lorsque vous le sortirez. Nous pourrions lui reprocher sa vitesse maximale de 1/500s mais la plupart des appareils de l’époque ne faisait guère mieux, si pas pire (un Olympus Trip 35 ne dépasse pas le 1/200s, un Canonet Ql 19 atteint le 1/500s). A son crédit, même si ça parait un détail, le correcteur dioptrique, puis le chargement du film assez simplifié, sa robustesse, son onctuosité, la possibilité de changer sa focale (grand parc d’optiques possibles).
Si vous en trouvez un en bon état – et il y en a beaucoup – faites vous plaisir, c’est un appareil attachant.
Produite de 1953 à 1955, cette série particulière, c-à-d. avec le numéro de série gravé sur le dos de l’appareil et non plus sur le dessus, fut produite à 205.000 exemplaires.
Mais commençons par le début … « La marque FED a été fondée en 1927 par Felix Edmundovitch Djerzinski. C’est ce Monsieur qui fonda à la même époque la Tcheka, ancêtre du GPU, lui même ancêtre du NKVD, lui même ancêtre du KGB ! (attention : beaucoup de Fed 1 sont gravés « NKVD », mais cela ne signifie pas qu’ils aient appartenu à cette même institution ! Nous ne sommes pas dans un James Bond, ce ne sont pas des appareils d’espions !) La production d’appareils photo a débuté en 1934. Ceux-ci étaient montés par des jeunes délinquants en voie de « réinsertion » sous la direction d’Anton Makarenko. C’est également ce Monsieur qui décida de prendre pour modèle le Leica » – source Sylvain Halgand
D’autres, aux mêmes époques, avaient décidé de « copier » Contax. En fait, ils avaient carrément pris l’usine, ses ingénieurs et les produits finis ou presque pour les transporter en Ukraine : ce sont les Kiev.
Ce qui est frappant avec ces appareils, c’est leur ressemblance parfois troublante avec le modèle d’inspiration. Ainsi, le FED qui nous préoccupe est une copie assez conforme d’un Leica II de …1932 alors que lui fut fabriqué de 1934 jusqu’en 1955 !
Et comme je vous parlais des Kiev, il faut savoir qu’un Kiev 4 reste une copie assez conforme du Contax d’origine (1932 aussi) et qu’il fut fabriqué jusqu’au seuil des années quatre-vingt sans grands changements.
Ces appareils ont fait perdurer le télémétrique plus que toutes autres marques, à l’exception de Leica (1913 – 2018) et du Zeiss Ikon ZM (2006 – 2012) et ils sont les télémétriques les plus vendus au monde (le Zorki 4 seul fut fabriqué à plus de 1.700.000 exemplaires pendant 16 ans).
En conclusion, vous en trouverez de très nombreux, souvent en très bon état, et à des prix très bas (en tout cas comparés à ceux des Leica), même si les pays autrefois de l’Est commencent à monnayer un peu mieux le prix de ces appareils.
Enfin, si d’aventures vous en trouvez un bel exemplaire, dont vous voulez vous servir, sachez que le meilleur artisan pour des réparations ou réglages se trouve ICI.
Mais revenons à notre Fed 1 G.
Le Fed 1 G est une des dernières variantes du Fed 1 original, sorti en 1934. Qui était une copie fidèle, comme je l’ai écris, du Leica II.
Honnêtement, vous aurez les mêmes sensations avec les deux appareils, qui demandent un peu d’attention pour pouvoir s’en servir correctement : à l’arrière, il y a deux « viseurs », celui de droite (vu de dos) étant le vrai, celui de gauche, le réglage du télémètre.
Ne vous y trompez pas, comme sur les Leica de la même époque, la visée est médiocre. En fait, il fallut attendre l’arrivée du Leica M (1953) pour avoir un vrai viseur, clair et précis, avec le télémètre dans une seule et même fenêtre, mais c’est une autre histoire (que vous trouverez ICI).
Avec ce type d’appareil, vous travaillerez le plus souvent en zone focus, c-à-d. en préparant à l’avance une zone de netteté dans laquelle vous ferez entrer votre sujet. Et de ce fait, c’est facile à utiliser : un coup d’œil à la cellule à main (à moins de savoir « lire » la lumière par expérience), armer l’appareil, régler la vitesse – et toujours dans cette ordre, je vais y revenir, régler le zone focus et vous voilà parti dans les rues, le cœur léger ! Juste un coup d’œil dans le viseur pour le cadrage du sujet.
C’est comme ça que travaillaient les grands noms de la photographie de rue, de HCB à Doisneau et confrères.
J’ai écris quelques lignes ci-dessus que je revenais sur un point important, celui du réglage des vitesses. Sur ce type d’appareil il est impératif d’armer avant de changer la vitesse !
Vous remarquerez d’ailleurs, lorsque vous faites la manœuvre d’avancer le film (d’armer en somme) que la roue des vitesses tourne en même temps. Donc, si vous voulez éviter une salade de pignons et abîmer irrémédiablement votre bel appareil, toujours armer avant de changer la vitesse (là ça va, j’ai assez insisté ?)
Techniquement, vous avez un appareil qui accepte toutes les optiques au standard Ltm 39 (Leica visant). Pas de réglage de la sensibilité du film, le compteur est manuel et vous devez penser à le remettre à zéro à chaque nouvelle bobine, il n’y a pas de retardateur mais le déclencheur est fileté ce qui vous permet d’y adjoindre une de ces merveilles d’ingéniosité mécanique que sont les retardateurs proposés en option (mécaniques, à l’eau, par pression , etc), la visée est calculée pour un objectif 50mm; si vous voulez en changer (35 ou 90mm p.ex.) il vous faut trouver une espèce de tourelle à monter sur la griffe porte flash avec les viseurs correspondant; les vitesses sont 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s + B, le flash n’est pas synchronisé. Difficile de faire plus simple, non ?
« Mais alors, me direz-vous, quel intérêt de photographier avec ce type d’appareil ? »
Mais le plaisir, tout simplement ! Celui d’avoir dans votre poche ou dans votre sac un peu de l’histoire de la photo.
Ne vous y trompez pas, j’ai bien écris « dans votre poche » car cet appareil est très petit, relativement léger (même si tout en métal), surtout s’il est accompagné, comme le mien, d’un objectif dit rentrant, qui le rend encore plus compact.
Et la qualité d’image, qui dépend, je le rappelle, de l’objectif (le reste étant une chambre noire plus ou moins sophistiquée) est très bonne, même avec les objectifs russes, qui sont aussi des copies de leurs homologues allemands. Admettons qu’il faille y regarder de plus près pour trouver le bon modèle, mais au prix où ils sont, faites vous plaisir.
Je vais même aller plus loin -là, je sens que je ne vais pas me faire que des amis – vu le prix que vous aurez mis pour votre appareil, généralement de 5 à 10 fois moins cher que le Leica, investissez dans une belle optique Zeiss et vous obtiendrez le même résultat !
« Bon, mais qu’est ce qui différencie ces appareils ? Pourquoi le Leica est-il si cher ? »
Nous parlons ici d’appareil fabriqué en 1953, basé sur un original datant de 1932. En 1953, Leica sortait le M qui allait révolutionner le télémétrique (en fait, surtout la visée). Les appareils russes, et les Fed en particulier, n’ont pas la réputation de rigueur de leur inspirateur allemand. Des soucis de constance dans les fabrications font qu’ils ne sont pas toujours bien réglés. Des détails de conception font qu’un Leica sera mieux construit et pensé, c’est un fait évident. Mais je persiste à dire que l’appareil n’est jamais que le réceptacle des faisceaux lumineux, qui viendront frapper une pellicule et c’est la qualité de l’objectif qui respectera au mieux la lumière.
Ensuite, c’est une question d’agrément à l’utilisation de l’appareil qui fera que vous accrocherez ou pas à ce modèle.
Mais de nos jours, un réparateur spécialisé comme celui que je vous ai cité plus haut est capable de corriger ces petits défaut et de rendre votre appareil fiable et parfaitement opérationnel.
Donc faire croire que seul un Leica peut être réparé et réglé est une contre vérité. Seul le tarif sera différent !
Honnêtement, pour avoir eu en mains un Fed 1g, un Zorki 1c et un Leica IIIf, je reconnais une certaine onctuosité dans l’utilisation des commandes du Leica mais elle ne s’inscrit pas dans une sensation « tout noir – tout blanc » ! A mes yeux, elle ne justifie pas les différences de prix demandés (notez que ceci s’entend pour des appareils identiquement réglés et performants).
Méfiez vous plutôt des vrais-faux Leica qui ne sont en fait que des Zorki ou Fed re badgé d’un nom plus prestigieux qui n’a d’autre but que de gruger le gogo.
Si vous voulez photographier à « l’ancienne », pour le plaisir de la découverte, un vrai – vrai Fed ou Zorki fera très bien l’affaire.
Si vous voulez investir (quel vilain mot !) dans une collection d’appareils authentiques, apprenez à en connaître toutes les infimes subtilités. A ce sujet – et je remercie Patrice pour ce lien – voici un article (en anglais) assez édifiant sur les vrais-faux.
Enfin, pour le plaisir, je ne résiste pas à vous présenter côte à côte le Fed 1G authentique et le Fed 1G digitalisé … c’est ce qui m’a incité à mettre le titre de cet article « le vrai Fed 1 G ».
Contrairement à mon habitude, je vais être un peu « technique » pour cet appareil. Pourquoi ?
En fait, j’ai fait le tour de la Toile pour y trouver des informations et je n’ai rien trouvé, sauf en anglais. Bien que je ne sois pas très doué – doux euphémisme – en langue (sauf en Langouste et langue de bœuf), je sais me servir d’un traducteur (Deepl.com en l’occurrence) et il me reste quelques souvenirs scolaires pour que ces traductions ressemblent à du français correct. Soyons honnête, je vais m’inspirer des 3 sites référencés en bas de page mais je ne vais pas vous les traduire intégralement et mots à mots.
Commençons… Cet appareil est le fruit de réflexions allemandes et de construction japonaise. Nous devrions nous attendre au meilleur dès lors.
Il fut construit de 2006 à 2012, finalement en assez peu d’exemplaires car beaucoup de ses possibles acquéreurs ont choisi la facilité de se tourner vers un autre grand nom de la photographie argentique, le Leica 7.
Pour la petite histoire, il faut savoir que Zeiss et Leica ont toujours été concurrents et qui plus est, voisins car les usines se faisaient quasi face à Wetzlar. Zeiss Ikon est aussi une grande marque dont les origines remontent aux années ’20 (1920) et qui a marqué le monde de la photographie et du cinéma. Las, la seconde guerre mondiale et son après, avec la partition de l’Allemagne, a sonné le glas de cette maison prestigieuse. Zeiss a absorbé Voigtländer et a cessé de fabriquer des caméras. Le savoir-faire issus de ces années de gloire s’est retrouvé chez Contax et Yashica.
En 2004, alors que la marque Zeiss Ikon n’existait plus, Carl Zeiss AG a tenté de relancer celle-ci à travers l’appareil que je vous présente aujourd’hui. Conçu en Allemagne par Zeiss et fabriqué au Japon par Cosina de 2006 à 2012, le ZM était fabriqué en noir et argent et était destiné à être associé à la magnifique ligne d’objectifs ZM à monture M de Zeiss, et il fonctionne avec tous les objectifs en monture M.
Lors de sa sortie, le Zeiss Ikon ZM coutait cependant presque trois fois moins que son concurrent, tout en offrant quelques avantages certains dont, par exemple :
un chargement du film vraiment simplifié, avec un dos à charnière
un viseur encore plus lumineux que le Leica
un « patch » aérien qui permet de viser rapidement
une meilleure ergonomie
une excellente fiabilité
un télémètre superlatif
une cellule très précise
un mode automatique débrayable, qui permet de se concentrer totalement à la prise de vue
une légèreté remarquable, qui n’entache pas sa solidité
Soyons de bon compte, il pourrait lui être reproché :
il manquerait les lignes de cadrage au 135mm (perso, je trouve déjà que le 90mm est un maximum en télémétrique)
l’obturateur est plus bruyant que le Leica (normal, celui du Zeiss est en métal, contre du caoutchouc pour le Leica – ce qui lui permet d’atteindre le 1/2000ème/sec. ce que le rideau du Leica ne sait pas faire). Ceci étant très relatif, car il faut vraiment tendre l’oreille pour entendre le léger « clic » de l’obturateur. Croyez-moi, ce n’est pas lui qui dérangera le conférencier que vous voulez immortaliser !
le bouton de verrouillage AE est au dos de l’appareil, sous la prise flash
il n’a pas de mesure TTL du flash mais sa synchro est au 1/125 (contre 1/50 au Leica)
Ce qui m’a frappé avec cet appareil, c’est son aspect, étrangement épuré et très ergonomique. C’est vraiment un plaisir de le prendre en main. D’autant qu’il est plus léger que les Leica (458 gr avec ses piles et un film, sans objectif).
Et, surtout, la taille de son oculaire de visée à l’arrière ! Y plonger son œil c’est comme regarder à travers un voile de cristal : clair, limpide, aérien. Les lignes de visées sont bien présentes cependant, clairement visibles mais pas envahissantes (28 -35 -50 -85). Le grossissement est de 0,74x.
Les 28mm et 85mm apparaissent ensembles, tandis que les 35mm et 50mm apparaissent seuls, en actionnant le levier sur la gauche. Contrairement à son rival, la ligne des 28mm est bien visible et confortable.
Les vitesses d’obturation sont indiquées par des chiffres rouges sur le côté gauche du viseur. Elles apparaissent entre les positions des lignes de cadrage de 28mm et 35mm.
Le compteur de vue est automatique et discret, près du levier d’armement. Les symboles S, 24 et 36 sont de couleur orange, bien visibles.
Il est alimenté par 2 piles de 1,5v, des LR44 font très bien l’affaire. Et vous pouvez compter faire au moins 50 films de 36 vues avec un jeu de piles, en le laissant allumé pendant un shooting. On est loin des camions de batteries à prévoir en numérique …
Au niveau des vitesses : elles vont de la seconde au 1/2000ème en mode manuel et de 8 sec au 1/2000ème en mode automatique.
Le Zeiss Ikon mesure la lumière réfléchie sur une barre grise sur les lames de l’obturateur. La surface est large et la cellule est très précise (évaluative).
Comme tout bon télémétrique, impossible de faire la mise au point en deçà des 70 centimètres.
Tout ceci étant écrit, que penser de cette belle machine à photographier ?
Elle est comme la synthèse de ce qui se fait de mieux en télémétrique, avec des idées originales et avant-gardistes (un peu comme le CLE de Minolta, qui aiguillonnera Leica en son temps et l’obligera un bon moment à se remettre en question). La comparer au Leica M7 me semble, finalement, vain, car nous ne sommes plus dans la même philosophie. Ici, on prépare une vision différente, qui va de l’avant; là, on thésaurise sur des acquis, ceux de la lignée des M (notez que c’est une bonne base).
Bref, si vous voulez vous faire plaisir, sans avoir le sentiment de devoir appartenir à une « tribu », à ses codes, ses manies, ses coûts, l’alternative du Zeiss Ikon ZM est la voie royale car vous bénéficiez du meilleur de ce que le télémétrique peut vous offrir à des prix encore raisonnables (attention, après cet article, les prix vont monter !).
Et pour en revenir à ce que j’esquissais dans le premier article à son sujet, choisir le Zeiss Ikon ZM c’est choisir la liberté de faire mieux dans bien des cas sans devoir se plier à une mode, un snobisme, celui d’afficher une marque, certes connue et reconnue, mais qui cultive l’élitisme comme d’autres la recherche et le progrès.
Première ligne : en haut à gauche, le Zeiss Ikon ZM tel que je l’ai acheté, avec un Elmarit 90mm, voyez l’immense oculaire de visée, le dessus de l’appareil, très épuré où vous pouvez voir la « grille » de correction d’exposition. Sur la seconde ligne de photos : à gauche, le dessous de l’appareil, d’abord avec sa poignée grip, ensuite sans (notez la manivelle de rembobinage, intégrée à la semelle), sur la dernière photo à droite, la ligne grise sur la lame de l’obturateur en métal, pour la prise de mesure de la cellule. Dernière ligne : le dos à charnière, vouez le bouton sous la griffe du flash, pour la mémorisation d’exposition (AE), les lamelles métalliques de l’obturateur, et une vision à travers l’oculaire Enfin, le ZM monté d’un Jupiter 3, qui respecte mieux l’équilibre de l’ensemble, en attendant un futur 35mm (sans doute le Voigtländer Ultron)
Les Yashica Electro 35 ou les Canonet QL 17 – QL 19 G III, voire un Minolta Hi-Matic 9 sont presque trop faciles à utiliser et donnent de superbes résultats. Ils font partie de ces fabuleuses machines des année ’60 et ’70, avec déjà des automatismes, discrets et efficaces, mais avec des objectifs fixes.
Les télémétriques russes, c’est une autre tranche d’histoire, celles des années ’30 (même s’ils ont été fabriqués, pour certains, jusque dans les années 80).
Les sites qui en parlent sont en bas de page, comme d’habitude.
Si j’avais une remarque personnelle à faire, je voudrais modifier un peu ce que l’on présente généralement sur ces appareils, à savoir qu’ils sont des copies des Leica et Contax. Sans refaire l’histoire, rendons à César ce qui lui appartient : la plupart des appareils russes ont été construits, au début du moins, avec des pièces issues de prises de guerre (dont les usines en entier parfois). Stricto sensu, ce ne sont pas des copies mais des Leica ou Contax fabriqués en Ukraine (Russie alors). La suite nous montrera que, parfois, certains ont même évolués différemment des Leica produits au même moment.
Bref, j’ai commencé par un Zorki 4K (1974). J’avoue que c’est assez déconcertant, au début.
D’abord, il faut toujours penser à armer avant de modifier les vitesses, afin de ne pas tout abimer. Ensuite, il faut penser à modifier un peu la languette du film pour qu’elle s’accroche correctement dans la bobine réceptrice, amovible, heu… tout en gardant un œil (voire une main, mais bon, nous n’en avons que deux depuis trèèès longtemps) sur le dos de l’appareil, que l’on doit ôter pour la manœuvre. Puis encore, vérifier que le bouton de désolidarisation du mécanisme d’entrainement est bien remis à sa place pour pouvoir armer une ou deux fois avant de refermer.
Notez qu’utiliser un Leica n’est, à ce stade, pas plus facile : il faut aussi recouper la languette et la longueur de l’amorce du film, puis insérer cette languette dans une bobine amovible et qu’il faut ensuite glisser la dite bobine avec la cartouche dans l’appareil, en ayant ôté la semelle. Bref, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Je parle ici des Leica des premières générations (I à III) mais aussi du célébrissime M3, voire même de modèle « plus récent » comme le M5 (soyons précis, ces deux modèles ne nécessitent plus de devoir recouper la languette du film, mais le chargement se fait toujours par la semelle). A remarquer qu’en 1958, un Canon P, p. ex., possédait déjà un dos à charnière, une bobine fixe et l’on peut changer les vitesses après avoir armé … copies, copies ?
Bon, revenons à nos Zorki. Si vous êtes tombé sur un bon exemplaire, c.-à-d. pas trop maltraité par les ans et les proprio successifs, tout le reste fonctionne bien : télémètre juste, déclencheur un peu rude mais pas si bruyant que ça et armement facilité, sur le Zorki 4k, par un levier, au lieu d’un bouton à tourner pour l’avancement du film sur les autres modèles. L’obturateur, comme sur les Leica, est en toile caoutchoutée, que l’on peut (doit) régler pour assurer la bonne tension. C’est là aussi un gage de discrétion lors du déclenchement, qui produit un « flop » assez bien amorti.
Vous aurez remarqué la taille du viseur. Sans être aussi confortable que celui du Leica M3 ou M5, il est agréable (avec correction dioptrique si besoin) mais la base du télémètre est plus courte que sur l’allemand (qui fait quand même près de 6,5 cm !), ce qui n’assure pas la même précision, quoique le « patch » soit aussi bien visible et assez facile à régler. Pour info, lorsque l’on parle de base d’un télémètre, c’est la distance entre la fenêtre dudit télémètre (ici la petite carrée quasi au dessus de l’objectif) et la fenêtre du viseur. Enfin, il n’y a pas de cadres collimatés (c-à-d inscrit sur le verre de visée pour voir le cadre de votre future photo) pour les objectifs autre que le 50mm. Si vous utilisez d’autres focales, il faut une tourelle, comme pour les anciens Leica, qui assure la bonne visée.
Ah, j’allais oublier, l’objectif : le mien est un Industar qui a manifestement déjà été démonté et remonté … approximativement car je n’arrive pas à mettre l’ouverture maximale (f1:3,5), mais bon, on s’y fait.
De toute manière, je travaille autour des 5.6, ça simplifie les choses.
Question rendu ? Bah, ça change – vraiment – de la précision chirurgicale des appareils modernes, mais quel charme, quel grain en NB.
J’y ai fait quelques aménagements, pour le rendre plus souple d’utilisation, comme tout simplement un bouton soft release sur le déclencheur (garni de « pointes » un peu inconfortables à l’usage, même si antidérapantes). Et comme je réfléchissais à un truc pour le porter facilement, car il ne possède par d’œillets pour y attacher une sangle, j’ai pu trouver une gaine en cuir. Heu, costaude la gaine, taillée dans un cuir épais, à l’odeur particulière (venant, paraît-il, des bains de tannage propres à la Russie). En tout cas, elle protège super bien et permets de porter l’appareil sans soucis (juste que ça rajoute un peu de poids à un appareil déjà pas si léger).
Dire que cet appareil était un peu désuet en 1974 peut sembler étrange, mais face à la concurrence japonaise, il n’avait plus aucune chance. Et pourtant le Zorki 4 K a sans doute été le télémétrique le plus fabriqué et le plus vendu au monde. Vous en trouverez de ce fait à des prix qui restent abordables sur les sites de vente.
Franchement, c’est une expérience à tenter, surtout au prix auquel ils sont proposés.
Et puis, il y eu le Fed 2 (1969). Là, on manipule un Leica III (enfin, c’est ce qui s’en rapproche le plus) mais pour – au moins – 100 fois moins cher !
Oui, vous avez bien lu, c’est un FED 2
Ne me faites pas écrire ce que je ne pense pas : ce Fed 2 datait de 1969 (produit de 1955 à 1970 avec quelques variations – 8 en fait). C’est un mélange entre la douceur des commandes d’un Leica et la large base télémétrique d’un Contax (ou Kiev), mais la régularité de sa fabrication n’est pas gage de fiabilité. Sa construction est loin des standards d’un Canon ou d’un Leica. Mais au prix où vous les trouverez parfois, c’est de la découverte assurée.
Son objectif est un Industar 26 M, pas vraiment réputé pour ses qualités optiques (certains le surnomment le « bouchon de boitier ») mais il a son charme. Et il va bien avec l’appareil … si, si, ça compte aussi un peu d’esthétique. Ici encore, il faut penser à armer l’appareil avant de changer les vitesses, sinon, salade de pignons en perspective ! Ceci étant, vous pouvez monter dessus n’importe quel autre objectif en standard Ltm 39 et il y en a de très bons (Jupiter 3 ou Jupiter 8, notamment).
Kiev 4 AM de 1982
Pour continuer mes russeries, j’ai eu la chance de trouver à prix abordable un Kiev 4am. Nous sommes chez Contax, mais version soviétique (dans les années ’80 tout de même). La particularité de cet appareil, outre d’avoir gardé une ligne issue des années ’40 jusqu’au seuil des années ’90, c’est sa base télémétrique très large. Je crois ne pas me tromper en disant qu’elle est sans doute la plus large d’un appareil « grand public » : près de 7 cm de long, ce qui donne un très bon rendu d’image, même si l’œilleton de visée paraît très petit. Et, petite particularité mécanique, vous pouvez régler la distance sans devoir toucher le fut de l’objectif : une petite molette – il est vrai pas vraiment bien placée – permet de faire tourner l’objectif lors de la mise au point. Je vous dis pas la mécanique de précision qu’il y a derrière tout ça …. Il était équipé d’un Hélios 103, ouvrant à f1:1,8, lui aussi des années ’80. Les Contax – Kiev possèdent une bague particulière qui assure un montage rapide et serein des objectifs mais qui est propre à ces appareils, ce qui limite la compatibilité. L’obturateur, comme sur le Contax, est à lamelles métalliques horizontales, qui donne un son assez sec, sans être très bruyant, lors du déclenchement.
Les appareils russes se vendent en quantité ( ce qui ne rime pas toujours avec qualité) sur les sites de vente bien connu. Souvent issus des anciens pays dits de l’Est, la plupart sont en bon état mais cela ne vous dispense pas de quelques vérifications lors de la lecture des explications du vendeur au sujet de son appareil. Notamment vérifier que le télémètre est juste, que les rideaux (toile caoutchoutée) ou lamelles (Kiev) sont en bon état, que les vitesses lentes sont fonctionnelles, que les bobines réceptrices sont bien présentes lors de la vente, par exemple.
Sinon, attrait garanti lorsque vous sortirez avec votre Fed, Zorki ou Kiev (pour ne citer que ceux que je connais et ai essayé). Mais prenez votre temps et redécouvrez les joies des cellules à main, de la règle des « sunny 16 », de l’hyperfocale … et bonnes photos.
Ce ne sont pas des appareils qui « vont vite », sauf avec un peu d’habitude. Pour les personnes nées après l’invention de l’autofocus, c’est un art de la patience qu’il convient d’apprécier.
Enfin, dernier avantage, mais non des moindres si vous investissez dans un bon exemplaire (je vous recommanderais un Zorki 1c dont je parlerai ailleurs), vous pourrez toujours monter les optiques prestigieuses de chez Leica, qui sont les montures à vis en LTM 39 (monture « Leica vissé » : Leica Thread Mount (LTM) ou Leica Screw Mount (LSM) en anglais). Elles ont un prix – soyez attentif et raisonnable – mais comme vous aurez fait des économies sur le boitier …. Et, si les optiques Leica sont les plus connues, d’autres marques à l’époque, comme Voigtländer, Canon, Jupiter, etc. ont aussi créé des objectifs de grandes qualités.
Pensez quand même que la plupart sont sensibles au flare (pas de traitement multi couche comme pour les optiques modernes), que vous serez loin du rendu « millimétrique » des optiques développées pour le numérique, mais quel charme.
Voici une petite revue récapitulative des appareils cités :
de haut en bas : le Canon P- 1958, le Kiev 4A (avec cellule) – 1982, le Kiev 4AM (1982), le Zorki 4 – 1969, le Zorki 4K – 1972, le Fed 2 – 1969, le Zorki 1c – 1954, le Leica IIIf – 1951, le Leica M3 – 1957, le Leica M5 – 1973
Quelques lectures sur les plus beaux télémétriques anciens ont attiré ma curiosité vers les Yashica Electro 35.
Comme d’habitude, les bonnes adresses sont en bas de page.
Et donc, je me suis laissé tenter par un Electro 35 GSN, en premier. Fabuleuse machine des années ’70 avec, là aussi, un objectif magique de 45 mm ouvrant à f1:1,7. Une visée claire, facile à régler, un déclencheur très discret.
Ensuite, je suis passé à l’Elecro 35 GT, en noir. Petite anecdote de ces années-là : le noir passait pour faire professionnel. Outre ce petit clin d’œil, en noir, les Electro 35 sont magnifiques.
Puis, pour faire la balance, j’ai trouvé un Electro 35 GTN, l’équivalent du GSN, mais en mode « pro ». Du plaisir tout simple et un fabuleux moyen de communication en Street Photography.
Quant vous prenez quelqu’un en photo, et qu’il s’en aperçoit, (presque) à tous les coups, c’est l’occasion de parler souvenirs et photos à l’ancienne, au point qu’il en oublie ensuite d’avoir été mis en boîte.
Enfin, pour clôturer ma trilogie, j’ai craqué pour le petit dernier de la série : l’Electro 35 GX. Plus petit que ses prédécesseurs, toujours aussi agile et magnifique en noir, c’est un excellent appareil pour la photo de rue.
Honnêtement, c’est un plaisir de travailler avec ces appareils : lumineux, faciles à utiliser, discrets. Juste un petit travail pour trouver les piles adéquates, mais les bonnes vieilles LR 44 et CR123 font l’affaire (et un peu de bricolage sur le GX pour les faire tenir dans le logement ad hoc).
Ces appareils valent largement une marque célèbre mais inabordable. Peut on leur reprocher un objectif unique, non interchangeable ? Peut-être mais, franchement, quand vous êtes habitué à une focale, en changez-vous souvent ? Un objectif fixe, c’est un exercice de style : celui d’appréhender la juste distance (surtout en photo de rue), de maîtriser son cadre en jouant des particularités de l’optique. Et quand on peut – enfin – jongler avec ces possibilités, rare sont les fois où l’on change son caillou.
Encore un petit dernier, un Electro 35 MC, trouvé dans une brocante, mal en point : couvert de poussière avec un vilain coup sur le pourtour de l’objectif. Je le teste, il déclenche; le télémètre fonctionne. Allez, je négocie pour le plaisir et je l’emporte pour une bouchée de pain.
Rentré à la maison, je le nettoie délicatement, parviens à redresser le tour de l’objectif, trouve une pile et test : tout fonctionne parfaitement. Vraiment solide ces appareils ! Il date des années ’70 (1972) pourtant. Et comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, il tient dans la main.
Contrairement à ses grands frères, il est automatique avec priorité à l’ouverture. L’utilisateur sélectionne celle-ci (en fonction de la sensibilité du film et des conditions météorologiques) et l’appareil règle la vitesse d’obturation. Son automatisme n’est pas débrayable.
Vous aurez noté que les futs des objectifs portent une échelle de profondeur de champ. Rapide et pratique pour utiliser le zone focus (plage de netteté à régler préalablement). Ce qui ajoute encore à l’agrément de ces appareils.
Pour le reste, ce sont de magnifiques objets, solides, qui fonctionnent presque comme au premier jour sans grand entretien ni intervention. A essayer, vraiment, pour le plaisir.
N’étant pas spécialiste, je préfère vous renvoyer auprès de personnes qui ont les compétences et me borner à vous donner mes impressions, toutes subjectives, celles que l’on peut expliquer parce qu’on a eu l’appareil en mains. En bas de page, vous trouverez les adresses utiles.
Le Canonet QL 19 G3 est apparu en 1972, en remplacement du QL 19, sorti moins d’un an avant lui.
QL pour « quick load », à savoir un système tout mécanique assez génial pour charger sa pellicule sans soucis et en épargnant quelques précieuses vues : vous tirez un peu de film, jusqu’à un repère orange, vous vérifiez d’être bien au dessus des roulettes d’entrainement et … vous refermez le dos de l’appareil, armez deux ou trois fois en vérifiant la petite fenêtre au dos et si le porte bobine, à gauche, tourne, c’est bon ! Plus facile qu’un Leica M4 avec sa bobine en corolle…
Et « G III » pour grade trois, ce qui correspond à la troisième évolution du New Canonet.
Pour terminer avec les explications du nom, 19 signifie l’ouverture maximale de l’objectif (de même, vous aurez compris que le Canonet 28 ouvre à f1:2,8, le Canonet 17 ouvre à f1:1,7 … facile pour s’y retrouver !).
C’est un appareil bien équilibré, joli avec sa robe bi-tons, métal et noir (il a existé en noir, mais ils sont rares et … chers). Pas beaucoup de plastic là-dedans. Si nous le comparons au Yashica Electro 35 et Minolta Hi-Matic, de la même époque, ce n’est pas le plus grand mais vous ne pourrez pas le glisser dans une poche non plus (ce qui serait dommage, on ne le verrait pas !). D’ailleurs avec près de 620 gr, il déformerait votre poche.
Il est facile à utiliser, soit en mode tout auto, soit tout manuel. L’avantage est que la pile ne sert qu’à alimenter la cellule et donc en cas de pile usagée, vous pouvez continuer à faire des photos. C’est rassurant. Au sujet de la cellule, elle est sensible au changement de voltage (1,35 V à l’origine). Donc si vous mettez des LR 44 de 1,5 V il aura tendance à surexposer; pensez à corriger (via la sensibilité du film par exemple).
Ce Canonet QL 19 G 3 se place juste en dessous du QL 17 G 3. La seule différence de ce dernier tient dans l’optique qui est un 40mm ouvrant à f1:1,7. Mais le prix du second semble inversement proportionné à cette petite différence : en 2019, un 19 se négociait aux alentours de 50€, en parfait état, alors qu’il fallait compter entre 90€ et 100€ pour un 17 dans le même état (et je ne parle pas de la version noire du 17 qui dépasse souvent les 200€).
Donc, si vous voulez vous faire plaisir avec un bon appareil télémétrique abordable, cherchez plutôt un Canonet QL 19 G 3.
Franchement, c’était un appareil attachant. A part y mettre une nouvelle pile (une LR 44 à tout faire) et changer les mousses devenues collantes, je n’avais rien dû bricoler pour l’emporter en balade.
Juste un petit soucis : la fenêtre du télémètre était « voilée » mais ça n’empêchait pas de viser (télémètre très correct) et faire de belles photos, même par temps (très) couvert, voire en début de soirée. Grâce notamment à un objectif de 45mm assez lumineux (f1:1,9).
Cependant, je l’ai revendu (après avoir nettoyé la fenêtre de visée – très facile à faire sur ce genre d’appareil, enfin surtout grâce aux explications de ce site de référence : http://www.suaudeau.eu/memo/index.html et 35mm-compact.com/compact/canonetql17g3.htm).
Dans mon sac Peak Design Everiday Sling 5l (ouf !) j’ai mis côte à côte le Leica M3 et le Canon P, avec 2 cellules à main (ben oui, j’ai chargé 2 types de pellicules de sensibiltiés différentes, celles que j’avais sous la main, confinement oblige).
Leica M3 de 1957 à gauche et Canon P de 1958 à droite
Et je ne reviendrai pas sur la facilité du chargement de la pellicule dans le Canon P par rapport au Leica … quoique !
Leica M3 à gauche et Canon P à droite
Comme il reste encore un peu de place, j’y ai glissé aussi le Fuji X20 : tout l’univers télémétrique est réuni.
Les balades étant réduites à leur plus simple expression, je vais quand même tenter de finir les films, en attendant de pouvoir les porter au labo.
Bref, je vais pouvoir utiliser les 2 grands rivaux et vous faire part de mes observations, très subjectives.
Tout d’abord, au niveau prise en main, comme je l’avais déjà signalé, c’est kifkif : les deux sont agréables et tout tombe naturellement sous les doigts. Le réglage de l’objectif du Canon est un régal, avec sa petite barre latérale qui aide à la vitesse de mise au point, tandis que le Jupiter 3 demande un peu plus d’attention.
Pour ce qui est du « bruit », les 2 se valent : un clic assourdi pour le Leica, la même chose en plus métallique pour le Canon, et le réarmement se fait dans un silence presque parfait (à peine un petit « rrrrr… » au moment d’armer, et deux fois pour le Leica M3 avec son armement en 2 coups). Ceci étant, vu le peu de personnes présentes, ce n’était vraiment pas un soucis, j’aurais pu armer un Canon A35F sans que quiconque ne le remarque !
Le patch du Leica est un peu plus lumineux mais celui du Canon ne démérite pas, et quand il y a beaucoup de lumière, c’est même confortable qu’il soit un peu assombri.
Au niveau de la visée, le Leica est très clair (hélas sans le cadre pour le 35mm) et on sait visualiser un cadre éventuellement différent avec le petit levier sur la gauche, qui simule la visée avec le 90 ou le 135 mm. Pour le Canon, il faut bien coller son œil au viseur pour bien voir le cadre en 35mm (sans que ce soit vraiment contraignant, sauf peut-être avec des lunettes ?) mais en 50 et 100 mm, pas de soucis, les cadres étant gravés dans le verre. Cela semble juste un peu moins « aérien » qu’avec le Leica mais sans être désagréable ni difficile.
Si je devais ergoter un peu (c’est – vraiment – pour le plaisir), je regrette que le levier d’armement du Leica soit si proche de la griffe flash. En effet, si celui-ci n’est pas un peu dégagé (mode rapide), j’accroche systématiquement la griffe. Ensuite, le retardateur est trop sensible car à chaque fois que je prends l’appareil, je l’accroche et j’entends le petit bruit de minuterie se mettre en route une fraction de seconde.
Très honnêtement, il sera quasi impossible de départager ces deux là, sauf pour des questions d’esthétique ou … de mode ! En effet, le Leica aura toujours plus de cote à la revente, mais sera aussi près de 8 fois plus cher qu’un Canon P à l’achat. De quoi vous permettre d’investir dans de beaux cailloux car, finalement, ce sont eux qui feront la différence au bout du compte. Le Canon P accepte toutes les optiques en standard LTM 39.
Avez-vous remarqué l’intégration de la manivelle de rembobinage dans le capot ? Magnifique, pratique et moderne. Ensuite, le levier d’armement, idéalement posé et avec un petit rainurage pour assurer une bonne prise. Le déclencheur vient naturellement sous l’index, même s’il n’est pas dans le prolongement du levier (le « soft release » est plus esthétique que nécessaire). Le petit levier sur le fut du 35mm facilite la mise au point. Sur le dos à charnière, vous apercevez le disque mémo pour la sensibilité du film (ASA/DIN)
En résumé, voilà deux beaux challengers à avoir dans son sac (enfin, au moins un des deux, restons raisonnables) pour arpenter les rues et se faire plaisir avec des appareils qui ont plus de 60 ans maintenant et qui fonctionnent toujours parfaitement.
Voilà, personnellement, je vais garder le Canon P. Soyons de bons comptes, le Leica est tout aussi bon, mais vous le savez maintenant, même si je ne suis pas collectionneur, j’essaie de garder une certaine cohérence dans les appareils que j’utilise et je reste – tant que faire se peut – fidèle à une marque qui ne m’a – jusqu’à présent – jamais déçu.
Ben oui, dans la vie, faut parfois prendre des risques, alors je m’attaque au mythe du Leica M3 !
Si vous avez lu les articles précédents, concernant le petit comparatif des télémétriques que je vous propose, j’ai finalement eu en mains quelques beaux exemples de ces appareils réputés : du Zorki Ic au Canon P, en passant par le Leica IIIf, un Kiev 4AM et un Zorki 4K.
Mais me direz-vous, ce sont soit des Leica, soit des copies ! Oui, et non (mes lecteurs normands vont être ravis) car oui, Oskar Barnak a inventé un appareil compact en 1913 (le Ur-Leica) mais le premier télémétrique fut le Kodak Autographic Spécial (1916), et non, car dans les années ’30, Leica, Contax, Zeiss ont développés leurs propres modèles, qui ont inspiré d’autres constructeurs (Foca p. ex. en France) et suscité quelques copies, dont des appareils russes, mais aussi japonais (Nikon, Canon, Minolta,…).
Donc tous n’ont pas copié Leica mais beaucoup s’en sont inspirés, avec parfois des avancées que Leica a lui-même intégrées … après.
Ça, c’était avant 1953 car à cette date, Leica a présenté le M3. Qu’avait-il de plus ? Tout d’abord, il a inauguré une nouvelle monture, pour remplacer le vissage de l’objectif sur l’appareil, ce qui était plus rapide pour changer de focale et plus sûr (pas de risque de dévissage, même partiel, qui fausse la mise au point). La fameuse monture M était née. Autre avantage de celle-ci, elle améliore la précision du télémètre avec une correction automatique de la parallaxe. Ensuite, adoption d’un levier d’armement qui assure l’armement de l’obturateur et l’avancement du film, avec le déclencheur dans le prolongement de ce levier. Et, surtout, adoption d’un bloc viseur télémètre aux images confondues, qui supprime les deux « viseurs » des anciens modèles. Grâce à cette prouesse technique, l’image est claire et lumineuse, avec un cadre collimaté avec correction automatique de la parallaxe. Trois cadres sont disponibles, qui couvrent les champs des objectifs 50 – 90 et 135mm.
Oui mais, dès 1951, Zorki présentait le Zorki 3 M qui, s’il utilisait toujours la monture à vis, proposait déjà dans une seule et même fenêtre le viseur et le télémètre ! Ok, il n’était pas collimaté mais le principe était déjà là. Mais c’est une autre histoire …
D’autres améliorations sont à relever, comme la présence d’une « porte » au dos de l’appareil, qui permet de mieux insérer le film et celle-ci est munie d’un presse-film; le compteur de vue est interne et se remet à zéro lorsqu’on enlève la bobine réceptrice; le barillet des vitesses reprend toutes les vitesses (rapides et lentes ensembles, enfin !) et il ne tourne plus lors de l’armement et du déclenchement (on peut changer les vitesses avant ou après avoir armé).
Un bel appareil, en plus, esthétiquement, aux lignes assez intemporelles; mélange Art Déco, du streamline et de l’influence du Bauhaus.
Il connu bien sûr quelques modifications pendant sa carrières, et une descendance, mais le principal était là, dès le début. Il fut fabriqué de 1954 à 1966, à 226 178 exemplaires.
Cet appareil a reçu le meilleur accueil chez les plus grands photographes et il a ouvert une longue lignée de M. Quelques images et photographes célèbres, pour mémoire, que vous pourrez retrouver facilement sur la toile : la photo de Che Guevara d’Alberto Diaz Gutiérrez, dit Korda- 1960 (prise avec un M2, le petit frère du M3); le dernier concert des Beatles par Jim Marshall – 1966; une fleur contre des fusils de Marc Riboud (prise avec un M4, le successeur du M3) – 1967.
De nombreux photographes de Magnum ont utilisé le M3 et son petit frère, le M2.
Pourtant ses jours étaient comptés car un nouveau venu pointait le bout de son nez ; le reflex, dont le fameux Nikon F (1959) puis le Canon F-1 (1971) et ils allaient le remplacer sur la plupart des fronts de guerre.
Cependant, le M3 a gardé de nombreux adeptes, tant en reportage qu’en photo familiale, et en photo de rue, où il excelle par sa discrétion (taille et silence de fonctionnement).
Utiliser un Leica M3, et les M argentique en général, c’est une démarche, au delà de l’aspect snob que d’aucun attache à la possession de ces appareils. Il faut avouer que Leica est cher, très cher (et toutes les raisons données n’enlèvent pas les zéros à ajouter au premier chiffre !). Il faut souvent se résoudre à se tourner vers l’occasion, ce que j’ai fait, vous me connaissez maintenant. Les bonnes occasions existent toujours, même s’il est parfois nécessaire de mettre la main à la pâte.
Les premières photos du M3 que j’ai acheté montraient des signes évidents de pertes importantes dans la vulcanite (le revêtement granuleux en caoutchouc cuit). Un petit coup sur le côté (près du compteur de vue), ce dont j’avais été averti lors de l’achat (les vendeurs allemands, comme les Japonais, sont d’une extrême correction, en général), mais il était précisé que l’appareil fonctionnait parfaitement (visée, vitesses, soit le principal somme toute). Quelques recherches sur le Net pour voir comment faire, une bonne adresse pour les nouveaux recouvrements (http://www.aki-asahi.com/store/, c’est un incontournable, pour les mousses aussi) et me voilà recevant (en une semaine) le « covering » du Japon.
un bel exemple « d’avant – après » : remarquez la perte de vulcanite sous la monture et près du disque de rappel des ISO sur les 2 premières photo et le nouveau cuir sur les suivantes (et les initiales d’un propriétaire précédent)
De grandes feuilles de papier sur la table, quelques lames de scalpel pour faire sauter les morceaux et racler les restes de colle, puis des cotons tige avec de l’acétone pour dissoudre toute la colle restante et bien dégraisser le métal. Enfin, avec précaution, pose du nouveau cuir, d’un beau Navy Blue Crinkled Emboss, en cuir de vachette. Il est comme neuf et, je pense, discrètement personnalisé. Ça m’a pris moins de deux heures, sans me presser. Faisable, non ?
Ceci étant, résumons-nous :
le Leica M3 a créé une rupture dans la lignée des télémétriques de la marque, introduisant des innovations qui le rendaient bien plus facile d’utilisation
c’est un bel appareil, fidèle aux principes du Bauhaus (la ligne épouse la fonction)
c’est un appareil solide, construit pour durer (et toujours réparable) même s’il n’est pas indestructible
c’est un appareil discret (bruit, taille) à défaut d’être léger (logique, il est tout en métal)
MAIS
les années ’60 ont sonné le glas de la plupart des télémétriques, supplantés par le reflex, plus polyvalent et souple d’utilisation
le Leica M3 s’est réfugié dans des niches photographiques, même s’il n’a pas tout à fait déserté les différents fronts de l’époque
sa qualité de fabrication – et celle de ses successeurs (même s’il y eu des ratés) – a créé une aura qui autorise la marque à pratiquer des prix … costauds !
et – encore plus paradoxal – un « club » d’inconditionnels s’est constitué autour de cette légende de qualité, qui acceptent ces prix exhaustifs, créant une sorte d’élite photographique
au delà des ces « esthètes » de la marque, il est intéressant de découvrir le mythe et de s’y frotter, en connaissant ses limites (usage des focales limitées, manipulations qui demandent un peu de connaissances en photographie à l’ancienne) et le coût que cela représente, mais qui reste comme un investissement (le prix de revente est quasi toujours garanti).
Ma conclusion, toute personnelle, enfin : j’ai pris beaucoup de plaisir à manipuler cet appareil, à lui rendre un aspect discrètement plus moderne, mais je n’aurai aucun remord à le revendre car je trouve le Leica M5 plus adapté à ma pratique photographique.
Bon, je résume la légende : en 1913, Oskar Barnak (1879 – 1936), ingénieur chez Leitz et photographe, eut l’excellente idée d’adapter le film utilisé par le cinéma pour la photographie. Ce film, qui défilait verticalement, il le mit à l’horizontale et il définit le format 24×36 que nous connaissons aujourd’hui.
Ce génial inventeur souffrait d’asthme et il rêvait d’appareil portable car, à l’époque, les chambres étaient reines. Ces engins, fabriqués en bois et nécessitant l’utilisation d’un trépied, étaient lourds, encombrants et malcommodes.
Il eut donc une seconde idée géniale, celle de concevoir un appareil tout petit, éminemment portable et utilisant la nouvelle pellicule en 24×36. Il créa ainsi le premier Leica, appelé Ur-Leica. Il n’y en eut que 3, qui servaient à son usage personnel et celui de Ernst Leitz (le patron de l’entreprise où il travaillait, rappelez-vous) et au développement de son idée de « petit film » facile à charger et à développer, ainsi qu’au développement d’objectif pour cet appareil (ben oui, Leitz était une fabrique d’optique tout de même).
La facilité de chargement était aussi un argument important. A l’époque, les Brownie de Kodak nécessitaient d’être renvoyé en usine pour charger/décharger les films qu’ils contenaient. Avec la cartouche contenant le film, inventé par Barnack, le photographe s’affranchissait de cette étape. Il pouvait charger ses pellicules lui-même (au mètre), ou acheter des cartouches toutes faites, les mettre dans son appareil et les retirer une fois le film exposé, sans intermédiaire.
Quand j’écris que c’était plus facile … vous prenez la cartouche à droite, vous tirez environ 10 cm de film, vous recoupez la bande amorce comme indiqué sur le dessin, vous glissez la languette dans la fente de la bobine réceptrice (à gauche), vous réintroduisez simultanément les deux dans l’appareil, en faisant glisser le film dans la fente en bas de l’image, vous « clipsez » la bobine et la cartouche, armez une fois pour vérifier que le film est bien inséré (le bouton de rembobinage doit tourner), refermez la plaquette et sa clé de sécurité, armez encore 2 fois pour être certain, remettez le compteur de vue à zéro, et c’est parti … en fait, avec un peu d’habitude, c’est assez rapide… bien plus que les semaine d’attente pour que votre Brownie ne revienne de chez Kodak
Bref, il fallut encore attendre 10 ans avant de voir cet appareil commercialisé, la guerre de 14-18 était entretemps passée par là.
Le premier Leica fut le Leica I ou encore appelé Leica A et il sortait en 1925. Oskar Barnak avait eu le temps de perfectionner son premier jet et donc ce Leica I possédait un objectif fixe mais rentrant (gain de place), deux rideaux pour l’obturateur (ce qui permettait d’armer l’appareil sans devoir masquer l’objectif), un compteur de vue manuel et un viseur (pas encore télémétrique).
Evidemment, après le Leica I vint le Leica II. Nous sommes en 1932 et cet appareil contient tout ce qui fera la réputation et les « standards » de l’appareil dit télémétrique. En effet, c’est cet appareil qui introduit le principe du télémètre couplé et les objectifs interchangeables au pas de vis 39, notamment.
Ensuite, en 1933, Leitz présenta le nouveau Leica, le Leica III. Si la forme restait la même, le télémètre avait encore évolué, on pouvait dorénavant porter le Leica avec des lanières (introduction des œillets de portage), le viseur était équipé d’une correction dioptrique. Bien sûr cet appareil connu des améliorations mais la silhouette restait la même et ce fut un succès commercial. Les plus grands photographes de reportage ont utilisés cette fabuleuse machine.
La photo appelée « mort d’un milicien » de Robert Capa (1936), la photo « Le drapeau rouge sur le Reichstag » d’Evgueni Khaldei (1945) – à ce sujet, la photo fut bien prise avec un vrai Leica et non une copie russe ! , « Supports de générateurs hydroélectriques, chez Siemens-Schuckert », de Paul Wolff (1936), les photos de la guerre d’Espagne de Greta Taro (compagne de Robert Capa), les premières photos d’Henri Cartier-Breson (1930), les photos d’Elliott Erwitt dont la célèbre North Carolina-USA (montrant la ségrégation raciale aux USA), David Douglas Duncan, célèbre photographe de guerre américain, …. et tant d’autres ont démontré que cet appareil était, à l’époque, une des meilleurs au monde et surtout le plus passe-partout et solide, quelque soit le terrain des opérations.
Le Leica IIIf fut le dernier représentant des Leica à vis (objectifs à viser) … depuis 15 ans, un nouvel appareil était en gestation …
1954 créa une rupture et ouvrait une nouvelle légende : le Leica M3 apparut sur le marché … mais c’est une autre histoire que je vous raconterai quand je vous présenterai l’appareil.
Heu… pour être tout à fait complet, le système à vis eut un dernier sursaut, le Leica IIIg, produit après la sortie du M3, mais seulement quelques années, de 1957 à 1960. Etait ce pour satisfaire les irréductibles fervents du Leica de la (première) légende ?
Le Leica IIIf qui nous préoccupe fut produit de 1950 à 1957. D’abord présenté sans retardateur (comme le mien, qui date de 1951), il intégra ensuite cet accessoire.
Personnellement, je trouve que c’est un très bel appareil, qui fait la synthèse entre les plus anciens et qui propose déjà des solutions plus modernes, comme les deux viseurs très rapprochés, qui évitent – presque – la gymnastique d’aller de l’un à l’autre
Il délivre des images de très haute qualité provenant d’un appareil photo petit et léger. Heu, ça dépend quand même aussi des optiques montées dessus: pour ma part, j’ai installé un Jupiter 3 de 1955 (élaboration russe à partir de la formule optique d’un Sonnar Zeiss 50mm f1:1,5) . De nos jours, le Leica IIIf est l’un des moyens les moins coûteux d’accéder au système Leica. Et, surtout, il a l’air si décalé et si ancien que personne ne vous en voudra d’être pris en photo avec ça !
Par contre, l’action, la prise de vue rapide, c’est pas sa tasse de thé – en tout cas pour nous qui redécouvrons cet appareil qui fut quand même de reportage (voir paragraphe ci plus haut). Le Leica IIIf se règle avant la prise de vue : il faut armer l’appareil, vérifier avec une cellule à main (ou la règle du « sunny 16 ») l’ouverture, régler la vitesse en fonction, cadrer, vérifier avec le télémètre, recadrer et … déclencher ! Ouf … Quoique cela puisse être, finalement, un avantage : vous pensez à la photo que vous allez saisir, vous réfléchissez aux réglages pour lesquels vous optez, vous examinez votre cadre avant de déclencher … Toute une philosophie en somme … Quoique les photographes de reportage de l’époque s’en accommodaient fort bien, question de pratique.
De fait, il est vraiment petit, surtout avec un objectif rentrant (comme le Zorki 1c que je vous ai présenté il y a peu). Il est en tout cas moins grand que le M3 qui lui succède. Il est léger : tout nu, il pèse 432gr (contre 592 pour le M3) et avec un Jupiter 3, il fait 582 gr sur la balance. Enfin, il est silencieux, juste un clic un peu sourd.
Comparaison de tailles : derrière à gauche, le Leica M3 et à son côté, le Leica M5; devant, le Zorki Ic et le Leica IIIf
Une bien belle machine à faire des photos et à rêver …
Ceci étant, la qualité de fabrication, qui est bien réelle, à son revers : à moins d’être un excellent bricoleur, patient, méticuleux, il est difficile de démonter un Leica IIIf, ne fut-ce que pour nettoyer le télémètre qui, avec les années, peut devenir un peu moins lumineux. Vous verrez quelques tutos à ce sujet sur la grand toile. Par comparaison, démonter un Zorki Ic est (presque) un jeu d’enfant et bien plus facile. Et pourtant, le Zorki Ic ne démérite pas au niveau qualité de fabrication. Pour la petite histoire, le SAV de Leica peut encore vous assurer l’entretien et quelques réparations sur ces vieux appareils. Costaud je vous disais …
Comparatif entre le Zorki Ic (à gauche) et le Leica III f (à droite)
Je vais attendre un peu avant de vous présenter les sensations de prise de vue et les photos captées avec cet appareil, les circonstances actuelles (confinement) ne me permettent pas de déposer le film dans mon labo habituel ni de sortir bien loin.
Une sortie en ville qui s’apparente à déambuler dans un monde post apocalypse … vraiment étrange … tout ça à cause d’un petit virus au nom bizarre …
Bref, le ciel était laiteux, il ne faisait pas franchement froid, juste un peu humide sur la ville de Mons, avec son marché dominical. Qui ressemblait à un triste désert, avec des scènes irréalistes de (très) rares chalands faisant la file en respectant les distances, en ligne ou en quinconce … jamais je n’ai pu photographier la Ville avec autant de latitude ! Rendez-vous compte, la Grand’ Place vide, le Marché aux Herbes désert !
Que dire sur le Leica M5 ? Il fait son poids le bougre (937 gr exactement avec son objectif, sa pile et un film en 36 pauses) il n’est pas très facile à porter car c’est un modèle de 1973 avec 2 lugs (je traduis : 2 attaches) sur un seul côté, le gauche, qui devrait le faire porter à la verticale. A l’époque, les ingénieurs de Leica trouvaient ça ergonomique … peut-être mais comme je ne possède pas la lanière ad hoc, je le porte à la main, ou dans mon sling (entendez, mon sac bandoulière). Notez qu’à partir de 1975, ces mêmes ingénieurs ont replacé un troisième lug (attache) sur le côté droit (vous donnant ainsi le choix du portage)
Ceci étant, il est plus volumineux qu’un M3, que le Canon P, ou le Leica IIIf et le Zorki 1c, mais pas désagréable en main : je le sens bien et les « commandes » tombent naturellement sous les doigts.
à titre de comparaison : derrière, de gauche à droite Kiev 4AM, Leica M5; au milieu, le Leica M3; devant, de gauche à droite Canon P, Zorki I et Leica IIIf
En fait de commandes, pas besoin ici de lire 590 pages d’explications indigestes : vous avez réglé la sensibilité ISO (ou ASA), vous réglez l’ouverture, vérifiez dans le viseur ce que dit la cellule et adaptez la vitesse en fonction (ou l’inverse). Simple, rapide, efficace !
Heu … le mode d’emploi fait 36 pages et vous avez compris comment tout fonctionne.
J’ai équipé mon M5 d’un Voigtländer Ultron 35mm f1:1,7, très clair et facile à régler. Avec le grand « patch » du télémètre, c’est un régal, même si j’ai commandé des « black focus wrench » (je traduis : des bouts de caoutchouc à coller pour mieux sentir la bague de distances).
J’avais envisagé de l’équiper de mon Jupiter 12 mais de par la conception de la cellule – en fait un bras articulé qui porte la cellule et se place devant le rideau juste avant le déclenchement – ce n’est pas possible car c’est un objectif qui « rentre » profondément dans le corps de l’appareil et donc qui empêcherait le bras de se déployer, risquant de l’endommager. Quelques autres objectifs aux mêmes particularités ne peuvent être de ce fait montés sur le M5.
le Voigtländer est peut-être moins prestigieux qu’un objectif Leitz mais il est abordable
De fait, comme le M5 est le premier Leica équipé d’une mesure de l’exposition à travers l’objectif (TTL), il n’y a pas d’appendice disgracieux sur le capot (comme les M3), qui sont des télémètres non couplés. Vous devez armer l’appareil pour que la cellule soit opérationnelle (ça économise la pile), puis, lorsque vous visez, une aiguille sur la barre inférieure du verre de visée vous indique où vous devez faire coïncider une autre aiguille, qui bouge avec le sélecteur de vitesse. Vous voyez ainsi apparaître, lors de votre composition, la vitesse sélectionnée, que vous pouvez modifier soit avec le diaphragme, soit la vitesse. Facile, rapide et précis, le sélecteur de vitesse étant un poil plus large que le capot, ce qui vous permet de le faire tourner du bout de l’index sans avoir à quitter de l’œil votre composition.
Ensuite, au niveau discrétion, lorsque vous déclenchez, c’est juste un petit « clic » à peine audible, tout comme lorsque vous réarmez. Vous ne dérangerez personne avec cet appareil même lors d’un discours ou d’un concert. Honnêtement, j’avais toujours été septique quand au silence de fonctionnement des Leica, mais avec celui-ci, c’est un fait avéré.
Bon, il y a quand même un truc agaçant avec cet appareil : le chargement du film ! Il faut ôter la semelle, ouvrir la petite porte au dos, engager la cartouche de film avec une longueur d’amorce d’environ 10cm tirée, amorce que vous devez faire glisser entre les lamelles de la bobine réceptrice, fixe. Je manque sans doute de pratique, mais j’avoue que j’ai un peu galéré avant d’y arriver correctement.
L’avantage de cet assemblage étrange (semelle, porte) est d’assurer une très bonne étanchéité à la lumière une fois le tout refermé.
Résultat ? Ben disons dans … – on ne sait pas vu le confinement prévu jusqu’au 19/04/20 – mais le temps de déposer le film au labo et de le recevoir, développé et scanné en haute résolution sur un CD.
Sinon, première impression : très bonne, vraiment. L’appareil fait son poids mais il est tout à fait portable, même si je cherche une lanière pour avoir plus facile. Il est agréable à prendre en main (juste une petite remarque : j’accroche sans cesse le bouton du retardateur) et facile à régler. Silencieux comme dit plus haut. Restera à voir la qualité des photos délivrées.
Franchement, si je n’ai aucun scrupules à revendre le Leica M3, je sais que je garderai ce M5 : il a été mon premier Leica et surtout, il est très agréable à utiliser.
Mal aimé par les puristes de la marque, il mérite pourtant le détour, ne fut-ce parce qu’il a déjà une cellule, précise, intégrée et que, hormis les 2 attaches bizarrement placées sur le côté, il est très agréable à manipuler. Son poids le rend très stable.
Franchement, un bon achat à prévoir, d’autant que les prix ne s’envolent pas encore sur le grand site de vente, sur lequel vous en trouverez pas mal en excellent état. Attention toutefois, il n’en fut pas produit des centaines de millier (96.999 exactement).
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