Argentique

L’étonnant Exakta RTL 1000

Préambule.

C’est comme d’habitude sur une brocante que je l’ai trouvé mais le soucis, quand j’accumule des appareils à vous présenter, c’est que je ne me souviens pas toujours d’où ils viennent. Notez, cela a peu d’importance.

Ce dont je me souviens, c’est que j’ai dû batailler ferme pour l’emporter à un prix décent, le vendeur ayant été voir le prix sur Internet mais ne savait absolument pas de quoi il s’agissait, un comble ! De plus, le miroir reste collé.

Bref, je vérifie vite fait si la pile n’a pas coulé, avant qu’il ne se ravise et change d’avis, et hop, dans le sac à dos.

Je m’apercevrai plus tard que l’objectif a été monté de travers …

Ce qui m’a attiré sur cet appareil, outre la marque, c’est l’appendice dont je vous parlerai ensuite, et le côté délicat de ce cube de métal taillé à la serpe (sorry, vilaine allusion à l’emblème soviétique des années de fer).

Un peu d’histoire.

Ce n’est pas la première fois que j’aborde cette marque et donc vous retrouverez l’histoire dans des articles tels que l’Exakta Varex 2a ou l’Ihagee Exa type 6 et bien sûr le site de la marque Ihagee.

Juste rappeler que si Ihagee a été une marque établie à Dresde en 1912, créée par un néerlandais, Johan Steenbergen , après la seconde guerre mondiale elle passe en Allemagne de l’Est, sous contrôle soviétique. L’usine a été détruite par les alliés et le directeur nazi, n’ayant pas pu racheter l’entreprise à son fondateur, a tout fait pour la mettre en faillite.

Mais avant ce désastre, la marque a produit quelques beaux et rares appareils, comme un Box reflex, un folding reflex et, surtout, l’appareil considéré comme le premier vrai réflex direct avec miroir derrière l’objectif, l’Exakta (1933), qui donnera naissance au Kine Exakta en 1937.

A son apogée, les reflex Exakta étaient prisés par les photographes professionnels parce que tout un système avait été développé autour de ces appareils : large gamme d’objectifs, flashs, filtres, accessoires divers. Même le cinéma lui a rendu hommage

Au sortir de la guerre, l’Etat prend 30% des parts de l’entreprise et en 1968 elle est absorbée par le VEB Pentacon.

L’appareil de cet article sera donc un pur produit de l’Allemagne de l’Est, sous la bannière Pentacon, qui fabriquait aussi les Praktica, entre autre.

D’ailleurs, légalement, Pentacon ne pouvait pas utiliser la dénomination Exakta, toujours propriété de Johan Steenbergen et ses descendants. Hormis dans la sphère d’influence soviétique, cet appareil s’appellera donc RTL 1000 pour tous les pays d’exportation. Les marquages successifs indiquent si les appareils étaient destinés au marché interne ou à l’export.

Dans ce boitier, in fine, il n’y aura plus que la baïonnette pour rappeler l’origine réelle de ce réflex.

Présentation de l’Exakta RTL 1000.

La particularité des Exakta était leur forme inhabituelle, un peu en forme de triangle aux angles arrondis, que l’on voit bien ici sur cette photo de l’article sur l’Exakta Varex 2a.

Vue de dessus d'un appareil photo Exakta RTL 1000, mettant en évidence sa structure métallique distinctive et l'objectif attaché, avec un clavier d'ordinateur en arrière-plan.

Or ici, le boitier a été fabriqué en rupture totale avec ce design et Pentacon est parti sur la base du Praktica L : un bloc rectangulaire, comme taillé dans la masse.

A la base, c’est un boitier sans cellule, avec un puits de lumière à la place du pentaprisme, que l’on peut ôter (autre réminiscence des anciens Exakta).

Vue du dessus d'un appareil photo Exakta RTL 1000 avec des réglages visibles sur le dessus, incluant la molette de sélection des vitesses et un compartiment ouvert pour le miroir.

Comme tel, c’est un reflex que je qualifierais de basique : vous réglez la distance avec le cercle de microprisme fin, vous réglez la vitesse sur le barillet de sélection et les ouvertures avec la bague de l’objectif.

Pas de cellule, jusque un aide-mémoire pour se souvenir du type de film placé dans la chambre.

Vue rapprochée du sommet d'un appareil photo reflex Exakta RTL 1000, montrant les commandes et la molette de réglage.

Petite singularité, le double déclencheur : un à droite, en face avant, style Praktica, et le second à gauche toujours sur la face, style Exakta (ce qui nécessite un objectif avec un levier pour déclencher).

Si certains détails rappellent les anciens appareils Exakta, il y a des limitations dans le réemploi de certains accessoires : si la plupart des anciens objectifs peuvent encore être utilisés, les puits de lumières et pentaprismes des Exakta anciens ne sont plus compatibles.

Mais reprenons depuis le début : dans les années cinquante et soixante, les Exakta continuent à bien se vendre mais la déferlante japonaise arrive. Dès lors les produits Exakta Dresden commencent à perdre pied. Pentacon prenait de plus en plus de place et la production se faisait maintenant dans ses usines. En 1968, le nom d’Ihagee avait pratiquement disparu.

Un ingénieur de chez Pentacon, Herbert Scholtze, fut chargé de développer un nouvel appareil qui emprunterait aux deux marques, avec un nouveau boitier et des améliorations techniques modernes : ce sera le Prakitca L et l’Exakta RTL 1000. Ils seront présentés à la Foire d’automne de Leipzig en 1969 avec les améliorations suivantes :

  • Carrosserie moderne carrée avec commandes droitières (et gauchères)
  • Obturateur à lame métallique à déplacement vertical avec synchronisation des flashs électroniques au 1/125s et 1/60s pour les ancien flashs (voire même 1/30s pour les magnésiques).
  • Mesure TTL avec le viseur spécial
  • Réinitialisation automatique du compteur de vues
  • Une monture d’objectif révisée supportant des objectifs avec diaphragme automatique interne (comparé à la détente externe des Exakta précédents)
  • Système de chargement du film simplifié

Le nouvel appareil sera fabriqué exclusivement dans les bâtiments de Praktica et les usines historiques d’Ihagee seront louées pour d’autres entreprises n’ayant aucun rapport avec la photographie, une dernière mesure pour éliminer définitivement la marque des esprits.

Revenons donc sur ce viseur spécial, qui assure une mesure de la lumière à travers l’objectif. Franchement cela ne vous pas penser à quelque chose ?

Oui, au moins ces trois appareils japonais avaient un appendice qui assurait la visée avec mesure de la lumière.

Le Penta Prism TTL du RTL 1000 fait à lui seul l’objet d’un mode d’emploi (que vous trouverez ICI.)

Ce n’est pas que ce soit très compliqué mais son utilisation nécessite un peu de concentration :

Diagramme illustrant les contrôles de fonctionnement du TTL Penta Prism, comprenant des descriptions des différentes parties et réglages associés à un appareil photo Exakta RTL 1000.

En cherchant bien, je vous ai trouvé une traduction d’époque pour l’utilisation de cet accessoire.

Régler la sensibilité du film sur un appareil photo, avec des instructions concernant le choix de la vitesse et l'ouverture diaph.
Instructions en français pour sélectionner l'ouverture de diaphragme et régler la durée d'exposition sur un appareil photo Exakta RTL 1000.

On a fait plus simple depuis, convenons-en !

Quelques mots encore sur la baïonnette : si c’est bien celle de l’Exakta, elle a néanmoins été modifiée pour supporter une broche pour fixer l’ouverture (comme sur les objectifs M42 de Praktica). Il a donc existé des objectifs à monture Exakta pour cet appareil qui pouvaient se fermer automatiquement sur le diaphragme sans utiliser un bouton externe, comme tous les autres Exakta.

Gros plan sur le boîtier d'un appareil photo Exakta RTL 1000 montrant la monture d'objectif et le sélecteur de vitesse.

Enfin, dernière spécificité, les vitesses lentes. Sur le cadran, la plus lente est notée 1s or l’appareil peut donner des vitesses lentes de 2 – 4 – 8s, mais pour cela il faut utiliser le … minuteur, sur lequel ces trois chiffres sont notés.

Détail de la molette de réglage sur le boîtier de l'Exakta RTL 1000, montrant les réglages de vitesse et un interrupteur placé à proximité.

En pratique, il faut d’abord mettre la molette supérieure sur la position B. Il faut alors remonter le minuteur puis choisir la vitesse désirée avec le disque inséré dans la commande de ce dernier. Il suffit ensuite de déclencher, avec le déclencheur de gauche ou de droite. Notez qu’il est indispensable d’avoir posé l’appareil sur un trépied ou une surface plane, pour qu’il ne bouge pas.

Que penser de cet appareil ?

Si on démontait la platine avant, celle qui porte la baïonnette Exakta, nous aurions devant nous un Praktica. In fine, la seule différence resterait les deux déclencheurs, Praktica à droite et Exakta à gauche, avec la complexité sans doute inutile d’un mécanisme interne pour que cela fonctionne en harmonie.

Serait-ce que même en Allemagne de l’Est, à l’époque, un service marketing a joué sur la notoriété d’une marque que même le pouvoir en place a rayé de la mémoire collective, du moins dans ce régime collectiviste (aïe, pas fait exprès) ?

Il n’y a donc que les photographes de l’Ouest qui se souvenaient de l’excellence des Exakta ? Mais ils durent vite déchanter car ils avaient bel et bien un Praktica entre les mains. Non pas que ceux-ci fussent fondamentalement mauvais, mais ils étaient loin de la rigueur d’assemblage, de l’idée même que l’appareil fasse partie d’un système (accessoires, objectifs dédiés pour répondre à la demande des photographes professionnels ou amateurs exigeants), ce qui fit la renommée de la marque au soleil et au croisant de lune !

Vue rapprochée du logo Ihagee sur le boîtier d'un appareil photo vintage, montrant un design classique avec des détails métalliques.

Cet appareil est le canard boiteux des deux marques : pas vraiment un Exakta ni un Praktica, et de ce fait, mal considéré par les collectionneurs. Pourtant, avant qu’il ne soit remplacé par le Praktica VLC, cet Exakta, le dernier du nom, sera lui toujours inscrit dans cet univers d’accessoires dédiés et fort apprécié des photographes qui trouvaient en lui un substitut abordable aux Nikon ou Minolta.

Illustration de l'Exakta RTL 1000 montrant les différents viseurs interchangeables et le boîtier de l'appareil avec l'objectif.

En préambule, je signalais les quelques problèmes de cet exemplaire :

  • le verre de visée reste collé, bloqué par le mécanisme
  • l’obturateur à lames métallique remonte bien mais arrivé en haut (à la fin de la manœuvre d’armement), il retombe
  • l’objectif avait mal été remonté et le petit tenon ajouté à la monture est un peu plié parce qu’on l’a forcé

Mais il reste l’objectif, un Oreston Meyer-Optik Görlitz de 50mm ouvrant de f1,8 à f16, avec la particularité de descendre à 33cm pour la mise au point minimale. Il offre, parait-il, ce fameux bokeh tourbillonnant tant apprécié et recherché.

Je ne pense pas que j’essaierai de le réparer, la mécanique est complexe. L’Exakta RTL 1000 fut produit pendant 4 années et fut un relatif échec commercial, alors que son frère, le Praktica L, allait donner naissance à une nombreuse descendance qui ne s’éteindra qu’avec la chute du mur de la honte.

Ceci étant, si vous en trouvez un en très bon état, prenez-le, cela reste un bon appareil, original et c’est un morceau de l’histoire de la photographie qui s’est fermé avec lui, il mérite donc bien un peu d’attention.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA ou encore ICI (en français).

  • Exakta RTL 1000 sous l’ère Pentacon (Allemagne de l’Est – DDR)
  • Production de 1969 à 1973
  • Quantité fabriquée : +/- 85.600 toutes séries confondues
  • Réflex à objectif interchangeable, baïonnette Exakta
  • Obturateur à plan focal vertical métallique
  • Vitesses de 8s à 1/1000s plus pose B
  • Synchro flash X – M à 1/125s ou 1/30s
  • Poids nu 610gr, 750gr avec prisme et posemètre
  • Posemètre : aucun dans l’appareil, viseur TTL accessoire avec cellule CdS couplée avec aiguille de correspondance dans le viseur
  • Sensibilité de la cellule : de 6 à 800Asa
  • Objectif de dotation : Oreston Meyer Optik Görlitz 50mm ouvrant à f 1,8
  • Retardateur d’environ 10sec.
  • Pile de 1,35v pour le Penta Prism avec cellule (à remplacer par un pile PX625 de 1,5v)

Des références.

https://cameracollector.net/exakta-rtl-1000/, https://camera-wiki.org/wiki/Exakta_RTL_1000, https://mikeeckman.com/2022/01/exakta-rtl-1000-1969/, https://kosmofoto.com/2020/04/kosmopedia-exakta-rtl-1000/, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/exakta-rtl1000-oreston-50mm-review-vintage-film-slr-kit, https://learncamerarepair.com/product.php?product=124&category=2&secondary=26 (pour les réparations), https://oldcamera.blog/2017/07/19/exakta-rtl1000/, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2893-Ihagee_Exakta%20RTL%201000.html, https://fotobox.over-blog.fr/2023/06/exakta-rtl-1000.html, en français ; https://photobutmore.de/exakta/rtl/, en allemand

Argentique

Le Yashica TL Super, un réflex précurseur ?

Préambule.

Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais plus trouvé un reflex intéressant sur une brocante, et en bon état.

Alors quand j’ai découvert ce Yashica, avec son sac tout prêt propre et ses modes d’emploi, je n’ai pas hésité. Après une petite négociation, il a atterri dans le sac à dos où il est resté bien seul.

Il faut dire que j’essaie, dans la mesure du possible, de restreindre mes achats à des appareils originaux et en bon état. Pensez donc, avec près de 800 articles sur le site, cela fait beaucoup de matériel. Celui-ci fait donc partie de ces beaux appareils attirants.

Un peu d’histoire.

L’entreprise est née en 1949, tout d’abord sous le nom de Yashiama, un dérivé de Yoshihama, le nom donné aux 8 îles qui composent le Japon. Ensuite, ce sera Yashinon et enfin Yashica en 1958.

Sa première spécialité sera la fabrication de composants pour … horloges électriques, avant de se ré-orienter vers la fabrication d’appareils photo, alors en vogue au Pays du Soleil Levant.

Les premiers appareils produits seront, disons, très inspirés de la star de l’époque, le Rolleiflex. Ce premier jet s’appellera Pigeonflex (1953), un 6×6 qui aura la bonne idée d’être très abordable et qui aidera à populariser ce type d’appareil au Japon.

Ensuite, dès 1957, se sera le début de l’aventure des Yashica Mat, une évolution majeure du précédant et qui se vendra très bien à l’international, faisant ainsi découvrir la marque dans le monde.

Si on veut résumer la sucess story de la marque, on peut le faire quelques dates et produits phares :

  • 1953, le Piegeonflex suivi du Yashimaflex, les premiers 6×6
  • 1957, le Yashica Mat, la référence en 6×6 japonais
  • 1958, le Pentamatic, un réflex avec baïonnette propriétaire et diaphragme automatique
  • 1958, acquisition de Nicca, spécialisé dans les télémétriques
  • 1962, adoption de la monture Zeiss/Praktica M42 et production du reflex Penta J
  • 1965, les Electro 35, les premiers télémétriques contrôlés électroniquement
  • 1968, le Yashica Mat-124, un TLR abordable et performant
  • 1968, acquisition de l’opticien Tomioka, le plus réputé du Japon à l’époque
  • 1969, rachat de Zunow Optical Industry Co. Ltd., entreprise innovante en réflex et cinéma
  • 1970, lancement du Yashica Mat-124G, un TLR avec posemètre intégré, utilisation de films 120 et 220
  • 1972, le Yashica TL-Electro, un réflex à posemètre intégré électronique et obturateur Copal contrôlé électroniquement
  • 1973, en collaboration avec Carl Zeiss, lancement du Top Secret Projet 130 qui donnera naissance au Contax RTS, appareil avec obturateur électronique
  • 1975, les Yashica FR, des réflex avec des obturateurs électroniques équivalent aux Contax
  • 1979, lancement du FX-3 à destination des débutants mais avec les optiques C/Y (Contax/Yashica), fabriqué par Cosina
  • 1983, rachat de Yashica par Kiocera (Kyoto Ceramics)
  • 1985, introduction du FX-103, toujours en collaboration avec Contax, premier reflex de la marque avec flash TTL et mode d’expositions programmées
  • 1986, le Samouraï, un étrange réflex demi-format aux allures futuristes
  • 2005, Kyocera arrête la production des appareils photo
  • 2008, vente des droits de la marque Yashica au groupe MF Jebsen (Hong Kong)

Voilà encore une marque qui disparait trop tôt, avec perte et fracas car depuis sa revente, les projets de relance du nom se sont heurtés à des initiatives dépourvues d’intérêts et très hasardeuses.

A l’époque de leur premier reflex (1958), le Pentamatic, Yashica a commis une erreur, celle d’utiliser une baïonnette propriétaire et de lancer trop peu d’objectifs pour accompagner l’appareil. La plupart des concurrents utilisaient parfois de telles montures, mais avec une gamme de focales conséquente (Nikon et sa monture F, ou Canon et sa monture FL) ou alors ils utilisaient la monture dite universelle, à viser, la M42. Cela permettait d’élargir les possibilités d’optiques pour les clients.

Mais revenons à 1966, date à laquelle le TL Super est apparu sur le marché, et même encore un peu avant cette date.

La série J (1961) succède à la série des Pentamatic à laquelle elle diffère par l’utilisation de la monture M42 (dite universelle) et non plus une monture propriétaire. Il faut encore viser à la pleine ouverture avant d’armer le déclencheur mais il bénéficie déjà d’une cellule que l’on vient clipser sur le devant de l’appareil.

Puis vient donc la série TL, qui sont leurs premiers TTL (Throug-the-Lens = à travers l’objectif), une mini révolution.

Cette série ne s’arrêtera qu’en 1978 et on peut y noter les appareils suivants :

  • TL- Super, avril 1966
  • TL, novembre 1967, semblable au TL Super mais aux vitesses limitées et sans verrouillage du miroir
  • TL Electro-X, octobre 1968 Type 1, remplace les aiguilles de la cellule par des diodes et l’obturateur est électronique
  • TL- E, juin 1969, la même chose mais avec obturateur mécanique
  • ITS, décembre 1970, idem que le TL Electro X mais uniquement en finition noire
  • Electro AX, mars 1972, propose l’exposition automatique à priorité ouverture
  • TL- Electro, avril 1972, version allégée du TL Electro X avec obturateur mécanique
  • FFT, juillet 1973, une version light du TL Electro avec obturateur mécanique, retour à la mesure de la cellule via une échelle à aiguille et reprise des piles au mercure !

Si comme la série précédente elle utilisait encore la monture M42, cette fois, elle inaugurait la mesure de la lumière directement à travers l’objectif, avec une cellule interne, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent, contrairement au Pentax Spotmatic, qui utilisait encore des piles au mercure. Selon la légende, ce serait le premier appareil à passer à ce type de piles.

Mais nous allons voir tout cela en détail …

Présentation du Yashica TL-Super

C’est un bel appareil, tel qu’on se représente les reflex des années soixante – septante : tout en métal, bis-coleurs. Oui, il fait son poids (pas loin du kg avec un 50mm) mais il respire la solidité, l’assurance tranquille d’un appareil fait pour traverser les ans. La preuve ? Celui-ci fonctionne comme au premier jour.

Dans l’historique ci-dessus, je précisais que cet appareil était de la veine des Pentax Spotmatic SP, mais aussi des Minolta srT101, des Canon FT QL, du Nikon F ou du Nikkormat FTn. La famille des incassables comme j’aime parfois l’écrire.

Voilà le portrait tracé, voyons maintenant de plus près ce qui fait sa particularité.

Illustration annotée d'un appareil photo Yashica TL Super, montrant les différentes parties et fonctionnalités, avec des numéros correspondant aux éléments décrits.
Schéma du Yashica TL Super avec des annotations des différentes parties de l'appareil, montrant la tige guide de la bobine de film, le verrou du couvercle, le viseur, et d'autres composants importants.

Le Yashica TL Super est donc un appareil reflex qui possède deux résistances au CdS montées à l’intérieur du viseur et qui mesure avec précision le degré moyen de la lumière qui passe à travers l’objectif avant de frapper le film (TTL).

Cette cellule, alimentée par une pile à l’oxyde d’argent* de 1,5v (là aussi une petite révolution car habituellement on utilisait encore des piles de 1,35v au mercure), était bien plus précise que celles au sélénium.

Allumez la cellule en abaissant le curseur ; l’exposition est parfaite lorsque l’aiguille du posemètre est centrée. Cette manœuvre obscurcit la visée, surtout si l’ouverture choisie est petite. Remontez le curseur pour fermer la cellule. L’ouverture de l’objectif s’ouvre alors complètement et vous pouvez visez alors très clairement. N’oubliez donc pas de remettre le curseur en position OFF, vers le haut, sous peine de vider la pile trop rapidement car la cellule restera sous tension.

Appareil photo reflex Yashica TL Super, vue de côté montrant l'objectif et le boîtier en métal.

Ensuite, une griffe flash faisait son apparition sur le toit du pentaprisme, pour alimenter un flash synchronisé au 1/60s. Notons qu’il existe toujours une prise PC pour l’utilisation de flashs plus anciens

Il y aura deux versions du TL Super : la première utilise un verrou situé sur la semelle pour ouvrir la porte arrière, le levier d’armement est tout en métal, les objectifs sont des Auto Yashinon-DX à nez chromé, disponibles en deux ouvertures différentes, soit un 50mm ouvrant à f1,7 ou à f1,4.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super, montrant des boutons de réglage et la griffe de flash, avec un objectif monté en arrière-plan.

L’appareil que je vous présente aujourd’hui fait partie de cette première version.

La seconde version adopte des éléments plus modernes comme le levier d’armement avec un embout en plastique noir, le fait de tirer vers le haut la molette de rembobinage pour ouvrir la porte et des objectifs, toujours en 50mm, mais des Auto Yashinon-DX à nez noir en f1,7 ou f1,4.

Ces deux objectifs possèdent un curseur qui glisse de A vers M. Si vous voulez mesurer la profondeur de champ de votre prise de vue, il faut faire glisser ce curseur sur A (lettre M visible). Ensuite, la mesure faite, il faut remettre le curseur sur M (lettre A visible) pour avoir le diaphragme entièrement ouvert et donc une visée claire.

De plus il propose une fonction de verrouillage du miroir, que l’on ne retrouvait souvent que sur des appareils plus sophistiqués, destinés aux professionnels.

Vue rapprochée d'un appareil photo Yashica TL Super, montrant l'arrière avec son revêtement en cuir et l'objectif monté.

Une petite publicité d’époque, sympathique.

Une femme souriante tenant un appareil photo Yashica TL Super, avec un texte promotionnel en arrière-plan en français indiquant 'faites-vous des amis'.
Source : yashicasailorboy. Sympa la publicité d’époque.

Son viseur, large et clair, porte un cercle avec micro-prisme au centre du dépoli. Je regrette seulement qu’il ne possède pas un stignomètre divisé, plus précis pour viser juste, mais c’est tout personnel. Sur la droite, un cadre dans lequel doit évoluer l’aiguille indicatrice de la cellule.

Diagramme représentant un cercle avec un contour et une ligne stylisée sur la droite, sur fond blanc.

Enfin la monture est celle dite universelle, la M42 développée par Carl Zeiss (Contax S) et Praktica. C’est une monture à viser, très courante à l’époque et qui offre un vaste choix de beaux cailloux dans de nombreuses marques différentes.

Les objectifs Yashinon sont excellents, très proches des Super Takumar d’Asahi Pentax, que vous pourrez donc monter dessus, tout comme un Hélios 44-2 russe ou l’un des nombreux objectifs allemands de l’époque.

Vue de dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super avec un objectif Auto Yashinon DX de 50mm f/1.7, sur une surface de travail.

Voici une idée des objectifs proposés par Yashica :

Illustration des lentilles interchangeables pour le Yashica TL Super, montrant différents modèles et spécifications.
Une série d'objectifs pour appareil photo Yashica, présentant divers modèles allant de 80 à 800 mm, avec spécifications et caractéristiques visibles.

Ceci sans compter les tubes allonges, les soufflets et autres accessoires (filtres, viseur d’angle, etc. ).

Sur le dessus de l’appareil, à gauche, la molette de rembobinage posée sur la couronne pour régler la sensibilité, en Asa et Din (de 25 à 800 Asa). Au centre, sur le pentaprisme, la griffe de flash avec point de synchro. A droite, le levier d’armement avec, à son côté, le compteur de vue (qui se remet à zéro à l’ouverture de l’appareil) ; sur le devant, le déclencheur, avec un pas de vis pour y attacher un câble souple ; enfin, le sélecteur de vitesse, gradué de 1s à 1/1000s** plus la pose B et le témoin de synchro flash au 1/60s.

Vue de dessus d'un reflex Yashica TL Super avec un objectif, boutons de réglage et griffe de flash visibles, posé sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

La face avant est tout aussi dépouillée, avec juste le levier du retardateur, celui pour relever le miroir (contre le porte objectif) et de l’autre côté, toujours sur le porte objectif, le curseur pour activer la cellule et au dessus, la prise PC pour les anciens flashs.

Vue détaillée du Yashica TL Super, un appareil photo reflex avec un boîtier en métal et un objectif 50mm, sur un fond de bureau.

Reste la semelle, qui porte en son centre un filet pour y fixer un trépied et à côté, le cache de la pile ; à droite, le petit bouton pour le débrayage lors du rembobinage ; à son extrémité gauche, le verrou de la porte arrière.

Vue du dessus d'un appareil photo reflex Yashica TL Super, montrant les commandes, le viseur, et le tirage d'objectif.

Rien de plus, rien de moins et largement assez pour faire de bonnes photos, sans fioritures inutiles.

L’objectif qui est monté sur cet exemplaire est celui de la monte d’origine, un 50mm donc, qui ouvre à f1,7 jusque f16. La bague d’ouverture est près du boitier, crantée ; celle de la distance est plus à l’avant avec une large bague métallique striée pour une meilleure préhension. Tout l’objectif d’ailleurs est en métal, sauf le bouchon, en plastique. L’ouverture choisie apparait dans une fenêtre sur le dessus de l’objectif et une table de profondeur de champ.

Là encore, du costaud, sans artifice mais de la qualité.

Enfin, petite astuce trouvée sur yashicasailorboy pour trouver la date de fabrication de votre appareil :

Il est facile de décoder le numéro de série de votre appareil car Yashica utilisait un code de date à 3 ou 4 chiffres au début du numéro de série. Par exemple, voici un numéro de série sur un TL-E (90607952) 9 = 1969, 06 = juin, 07952 = 7 952e réalisé ce mois-là dans la séquence à partir de 00001.

Voici un TL (2816946) 2 = février, 8 = 1968, 16946 = 16 946e réalisé ce mois-là dans la séquence.

Celui que je vous présente porte le numéro 3600254, donc si je suis cette logique, il date de mars 1966 et est le 264ème produit. C’est vraiment un des tout premiers car il ne sera vendu qu’à partir d’avril 1966 !

Pour vos donner une idée de ses capacités, voici quelques exemples de photos prises avec le Yashica TL Super, ICI.

*L’avantage de cette configuration est que l’on peut remplacer l’oxyde d’argent par une pile alcaline ou même au lithium pour autant que le voltage soit de 1,5v

**Notons que la vitesse du 1/1000s à l’époque n’était pas commune, on plafonnait souvent au 1/500s, sauf les appareils destinés aux professionnels.

Que penser de cet appareil ?

Oui, l’appareil fait son petit poids mais c’est la rançon de la qualité de sa fabrication. Prévoyez une bonne sangle de portage et vous voilà paré pour le sortir faire des images.

A son époque, c’était un appareil assez révolutionnaire avec sa cellule et sa visée TTL, sa vitesse d’obturation rapide (1/1000s), sa griffe flash avec synchro, sa large compatibilité d’objectifs avec la monture M42. Il a fait le bonheur de nombreux photographes, qui appréciaient sa tenue en main, sa qualité de fabrication, sa facilité d’utilisation.

Pas de mauvaises surprises avec lui et avec un peu d’attention et d’habitude, vous serez armé d’un appareil bon pour encore un long service.

Autre avantage, il ne faut pas ici recalibrer ou trouver des astuces pour utiliser la cellule avec une pile de 1,5v alcaline car c’était déjà la tension de l’époque. Et même si un jour celle-ci venait à vous quitter, le boitier est toujours pleinement fonctionnel, l’obturateur est mécanique.

Vidéos d’illustration.

Pour bien le nettoyer et le remettre en route.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type de film : 135 (24x36mm)
  • Monture à vis M42
  • Objectifs : 50mm ouvrant à f/1,7 Auto Yashinon DX + bien d’autres
  • Miroir réflexe avec pentaprisme
  • Obturateur en tissu au plan focal
  • Vitesses : B, 1s – 1/1000s , plus retardateur 10s et synchro X du flash
  • Posemètre : TTL derrière le miroir capteur CdS avec exposition par aiguille de correspondance
  • Batterie : LR44
  • Flash : griffe synchro et prise PC
  • Poids : 703gr nu, 955gr avec objectif 50mm Auto-Yashinon f1,7

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10308-Yashica_TL-Super.html, , en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Yashica_TL, https://thenoisyshutter.com/2023/03/08/classic-camera-review-yashica-tl-super/, https://mikeeckman.com/2015/12/quick-review-yashica-tl-super-1966/, https://yashicasailorboy.com/2024/01/05/yashica-tl-super-3/, https://yashicasailorboy.com/2016/06/16/yashica-tl-super/, https://camera-wiki.org/index.php?title=Yashica_TL, https://en.wikipedia.org/wiki/Yashica, en anglais

Argentique

Une seconde chambre à identifier, une Ihagee

Préambule.

Celle-ci non plus je ne me souviens plus quand je l’ai achetée, ni où. Elle m’avait attirée car elle était dans sa boite avec 6 plaques, dont quelques unes étaient encore garnies de plan-film (je l’ai vu trop tard !) et qu’elle possédait des réglages tous azimuts.

Mais comme pour la précédente, la Certo, il a été très difficile de trouver de quel modèle il s’agissait car Ihagee est surtout connu pour son Exakta et ses Exa, qui sont largement mis en valeur, moins semble-t-il pour ses chambres.

Et pourtant, il y en eut …

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas reprendre toute l’histoire de la marque, vous la trouverez notamment dans les articles sur l’Exakta Varex IIa ou sur l’Exa II, par exemple, et surtout sur le site de la marque elle-même.

Simplement se rappeler que cette marque a vécu une drôle d’aventure : installée à Dresde (Allemagne – 1912) par un Néerlandais, Johan Steenbergen, elle a produit des appareils originaux dont le premier réflex, le Paff (un box réflex) datait de 1920. Puis entre 1933 et 1939 sortiront les VP pour Vest Pocket, les premiers Reflex avec visée à travers l’objectif. Ensuite, en 1936, ce sera le Kine Exakta, considéré comme le premier réflex 24×36 de l’histoire. De plus, cet appareil, très modulable, sera pensé comme étant dans un système tel qu’on le conçoit aujourd’hui, c’est-à-dire avec les objectifs et autres accessoires dédiés.

Mais les vicissitudes de la seconde guerre mondiale ont fait que son usine et ses biens ont été confisqué en Allemagne et qu’il n’a pas pu relancer son entreprise au sortir de la seconde guerre mondiale, l’usine ayant été détruite et poussée à la quasi faillite par l’administrateur nazi nommé à sa direction.

Voilà pour situer le contexte, rapidement.

Ce que l’on sait aussi c’est que jusqu’en 1933, les appareils construits étaient en bois et/ou en métal, avec soufflet, à objectifs fixes ou encore des pliants conçus pour les plaques, les film pack et le film en bobine. Mais excepté le Paff et le Corona (ce dernier était vendu par Ihagee mais pas construit par eux), le nom des modèles n’étaient pas marqué sur les appareils.

Vous comprendrez pourquoi j’hésite encore …

En effet, si je regarde ce catalogue en français, datant de 1925, je pense que la chambre que je vous présente aujourd’hui est un Photoklapp Duplex Patent, plus précisément un 9x12cm avec objectif double Anastigmat Veraplan Hugo Meyer & Co Goerlitz de 135mm ouvrant de f4,5 à f50, avec un obturateur Compur.

An image of the Duplex folding camera from 1925, featuring a black and chrome design with an adjustable lens and a large folding structure.

Mais nous allons voir tout cela plus en détails.

Présentation de la chambre Ihagee Patent Duplex.

Toute la description reprise dans la présentation du modèle ci-dessus correspond à l’exemplaire que je vous présente aujourd’hui.

Tout, sauf … que ce modèle possède un viseur de côté en verre quadrillé alors qu’il n’a pas le viseur brillant au dessus de l’objectif (le plomb de la douane y est par contre), que l’obturateur Compur propose des vitesses de 1s à 1/200s et trois lettres sur un petit cadran Z – D – M ; que l’objectif est bien un double Anastigmat Veraplan Hugo Meyer & Co Goerlitz de 135mm ouvrant de f4,5, mais jusque f36 (f4,5 – 6,3 – 9 – 12,5 – 18 – 25 – 36).

Ensuite, les deux boutons pour débloquer la platine sont bien nickelés mais travaillés et non de simples poussoirs.

Détail de la chambre photographique Ihagee Patent Duplex avec objectif à lentilles et réglages visibles. On peut apercevoir le mécanisme de l'obturateur Compur et les boutons de déverrouillage.

Serait-ce une production plus tardive ? Ou une fabrication à la carte ?

Quoiqu’il en soit, cette chambre a manifestement beaucoup servi (on voit encore la trace des plateaux de trépied dans le cuir, en dessous et sur le côté). Si elle reste parfaitement fonctionnelle, elle porte plus les traces que sa consœur : le cuir est éraflé à de nombreux endroits, le soufflet reste étanche mais certains plis sont écrasés et, enfin, il manque le verre du dépoli; son cadre est d’ailleurs à restaurer.

Ceci étant, par rapport à la Certo, celle-ci possède des réglages plus sophistiqués car outre le réglage de la distance via une échelle à côté du rail, on peut faire évoluer l’objectif de gauche à droite via une molette à vis sur le côté, et en hauteur via une autre vis sur le bâti en U.

L’objectif est un Doppel Anastigmat, c’est-à-dire qu’il est construit avec 4 lentilles, non traitées, en 2 groupes. Il est possible de viser un filtre devant, au diamètre de 37mm.

L’obturateur se commande via une petite roue posée au dessus de l’objectif. Et une seconde roue, dentée, permet d’autres réglages. Ce doit être un Compur 2 avec des commandes écrites en allemand car les lettres Z – D – M ont des significations précises :

  • Z = Zeit (temps en allemand) — mode time : l’obturateur s’ouvre quand vous appuyez sur le déclencheur, et se ferme quand vous appuyez à nouveau.
  • D = Dauer (durée en allemand) — mode bulbb : l’obturateur s’ouvre quand vous appuyez et reste ouvert tant que vous maintenez le déclencheur enfoncé.
  • M = mechanisch gesteuert (que l’on peut traduire par Moment/instantané) — mode normal : l’obturateur fonctionne selon la vitesse choisie sur le cadran des vitesses, après armement.

En pratique donc :

  • Si vous voulez une pose longue manuelle, mettez sur D (ouvrir-fermer à la pression = équivalent à la lettre B pour bulbb en anglais) ou sur Z (appui pour ouvrir, appui suivant pour fermer = équivalent à la lettre T habituellement et en anglais).
  • Pour une photo avec une vitesse définie, mettez sur M, armez l’obturateur, puis déclenchez.
Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo ancien, montrant des réglages de l'obturateur et une molette de contrôle, avec un fond flou de surface de travail.

En fait, il faut armer l’obturateur avec le levier sur la gauche et déclencher, après avoir choisi le mode utile, soit en utilisant le câble souple, soit via le levier de déclencheur, en bas à droite.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Ihagee Patent Duplex avec un obturateur Compur, affichant la marque 'Hugo Meyer & Co.' et des indications sur les ouvertures.

Le diaphragme est dit en iris. Il se règle avec une tirette en dessous de l’objectif dont l’action se reporte sur le dessus via un index qui se positionne à l’ouverture choisie

Sur un catalogue de Ihagee, daté de 1931, cela se précise : il s’agirait d’une chambre Ihagee Patent-Duplex 720 TC : 720 parce que format 9×12 et TC parce qu’obturateur sans retardateur.

Illustration d'un catalogue présentant une chambre photographique Ihagee, avec des spécifications techniques et des descriptions, incluant des détails sur le matériel et les accessoires associés.
Une page d'un ancien catalogue d'Ihagee, décrivant l'obturateur Compur de la série C, avec un diagramme illustratif et des explications sur son fonctionnement.

Ce modèle semble disparaitre des catalogue l’année suivante. Pouvons-nous en déduire qu’il fut commercialisé de 1925 à 1931? Collectiblend nous apprend finalement que ce modèle sera produit, aussi sous le nom de Photoklapp Patent Duplex, avec des améliorations au fur et à mesure, de 1914 à 1939. Belle longévité !

Ce modèle en particulier doit dater de 1924 – 1925, selon les finitions des tirettes sur le rail, qui se simplifient en 1926.

Il est vrai qu’ensuite l’entreprise va développer de plus en plus l’Exakta et ses dérivés. Les pliants, chambre et folding, vont petit à petit disparaître, comme chez les concurrents d’ailleurs. Quoique Zeiss Ikon et Voigtländer, Agfa, Kodak, pour rester en Allemagne Est/Ouest, produiront encore des pliants jusque dans les années cinquante.

Que penser de cet appareil ?

Hormis ses petits défauts, dus à son grand âge et sans doute une utilisation importante, elle est toujours fonctionnelle.

Trouver un nouveau dépoli ne sera pas simple mais j’ai quelques idées, que je partagerai si elles fonctionnent.

J’avoue que celle-ci j’ai envie de l’essayer, notamment pour ses nombreux réglages. Mais je vais devoir tailler les feuilles de papier et les placer dans les châssis, dans le noir complet. Je m’y prépare, doucement.

Est-ce un appareil toujours utilisable ? Oui, mais en tenant compte de ce que j’écrivais dans l’article sur la Certo : il faut prendre son temps, réfléchir à sa photographie, envisager une vision différente et prévoir le matériel pour le transport et la mise en œuvre.

Question prix, en très bon état avec au moins 3 châssis, elle pourrait atteindre 200€, sinon, comptez environ de 80 à 100€ pour un exemplaire fonctionnel et presque complet.

Et vous, aimeriez-vous tenter l’aventure du grand format ?

Des références.

https://ihagee.org/, https://ihagee.org/cat/IHGcat1930-31-4.pdf, https://collectiblend.com/Cameras/Ihagee/Patent-Duplex-720.html en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Ihagee, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=2943, en français ; https://www.camarassinfronteras.com/patent_duplex_720/patent_duplex_720.html, https://www.camarassinfronteras.com/ihagee/ihagee.html, en espagnol

Argentique

Une magnifique chambre Certo, oui mais laquelle ?

Préambule.

Honnêtement, je ne sais plus où je l’ai achetée celle-ci, mais je la trouvais jolie et, surtout, complète dans son sac de transport en cuir brun, très propre. A l’intérieur, des plaques, deux câbles souples et un dos spécifique dont je connais pas encore la fonction.

La personne qui s’en défaisait ne semblait pas en connaître ni la marque, ni la valeur, mais elle voulait s’en débarrasser. Petite négociation et la voilà dans le sac à dos.

Une seconde la rejoindra le même jour, nous en reparlerons.

Le soucis avec ces chambres, c’est qu’il n’est pas toujours facile de les identifier, nous allons essayer.

Un peu d’histoire.

Vous vous en doutez, lorsque je commence un nouvel article, je réunis de la documentation, trouvée ça et là sur la Grande Toile, parfois sur des catalogues que je possède, de vieux magazines photo que j’ai trouvés, d’anciens livres destinés à la photographie.

De fil en aiguille, quant un modèle est plus compliqué à retrouver, il faut croiser les sources, aller chercher des détails, faire de grands détour pour trouver l’info manquante et enfin conclure.

Puis vient le moment de la rédaction, après de nombreuses traductions (merci Deepl Traduction), les photos d’illustration, les corrections et refontes du texte. En soi, le travail de création.

Et parfois – même si c’est très rare – je reste sur ma faim car je n’arrive pas à trouver ce que je cherche. Et ici, c’est le cas, impossible à ce stade de définir le modèle exact de cette chambre !

Je sais que c’est une Certo grâce au logo embossé dans le cuir, à l’arrière, celui de la marque. Mais pour le modèle, rien, nada, niente, nothing, nichts, niets, …

Peut-être une Certorex 9x12cm mais là encore je ne trouve rien. Dans ce cas, allons-y à l’intuition et à l’observation.

C’est certain, c’est une Certo (désolé, pas pu résister !). Mais qui se cache derrière cette marque ?

Ce sont Alfred Lippert, ingénieur, et Karl Peppel qui ont fondé cette entreprise en 1902, à Johannstadt, une banlieue de Dresde. Sa production était axée sur des appareils pliant avec plaques de verre à prix abordables. Cela a plutôt bien marché car dès 1905, ils ont dû déménager pour des lieux plus grands. C’est aussi vers cette année qu’ils auraient utilisé le nom Certo comme marque.

L’entreprise sera rachetée en 1917 par Emil Zimmermann. Il ajoutera à la gamme la Certonet 6×9. Son gendre, Fritz von der Gönna, ajoutera la Super Dollina à leurs produits un peu avant la seconde guerre mondiale.

Lorsque la guerre éclate, Fritz von der Gönna cache les machines de production de la Super Dollina dans les maisons d’employés fidèles.

Au sortir de la guerre, il a commencé à produire des machines destinées à rouler des cigarettes mais il a reconstruit secrètement les machines pour la production des appareils photo. Toutefois, lorsque Certo a relancé la production de la Super Dollina (1946), tous les appareils ont dû être livrées dans le cadre des réparations de guerre à l’Union Soviétique.

L’entreprise restera privée jusqu’en 1958, au décès de von der Gönna. L’état achètera 30% de l’entreprise (Allemagne de l’Est). La société continuera à produire des appareils photo abordables, voire même simplistes et bon marché jusqu’en 1970, notamment le SL 100 qui utilisait les cartouches SL Rapid, ou le KN 35 avec film 135.

C’est en 1972 qu’elle devient le VEB Certo-Kamerawerk Dresden et passe entièrement propriété de l’Etat, avant d’être absorbée par l’ogre VEB Pentacon en 1980.

Les derniers appareils sous le nom de Certo furent fabriqués en 1982, avant que l’usine ne soit utilisée pour augmenter la production de l’Exa 1c, ce petit c signalant que les appareils Exa ont été fabriqué dans l’ancienne usine Certo.

En ce qui concerne cette chambre, travaillons à rebours : que n’a-t-elle pas par rapport aux modèles que j’ai trouvés à comparer ?

  • pas de rails de guidage larges
  • pas de cadre dit sport pour la visée
  • pas de viseur sur le côté de la chambre
  • pas de viseur à gauche ou à droite
  • pas de mécanisme d’élévation par vis

Nous pouvons donc déjà considérer qu’il ne s’agit pas d’une Certrotrop, d’une Certosport, d’une Certo Bee Bee, d’une Certolob, d’une Certorex, d’une Certoruhm, ni d’une Certoplat.

Reste alors que ce devrait être une Certoruf. Un appareil fabriqué de 1924 à 1929 en plusieurs formats de plaques (6.5×9, 9×12 ou 10x15cm) et différents montages.

Nous avons un lieu géographique, une période de fabrication, reste à peaufiner la présentation de cette chambre Certo

Présentation de la chambre Certo Certoruf.

Comme je l’écrivais ci-dessus, cette Certo possède des rails de guidage étroits, avec une plaque sur le côté pour indiquer les distances de visée. Par contre, elle ne possède pas de vis dans le bâti pour corriger l’élévation de l’objectif.

Lorsque l’ouvre l’appareil, on découvre niché au creux de la boite en bois recouverte de cuir noir, l’ensemble du soufflet avec à son extrémité le combo obturateur/objectif, et par dessus, un viseur repliable.

Vue intérieure d'une chambre photographique Certo, avec objectif visible, sur un fond de bureau en bois.

Il faut appuyer sur un levier, à gauche, pour libérer le soufflet et l’étendre jusqu’au bord de la plaque des distances. Lorsqu’on actionne celle-ci, elle fait avancer le rail et étend le soufflet selon la distance choisie.

Gros plan sur un objectif et un mécanisme d'une chambre photographique Certo, montrant le détail des réglages.

Son objectif est un Certo Anastigmat Certar de 13,5cm (un 135mm donc) ouvrant à f6,3 – 7,7 – 12,5 – 18 – 25 – 36 – 50, des ouvertures assez inhabituelles.

L’obturateur est un Original Gauthier Pronto qui offre des vitesses de 1/25s – 1/50 – 1/100s plus une pose B et une pose T, puis un retardateur d’environ 15 secondes. Le déclencheur est fait d’une espèce de roulette d’éperon inversée, doublé d’un fut pour y viser un câble.

Gros plan sur l'objectif d'une chambre photographique Certo Anastigmat, mettant en évidence le design vintage et les détails de marque.

Au dessus de la roue des vitesses, le viseur, pivotant avec sur le côté un accessoire avec un verre rouge dont je ne m’explique pas encore l’utilité, peut-être un niveau à bulle ?

Vue du dessus d'un appareil photo ancien avec un soufflet noir, un viseur et un bouton rouge, posé sur une surface bleue à côté d'un clavier.

Manifestement les appareils étaient vendus avec un large choix d’objectifs et d’obturateurs différents, Certo étant plutôt un assembleur qu’un fabricant qui contrôle toute la chaine de production de ses éléments.

Amusante et émouvante surprise, lorsque j’ai ouvert le couvercle de la chambre, j’ai découvert une carte de visite, celle de Monsieur Pallard, professeur de Châtelineau (près de Charleroi, Belgique). Il devait en prendre soin de son appareil car il est en parfait état et très propre.

Carte de visite de Raoul Pallard, professeur à Châtelineau, visible à l'intérieur d'un appareil photo ancien.

A l’arrière, un couvercle que l’on déplie à la façon d’un tunnel de visée, mais en cuir, et sous lequel se trouve un verre dépoli, gravé de lignes pour aider au cadrage.

Un petit crochet permet de libérer l’ensemble du dos pour y glisser un châssis contenant une plaque de verre, un négatif ou un plan film.

Détail d'une chambre photographique Certo avec un soufflet en cuir et un fermoir métallique, mettant en évidence la texture et les composants anciens.

Il y a trois châssis de 9x12cm, plus un châssis destiné à ce qu’on appelait des films-pack (introuvables de nos jours) dans lequel se trouve 2 adaptateurs, je pense, et un adaptateur en 4,5×6 ; ce chargeur pouvait aussi accepter, semble-t-il, des plaques de verre.

A la recherche d’information sur l’utilisation de cet engin (je vais y venir), il semble qu’il faudrait ajouter des septum dans les châssis si on utilise du papier plutôt que du verre, afin de compenser l’épaisseur entre les 2 médiums et assurer la planéité de la feuille.

Enfin, il y avait 2 câbles filetés pour activer le déclencheur.

Comment ça fonctionne une chambre ancienne ?

Précisons d’emblée que le fait qu’elle soit ancienne ou nouvelle ne change rien au processus de mise en œuvre.

Par contre, avec une chambre du début du siècle et même jusqu’au années quarante environ, il n’y a pas vraiment de standardisation des mesures et des fabrications, surtout pour les chambres en bois. Ce qui implique que si vous voulez vous lancer dans cette aventure artistiquement intéressante, lors de votre achat vous devrez invariablement vous assurer que la chambre convoitée possède son dépoli, même partiel (on peut en refaire) et, surtout, ses châssis et porte-plaque. Il est en effet très difficile de trouver des éléments compatibles les uns avec les autres, même parfois au sein d’une même marque et d’un même modèle car fabriqué artisanalement.

Ce qu’il faut vérifier, outre l’étanchéité du soufflet, c’est l’état des châssis, souvent fait en simple tôle peinte en noir et qui ont la fâcheuse tendance à rouiller sur les bords et à perdre leur isolant contre la lumière.

La case très fin papier de verre est indispensable s’il y a de la rouille, puis repeindre à la bombe en noir mat et s’assurant que les bords sont bien lises pour coulisser facilement dans les rainures du boitier.

Lorsque vous ouvrez un châssis vous devriez trouver sur les bords supérieurs et parfois inférieurs du velours noir, rouge, bleu, bordeaux, peu importe, mais une fine bande doit être présente pour assurer l’étanchéité à la lumière. Décollez celle qui est abîmée et remettez une nouvelle bande de velours proprement.

Voyons maintenant comment fonctionne une chambre.

Vous trouverez des informations sur la Grande Toile, à foison, aussi vais-je me permettre d’aller à l’essentiel.

Lorsque vous avez ouvert votre chambre, bien fixée sur un trépide solide, vous devez vous assurer d’avoir sous la main une cellule à main pour la lumière et, éventuellement, un télémètre pour la précision de la distance.

Après avoir effectué vos mesures, vous les reportez sur la chambre : distance avec l’échelle, vitesse et ouverture avec la cellule sur le combo obturateur/objectif. Vous vérifiez alors votre cadrage avec le dépoli, ou le viseur. Si vous le faites avec le dépoli, il est conseillé de se couvrir d’un tissus noir pour augmenter la visibilité sur le verre

Ensuite, vous retirez le dépoli et le remplacez par un châssis chargé d’un plan film, d’un négatif ou, si vous en avez trouvé, une plaque de verre.

Vous armez le déclencheur et ôtez la protection du châssis avant de déclencher, idéalement avec un câble souple, pour plus de facilité.

Clic-clac, c’est dans la boite ! Remettez tout de suite la plaque de sécurité sur le châssis et sortez-le ensuite pour le ranger dans une boite noire ou en tout cas très sombre où ils seront en sécurité lorsque vous aurez fait plusieurs photos.

Si nous résumons, voici le matériel indispensable :

  • vérifier le dépoli
  • vérifier d’avoir des châssis compatibles avec la chambre
  • un déclencheur souple
  • avoir un trépied solide et stable
  • posséder des septums si nécessaire
  • des châssis préchargés et bien protégés

Ensuite le matériel plus qu’utile :

  • un voile noir pour mieux viser
  • une cellule à main
  • un télémètre
  • une boite noire pour ranger les châssis vierges et une pour les châssis exposés
  • un solide sac de transport

La photographie à la chambre est une école de patience et de méthode. Elle demande du temps et de la réflexion mais vous donnera des images exceptionnelles, fourmillant de détails.

On parle souvent des chambres en 4×5″, voire plus grand encore, mais déjà commencer avec un 9x12cm, c’est une aventure !

Que penser de cet appareil ?

Outre le fait que ce soit un très bel objet, c’est un appareil photo toujours parfaitement capable de donner des images très détaillées, cent ans après sa naissance !

Rien n’est compliqué mais tout demande le temps de faire les actes nécessaires à la prise de vue sans se presser, pour le plaisir, presque de façon méditative sans doute.

Ceci étant, pratiquer la chambre demande quelques investissements, nous l’avons vu au paragraphe précédant. C’est sans doute la rançon de cette photographie d’exception.

Ensuite, c’est juste pour le plaisir de photographier différemment, à un rythme lent et conscient. L’art du portrait, du paysage est alors à votre portée, avec un peu d’entrainement.

Question prix d’une chambre, il y en a pour toutes les bourses, il suffit de se promener sur un grand site de vente pour s’en convaincre. Vous en trouverez autour des 30€ et d’autres qui s’envolent au delà des 250€.

Celle-ci était dans la fourchette base.

Je lui reprocherais de ne pas posséder un réglage vertical ou latéral, bien pratique pour corriger des perspectives mais ces spécificités font monter les prix, invariablement.

Ceci étant, c’est un magnifique objet et j’en ai encore quelques unes à vous proposer.

Seriez-vous tenté de faire le pas ?

Vidéos d’illustration.

Pour avoir envie de se lancer dans l’usage de la chambre ancienne.

Une alternative, si vous trouvez le dos adéquat.

L’utilisation d’une ancienne chambre (en anglais, ne pas oublier de traduire via Youtube); celle-ci est assez proche de celle de l’article.

Des références.

https://www.breutel.de/kameras/seiten/0125.html, en allemand ; https://web.archive.org/web/20170214004316/http://fo-to.de/KAD_C.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, https://camera-wiki.org/wiki/Certo, https://camera-wiki.org/wiki/Certoruf, en anglais ; https://galerie-photo.com/prise-de-vue-a-la-chambre.html, https://photoklub.com/photographie-a-la-chambre/, https://www.francoishardel.com/le-portrait-a-la-chambre-9-x-12-une-ecole-dauthenticite/, en français

Argentique

Un set complet, le Fuji 1000 Zoom Date Discovery

Préambule.

Celui-ci, je l’ai trouvé à la brocante de Jemappes, il y a un moment. Et je l’avais mis de côté car il me semblait vous avoir déjà présenté pas mal de compact des années nonante.

Je l’ai acheté parce qu’il était complet, dans sa boite (en mauvais état, certes), avec ses modes d’emploi, sa sacoche, des documents pour envoyer ses films à développer et une pochette pour y placer les photos prises avec l’appareil, plus un set de nettoyage. Un vrai set de découverte, comme le souligne le titre de la boite.

Boîte du Fujifilm DL-1000 Zoom avec accessoires, affichant les caractéristiques de l'appareil photo et son équipement, sur un bureau avec un clavier en arrière-plan.

A l’époque, on pouvait encore faire des cadeaux à ses clients car, ce qu’il manque dans cette boite, c’est la pellicule qui était livrée en plus, pour débuter tout de suite.

Un peu d’histoire.

Fuji fêtait ses 90 ans en 1994. C’est donc en janvier 1934 que Fuji Photo Film Co., Ltd., filiale de la Daicel Corporation, voit le jour à Ashigara, à 100km de Tokyo mais au pied du Mont Fuji (3776m, le point culminant du Japon), qui donnera son nom à l’entreprise. Créée suite à un programme gouvernemental*, la nouvelle entreprise reprend les activités de découpe des films photographiques de Dainippon Celluloid Company Limited.

Logo de Fujifilm représentant le Mont Fuji et le nom 'Fuji' stylisé à l'intérieur d'un cercle.
Le logo de Fujifilm en 1934.

Mais commençons par le commencement …

A ses débuts, Fujifilm produit des films destinés au cinéma, puis pour la photographie et enfin pour les appareils de radiographies. Il produit aussi des plaques d’impression et du papier. En fait tout ce qui a trait au photosensible. Dès 1948, il développe ses premiers films couleurs.

Fujifilm crée des usines et des sièges d’activités un peu partout dans le monde au fur et à mesure de son expansion : Brésil (1958), Royaume – Unis (1962), USA (1965), Allemagne (1966), Pays-Bas (1982), USA (1988).

Ensuite, il achète aussi toute une série d’acteurs dans le domaine de l’imagerie : Rank Xérox (1962), Chiyoda Medical Co., Ltd. (1993), Eurocolor Photofinishing GmbH & Co. KG (1997), Enovation Graphic Systems, Inc.(2001), Arch Chemicals, Inc. (2004), Arch Chemicals, Inc., (2005), Avecia Inkjet Limited (2006), Dimatix, Inc.(2006). Toutes ces entreprises ont un rapport avec l’image imprimée ou non et dénote la propension de Fujifilm a être toujours à la pointe du progrès dans ces domaines.

Dès les années quatre-vingt, Fujifilm est présent dans le domaine des appareils photos numériques mais continue à développer des produits destinés à la photographie argentique.

D’ailleurs, en écrivant au sujet des appareils photos, c’est en 1938 que Fuji-Photo Film Co. Ltd construit son usine de fonderie de verre optique (Odawara) pour la production d’objectifs haut de gamme. Pour obtenir le verre le plus pur possible à l’époque, Fujifilm utilisait des creusets en platine !

Il sera le précurseur dans le domaine du revêtement par faisceau d’électrons (EBC), qui permettait de cumuler des couches de revêtements (jusqu’à 14 couches), dans des matières différentes, qui avaient toutes une influence sur la qualité de la transmission de lumière. En 1972, l’EBC Fujinon 55mm f3,5 Macro fut le premier objectif a bénéficier de ce traitement. La transmission de lumière de ce traitement était de 99,8% !

Le premier objectif visant au standard LTM 39 (Leica) fut le Cristar 50mm f2 (1949). Suivi rapidement par le 35mm f3,5 et un Summitar 50mm f2. En 1954, Fujinon présentait un trio d’objectifs dits rapides, le Speed Trio : le 35mm f2, le 50mm f1,2 et le 100mm f2.

Moins connu peut-être mais toujours très apprécié, le FUJINON 50mmF1.2 fut également construit pour les montures Nikon. Dans les années soixante, Fujinon sortira des objectifs grand format (CM Fujinon) puis, lorsque les réflex seront plus nombreux, les ST et des objectifs en monture M42.

Oui mais, et les appareils photos ?

Ils arrivent, en 1948, sous la forme d’un pliant, le Fujica Six, qui sera fabriqué jusqu’en 1953. Plus tard, le Fujica 35-EE (1961) sera le premier appareil au monde à proposer trois modes d’exposition, ainsi que le compact 35mm V2, un télémétrique avec un objectif de 45mm (1964).


En 1970, le reflex Fujica ST 701, avec objectif Fujinon 50mm f1,8 en monture M 42, entre sur le marché : entièrement manuel, il est pourvu d’une cellule au silicium, plus précise que celle du CdS. C’est une première mondiale pour un appareil grand public. La mesure est TTL, à travers l’objectif. Le ST 801 qui lui succèdera (1972) introduira lui les premières LED pour indiquer les valeurs de la cellule.

Fujica investira aussi le marché des moyens formats avec brio. Le G690 est un télémétrique moyen format à objectif interchangeable et obturateur central (1968 – 1975). C’est un appareil conçu par les photographes professionnels pour des photographes.

En 1980, Fujica lance une trilogie : les AX-1 – AX-3 – AX-5. Ces trois appareils utilisent la nouvelle monture à baïonnette Fujica X et les nouveaux objectifs Fujinon X. Le AX-5 présente 3 modes d’expositions et un mode manuel (priorité vitesse, ouverture, programme et manuel), un obturateur électromagnétique rapide, un moteur, des dos interchangeables. Sous un design compact et léger, à un prix abordable, il entendait rivaliser avec les productions de Nikon, Canon et Minolta de l’époque.

Dans les années quatre-vingt et nonante, Fujica proposera de nombreux appareils compacts de qualité, rivalisant avec Canon, Nikon, Minolta, Olympus, Pentax. Ces appareils, mieux que quiconque sans doute, illustrent l’ambition de Fujica : proposer des appareils de qualité, abordable et performant.

Au niveau des appareils d’exception, en 1998, Fujica lance un appareil télémétrique panoramique à objectif interchangeable. Ce sera le TX-1, produit en collaboration avec Hasselblad qui le commercialisera sous la dénomination de XPan.

Toujours dans le domaine de la collaboration avec Hasselblad, Fujica sortira un appareil moyen format doté de l’autofocus, le GX645AF, qui s’appellera H1en Suède. Le Fujifilm GD645AF et le Hasselblad H1 disposent des mêmes fonctions et partagent les mêmes accessoires (2003 – 2010).

Plus anecdotique, en 2008 et cette fois en collaboration avec Cosina, Fujica développe un appareil à soufflet pour les prises de vue en 6x6cm ou 6x7cm sur film 120 et 220. Ce sont respectivement le Voigtländer Bessa III et le Fujifilm GF670.

Puis viendra l’aventure du numérique car là aussi Fuji développera, en collaboration avec Toshiba, le premier appareil réellement exploitable, le Fujix DS-1P, pourvu d’un capteur Super CCD (1988).

Celui que l’on retiendra le plus sera toutefois le FinePix S3 Pro, un réflex numérique développé avec Nikon sur base du F80 qui offrait 12Mpx grâce à un capteur Fuji Super CCD SR.

Depuis l’aventure Fuji continue. C’est une des rares entreprises à maitriser toute la chaine de ses appareils, de l’ingénierie à la construction en passant par l’informatique et les capteurs.

*Au sortir de la première guerre mondiale, le Japon est en plein essor industriel. Si depuis 1925, le pays est une démocratie avec élection au suffrage universel, le pouvoir appartient essentiellement à de hauts fonctionnaires, étroitement liés aux Zaibatsu (immenses conglomérats détenant l’essentiel de l’économie japonaise).

Présentation du Fujifilm DL 1000.

La gamme DL débute en 1984 avec le DL-50 et se termine en par celui-ci en 1996.

DL pour drop – in loading, ou chargement rapide. De nombreuses marques se sont attaquées au problème du chargement des films dans les appareils. Les réponses les plus radicales ayant été la création des cassettes 126 et 110 par Kodak, puis APS-C par un consortium de sociétés. Ici il s’agit d’une manière élégante d’y faire face : il suffit de sortir un peu l’amorce du film, de le glisser dans l’appareil et de le refermer. L’appareil entraine automatiquement la pellicule à la première image et, comble du bonheur, prébobine le film. Ce qui veut dire que l’appareil vide la cartouche pour poser le film dans un enclos prévu à cet effet et au fur et à mesure des prises de vue, le film réintègre sa cartouche. En cas d’ouverture accidentelle du dos, seules les parties non exposées seront voilées. Autre avantage, il ne faut pas rebobiner le film en fin de course puisque celui-ci a déjà réintégré sa cartouche.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui, le Fujifilm DL 1000 Zoom (aussi appelé Discovery 1000 – 1992) sera le compact le plus sophistiqué de la gamme DL.

En effet, il propose tout d’abord un zoom Fujinon motorisé 38 -80mm ouvrant de f3,8 à f8, 8 lentilles en 8 éléments. Une belle amplitude sans être extrême.

Appareil photo compact Fujifilm DL 1000 Zoom, posé sur un bureau avec un fond flou, montrant ses caractéristiques comme le zoom Fujinon et le mode autofocus.

Le zoom est couplé à un autofocus multi faisceaux précis (trois faisceaux croisés), pour assurer des images précises presque à tous les coups.

La mise au point se fait de 65cm à l’infini. Elle est automatique avec verrouillage de l’autofocus Il y a un réglage spécifique pour les paysages nocturnes : l’appareil règle l’objectif pour la prise de vue vers l’infini, éteint le flash et diminue la vitesse.

L’obturateur est électronique programmé, de 1/10s à 1/350s.

Bien évidemment, le DL 1000 est équipé d’une cellule, dont la sensibilité se règle automatiquement grâce à la lecture du code DX des cartouches. La plage de sensibilité va de 50 à 1600Iso.

Réglage de la vitesse du film : Automatique avec les films ISO 50, 100, 200, 400, 800 et 1600 DX.

Ensuite, le DL 1000 offre plusieurs modes : paysage, panoramique et des options de flash intelligentes, pour rendre chaque prise de vue optimale. L’affichage est à cristaux liquides et donne les indications suivantes : compteur de vue qui affiche les images restantes à faire ; la distance focale de l’objectif ; indication du mode retardateur ou charge du flash ; signale le mode réduction des yeux rouges, le flash d’appoint, le flash désactivé, le flash modéré pour les contre-jours ou les portraits de nuit et enfin il signale quand les piles sont faibles.

Un mot d’ailleurs sur le flash. Il est intégré et contrôlé automatiquement pour répartir uniformément la lumière à toutes les focales du zoom. Il y a aussi un mode déclenchement automatique (débrayable), le mode réduction des yeux rouges, un mode flash d’appoint (pour les contre-jours), le mode flash désactivé (pratique dans les musées)

Le mode panoramique fonctionne grâce à un cache amovible qui, de fait, réduit la hauteur de l’image et étire sa longueur.

Vue intérieure d'un appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom avec son objectif visible et le compartiment à film ouvert.

Le viseur est réglable selon sa dioptrie, ce qui est toujours un plus. C’est un viseur qui suit les mouvements de l’objectif, en taille réelle. Le grossissement va de 0,35 à 072x. Le cadre est collimaté avec des marques pour la correction de la parallaxe. Une lampe verte s’allume à côté du viseur quand la mise au point est fixée et elle clignote rapidement si le sujet est trop près ou trop loin ; enfin, elle clignote lentement pour signaler que la vitesse d’obturation est faible (risque de bougé).

On peut encore trouver un mode retardateur complet : il est aussi contrôlé électroniquement et vous laisse 10 secondes pour être aussi sur la photo. Son bouton de commande est aussi celui de la rafale (3 images à la suite). Pour les distraits, on peut l’arrêter à mi-parcours.

De ce que j’ai pu lire en préparant cet article, les avis sont unanime sur la simplicité d’utilisation du boitier et d’ajouter que le reste des commandes est intuitif : nous sommes loin des compacts numériques et leur foultitude de commandes !

Schéma de l'appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom, montrant les différentes parties et les étiquettes numériques pour identification.
Manuel d'utilisation du Fujifilm DL 1000 avec caractéristiques principales et schémas explicatifs en français.
Schémas explicatifs sur les fonctions et l'utilisation de l'appareil photo Fujifilm DL 1000 Zoom, comprenant des instructions de chargement du film, de prise de vue et de réglages divers.

Pour alimenter tout ça, deux piles CR123A suffissent.

Vue rapprochée d'un compartiment de batterie d'un appareil photo Fujifilm Discovery 1000, montrant les deux piles lithium et les indications de polarité sur la tranche.

Ce modèle est équipé d’un dos dateur, qui ne sert plus à rien car il n’a pas dépassé les années 2010.

Vue arrière du Fujifilm DL 1000 Zoom, montrant le sélecteur de mode et d'autres boutons de commande.

Si vous en trouvez un équipé de ce dos, retirez la pile pour éviter les problèmes.

Petit résumé en images du set discovery :

Que penser de cet appareil ?

Compact, c’est vite dit ! Vous le mettrez difficilement dans une poche, sauf celle, grande, d’un manteau. C’est pour ça que Fuji fournissait un sac bien utile et, ma foi, seyant avec sa belle ligne verte.

Ceci étant, il a tout ce qu’il faut pour vous accompagner partout et sans prise de tête. Son objectif est parait- il très bon, ce qui n’a rien d’étonnant puisque c’est un Fujinon.

La marque a mis tout son savoir-faire dans un appareil que l’on a envie de prendre avec soi pour faire des photos. Vous n’aurez pas le choix des focales, sauf celles comprises entre le 38 et le 80mm, ce n’est pas un réflex. Mais au vu de ses compétences, il est facilement comparable aux entrées de gamme des concurrents – et même de Fuji – en réflex, c’est peu dire.

Ce qui m’a intrigué et amusé, dans ce set, c’est que tout avait été pensé pour qu’une fois acquis vous n’ayez qu’à ouvrir l’emballage pour vous lancer, il y avait tout, même le film Fujifilm, mais pas les piles !

Mais le photographe qui vous le vendait en avait sans doute en stock.

Hormis donc sa taille, c’est un excellent appareil à faire voyager avec vous si vous voulez vous lancer dans un modèle argentique qui ne vous décevra pas aux premières images.

Question prix, si vous avez la chance de le trouver complet avec sa boite, disons dans les 40€, sinon, seul mais en très bon état, tablez plutôt sur 20 à 25€

Le plaisir n’a pas de prix dit-on…

Pour voir des photos prises avec cet appareil, c’est par ICI.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (multilingues) et encore LA (anglais).

  • Type : Appareil photo 35mm compact et motorisé
  • Objectif : Zoom Fujinon 38-80mm f/3.8-8.2, optique de haute qualité
  • Mise au point : Autofocus multifaisceaux (3 capteurs) + mode simple faisceau
  • Modes de prise de vue : Auto, paysage (mise au point à l’infini), panorama
  • Obturateur : Électronique programmé, vitesse de 1/9s à 1/350s
  • Sensibilité du film : ISO 50 à 1600 (détection DX automatique)
  • Exposition automatique : Ajustement précis selon la scène
  • Transport du film : Avancement et rembobinage motorisés avec prébobinage sécurisé
  • Flash intégré : 4 modes (auto, réduction des yeux rouges, fill-in, désactivé)
  • Retardateur : Déclenchement programmable jusqu’à 3 photos consécutives
  • Alimentation : 2 piles CR123A (non incluses)
  • Dimensions et poids : 135 × 71,3 × 56,5 mm | 331 g (sans piles)
  • Autres fonctionnalités : Écran LCD informatif, correction dioptrique, filetage pour trépied

Des références.

https://bromurefilm.com/products/fuji-dl-1000-zoom, https://www.newwavepool.shop/fr/products/fujifilm-dl-1000-zoom-35mm-camera-serial-91113415, https://fuji.ch/fr/story/fujifilm-heritage-une-retrospective-de-lhistoire-de-90-ans-de-fujifilm/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7371-Fuji_DL-1000%20Zoom.html, https://www.fujifilm.com/fr/fr/about/hq/corporate/history, en français ; https://heartswellco.com/fuji-discovery-1000-zoom-camera/, https://springcoffeebreak.com/fuji-discovery-1000-zoom/, https://lapinataoldtown.com/fuji-discovery-1000-zoom-camera/, https://camera-wiki.org/wiki/Fuji_DL-1000_Zoom, en anglais

Argentique

Un Japonais particulier, le TARON Auto JE

Préambule.

Celui-ci, je l’ai trouvé sur la brocante du Grand-Large, près de Mons. Il était dans une boite en simili cuir gris-bleue, très tendance dans les années soixante, ce qui m’a attiré vers lui. J’ai ouvert la boite, extrait l’appareil dans son sac-tout-prêt, ôté enfin ce dernier pour me retrouver face à un appareil tout à fait inconnu : un Taron Auto JE.

Chouette me suis-je dit presque tout bas, des recherches en perspectives et sans doute une chouette histoire.

Petite négociation avec la dame qui le vendait, et hop, sous le bras (je n’avais pas mon éternel sac à dos ce jour-là !)

Un peu d’histoire.

Et bien ce ne fut pas aisé de retracer l’histoire de cet appareil, ni celle de la marque. Il a fallu faire des recoupements, aller voir des modèles qui ne correspondaient pas pour trouver des pistes, fouiller un peu la Grande Toile puis assembler les éléments recueillis.

Il semble que ce soit en 1943 que cette société nippone ait vu le jour. Comme souvent avec les sociétés japonaises, il y aura plusieurs noms. Le premier, celui donné par son fondateur, sera Yanagihara Tasaburo (entreprise de fabrication), ensuite la société transforme son nom en Nihon Kosokki puis en Nippon Kōsokki Kōgyō K.K. (Industrie japonaise des géomètres optiques), en 1949 ; enfin, elle deviendra Taron en 1959, pour coller au nom de ses modèles.

C’est à partir de 1949 qu’elle produit des appareils photo mais pour compte de tiers comme Fujica, Topcon (Tokyo Kogaku Kikai), Mamiya, Tougo-Do et Yashima Kogaku Seiki.

Pourtant, ce n’est qu’à partir de 1955 qu’elle entreprend de construire ses propres appareils : des télémétriques, des compacts 35mm, un TLR en 6×6 (le Taroflex) et même un appareil avec cassette 126 (le Taromatic F).

Malheureusement, elle disparut peu après, vers 1967.

Sa production comptait surtout des télémétriques (13), les compacts en 35mm (4) dont un appareil demi-format (le Taron Chic), un 6×6 donc et un avec film en cassette 126.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui sera fabriqué en 1965. Comme il n’y a pas pléthore d’informations à son sujet, nous partirons donc à la découverte complète de cet appareil qui est, il va s’en dire, rare.

Présentation du Taron Auto JE.

Ce qui frappe d’abord avec ce boitier, c’est son caractère un peu frustre, même si tout est bien assemblé, que le métal est majoritaire, qu’il fait son (petit) poids (590gr). Ceci est sans doute dû à la forme du fut de l’objectif/obturateur, on ne peut plus dépouillé.

Cependant, il dispose d’une cellule au sélénium, placée autour de l’objectif proprement dit.

Mais commençons par le décrire :

  • sur le capot, à gauche, la manivelle de rembobinage ; presque au centre, la griffe porte-accessoire, dite froide (pas de contact de synchronisation flash) ; à droite, le levier d’armement avec en son centre le compteur de vue, manuel, et un peu sur l’avant, le déclencheur avec un pas de vis pour y fixer un câble
Vue du dessus de l'appareil photo Taron Auto JE, montrant les commandes et le design du boîtier.
  • la semelle ne supporte qu’un petit bouton plat pour débrayer le mécanisme lors du rembobinage et un filet pour fixer un trépied
Vue du dessus d'un appareil photo Taron Auto JE avec un design minimaliste, capturé sur un fond de surface grise.
  • la porte arrière s’ouvre en soulevant une tirette, qui libère le verrou, sur la tranche gauche de l’appareil. Elle est montée sur une charnière
  • le viseur lui mérite toute notre attention. Si le carré arrière est assez petit, la surface à l’avant est plus confortable mais c’est à l’intérieur que cela devient intéressant car il possède un cadre lumineux collimaté, avec repères pour la correction de parallaxe et, surtout, si vous regardez vers le haut, un rappel de la distance choisie et si vous regardez vers le bas, l’ouverture choisie lorsque vous êtes en position Auto, ou l’ouverture si vous êtes en manuel.
Deux femmes assises à une table, levant des verres, dans un environnement intérieur. L'une porte un haut à pois, tandis que l'autre a les cheveux longs et bouclés. Des bouteilles sont visibles sur la table.
  • enfin, le fut d’objectif/obturateur porte plusieurs indications dont scènes – groups – close-up, en face desquels il faut faire correspondre un point vert sur la bague noire striée autour de l’objectif ; tandis qu’en dessous du fut vous trouvez une tirette pour mettre la position Auto (en rouge) ou l’ouverture que vous voulez choisir (de f2,8 à f22), la pose B et le type de flash à synchroniser (M)
  • la prise coaxiale du flash est en haut du fut, sur la gauche
  • sur le devant de l’objectif, par dessous, une autre tirette pour noter la sensibilité du film, en Din et Asa, de 25 à 400 Asa
Vue rapprochée d'un objectif de caméra vintage montrant des réglages de sensibilité ISO en DIN et ASA, avec une inscription 'AUTO' en rouge.
  • l’objectif est un Taronar de 40mm ouvrant à f2,8
  • autour de l’objectif, le nid d’abeille (Electric Eye ou EE) de la cellule au sélénium (toujours active ici). On peut fixer un filtre devant la cellule, qui est tient compte dés lors.
  • deux broches, sur les côtés, permettent de fixer une sangle, même si celle-ci est reprise aussi sur le sac-tout-prêt, en cuir noir.

Dans la boite, j’ai eu la chance de trouver son certificat et, surtout, son mode d’emploi, pas bien épais (16 pages) mais bien utile.

Il nous dit tout d’abord que la compagnie Taron est très gratifiée et honorée que nous ayons choisi cet appareil. Tout automatique, le Taron est un one touch camera qui peut être utilisé par chacun (en résumé, dès que nous avons les réglages de la sensibilité du film et de la distance, il reste à appuyer sur le déclencheur.

Autrement dit – je cite – avec le système EE, le cerveau électrique détermine l’ouverture automatiquement.

Dés le moment où un film est placé dans la chambre, que le compteur de vue est remis sur 1 pour la première photo, que la sensibilité de la cellule est réglée, il suffit ensuite de régler la bonne distance avec les 3 symboles qui apparaissent dans le viseur et d’appuyer sur le déclencheur pour capter votre sujet.

Vue rapprochée du dessus d'un Taron Auto JE, montrant le mécanisme de rembobinage et le compteur de vue.

Le close-up (un personnage) détermine une distance de 1,5m, le groups (plusieurs personens) une distance à partir de 2,5m et scenes (une montagne) à partir de 10 m jusque l’infini. L’échelle de distance est notée dans le viseur. Lorsque la marque est verte, c’est que la mise au point est bonne. Ce qui veut dire que l’on peut prérégler la distance et l’affiner en tournant la bague à l’avant de l’objectif, comme s’il s’agissait d’un télémètre.

Pour le flash, il faut régler la distance comme s’il faisait jour. La synchro se fera au 1/60s. Petite subtilité, puisqu’on ne peut régler la vitesse soi-même, il faut calculer l’ouverture en fonction de nombre guide du flash (diviser le nombre guide par la distance au sujet), poser l’ouverture au chiffre obtenu puis remettre la tirette sur Auto. Une table est d’ailleurs fournie avec les vitesses par rapport aux ouvertures (voir ci-dessous).

Tableau des vitesses et ouvertures pour la photographie, indiquant les correspondances entre l'ouverture du diaphragme et la vitesse d'obturation, avec des valeurs f diverses.

Rien de bien compliqué en somme …

Que penser de cet appareil ?

Vraiment pas courant celui-là, je n’en ai trouvé qu’un seul à la vente sur le grand site de vente qui commence par E et nulle part ailleurs.

Outre cela, il ne manque pas d’attraits pour un boitier de son époque, ce qui le rend encore intéressant.

Fabriqué solidement, il peut encore rendre de bons services d’autant que les quelques articles que j’ai pu lire disent que l’objectif est de qualité.

L’autre avantage est que s’il est automatique, on peut quand même s’en servir en manuel, donc même si le sélénium vous lâche lâchement à un moment ou un autre.

Si vous aimez photographier différemment, voilà un bon candidat !

Au niveau cote, il devrait se négocier autour des 100€ avec son sac-tout-prêt, son manuel et sa seconde sacoche de transport. C’est raisonnable au regard de la rareté du Taron Auto JE.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Des références.

https://maniacphotos.com/produkt/taron-auto-je/, en allemand ; https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8819433/camera-taron-auto-je, https://filmphotography.eu/en-p/cameras/taron/, en anglais ; https://www.wikiwand.com/fr/articles/Taron_(Nihon_Kosokki), https://fr.wikipedia.org/wiki/Taron_(Nihon_Kosokki), https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/1605904#Compact_35_mm, en français

Argentique

Un autre Pocket un peu sophistiqué, le Kodak Tele-EKTRALITE 600 camera.

Préambule.

Un coffret noir, qui trainait sur une table parmi d’autres objets. Un rapide coup d’œil m’indique que c’est un Kodak qui doit se trouver à l’intérieur. Je l’ouvre par acquis de conscience car ce pourrait être un des nombreux Kodak d’entrée de gamme ou un des rares un peu plus sophistiqué : bonne intuition, c’est un Kodak Tele-EKTRALITE 600.

Petite négociation rapide et voilà le coffret dans le sac à dos.

Et aujourd’hui, il sera bien seul car sur cette brocante, à part des épaves, des Clack, des Kodak Instamatic, il n’y avait rien à se mettre sous la main.

Alors partons à la découverte de ce Pocket.

Un peu d’histoire.

L’histoire du format 110 a déjà mainte fois été évoquée, je vais donc la passer (pour ceux qui viennent d’arriver sur le site, allez-voir, par exemple sur les articles consacrés à l‘Agfa 3008, le Fujica Pocket 400, le 110 revient, comment ne pas dépenser trop , et l’excellent article paru sur Collection-appareils à ce sujet).

Revenons juste à la genèse du film et des appareils conçus avec et pour lui, les Pocket Instamatic, dont les premiers sont numérotés 20 – 30 – 40 – 50 – 60 – 100 – 200 – 300 – 400 – 500, tous sortis en 1972, date de lancement du film au format 110.

Petit aparté : si chez Agfa c’est assez facile de s’y retrouver avec les familles (voir article sur l’Agfa 3008 cité plus haut), chez Kodak, il y a pléthore de références dont nous pouvons essayer de dégager quelques grandes lignes : les Pocket Instamatic, les premiers fabriqués (1972 – 1976) ; puis les Instamatic (1974 – 1978) qui ont comptés quelques Tele. Cette gamme utilisait exclusivement les flashs en cube, appelé MagiCube. Ensuite, à partir de 1975 et jusqu’en 1983, ce seront les appareils utilisant les FlipFlashs, les Ektra et leurs déclinaisons. Enfin, une troisième série de 1980 à 1990, qui utilisera des flashs intégrés, des Ektra ou Extralite et leurs déclinaisons. Si tout ceci est bien compliqué, c’est parce que sous l’emblème Kodak, des bureaux d’étude des quatre coins du monde s’y sont attelés : Etats-Unis, Angleterre, Canada Allemagne, Brésil.

Si vous voulez compulser la série complète, c’est par LA et LA encore, sous forme de ligne du temps.

Au fur et à mesure des évolutions, on peut donc distinguer les appareils qui utilisent les Magicubes, puis les Flipflashs et enfin les flashs électroniques intégrés, avec quelques exceptions pour au moins deux modèles qui utilisent un flash électronique externe.

A cela, et toujours selon les bureaux d’études des pays de production, on peut ajouter des différences stylistiques. Ainsi, les Instamatic non jamais reçu de protection alors que les Ektra en ont reçue une, sous forme de la poignée, qui se repliait sur l’appareil. Sa fonction était donc double : protéger le boitier et proposer une prise assurant une meilleure tenue en mains pour capturer des photos.

C’est en Allemagne et en Angleterre que ces détails ont été ajouté, parfois copié par les USA, comme pour cet appareil en particulier.

Dans l’évolution des modèles, on peut retenir aussi le passage à des appareils avec télé, en fait une lentille qui vient se placer devant le viseur et l’objectif (comme sur les Agfamatic Pocket) ; des vitesses qui évoluent, couplées à des objectifs plus ou moins lumineux ; puis l’adjonction de cellule au CdS. Il y eut même un modèle muni d’un télémètre et d’une cellule (Pocket Instamatic 60, 1972 -1976).

Bien souvent des Pocket Instamatic se superposent dans les périodes de vente et ils ne se suivent pas forcement en terme de fonctionnalités : ainsi il y eut un Tele-Ektralite 40 (1979 – 1981) qui proposait un objectif ouvrant de f5,6 à f22 avec des vitesses de 1/100s et 1/500s (USA) mais sans cellule alors que le Tele-Ektralite 600 (1980 – 1982) pourrait être considéré comme un successeur car il possédait lui une cellule au CdS mais avec un objectif beaucoup moins clair car ouvrant de f8 à f22 et avec des vitesses limitées au 1/125s et 1/250s (USA aussi).

Difficile de trouver une logique, s’il y en a une.

Ne boudons pas notre plaisir, et voyons ce que ce Pocket Tele-EKTRALITE 600 nous propose …

Présentation de l’appareil.

Comme ses homologues de chez Agfa, les Tele-Ektralite ont un parfum de nostalgie car eux aussi ont été offert en cadeaux pour chaque occasion de la vie : anniversaire, fêtes de fin d’année, communion, réussite scolaire, départ en vacances, etc., même si ce modèle était considéré comme un haut de gamme.

Faciles à utiliser, discrets et éminemment portables, ils étaient de toutes les poches et donc de toutes les sorties. Même les films ne prenaient pas de place et on en avait bien toujours deux ou trois sur soi, en poche ou dans le sac à main (car ils étaient limités à 12 ou 24 poses maximum). Ceux qui possédaient un flash intégré simplifiait encore la prise de photo et réduisait l’encombrement au maximum.

Considérons ce qui fait la spécificité de cet appareil.

Tout d’abord, sa poignée qui, lorsqu’elle est replié, forme une coque protectrice et, lorsqu’elle est dépliée, assure un maintient intéressant de l’appareil. Une belle idée en fait.

On pourrait objecter qu’il est bien plus grand que l’Agfamatic 3008. C’est vrai mais n’oublions pas qu’il ne faut pas y ajouter un flash puisqu’il est intégré. On peut toutefois toujours le placer dans une poche ou un sac, sans difficulté.

Outre ce flash, bien utile, parlons de ses autres équipements.

Tout d’abord, son objectif : de base, c’est un Reomar de 22mm qui ouvre à f8 constant. Etant donné la taille du film, il est l’équivalent d’un 40mm en 24×36. Mais, grâce à une lentille qui coulisse devant le viseur et l’objectif, on passe à un 44mm (soit un 88mm ou un mini-télé). Petite particularité, que l’on découvre et faisant glisser le curseur et en regardant dans le viseur : il y a en fait 5 choix lorsque l’on est en position Tele, où l’on voit un indicateur glisser sur des pictogrammes allant de portrait à paysage. Si vous repassez en position normal, la barre des pictogrammes à disparu.

Nous n’allons pas quitter le viseur mais en passant par le … déclencheur. Celui-ci m’a fait penser, la couleur en moins, au Sensor des Agfa : une légère cuvette autour du déclencheur incite le doigt à appuyer sur un minuscule bouton orange niché au centre. Lorsque vous visez une scène, en appuyant légèrement sur le bouton, vous verrez dans le viseur une diode verte s’allumer si la photo est possible sans flash et si elle est rouge, c’est que la lumière n’est pas suffisante. En laissant votre doigt appuyé 3 secondes sur le déclencheur, le flash va s’activer automatiquement et la diode repasser au vert lorsque vous pourrez déclencher. Malin.

Vue rapprochée du boîtier noir de l'appareil photo Kodak Tele-Ektralite 600, avec objectif et interrupteur visibles, posé sur une surface près d'un clavier.

Ce flash a un nombre guide de 14 pour 100Asa, ce qui est plus puissant que sur les autres Ektralite (NG10).

Enfin, pour en terminer avec le viseur, disons encore qu’il est collimaté avec lignes pour correction de la parallaxe mais seulement en mode portrait, c’est-à-dire l’appareil maintenu à la verticale.

L’appareil possède aussi une cellule au CdS comme je le soulignais plus haut. C’est elle qui analyse la lumière et règle la vitesse d’obturation, l’ouverture étant toujours fixée à f8. La cellule (près du logo de la marque) est alimentée par une pile de 9v, utilisée aussi pour le flash. Le voltage est assez inhabituel.

Petite publicité de 1982.

Page publicitaire présentant plusieurs modèles d'appareils photo Kodak des années 1980, y compris le Kodak Ektralite 600, avec descriptions et prix.

Pour ouvrir la chambre, il faut pousser la porte, qui sert aussi de compteur de vue, vers la gauche sur +/- 2mm et soulever celle-ci. La cassette contenant le film se pose dans la chambre, que l’on referme en refaisant glisser la porte sur la droite cette fois. Lorsque celui-ci est dans la chambre, il faut armer plusieurs fois, avec le petit curseur sous l’appareil, jusqu’à ce que le chiffre 1 apparaisse sur le papier du film. Vous êtes prêt pour votre première photo.

En fin de film, pas de rembobinage ici mais vous continuez à armer l’appareil jusqu’à ce que vous sentiez que le film passe intégralement dans la cartouche de gauche (fenêtre noire). Il suffit d’ouvrir à nouveau la porte et de recharger une nouvelle cassette de 110. Petit truc quand même, placez le film terminé dans la pochette de celui qui le remplace ou dans un endroit à l’abri de la lumière vive pour éviter les (mauvaises) surprises.

Pour une idée des capacités de l’appareil, c’est par ICI.

Que penser de cet appareil ?

Encore une fois, ce n’est pas le plus petit des appareil qui utilise le format 110, sans être le plus grand (voir le Gracia 505 XLR), mais il a l’avantage du flash intégré, plus simple d’usage.

Sa poignée est un petit plus indéniable pour bien le tenir, sans trop bouger lors des prises de vue. D’autant qu’il est assez lourd pour un miniature.

Ses trois avantages, à mon avis, sont la cellule CdS, le passage du normal au télé, le flash intégré. De quoi voir venir sans trop de soucis.

La littérature est peu nombreuse sur ces appareils, produits eux aussi par millions pourtant. Je n’ai ainsi pas pu déterminer en quelle matière était fait l’objectif (plastique, verre, mixe des deux comme chez Agfa ?).

Ceci étant, il semble que la qualité des images ne soit pas mauvaise (voir lien ci-dessus).

Toujours est-il que c’est là un boitier assez complet, pas trop encombrant, facile d’usage, que l’on peut acquérir pour des prix très raisonnables (entre 5 et 15€) ou trouver gratuitement dans les tiroirs de ses parents ou grands-parents, oncles, tantes (faites donc le tour de la famille).

Une autre manière de découvrir le format 110 sans se ruiner car il vous laissera assez de sous que pour acheter des pellicules chez Lomography.

Bon amusement.

Vidéo d’illustration.

Un peu de technique.

  • Kodak Tele-Ektralite 600
  • Produit entre : 1980 – 1982 (USA)
  • Objectif : Reomar de 22mm et 44mm (avec ajout d’une lentille devant l’objectif) ouvrant à f8
  • Type de film : cartouche de 110
  • Taille de l’image : 13 x 17 mm
  • Vitesses de 1/125 et 1/250s
  • Cellule au CdS, alimentée par pile de 9v
  • Flash intégré de NG14 pour 100Iso

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-686-Kodak_Tele-Ektralite%20600.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Tele-Ektralite_600, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8208496/, https://kodak.3106.net/index.php?p=211&cam=1071, en anglais.

Argentique

Le Beauty Super L

Préambule.

C’est bien sur une brocante que j’ai trouvé ce bel appareil, mais je ne me souviens plus de laquelle car cela fait un moment que je devais vous le présenter, comme d’autres d’ailleurs, qui attendent sagement.

Là j’ai craqué parce que le boitier était magnifique et sa gaine en cuir mérite juste un bon nettoyage et un brin de baume pour cuir pour retrouver tout son éclat.

Et, de plus, j’avais le sentiment que ce n’était pas un appareil très courant car c’était bien la première fois que je voyais ce modèle.

Mais commençons par le début …

Un peu d’histoire.

La société Taiyodo, de Tokyo, a eu une idée originale pour lancer ses premiers appareils photo : elle a fait paraître dans le Ars Caméra (un magazine japonais pour les amateurs de photographie) une petite annonce singulière. En effet, elle s’engageait à échanger des appareils usagés contre un appareil de qualité. Nous étions en 1946.

Source : heyjohnbear. La première publicité connue de Camera Taiyodo, écrite en chinois traditionnel
(appareil photo en japonais), et trouvée dans les numéros de janvier et juillet 1946 du magazine Ars Camera. Cette coupure de presse indique
Achetez à un prix élevé, appareil photo de haute qualité et Échange bienvenu.

Si au début l’entreprise vendait des appareils d’occasion, à partir de 1948, installée à l’arrière du magasin, elle commence à fabriquer ses premiers boitiers sous le nom de Taiyodo Koki KK.

Il me faut faire un aparté ici. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Japon est vaincu et occupé par les américains (430.000 soldats), des anglais du Commonwealth (40.000 soldats) et des milliers de contractants, civils, pour la reconstruction du pays. Pays exsangue qui peine, comme tous les pays au sortir de la guerre, à reprendre un rythme de vie à peu près normale. De plus, les conditions dictées par les vainqueurs sont drastiques pour les produits fabriqués. Par exemple, les appareils photo devaient être vendus aux troupes d’occupation avant toutes ventes aux citoyens, qui se voyaient eux en plus taxé à 120% du prix. Dès lors, les quelques appareils que les Japonais pouvaient encore s’acheter – et ce n’était pas une priorité à l’époque – étaient ces fameux subminiatures dont vous ait présenté un exemple, le Hit.

Le premier produit fut le Meteor, un tout petit appareil qui utilisait le film 17,5mm, qui sera suivit ensuite par un Vestkam, un Epochs et un Beauty 14

Ces petits appareils étaient construits sérieusement et très bien finis, avec un viseur intégré dans un long capot, un gros bouton pour l’avance du film, offrant un design élégant. Le dos s’ouvre sur charnière, après avoir fait coulisser une languette, sur la tranche. Le plan film est légèrement incurvé pour corriger les aberrations de l’objectif. La bobine porte un film de 17,5mm pour un négatif de 10 poses de 14x14mm.

Ces subminiatures, très simples (mise au point et ouverture fixes), étaient de ce fait les seuls vraiment abordables pour les Japonais. Toutefois, les occupants, et les américains en tête, ont massivement exporté ces minuscules boitiers, qu’ils trouvaient amusants et sont souvent devenus des cadeaux, voire des appareils offerts comme jouets alors qu’ils étaient pleinement fonctionnels.

Je vous encourage vraiment à relire l’article sur le HIT déjà évoqué, l’explication sur les films et leur histoire y est relatée.

Parallèlement à ces subminiatures, Taiyodo lance le Spy 16 et le Beauty 16, des appareils qui utilisent eux le film en 16mm. Encore un film réduit en taille. Comme les films du Météor ou du Hit, il est découpé dans une pellicule de 24x36mm. Economie, économie …

Puis il lance (1950) le Beauty Six, un TLR , tout comme le Beautyflex. Notons que c’est à cette époque que la majorité des boitiers vont s’appeler Beauty : Beauty Flex, Beautycord, Beautyflex & Beauty (6×6 TLR), Reflex Beauty (reflex 6×6 – 1954), Beauty 35 (viseur 35mm – 1955), Beauty Super 35 & Canter Beauty (télémètres 35mm – 1955).

Comme vous le découvrez, la firme élargit sa gamme : des appareils en 24x36mm, en 6x6cm (film en bobine de 120) ; des fix-focus, des télémétriques, des TLR (bis-objectifs), des SLR (réflex), finalement une gamme complète.

Taiyodo Koki, en plus de vendre ses propres appareils, fabriquait des boitiers pour Miller Outcalt (Santa Monica) un détaillant d’appareils et équipement photographique, pour le géant de la vente par correspondance américain, Montgomery Ward (Chicago) et pour la United States Camera Corporation ; pour la SCL canadienne, ainsi que pour Fodor, le grand détaillant néerlandais par lequel 99% de la production japonaise est entrée en Europe.

Mi 1957, la société change de nom et s’appelle désormais Beauty Camera KK, vraisemblablement pour faire correspondre son nom à celui de ses produits, qui se vendent bien.

Mais revenons à notre Beauty, en version en 35mm. Sorti en 1955, il sera un des premiers appareils photo à proposer un levier d’armement qui fait avancer le film et arme l’obturateur (seul le Minolta A est antérieur).

Cet appareil possède un viseur fixe (sans télémètre), un bloc objectif/obturateur fixé à la carrosserie. L’objectif est un 45mm ouvrant à f2,8 ; l’obturateur, un NKS-FB Prontor (avec des vitesses de 1 sec., 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/300, +B).

Pour la petite histoire, il sera rebadgé en Milo 35 pour Miller Outcalt (le vendeur de Santa Monica), en Ward 35 pour Montgomery Ward (Chicago) et en Gen 35 pour la vente au Canada. Pour compliquer encore un peu les choses (amis collectionneurs, je suis de tout cœur avec vous !), selon les appellations, il existent de nombreuses variantes au niveau des lentilles, des obturateurs et de détails cosmétiques.

Source : heyjohnbear. Les 4 logos des différentes variantes sur un même thème.

Le Super 35 sera le premier boitier équipé d’un télémètre couplé produit par Taiyodo Koki en 1956 -57. Le terme Super, parfois réduit au S, était régulièrement utilisé par les fabricants allemands dans les années 50 pour désigner les boitiers équipés d’un télémètre. C’est clairement un développement du modèle 35.

Ce Super 35, premier du nom proposait un objectif Canter de 45mm ouvrant à f2,8, une construction à 5 éléments. Le diaphragme, constitué de 10 pales, se fermait à f16.

Et comme faire simple semble bien compliqué, le premier modèle avait un obturateur Copal proposant une vitesse maximale de 1/300s mais la firme a lancé en même temps deux autres modèles presque identiques si ce ne sont des détails cosmétiques et dont l’un avait un obturateur avec une vitesse maximale de 1/500s.

Enfin, en 1958 -59, apparait le Beauty Super L. C’est toujours un télémétrique couplé mais il introduit un élément nouveau, un posemètre intégré. Et cette fois, c’est la Beauty Camera Company qui est le maître d’œuvre de ces nouveaux appareils, qui rompent aussi avec le design de leurs prédécesseurs.

Présentation du Beauty Super L (ou Beauty Varicon SL).

Comme je l’écrivais en préambule, ce qui m’avait attiré vers ce boitier, c’était son côté singulier. Même si, en y regardant de plus près, on a une impression de déjà vu : un Contax, un Kiev 4, un Yashica, … ?

Non, car il fut un des premiers à posséder une cellule, non couplée. C’est une cellule au sélénium (fabriquée par Seiko Electric Industries, le fabricant des posemètres modernes Sekonic) avec un couvercle à rabat, coupé d’une petite fente au milieu. En cas de forte lumière, on laisse le rabat fermé et en cas de faible lumière, on le relève, en appuyant sur le petit bouton sur le côté. Un système simple mais toujours utile pour protéger ces cellules, car celle de cet exemplaire fonctionne toujours.

A l’origine, il pouvait être vendu avec un amplificateur, c’est-à-dire une cellule au sélénium supplémentaire, que l’on enfiche sur le boitier quand on veut augmenter la sensibilité de la cellule mère, notamment en cas de très faible lumière.

Ce qui explique que la lecture de l’échelle de lumière travaille sur 3 points : high (haute), low (basse) et amplified (amplifiée). Il y a encore des repères de compensation d’exposition en cas d’utilisation de filtre jaune (+1 arrêt) ou orange (+2 arrêts). Les sensibilités de film sont comprises entre 6 et 800Asa. N’oublions pas qu’à l’époque, les films étaient relativement peu sensibles.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Beauty Super L, mettant en évidence le posemètre et les réglages d'exposition.

Le réglage de l’exposition se fait avec le système LV (light value = valeur de lumination), comme sur les Yashica Minister III (1966) et Minister D (1964).

L’objectif est un Canter-S de 45mm ouvrant à f1,9 jusque f16. Il est en 6 éléments et 4 groupes, traité au Lanthanum.

Appareil photo Beauty Super L avec objectif Canter-S de 45mm, exposant un design vintage en métal sur fond flou.

L’obturateur est un Copal SVL (ou MXV selon des publicités et le mode d’emploi) donnant les vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B. La synchronisation du flash sur X se fait à toutes les vitesses ; en cas d’utilisation de flash à ampoules et selon le type d’ampoules (M ou F), la synchro se fait entre 1s et 1/60s. Il faut toujours bien vérifier sur quelle lettre la tirette du flash est positionnée – M ou X – pour éviter des déboires et aussi parce qu’en position M, on ne peut pas faire démarrer le retardateur de 10s (tirette sous l’objectif). La griffe du flash est dite froide puisqu’il n’y a pas de contact. Une prise coaxiale est sous l’objectif, pour brancher le flash.

Le réglage de la distance se fait avec le gros bouton fixé à la bague des distances. Il vous permet de voir nettement le patch carré orangé au centre du viseur pour effectuer la mise au point, via le télémètre.

Pour la vitesse et l’ouverture, comme je le précisais ici au dessus, on travaille avec le système LV, soit indice de lumination. Selon la lecture du posemètre, vous trouvez un numéro, que vous notez sur le barillet de l’objectif via la bague de réglage LV, qui est couplée à l’ouverture et modifie la vitesse selon la combinaison LV : LV 13 = 1/60s + f11 ou 1/30s + f8 ou encore 1/15s + f11.

Cette méthode permet de modifier en une fois la vitesse et l’ouverture, selon l’indice de lumière reçue. On peut évidemment débrayer le système et revenir à un réglage tout manuel.

Pour charger un film dans la chambre, il suffit de tirer sur la languette du verrou, sur la tranche gauche, et le dos pivote sur sa charnière. Lorsque l’on arrive au terme de sa bobine, il suffit d’appuyer sur le petit bouton sur la semelle et de rembobiner le film avec la manivelle. Du classique.

Le viseur, large et clair, est collimaté avec lignes pour la correction de la parallaxe. La base du télémètre est assez courte (+/- 4cm) mais il reste précis et facile à régler.

Le compteur de vue se remet à zéro lorsque l’on ouvre le dos de l’appareil.

Vue détaillée du haut d'un appareil photo vintage, montrant les mécanismes de réglage de l'exposition et de l'obturateur.

Un filetage pour un trépied se trouve aussi en dessous, au milieu de la semelle.

Vue de face d'un appareil photo vintage Beauty Super L, avec un design minimaliste et un objectif Canter de 45mm, sur un fond de bureau avec un clavier et un écran d'ordinateur.

L’appareil est tout en métal et offre une bonne tenue en mains.

Si le sac tout près qui l’accompagne porte une lanière, deux broches permettent d’en fixer une directement sur l’appareil si besoin. Ce genre de sac est toujours un avantage pour bien protéger le boitier.

Que penser de l’appareil ?

Franchement, je le trouve beau. De ces appareils faits pour durer et près de 70 ans plus tard, il fonctionne toujours parfaitement (bien que sur cet exemplaire, il faille régler le télémètre).

Il est lourd (767gr) et rassurant. Sa seule faiblesse est la cellule au sélénium, qui va s’épuiser (même si celle de cet exemplaire est toujours active). Ce qui n’empêchera pas l’appareil de toujours fonctionner, il vous faudra juste prendre une cellule à main.

Si ce boitier peut se trouver aux USA, il est extrêmement rare en Europe.

C’est donc une belle pièce, qui ravira le collectionneur.

Mais c’est avant tout le témoin d’une industrie qui, exsangue, s’est montrée inventive et qui a misé sur l’ingéniosité et la qualité pour se relever, notamment dans le domaine des appareils photos.

S’il est vrai que de nombreux modèles japonais ont été copiés sur ce que l’Allemagne a produit de mieux, ils ont su rapidement s’en éloigner pour créer leurs propres produits et, nous connaissons maintenant l’histoire, ravir la première place dans un marché très concurrentiel.

Au tournant des années septante, le Japon avait remporté tous les marchés du reflex, des fix-focus, des télémétriques et des moyens formats. En Europe, quelques rares marques, dont Leica, Hasselblad, Rolleiflex, par exemple, tentaient de résister, en faisant d’autres choix.

En tout cas, je suis content d’avoir trouvé ce beau Beauty Super L.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Beauty Super L, aussi appelé Berauty Varicon SL, Japon, 1958 -59
  • Objectif couplé Canter-S 45mm ouvrant à f1.9 – f16 avec 6 éléments en 4 groupes, traité au Lanthanum
  • Réglages de l’objectif sur l’échelle de la valeur lumineuse (EV) : réglage EV effectué avec la bague avant adaptée aux bagues d’ouverture et de vitesse d’obturation.
  • Obturateur Copal-SVL, vitesses de 1s à 1/500s, plus pose B ; synchro flash à toutes les vitesses (X), de 1s à 1/60s pour les flashs à ampoules M ou F, griffe froide, prise coaxiale
  • Posemètre au sélénium Seiko non couplé, intégré à l’échelle EV, avec cellule de rappel au sélénium amovible montée sur des broches au-dessus du panneau avant droit. Le compteur a été indexé pour les lectures en haute ou basse lumière et pour les lectures avec cellule d’appoint.

Des références.

https://vintagecameralab.com/beauty-super-l/, https://camera-wiki.org/wiki/Beauty_Super_L, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo/beauty-super-l, https://collectiblend.com/Cameras/Taiyodo-Koki/Beauty-Super-L.html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Beauty_Super_L, https://collectiblend.com/forum/viewtopic.php?f=5&t=4394, https://en.wikipedia.org/wiki/Camera_Taiy%C5%8Dd%C5%8D, https://camera-wiki.org/wiki/Taiy%C5%8Dd%C5%8D, https://heyjohnbear.wixsite.com/taiyodo en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10424-Beauty_Super%20L.html, en français.

Argentique

L’Agfamatic 3008 Pocket, discret et efficace

Préambule.

Ce petit pocket, c’est une histoire un peu folle : sur une brocante, je le vois posé sur une table et je le prends en mains pour voir s’il fonctionne encore. La dame qui tient le stand me regarde faire et puis me dit, gentiment, si vous le voulez, vous pouvez le prendre car un monsieur vient de me dire que ça ne valait plus rien car on ne trouve plus de film à mettre dedans !

Sapristi me dis-je, en voilà encore un qui sait de quoi il parle ! Tout d’abord, j’informe la dame que c’est faux et que Lomography a repris la production et la distribution de ces films (depuis 2012), qui se trouvent donc assez aisément chez certains distributeurs et en tout cas via Internet. Je lui raconte même que ladite firme reproduit des appareils dans ce format mais à des prix, disons, costauds.

L’ai-je convaincue ? Toujours est-il qu’elle me remercie et insiste pour que je le prenne, gracieusement, car elle a l’impression qu’au moins j’en ferai bon usage.

L’ayant remerciée, je respecte son vœux et vous présente donc ce petit boitier sympathique qui fit plus d’un heureux dans les années quatre-vingt.

Un peu d’histoire.

En 1963, Kodak réinvente le film et le chargement de celui-ci dans les appareils photo : il insère une cartouche de 24x36mm dans une enveloppe scellée de plastique et l’on dépose le tout dans les appareils conçus expressément pour les recevoir, les Kodak Instamatic. C’est la cartouche de 126.

Une cartouche de film 126 de la marque Solaris, utilisée pour les appareils photo vintage.

Ce fut un succès colossal même si la qualité intrinsèque des images étaient loin d’être aussi précises que si vous les aviez captées avec un appareil compact 24×36 classique.

En cause ? La cartouche n’autorisait pas de placer un presse – film pour assurer la planéité de celui-ci et l’absence de trous multiples pour entrainer la pellicule n’assurait pas une tension régulière (il n’y avait qu’un seul trou pour l’avance).

Mais ces petit appareils, ultra simples, compacts, rendaient la photo accessible même aux enfants, avec des résultats suffisants comme souvenirs de vacances, souvent. Les albums photo de vos parents ou grands-parents en contiennent surement.

Kodak a vendu des millions d’appareil, dont certains un peu plus sophistiqués que d’autres dans la gamme. Devant ce succès, d’autres marques, comme Agfa, ont payé la licence à Kodak pour pouvoir produire leur propre gamme, elle aussi simplifiée mais vendue par millions. Enfin, quelques marques historiques comme Canon, Minolta, Fuji, Rollei, … ont aussi sorti des appareils utilisant ce format (la fameuse cassette de 126) mais en s’attachant à fournir des appareils parfois de très grande qualité (avec cellule, des objectifs en verre, etc.).

Presque 10 ans plus tard (1972), rebelote, Kodak lance un nouveau film en cassette, réduite de moitié cette fois, le format 110. On garde les mêmes défauts et on y ajoute la nécessité d’agrandissement de ce tout petit format de 13x17mm.

Les Kodak Instamatic Pocket sont nés en même temps et l’histoire se répète : d’autres marques paient à Kodak la licence pour exploiter le format du film dans leurs propres appareils photo, dont Agfa qui introduit là aussi son fameux déclencheur Sensor et le système Repitomatic (vous pouvez charger l’appareil et ne pas déclencher sans perdre d’image). Les grandes marques citées précédemment vont encore une fois essayer de se démarquer en fabricant des tout petits appareils utilisant la cartouche de 110 mais avec une meilleure qualité de photo (voir quelques articles sur le site, comme le Voigtländer Vitoret 110 EL, le Rollei A110, le Minolta 110 Zoom, par exemple).

Tout comme la cartouche de 126, celle de 110 permet des appareils de taille réduite et si la qualité n’est pas toujours au top, elle permet d’emporter partout avec soi un appareil guère plus gros, souvent, qu’un paquet de cigarette (mais moins nocif pour la santé). Les vacances restent le terrain de jeux favoris des pocket, mais aussi toutes les manifestations festives. Là encore, on en offrira des dizaines de milliers comme cadeaux de fin d’année, de fin de cursus scolaire, d’anniversaire, de communion, …

Abandonnons un peu Kodak pour nous concentrer sur Agfa, le grand rival.

Le site de Collection-appareils reprend la gamme des appareils Agfamatic, je ne vais donc pas refaire leur travail mais vous encourager à aller le voir.

Sachez que la gamme s’inaugure avec l’Agfamatic 1000 en 1974 et se terminera en 1983 avec le Traveller. Des évolutions discrètes enrichiront la gamme mais, il faut bien l’avouer je pense, souvent on reprend de vieux modèles et un petit lifting cosmétique suffit à lui attribuer une nouvelle référence sans avoir révolutionné l’appareil. Parfois, une petite avancée technique justifie-t-elle mieux le changement de nom.

Ainsi, l’Agfamatic 3008 du jour n’est autre qu’un Agfamatic 3000 auquel on a ajouté un autre type de flash.

Pour y voir plus clair, disons que l’on peut subdiviser les modèles Agfa en familles : la famille des 1000 est celle des appareils avec des connecteurs pour Flashcube ; celle de 8 utilise les mêmes appareils mais cette fois muni d’un connecteur pour Flipflash. Attention, ça se complexifie : dans la famille des 1000, s’ils ont un flash intégré, ce sont des Flash Pocket, tandis que dans la famille des 8, s’ils sont munis d’un téléobjectif, ce sont des Télé Pocket et s’ils sont munis d’un objectif qui fait aussi macro, des Macro Pocket. Et puis il y a une exception, le 901, qui possède un moteur et sera donc très compact.

Bref, l’histoire se termine au seuil des années nonante pour la plupart des marques, chassé par les APS-C argentique puis par l’avancée du numérique et de ses compacts.

Fin des années nonante, Kodak, en pleine tourmente financière, abandonne le format 110, puis se sera le tour de Fujifilm en 2009. Mais Lomography reprend le flambeau en 2012 et relance la vente de ces films, la fantaisie en plus.

Alors oui, le format 110 existe toujours et il offre encore des possibilités de photographies amusantes, même au temps du numérique.

Présentation de l’Agfamatic 3008 Pocket.

Comme je l’écrivais un peu plus haut, le recyclage était de mise chez Agfa. Ainsi, le 3000 qui a servi de base au 3008, ressemblait au 2000, qui ressemblait au 1000 … mais en plus performant : l’exposition se règle avec 4 pictogrammes météos, chacun de ces pictogrammes donnant un couple vitesse/ouverture et possède un objectif plus lumineux, un Apotar Couleur de 26mm à 3 lentilles (en verre et résine) ouvrant à f6,3 jusque 16.

L’utilisation d’un flash est assuré par un Cubeflash.

Appareil photo Agfa Agfamatic 3000 Pocket avec Flashbar, en haut un film pour appareil photo.

Pour le 3008, on reprend la même formule : un objectif Apotar Couleur de 26mm à 3 lentilles ouvrant à f6,3 jusque f16 ; les 4 pictogrammes météo qui donne un couple vitesse/ouverture : 1/50s à f6,3 ou 1/100s à f6,3, ou 1/100s à f9,5 ou 1/100s à f15 et un connecteur flash pour FlipFlash.

Un appareil photo Agfamatic 3008 Pocket avec un module de flash monté sur le dessus, posé sur un fond de couleur orange.

Petit aparté concernant le Flip-flash. Avant lui, il existait un petit flash carré, appelé Magic-cube, qui proposait 4 lampes flashs, à jeter. Le Flip-Flash lui en propose 2 x 4 (il suffit de retourner la plaquette) dans un format très fin et qui ne nécessite pas de pile. Outre sa plus grande capacité, son autre avantage est de présenter les éclairs plus haut qu’avec le Magic-Cube et donc assure une meilleure illumination du sujet, ce qui permet d’éviter l’effet yeux rouges lorsqu’on réalise un portrait.

Vue rapprochée de l'appareil photo Agfamatic 3008 Pocket, mettant en avant le logo et l'objectif Color Apotar.

Le 3008 bénéficie aussi du système de chargement/armement appelé par Agfa Repitomatic et que l’on doit au génial inventeur Alfred Winkler (1976): ce système permet, en un seul mouvement coulissant d’une moitié de l’appareil photo, de faire avancer le film d’une image, d’ouvrir le protège objectif, d’armer l’obturateur et, s’il en est équipé, de faire tourner le flash. L’appareil reste en position ouverte le temps de la prise de vue puis vous pouvez le refermer et le bloquer par un loquet coulissant ou refaire la manœuvre pour la photo suivant.

Comme les autres appareils, il est équipé de la grosse pastille orange, le déclencheur Sensor, une autre belle invention destinée elle a éviter le flou de bougé. Lorsque vous regardez ce disque, vous constatez qu’il est au milieu d’un cercle, une collerette de 0,7mm de haut, qui n’a d’autre but que d’amener votre doigt au centre du disque orange, en plastique (un disque de 16mm) qui se trouve au-dessus du bouton proprement dit. La course est très courte (0.5mm) et il suffit d’une force de 300gr sur le disque pour déclencher l’appareil. Cette pastille orange sera non seulement un signe de reconnaissance mais aussi un argument publicitaire puissant.

Vue du dessus de l'Agfamatic 3008 Pocket, mettant en avant le bouton de déclenchement et les réglages de l'exposition.

Petite publicité de 1975 pour des appareils au format 110. Vous pouvez y lire les spécifications de chacun et comparer les prix (en francs français)

Une page de catalogue présentant divers appareils photo, incluant des modèles Agfa et Kodak, avec des descriptions techniques et des prix.

Source : Collection-appareils. Photo-Odéon 1975. Une petite idée des forces en présence à l’époque.

Dans le coffret de présentation, vous trouviez donc l’appareil, une dragonne en métal très à la mode en ce temps-là, un film, un mode d’emploi et, selon le coffret acheté, soit un FlipFlash ou un module Lux 234 que l’on branchait sur le connecteur du flash.

Appareil photo Agfamatic 3008 Pocket accompagné de son emballage, de documents et d'un flash, sur un fond texturé.
Cette image ne vous rappelle rien ? Il y en eut tellement, offerts comme cadeau pour toutes les circonstances de la vie …

Très simple d’emploi, ce petit appareil a eu beaucoup de succès. N’importe qui pouvait s’en servir, à la limite même sans le mode d’emploi. Vous pouviez le glisser dans n’importe quelle poche et le sortir au bon moment.

Que penser de cet appareil ?

Ce sont des appareils photo que l’on trouve facilement en brocante/braderie, chez les vide-grenier, Emmaüs et dans de nombreux tiroirs ou greniers.

Pour les plus jeunes qui ont envie de découvrir les joies du format 110, je dirais que la chasse est ouverte. Il n’est pas nécessaire de se tourner vers les appareils plus sophistiqués pour lesquels j’ai écrits quelques mots ci-dessus mais dans la gamme Agfamatic, je conseillerais de rester dans la famille des 8, justement à partir du 3008 jusqu’au 6008 et les Optima.

Vous savez que je fustige souvent les prix pratiqués notamment par Lomography pour ses nouveaux appareils au format 110. Car vous pourrez trouver facilement et à des prix bien plus décents, des 110 encore en pleine forme et qui n’attendent que vous.

Mais beau joueur, le site Lomography présente quelques photos prises avec cet appareil ICI, d’autant plus la plupart de ces images sont captées sur pellicule … Lomography !

Ceci étant dit, à une époque où le vintage gagne du terrain, voici un moyen amusant de se replonger dans les années septante et quatre-vingt.

Cela vous tente-t-il ?

Vidéo d’illustration

Un peu de technique.

  • Appareil photo de poche
  • Agfa, Allemagne
  • Film photographique format 110
  • Format négatif 13x17mm
  • Transport de films manuel
  • Contrôle de l’exposition manuel par pictogrammes météo
  • Objectif fixe Couleur Apotar de 27mm ouvrant à f6,5
  • Obturateur avec vitesses de 1/50s et 1/100s
  • Déclencheur de type Sensor
  • Sécurité de fermeture
  • Pas d’avancement du film si armement sans déclenchement, système Repitomatic
  • Flash via Flashbar ou module flash Agfamatic Lux 234
  • Période de production à partir de 1975

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-95-Agfa_Agfamatic%203008%20Pocket.html, https://dutchthrift.com/fr/blogs/gear/agfa-agfamatic-pocket-3008-vintage-fun-for-2025, https://www.mes-appareils-photos.fr/Agfamatic-3008.htm en français ; https://kameramuseum.de/objekte/agfa-agfamatic-3008-pocket-sensor/, en allemand ; https://www.submin.com/110/collection/agfa110/cameras/3008.htm, en anglais

Argentique

Une brève apparition, le Minolta 110 Zoom SLR

Préambule.

Pour finir la trilogie des appareils étranges achetés lors de la 25ème Foire de Cormontreuil, il me fallait un autre format, si possible (beaucoup) plus petit que le Sony Instant Pass Photo que je vous proposais il y a peu.

Notre ami, Monsieur Loiseau avait encore dans ses cartons ce petit boitier, avec son sac d’origine en plus, et je vous avoue que je suis très content de l’avoir trouvé car cela faisait un moment que je le cherchais. Car après le Rollei A110, le Voigtländer Vitoret 110 EL et le Pentax Auto 110, ce Minolta est dans ce qui se faisait de mieux au format 110.

Nous allons le découvrir …

Un peu d’histoire.

Pour en rassurer quelques un(e)s, je ne vais pas reprendre toute l’histoire de Minolta, qui pourtant le mérite bien, mais comme ils ont bien fait ce travail chez Collection-appareils, je vous renvoie au lien que j’ai posté tout en bas de l’article, comme d’habitude.

Alors je vais juste revenir sur l’histoire, rapidement, de ce format que l’on croyait disparu mais que Lomography a remis au goût du jour depuis 2012.

En 1963, Kodak lance un nouveau format et un nouveau film, le 126. En fait, il s’agit d’une pellicule 24×36 insérée dans une cassette en plastique, qu’il suffit de glisser toute entière dans la chambre de l’appareil. Plus besoin de ce fait de tirer une amorce à faire entrer dans une fente, parfois étroite, celle posée sur l’axe d’entrainement du film. Il semblerait que cet exercice ait toujours été délicat pour certains, malgré les inventions plus ou moins utiles, que les différentes marques ont proposées au fil du temps pour simplifier le chargement.

Voici pour l’avantage de cette invention. Au niveau des inconvénients, à la place des multiples trous placés sur les bords d’un film classique et qui assure une traction régulière et une tension juste de la pellicule, il n’y en a plus qu’un. Ensuite, sur la porte arrière des appareils photo il y a une plaque métallique, montée sur ressort, qui assure une légère pression sur le film et assure ainsi sa planéité. Ici, comme le film est prisonnier de sa cassette, il n’y a pas moyen d’assurer cette pression. Le film n’étant pas tout à fait à plat, les images sont un peu déformées car les bords peuvent s’incurver, d’autant que la traction n’est pas uniforme.

Mais ces quelques inconvénients ont été balancé par une stratégie publicitaire agressive de Kodak, relayée ensuite par d’autres marques qui ont opté pour ce format afin de ne pas laisser s’échapper un marché en pleine explosion.

C’est l’époque des Kodak Instamatic et autre Agfa Sensor, fabriqués à la pelle et de faible qualité*. Toutefois, ce type d’appareils offrait une photographie décomplexée et facile, y compris pour les plus jeunes.

*Soyons bien clair : lorsque j’écris que ces appareils étaient de faible qualité, je n’exclus pas les nombreuses inventions présentes sur ces boitiers. J’en ai recensées quelques unes dans les articles consacrés aux Kodak Instamatic et Agfa Sensor.

Des millions d’appareils ont été vendus, offerts lors des communions, pour de bons résultats scolaires, des petits cadeaux de St Nicolas, Père Noël, etc., toutes marques confondues. Si la plupart, comme je l’écrivais plus haut, ne sont pas de bonne qualité (lentille en plastique, vitesses uniques ou très réduites, etc.), d’autres ont fait l’objet d’attentions particulières pour essayer de résoudre les problèmes évoqués (Rollei, Minolta, etc.).

Pourtant, en 1972, Kodak remet le couvert, avec une autre invention, les Pocket et leurs films avec un nouveau format, encore plus petit, le 110.

Sur le fond, on reprend le même principe : une cassette en plastique dans laquelle on insert un film cette fois de la moitié du 24×36, soit le 11x17mm.

Pourquoi cette invention ? Pour permettre de diminuer encore la taille des appareils photo, que l’on peut glisser cette fois réellement dans une poche. L’histoire se répète : les appareils sont souvent simplistes et les qualités du film assez limitées, d’autant que le taux d’agrandissement est plus élevé que pour le film standard. Voici venu le temps des Kodak Instamatic Pocket, des Agfamatic encore une fois vendus par camions entiers (on estime qu’environ 60 millions de Kodak Instamatic Pocket se sont vendus entre 1972 et 1984, date de fin de l’épopée).

Les défauts du film sont les mêmes, ceux des appareils aussi. Sauf que certaines marques essaient encore de se démarquer et propose des appareils plus élaborés, mieux finis. Canon, Rollei, Minolta, Fuji, Pentax, par exemple, se sont lancés dans l’aventure mais avec des appareils, certes plus chers, mais autrement plus qualitatifs.

Toutes les bonnes histoires, hélas, ont une fin : 1985 pour Kodak, 2009 pour Fujifilm, qui arrêtent la fabrication de la célèbre petite pellicule.

Et puis, happy end (fin heureuse), en 2012, Lomography relance le format et recrée à la suite quelques appareils dans ce format.

Maintenant, je gage que toutes les personnes de plus de 40 ans ont reçu un jour un de ces appareils, qui trainent peut-être encore dans un tiroir, un grenier. Il est temps de les ressortir !

Si les plus simples ne gardent qu’un intérêt sentimental, sans doute, les plus sophistiqués n’ont rien à envier aux dernières production de Lomography, si ce n’est le … prix ! Car proposer le Lomomatic entre 99 et 189€, je trouve ça cher. Surtout que si vous cherchez bien, vous trouverez un Agfamatic 6008 ou un 901 (motorisé) pour moins de 30€. Et ce n’est qu’un exemple.

Quant aux appareils plus sophistiqués auxquels je faisait allusion ci-dessus, à moins d’être collectionneur et de chercher la perle rare, vous les trouverez entre 50 et 150€. Le prix de leur histoire et de leurs performances !

Présentation du Minolta 110 Zoom SLR.

Nous allons aujourd’hui découvrir un de ces pocket qui sort de l’ordinaire, le Minolta 110 Zoom SLR.

Et déjà, je vous sens attentif : SLR ? Oui, cet appareil est un réflex … de (grande) poche.

Produit de 1976 à 1979, cet appareil est le premier réflex au format 110 (le Pentax Auto 110 sortira en 1978).

Comme je l’écris souvent, Minolta était une marque pleine d’idées, disparue trop tôt à mon goût et en termes d’innovations, ici, ils ont fait fort : le Minolta 100 Zoom SLR possède un prisme de visée, une cellule au CdS externe, un zoom, une griffe flash synchronisée et c’est un automatique à priorité ouverture. Nous allons voir ça en détails …

Tout d’abord, la forme de l’appareil annonce la couleur : il est aplati, comme les autres 110 si ce n’est qu’on lui a greffé un prisme sur le dessus et que son objectif est proéminent et externe, tout comme la cellule.

Schéma technique du Minolta 110 Zoom SLR, montrant les différentes fonctionnalités de l'appareil photo reflex au format 110, incluant des détails sur le viseur et les commandes.
Source : mes appareils.

C’est un appareil automatique à priorité ouverture. La cellule au CdS assure la mesure de la lumière. On peut même compenser l’exposition (+2EV) par contre, impossible de travailler en tout manuel. Autre particularité de cette compensation d’exposition, elle permet d’utiliser des films d’autres sensibilités que les 100 et 400Iso sélectionnés automatiquement par l’ergot de la cartouche. On met sous tension la cellule en appuyant à mi-course sur le déclencheur. Pour sélectionner le contrôle d’exposition, il faut pousser vers l’avant le petit bouton et le pousser vers la droite ou la gauche.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Minolta 110 Zoom SLR, montrant le sélecteur ON/OFF, la griffe flash et le filetage pour trépied.

Ce que l’on remarque immédiatement, c’est le gros objectif, au milieu de l’appareil : un Rokkor macro qui est un zoom interne à mise au point manuelle de 25 – 50mm ouvrant à f4,5 – f16, qui offre la possibilité de travailler en macro jusqu’à 28cm du sujet. Ce zoom est un équivalent 50 -100mm en 24×36. Un pare-soleil, en alu, est intégré et fileté au diamètre de 40,5mm pour les filtres (filtre UV jaune et 1B vendus par Minolta).

L’obturateur offre des vitesses de 10s au 1/1000s plus la pose B et une vitesse X synchronisée au 1/150s. La griffe flash possède un contact central pour flash électronique, elle est posée sur le rectangle qui sert de prisme. Le mode B et X permettent aussi de déclencher même sans piles. A côté de la griffe flash, une molette que l’on peut faire bouger si on appuie sur le petit bouton sur le côté (afin d’éviter des changements intempestifs), permet de sélectionner les modes B – X (flash) – A (automatique). Cette dernière est la position la plus habituelle.

A noter que la sélection des ouvertures est curieusement décalée sur le côté, autour de la cellule en fait, avec rappel sur le dessus de la sélection.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Minolta 110 Zoom SLR, montrant des réglages et boutons sur le boîtier.

Un mot sur le prisme : Minolta a remplacé le pentaprisme par un ensemble de miroirs. Les miroirs s’articulent latéralement plutôt que vers le haut, de sorte que le résultat est une bosse plus petite que les prismes classiques des reflex.

Le déclencheur, posé sur le dessus de l’appareil, est bien positionné lorsque l’on tient l’appareil en mains. Il est muni d’un filetage pour un déclencheur souple et il est pourvu d’un verrou de sécurité, à côté.

Vue rapprochée de la partie supérieure d'un appareil photo Minolta 110 Zoom SLR, montrant le bouton d'alimentation, un serre-filet et des contrôles d'exposition.

Le viseur n’a pas de stignomètre mais un micro-prisme fin au centre. A droite, 2 triangles pour le posemètre : un jaune pour la sous-exposition et un rouge pour la sur-exposition (et pour le contrôle de la batterie). En tournant la bague des ouvertures, on éteint les flèches si l’exposition est correcte.

Enfin, pour faire avancer le film et armer l’obturateur, il faut utiliser le levier qui est sous l’appareil avec son pouce droit. Un peu comme sur les anciens Kodak Retina.

On peut aussi monter l’appareil sur un trépied car il y a un filetage sur le côté gauche mais il sera alors en position verticale, à moins d’avoir une rotule qui permette de le remettre à plat.

Appareil photo Minolta 110 Zoom SLR vu de profil, avec un objectif proéminent, posé sur un bureau avec un clavier d'ordinateur en arrière-plan.

La trappe pour les piles est elle sur la droite (2 LR ou SR44 de 1,5v). On peut vérifier les piles avec le petit bouton rouge, coincé entre le déclencheur et le prisme.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo Minolta 110 Zoom SLR, montrant le bouton d'alimentation et la griffe de fixation pour accessoires.

Pour ouvrir l’appareil et y glisser la cartouche de 110, il suffit de faire glisser le petit bouton à côté du viseur.

Cet appareil a séduit par sa singularité mais il sera remplacé en 1979 par un Minolta 110 Zoom Reflex Mark II au look beaucoup plus consensuel, celui d’un vrai mini-reflex (objectif non interchangeable, au contraire du Pentax Auto 110 qui proposait 3 objectifs différents).

Minolta 110 Zoom SLR appareil photo compact avec objectif proéminent, design ergonomique et dioptre au-dessus.

Vous savez maintenant quel autre Minolta je vais rechercher !

Que penser de cet appareil ?

Vous savez que j’aime les appareils qui sortent de l’ordinaire et celui-ci fait partie de la famille des boitiers originaux.

Est-il facile à utiliser ? Paradoxalement, oui car sa tenue en mains, qui ressemblent plus au port de jumelles, est équilibrée et les commandes sont judicieusement placées. Mais il faut maintenir les coudes au corps pour ne pas bouger en cas de vitesses lentes.

Personnellement, je regrette l’absence d’un sitgnomètre, toujours plus simple pour bien faire la mise au point mais le dépoli est très fin et précis.

Avec sa forme bizarre soit vous intriguerez les autres photographes curieux, soit ils penseront que c’est un nouveau modèle de numérique !

Mais vous ne passerez pas inaperçu, pas autant qu’avec un pocket 110 plus classique en tout cas.

De ce que j’ai pu lire à son sujet en préparant cet article, les photos qu’il délivrait étaient de bonne facture, grâce sans doute à son excellent objectif et à sa cellule, précise. La gamme de vitesses disponibles assurait aussi de faire face à presque toutes les situations de prise de vue.

Pour des exemples de photos prises avec ce boitier, c’est par ICI.

S’il reste un appareil atypique, il n’est pas rarissime et il reste abordable : comptez entre 50 et 100€ pour un modèle en parfait état avec sa gaine d’origine.

Plutôt que le formalisme des classiques, oseriez-vous le Minolta 110 Zoom SLR ?

Des vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Minolta 110 Zoom SLR
Format 110
Introduit en 1976 jusque 1979, Japon
Type SLR Mini (Single Lens Reflex = reflex à un seul objectif) dans la catégorie miniature
Matériau du corps : Métal/plastique
Mode Auto, priorité ouverture
Poids 460 gr, Corps avec objectif
Gamme ASA 100 – 400 et autres grâce à la correction d’exposition
Objectif Rokkor zoom 25 – 50mm f4,5 – f16, Il comporte 10 lentilles, et une position macro permet la mise au point à environ 28cm (équivalent 50-100 en 24×36, coefficient de x2 par rapport au 24×36)
Taille du filtre 40,5mm
Posemètre au CdS, externe
Levier d’armement sous l’appareil
Obturateur avec vitesses de 10s au 1/1000, plus pose B, synchro X
Correction d’exposition : oui +2
Griffe flash avec point de synchro X au 1/150s
Alimentation par 2 piles SR44/LR44 (3v)

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Minolta_110_Zoom_SLR, https://en.wikipedia.org/wiki/Minolta_110_Zoom_SLR, https://cameracollector.net/minolta-110-zoom-slr/, https://texolux.com/2024/11/10/test-minolta-110-zoom-slr-mark-i/, en anglais ; https://www.mes-appareils-photos.fr/ Minolta-110-SLR.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1690-Minolta_110%20SLR.html, https://photoclubmontlouis.com/minolta-slr-110/, https://foticoscollection.com/fr/item/camara-minolta-110-zoom-slr/2377, en français

Argentique

Un nouveau mythe entre les mains, le Mamiya C33 Professionnal. Deuxième partie.

Préambule.

Le Mamiya C33 Professional fait partie de ces appareils mythique que l’on est heureux d’avoir en mains au moins une fois dans sa vie.

Son histoire est intéressante, vous avez pu la lire dans la première partie de cet article, et sa manipulation un peu particulière, même si elle n’est pas compliquée. Mais ses particularités ont toutes une explication rationnelle et utile qu’il est bon de comprendre pour en tirer le meilleur.

Nous allons essayer de vous les présenter … quoique les vidéos ci-dessous vous offrent une belle combinaison de manipulations.

Présentation du Mamiya C33 Professional.

Comme d’habitude, je ne vais pas faire le tour du mode d’emploi, ce serait fastidieux pour tout le monde, juste revenir sur quelques points intéressants.

La mise au point.

Ainsi que je l’évoquais dans la première partie, la mise au point utilise un système de soufflet et de crémaillère qui donne un extension d’environ 56mm. Cette extension dépend de la distance initiale requise pour la mise au point à l’infini selon chaque objectif.

Le soufflet est particulier au sens où il est divisé en deux parties, en déflecteur interne sépare la visée de la prise de vue.

Les échelles de mise au point varient d’un modèle à l’autre et elles peuvent être modernisées pour utiliser des objectifs plus récents. Cette plaque est fixée sur le cadre de montage du soufflet, à gauche.

Il est utile de manipuler les deux gros boutons en même temps pour éviter d’abîmer l’axe de sortie des platines, monté sur une crémaillère.

L’exposition multiple.

Généralement, lorsqu’on veut faire des expositions multiples, on essaie d’empêcher le film d’avancer lors du réarmement et on débraye le système d’avance.

Ici, on expose la première image, puis on passe en mode Multi avec la petite roue sur le côté droit, on réarme et on déclenche. Ne pas oublier de remettre la roue sur Single pour les autres images.

En fait cette petite roue ne fait que désengager le dispositif de prévention et pas l’avance du film.

Le chargement d’un film.

Vous avez ouvert la porte arrière et vous allez placer la bobine de film en bas, en tirant légèrement sur l’amorce que vous avez décollée et placée dans la fente de la bobine réceptrice. Pour engager les deux bobines, il faut faire tourner et tirer sur les deux boutons à gauche de l’appareil puis les remettre à leur place. Vous aller faire avancer le film avec la manivelle jusqu’à ce que la flèche inscrite sur le papier soit en face du repère (un point sur les bords). Puis vous refermez le dos et vous le bloquez. Faites encore tourner la manivelle jusqu’à ce qu’elle se bloque : vous êtes à l’image une ; il reste à tourner la manivelle dans le sens anti-horaire pour la mettre en position de repos..

Lorsque vous atteindrez la douzième image, le verrou d’avance se déverrouille et vous pouvez encore faire quelques tours pour déplacer tout le film sur la bobine réceptrice. N’oubliez pas de coller la languette de fermeture du film terminé et vous voilà prêt à tout recommencer.

Le déclenchement.

Il y a en fait trois manières de déclencher l’obturateur avec cet appareil. La première est de fixer un câble souple dans le filet prévu à cet effet et, après avoir armé l’obturateur avec la manivelle, à enfoncer le bouton de déclenchement.

La seconde est d’utiliser le déclencheur situé à droite, en dessous du filetage pour câble souple. C’est la méthode la plus simple et la plus commune.

La troisième en fait fait l’impasse sur la tige qui fait basculer le déclencheur et vous permet de pousser vers le bas directement le déclencheur placé sur l’objectif.

Vous le voyez, le reste est semblable aux autres TLR : réglage de la distance avec les deux roues qui fera avancer le soufflet et la platine d’objectifs. Vous pouvez toujours vérifier celle-ci sur la table fixée à droite, sur la platine et qui diffère selon les objectifs montés sur le boitier.

Pour les focales de 65 et 80 mm, l’échelle est sur la gauche, sous la manivelle.

L’équivalence des focales.

Quand j’écris que cet exemplaire de C33 est équipé d’un 105mm, de fait, si on le compare au standard du 24×36, on obtient une focale de 68mm.

Le 60 et le 80mm qui sont aussi prévus et qui font l’objet d’une échelle différente, représentent respectivement des focales de 37mm (un grand angle) et 51mm (la focale classique des réflex 24×36).

Le tableau ci-dessous reprend ces équivalences :

Tableau des longueurs focales comparatives pour photographies au format 645, 6x6, 6x9, et 35mm.
Source : lens2nshutter

La correction de la parallaxe.

C’est une particularité du modèle : en fonction de l’objectif utilisé – et il ne faut pas oublier de l’indiquer lorsque vous changez d’optique sur la roue à gauche de l’appareil – vous verrez un indicateur sur l’écran de visée qui vous indique quelle partie de l’image ne sera pas vue si vous vous approchez beaucoup de votre sujet. Mamiya avait sorti un accessoire bien utile sur pied pour corriger non seulement la position mais aussi la perspective : le Paramender.

Et comme c’est plus parlant en images animées :

Les accessoires.

Ce genre de boitier s’inscrit surtout, comme son nom l’indique, dans le milieu professionnel. J’ai rencontré un photographe pour qui il fut l’outil de travail pendant des années (il en avait d’ailleurs plusieurs de la gamme) – mes amitiés Salvatore – lorsqu’il travaillait comme photographe pro pour des mariages, des photos de commandes en B2B, etc. Il en gardait un excellent souvenir mais était aussi content de son fidèle trépied !

Et, outre la gamme des objectifs adaptés aux besoins particuliers de chaque professionnel, il y avait aussi des accessoires pour aller encore un peu plus loin. Citons, en vrac :

  • un viseur Porroflex pour un visée réflex classique
  • des caches-objectifs avant et arrière
  • des filtres
  • des accessoires de trépied
  • des poignées
  • des accessoires pour glisser du film 135 au lieu du 120
  • des sangles de transport
  • des houses de protection
  • des dos pour mettre du plan film
  • etc.

Bref, tout un univers sensé rencontrer tous les besoins du photographe. Si vous surfez sur Ebay, vous aurez sans doute l’occasion de trouver l’accessoire qui vous manque …

Si vous voulez découvrir des images prises avec cet appareil, c’est ICI et LA.

Que penser de cet appareil ?

C’est un appareil que j’avais envie de manipuler au moins une fois car il fait partie de ces mythes historiques.

Il est agréable à manipuler, facile à utiliser et très polyvalent avec ses objectifs interchangeables – rare sur un TLR – et, si vous avez des besoins particuliers, pour ses nombreux accessoires.

Cependant, il est lourd : 1,8kg nu et plus de 2 kg avec ses objectifs. Il faut impérativement une bonne sangle pour le porter et un bon trépied pour le supporter. S’il ne rechigne pas à sortir, c’est surtout un appareil de studio ou en tout cas de photo posée.

Vais-je l’utiliser ? Non, mes vertèbres ne s’en remettraient pas et j’ai toujours le même souci avec ces TLR, je n’arrive pas à remettre l’image dans le bon sens !

Outre ces considérations toutes personnelles, il faut ajouter que c’est un appareil qui a fait et fait encore ses preuves et qui est toujours recherché car sur ce modèle le plastique reste encore exceptionnel alors que les suivants (pour alléger l’ensemble) y auront plus recours.

Question prix, il reste raisonnable, bien plus qu’un Rolleiflex par exemple, car vous pouvez le trouver aux environs de 250€ – 300€ avec un objectif. Les prix grimpent si la série est complète au niveau optiques, bien évidemment.

Tout ceci étant écris, quelle belle machine à photographier !

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Dates de fabrication : 1965 – 1969
  • Poids (corps seul) : 1810 gr
  • Avance du film : Manivelle, un tour à complet, retour d’1/2 pour la position repos
  • Armement de l’obturateur : Automatique
  • Déclencheurs : Simple, monté sur le côté
  • Compensation de parallaxe : Automatique pour 80, 105, 135 et 180 mm
  • Compensation d’exposition : Comme compensation de parallaxe
  • Capacité 120/220 : 120 uniquement.
  • Échelles de mise au point de l’objectif 65mm et 80mm dans la fenêtre sur le côté droit, 105mm (chrome), 135mm, 180mm sur les plaques montées sur le rack d’objectif sur le côté gauche. Les modèles de 1968 et ultérieurs peuvent avoir des échelles supplémentaires pour le 55 mm et le 250 mm. Une mise à niveau pour accepter les objectifs de 55 mm et 250 mm était disponible, ce qui diffère de la version C3/C22 qui n’ont pas d’échelles de 65 mm et 80 mm.
  • Écrans interchangeables : Non.
  • Griffe flash : dite froide, partie supérieure gauche
  • Dos amovible : Oui, option de plan film, deux loquets à goupille à ressort, comme C3
  • Multi-exposition : Oui
  • Déclencheur par câble : Douille filetée conique sur le cadre du panneau d’objectif
  • Vis de trépied : 1/4″
  • Autres particularités : Revêtement en caoutchouc texturé, changement pour les boutons de mise au point noirs. La manivelle doit être enroulée à l’envers en position de repos après chaque avance d’une photo

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11288-Mamiya_C33.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mamiya_(entreprise), https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Mamiya, https://fr.wikiital.com/wiki/Mamiya_(azienda), en français ; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_C33_Professional, https://camera-wiki.org/wiki/Mamiya_C33, https://web.archive.org/web/20021210011821/http://www.btinternet.com/~G.A.Patterson/mfaq/m_faq-1.html#Heading21, https://prabook.com/web/seiichi.mamiya/3719183, https://www.jeremymuddphoto.com/blog/2020/8/13/life-in-squares-the-mamiya-c33-c330, https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Mamiya_products (tous les appareils Mamiya), https://www.readgrain.com/a-very-unique-tlr-mamiya-c33/, en anglais ; http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm, http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm#handling, en allemand ; https://web.archive.org/web/20130730211313/http://www.mamiya.co.jp/home/camera/museum/janru/chu-nigan.htm, en japonais (Mamiya museum)

Argentique

Un nouveau mythe entre les mains, le Mamiya C33 Professional. Première partie.

Préambule.

Franchement, j’ai essayé de résister mais Monsieur Loiseau (dit Le Piaf) a eu les mots pour me faire craquer …

Son stand était juste à l’angle du nôtre et nous avons évidemment engagé la conversation, amicale et sympathique. De fait, les trois appareils que j’ai achetés lors de la 25ème Foire de Cormontreuil viennent de chez lui, et voici le premier.

Un peu d’histoire.

Seiichi Mamiya est né dans la préfecture de Shizuoka (Japon) en 1899. S’il a terminé son école primaire, c’est en parfait autodidacte qu’il obtient l’examen de qualification des diplômés universitaires (1918).

Un homme asiatique, portant une veste, en train de travailler sur un appareil photo, avec un stylo à la main, dans un environnement intérieur.

C’est d’abord dans le domaine de la caisse enregistreuse qu’il se fera connaître (il recevra le prestigieux Prix Impérial pour cette invention) en créant la Nippon Cash Register Company en 1938. Il y sera l’ingénieur en chef et ira présenter ses inventions en Europe et en Amérique.

Au terme de ses nombreux voyages, il fonde la Mamiya Koki Seisakusho, une entreprise spécialisée dans l’optique, qui deviendra la Mamiya Optical Instrument Company. Il en sera le directeur de laboratoire de recherche photographique (1950).

Considéré comme l’un des 10 plus prolifiques inventeurs du pays du Soleil Levant, il invente de nombreux mécanismes qui améliore les appareils photo. Il recevra la Médaille du Ruban Bleu pour ses inventions.

C’est en 1940 qu’il fonde, avec le banquier Tsunejiro Sugawara la marque Mamiya. Deux usines sortent de terre et elles emploieront 200 ouvriers.

Le premier appareil de la nouvelle société sera le Mamiya-6, un pliant à soufflet (folding) au format 6x6cm, avec visée télémétrique. Cet appareil sera construit et commercialisé avant la Guerre du Pacifique (1941), interrompu pendant celle-ci et sera repris après la fin du conflit (1945).

Fait assez rare, après la Seconde Guerre Mondiale, Mamiya va recevoir des commandes conséquentes des Etats-Unis. Cela va lui permettre de construire une nouvelle usine à Tokyo. En 1950, elle ouvrira des bureaux à New York et à Londres.

La production se partagera entre :

  • le Mamiya 35 (1949) et ses descendants, le 35 II (1955) et le 35 III (1957), un magnifique télémétrique à objectif fixe
  • le Mamiya Super 16 (1951), lui aussi décliné en Mamiya 16 Super (1957), Mamiya 16 Automatic (1960), Mamiya 16 De Luxe (1961), un très beau sub-miniature qui utilisait, vous l’avez compris, le film 16mm
  • pendant les années cinquante, toute une série de très beaux télémétriques (Wide E, 35 Crown, Metra, etc.) sortiront des différentes usines Mamiya (voir ICI la liste complète des appareils)
  • les années soixante garderont la production de quelques télémétriques mais verra l’introduction de reflex (SLR), dont le Mamiya Prismat (1960), le Mamiya Sekor (1966), le Mamiya X 1000 (1972), etc.
  • des appareils au format 6×4,5cm, le Mamiya 645 (1975) qui se déclinera en de nombreuses versions jusqu’au seuil des années 2000 et même jusqu’en 2012 pour les versions avec autofocus
  • des reflex bis-objectifs (TLR) dont le Mamiya Flex Junior sera le premier (1948) d’une longue série qui deviendra la série des Mamiya C Profesionnal (1956 -1983)
  • des appareils au format 6x7cm, dont le premier Mamiya RB 67 Professionnal (1970), le Mamiya RZ 67 (1982) et leurs déclinaisons (jusqu’en 2014) ; puis un particulier Mamiya 7, un télémétrique (1995 – 2011-
  • des appareils au format 6x9cm, dont les fameux Mamiya Press (1960 – 1969)

Il y eut aussi de nombreuses collaborations, notamment avec Nikon et Ricoh (Nikkorex F, Ricoh Singlex, Nikkor J) en monture Nikon F (1962), Polaroid (Polaroid 600/600SE — semblable au Mamiya Universal, PhaseOne pour la série Mamiya 645 (2008).

Et on ne peut faire l’impasse sur les optiques créés pour les différents types d’appareils proposés, dont les montures changent au rythme des avancées technologiques, des flashs et des dos digitaux.

La plupart des appareils ont introduit des innovations, comme la double mesure de la lumière (spot et évaluative) sur le Mamiya DSX 1000 (1974).

Si tout semble bien fonctionner pour l’entreprise, un de ses principaux fournisseurs, Osawa, fait faillite en 1984. Dès lors, Mamiya abandonne le secteur des films 135 pour se concentrer exclusivement sur les moyens formats.

S’ensuivront une série d’appareils aujourd’hui recherchés, comme le 645 Pro (1992), le Mamiya 6MF (pour multi-format), le RZ67 Pro II, le Mamiya 7, le Mamiya AFD et, en 2006, le Mamiya ZD, un moyen format numérique.

A partir du second opus de cet appareil, Mamiya va collaborer encore plus avec Phase One, une entreprise danoise et ils sortiront conjointement des moyens formats sous des références différentes mais qui sont des appareils identiques (Mamiya 645 AFD III et Phase One 645).

Finalement Phase One investira massivement en Mamiya en 2009. Elle continuera à sortir des dos numériques pour appareils photos et des logiciels pour le traitement photo (Capture One). En 2011, la firme est considérée comme une partie de Phase One et en 2023 le nom de Mamiya aura disparu.

On gardera en mémoire que Mamiya fabriquait d’excellents appareils, bien construits, souvent originaux, avec des solutions inédites, comme celui que nous allons voir aujourd’hui.

Les appareils moyens format bis-objectifs ont tous la même limitation : leurs objectifs sont inamovibles. Si vous voulez changer la distance focale, vous ne pouvez le faire qu’avec des accessoires dédiés et dans une plage très limitée.

Au début des années cinquante, le Rex Reflex français avait tenté une réponse, hélas restée sans lendemain, et plus tard, en 1968, le Koni Omegaflex M, l’un et l’autre en proposant déjà des platines d’objectifs interchangeables.

Chez Mamiya, dès 1948, on a construit des TLR classiques. Mais à cette époque, et pour quelques années encore, LA référence s’appelait Rolleiflex.

De nombreuses autres entreprises fabriquaient pourtant d’excellents TLR, aussi bien construits (matériaux, rigueur d’assemblage), aussi bien conçus (armement automatique, protection contre les doubles expositions), assortis eux aussi d’excellentes optiques ; rien à faire, l’initiateur du genre régnait.

En 1956, Mamiya a lancé six modèles : les Mamiyaflex Junior, I, II, Automatic A, Automat B et Mamiyaflex C. C’est le dernier qui retient notre attention, le Mamiyaflex C introduisait la nouveauté, les optiques interchangeables.

Appareil photo Mamiya C33 Professionnel, un modèle TLR à double objectif en noir et chrome, présenté de face avec ses objectifs clairement visibles.

Celui-ci propose déjà tout ce qui fera le succès de la série : les objectifs interchangeables et un soufflet. Dès le début quatre ensembles d’objectifs sont proposés : 60 – 80 – 105 – 135 mm.

Les concurrents de l’époque, le Zeiss Ikon Ikoflex, le Minolta Autocord, le Rolleicord V, le Rolleiflex 3,5 venaient de trouver un challenger original et innovant et Mamiya un créneau à exploiter.

Dès 1958, le Mamiyaflex C2 entérinait la suite et le succès de cette série qui ne s’éteindra que 38 ans plus tard.

Ensuite, en 1962, le nom évolue et devient Mamiya tout court. Cette année introduit aussi un nouveau modèle, le C3. En fait, l’introduction de ce nouveau numéro détermine aussi une nouvelle gamme dans la série : le C2 sera suivi d’un C22, d’une C220 et enfin un C220f alors que le C3 évoluait vers les C33, C330, C330f.

A noter que dans l’évolution des séries, le plastique sera plus présent (à partir des C220/330), ce qui a permis de réduire (un peu) le poids et la taille des boitiers.

Ces deux gammes ne devraient pas s’opposer en termes de clivage amateur contre professionnel mais plutôt par une offre de fonctionnalités plus importantes dans la série 3. Les objectifs des deux séries, ainsi que leurs accessoires, peuvent toutefois être utilisés dans l’une ou l’autre série et réciproquement.

Si, initialement, le terme professional n’apparaissait que dans la série 3, à partir de la C22, il sera indiqué partout.

Quel est le point commun de ces boitiers ?

  • le principe du TLR (Twins Lens Reflex ou reflex bis-objectifs)
  • des objectifs interchangeables
  • un soufflet pour la mise au point
  • un viseur à puits de lumière
  • le film 120
  • le format d’image 6x6cm
  • des objectifs à obturateur central
  • le verrouillage de la double exposition
  • le transport du film avec arrêt automatique
  • pas d’électronique

Ce qui différencie au premier coup d’œil les 2 séries, c’est la manivelle de la série 3 pour le transport et l’armement alors que sur la série 2, c’est un gros bouton. Si les nouvelles caractéristiques des appareils sont apparues d’abord sur les séries 3, elles se retrouveront pour la plupart sur l’autre série, avec un petit temps de décalage. De fait, encore une fois, les différences entre les séries ne sont pas énormes.

Enfin, dernier point à aborder, celui des platines d’objectifs/obturateurs.

Pour faire simple, disons d’emblée qu’il y a deux séries (ça y est, ça recommence !) : les chromés et les noirs. Dans les objectifs chromés, vous trouverez trois obturateurs Seikosha différents selon leur vitesse (MX, S et SVL) alors que la série noire n’aura qu’un obturateur Seiko. Comme vous vous en doutez, le MX est le moins rapide, avec 1/400s tandis que le S et le SVL arrivent au 1/500s pour leur plus grande vitesse.

Les premiers modèles sont traités monocouches alors que les séries noires sont toutes multi-revêtement.

La gamme s’étend du 55 et 250 mm, ce qui correspond à la plupart des besoins de ce type d’appareil.

Les filtres sont soit au diamètre de 40,5mm, soit de 46mm, quoiqu’il existe aussi du 49mm pour les télé à partir de 180mm et dans le 65mm f3,5. Quant aux pare-soleil, ils sont rares et très difficiles à trouver mais rien n’empêche d’utiliser des pare-soleil en caoutchouc ou autre, à viser.

Tableau résumant les modèles de la série Mamiya avec leur année de production initiale et d'arrêt.

Si l’ancêtre commun était le Mamiya C, il y eut aussi le C3, la version qui rendit populaire la gamme et qui introduit la manivelle pour l’avance du film et l’armement de l’obturateur. Ensuite, le C33, qui améliore le C3 avec notamment la compensation de parallaxe. Enfin, le C330, qui améliore logiquement son prédécesseur en proposant des écrans de mise au point interchangeables et la possibilité de charger du film 120 et 220. Les deux dernières versions le C330f et le C330S clôtureront la gamme en 1994, soit près de 40 ans après le premier Mamiyaflex C.

Une belle et longue histoire …

Présentation du Mamiya C33 Professional.

Le Mamiya C33 a vu le jour en 1965 et sera produit jusqu’en 1969.

C’est un (très) gros boitier de 1,8kg. Il sera d’ailleurs le plus lourd de tous. Ne laissez pas vos pieds trainer s’il venait à tomber ou alors avec des chaussures de sécurité !

Appareil photo Mamiya C33 Professional présenté sur un bureau, avec des touches d'autres appareils en arrière-plan.

Le boitier, tout métallique, est recouvert d’une espèce de caoutchouc texturé quasi indestructible, que l’on peut nettoyer avec un peu d’eau savonneuse. Par contre, les joints d’étanchéité de la porte arrière peuvent laisser à désirer, comme souvent. N’hésitez pas à les changer si besoin, c’est toujours facile à faire et cela évite des déboires.

Le viseur à puits de lumière vous donne une image lumineuse, droite et … inversée comme il se doit. Attention, le viseur n’affiche que 91% de la surface du film (dépoli de 51mm alors que le film fait 56mm), pensez-y lors des prises de vue.

Comme souvent dans ces puits à lumière, il y a une loupe et pour une fois celle-ci est suffisamment grande que pour être exploitable. Il y a aussi un viseur sport, constitué d’un carré découpé dans la tôle arrière du puits et en rabattant vers l’intérieur le couvercle avant. Vous avez bien évidemment la possibilité d’ôter le puits à lumière et de le remplacer par d’autres viseurs, nous y reviendrons (si je n’oublie pas), il suffit de faire déserrer le bouton situé sous la trappe.

la séquence d’ouverture/fermeture du puits à lumière.

Vous aurez remarqué les 2 petites broches sur le couvercle : elles servent à fixer des plaques de masquage pour les focales longues en utilisant le viseur sport.

Photographie d'un appareil photo reflex Mamiya C33 Professional, sur un bureau, avec des accessoires photo en arrière-plan.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, un simple bouton à faire glisser et le dos bascule, dévoilant une chambre de grande dimension, superbement construite. En cas de besoin, le dos peut s’ôter totalement grâce à deux astucieux petits ressorts dans la charnières (un peu comme pour les bracelets de montre). Il existe aussi une petite fenêtre rouge inactinique, protégée par un volet coulissant afin de voir l’avance du film, même s’il y a par ailleurs un compteur de vues.

Sous l’appareil, un filetage pour fixer un trépied. Ce qui sera souvent le cas, vu le poids et la destination de l’engin. Il sera toujours plus à l’aise en studio que lors de longues balades en montagnes !

Vue arrière d'un appareil photo Mamiya C33 Professional, montrant les commandes et la conception robuste.

Sur le côté gauche, deux boutons, l’un en haut et l’autre en bas, pour placer la bobine de film 120 dans la chambre, que l’on fait un peu tourner avant de tirer dessus. Entre les deux, un cadran pour indiquer , en mémo puisqu’il n’y a pas de cellule, les Asa du film utilisé, de 10 à 1000. Le bouton au centre qu’il faut bloquer lorsque l’on change d’objectif et en dessous, un curseur pour corriger la parallaxe fonction de l’objectif utilisé .

La griffe de flash est dite froide car il n’y a pas de contact pour la synchronisation mais bien une prise coaxiale sur le devant pour y fixer un câble de flash.

Gros plan sur le Mamiya C33 Professional, montrant l'objectif et les boutons de réglage sur le boîtier.

Sur le côté droit, dans une fenêtre, le compteur de vue puis dessous, la manivelle d’avance du film et d’armement de l’obturateur. Juste à côté de celle-ci, un petit bouton pour permettre de faire des doubles expositions si besoin. Un peu plus bas encore, une fenêtre qui vous indique la distance de mise au point pour les focales de 65 et 80mm, avec pour chacune la distance minimale de travail.

Enfin, la face particulière du boitier qui possède une espèce de menton, là où se fixent deux grosses molettes, qui servent à faire avancer ou reculer la platine. Sur le dessus, à droite, un emplacement fileté permet de fixer un câble de déclenchement souple. En dessous, un bouton rond, qui est le déclencheur d’une simplicité rare et largement dimensionné.

Sur la gauche, un gros bouton relié à un solide ressort maintient la platine à sa place et lorsqu’on la décoche de son encoche, de retirer la platine entière.

Gros plan sur un Mamiya C33 Professional, mettant en évidence l'objectif et le mécanisme de fixation du boîtier.

Enfin, les deux optiques : en haut, un Mamiya Sekor de 105mm ouvrant à f3,5 (en tout cas, sur cet exemplaire et qui correspond à un 68mm en 24×36), qui sert à la visée ; en bas, le même objectif, si ce n’est que celui-ci sert à la prise de vue. On peut évidemment fixer des filtres sur l’optique mais attention, le diamètre change fonction des focales (de 80 à 105mm, filtre de 40,5mm ; pour le 135mm, filtre de 46mm ; pour les 60 et 180mm, filtre de 49mm).

Si la distance se règle grâce au soufflet interne, la vitesse se modifie avec la roue crantée autour de l’objectif (index sur la gauche), de 1s à 1/500s plus la pose B. Le retardateur est le gros bouton qu’il faut abaisser sur le côté. Au dessus de ce gros bouton, une tirette crantée vous permet de choisir entre les lettres M ou X pour les flashs. La synchro M (pour les anciens flashs à lampe) se fixe jusqu’au 1/500s , tandis que la vitesse de synchro X se limite au 1/30s.

Tableau des vitesses de synchronisation de flash pour différents types de déclencheurs.

Enfin, l’ouverture, de f3,5 à f32, se modifie avec le petit curseur situé sur la droite.

Il y a encore toutefois un éléments dont je n’ai pas fait mention, l’échelle de profondeur de champ qui se trouve sur la droite de l’appareil. De fait, lorsque vous manœuvrez le soufflet pour régler la distance, en fonction de l’optique montée sur le boitier, et reprises sur cette échelle, vous pouvez déterminer la distance de mise au point exacte.

Vous aurez aussi remarqué les deux attaches prévues pour fixer une lanière de portage.

Publicité d’époque: elle vous présente toutes les optiques compatibles avec le C33.

Publicité vintage pour l'appareil photo Mamiya C33, avec l'appareil affiché à droite et une liste d'accessoires à gauche.
Source : Collection-appareils. Foto-Quelle 1968-69

Publicité d’époque qui permet de situer le Mamya C33 avec la production du moment.

An advertisement page featuring various models of Mamiya cameras, along with Minolta, Minox, and Miranda equipment, displaying images, specifications, and prices.
Source : Collection-appareils. PhoKina 1969

Voilà, ici s’achève la première partie de ce long article.

Dans la seconde, nous verrons comment utiliser cet appareil particulier, des vidéos d’illustration, un peu de technique et où trouver le mode d’emploi.

A tout bientôt.

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11288-Mamiya_C33.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mamiya_(entreprise), https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Mamiya, https://fr.wikiital.com/wiki/Mamiya_(azienda), en français ; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_C33_Professional, https://camera-wiki.org/wiki/Mamiya_C33, https://web.archive.org/web/20021210011821/http://www.btinternet.com/~G.A.Patterson/mfaq/m_faq-1.html#Heading21, https://prabook.com/web/seiichi.mamiya/3719183, en anglais ; http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm, http://www.hmw-foto.at/kamera/c33.shtm#handling, en allemand

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11288-Mamiya_C33.html, en français ; https://camerapedia.fandom.com/wiki/Mamiya_C33_Professional , en anglais

Argentique

Un Polaroid Automatic Land inconnu

Préambule.

Si vous vous en souvenez, j’avais trouvé de drôle de Polaroid Automatic Land transformé.

Pour ceux qui ferait l’impasse sur l’article sus mentionné, voici le résumé de la présentation de cet inconnu :

Si le dos de cet appareil étrange est incontestablement celui d’un Automatic Land en pack 100, tout le reste est spécifique à ce pourquoi il a été créé.

Aussi, à la place du soufflet habituel, une espèce de cheminée en métal, terminée par un ensemble qui doit contenir l’obturateur et son mécanisme modifié. En effet, il n’y a plus – ou plutôt, il n’y a jamais eu – de bouton de déclencheur sur cet appareil, ni de levier d’armement.

En lieu et place, une fiche pour brancher sans doute une commande électrique.

Reste qu’en regardant par l’intérieur de la chambre, j’aperçois une autre grande modification, celle de la lentille interne.

Vue de l'intérieur d'un appareil photographique modifié, mettant en évidence une lentille circulaire à l'arrière d'un boîtier sombre avec des éléments électriques visibles.

L’objectif a été modifié, tout comme l’obturateur puisqu’on voit la commande électrique sur le côté de la plaque métallique. Enfin, le tube en aluminium qui est à l’avant porte aussi une lentille, enfoncée assez profondément dans le tube, ce qui me laisse à penser qu’il s’agit sans doute d’un appareil qui se fixait sur un autre objet : télescope, appareil du domaine médical, pour la police, … ?

Vue de l'arrière d'un appareil photo modifié, montrant un boîtier noir avec un tube en aluminium sur le devant, conçu pour des usages spécifiques comme la vérification de la cuisson des briques.

La transformation semble avoir été faite par la marque elle-même

Vue rapprochée de l'appareil photo Polaroid avec le logo visible sur le dessus. L'appareil présente des signes d'usure et un design distinctif.

Le compartiment autrefois dévolu aux piles est vide et n’a, visiblement, pas été conçu pour en recevoir un jour. C’est aussi pourquoi je penche en faveur d’une modification d’usine.

Vue intérieure d'un boîtier de Polaroid Automatic Land, montrant le compartiment vide pour les piles et le mécanisme en métal.

Finalement de quoi s’agit-il ?

Et bien, lors d’une brocante où j’exposais le boitier, un Monsieur l’a pris en mains et nous a expliqué ce à quoi il pouvait servir et le pourquoi de certaines transformations.

Ce Polaroid Automatic Land servait à vérifier la cuisson de briques dans les fours où celles-ci prenaient forme.

Le tube en aluminium était glissé dans une chambre donnant sur le four, protégée de la chaleur autant que faire se peut. Ce qui expliquait encore les modifications des lentilles, conçues pour résister aux hautes températures et traitées pour éviter la déformation sur l’image due à la chaleur intense (effet de vibrations ou effet mirage).

Les tirages effectués étaient des épreuves de vérifications et de contrôle.

Voilà un mystère de résolu semble-t-il, merci cher Monsieur.

Finalement, cet appareil étrange va rejoindre, suite à la Foire de Cormontreuil, la collection d’un passionné de la marque, tout est bien qui finit bien pour ce Polaroid atypique.

Argentique

L’inconnu du Grand Large

Préambule.

Cet inconnu est le troisième appareil trouvé lors de cette brocante, comme le Hollywood et le Norca.

Il est en aussi mauvais état : le cuir se détache partout, le soufflet est percé, des tirettes sont pliées, une réparation de fortune pour la manivelle d’avance du film, mais il fonctionne toujours.

Mais j’ai beau le retourner dans tous les sens, je ne vois pas de marque, hormis celle de l’optique, un Erinar Anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5.

Voilà qui promet d’être amusant …

Un peu d’histoire.

Une recherche sur base de l’objectif ne m’a pas permis de le trouver. Puis je l’ai pris en photo et essayé via Google images et là, bingo : il s’agit soit d’un Semi Kulax, soit d’un Kiko Semi double viseurs !

Ce sont des appareils japonais, produits par Kigawa, une société d’optique, qui commence à produire des appareils photo au milieu des années trente. Le distributeur de la marque, de 1930 à 1940, s’appelait Optochrom-sha, puis Nichiei Shōkai et ensuite Kikō Shōji. Il y eut aussi – tant qu’à compliquer les choses, des appareils qui portaient le nom d’Optochrom, sans forcément être des produits Kigawa.

Et, tant qu’à faire, Kigawa a aussi distribué d’autres appareils et accessoires que les siens, comme le Baby Germa et le Semi Germa, produits par Tōkyō Shashin Kōgaku.

Mais toujours est-il qu’elle a produit des appareils de différents formats :

  • au format 5×6, comme le Semi Chrome A et B (1937), Tsubasa Super Semi II (1940), le Tsubasa Semi Tree (1941), le Semi Kulax (1941)
  • au format 6×6, comme le Gotex (1941) et les Popy Six I et II (1941) sur film 127
  • au format 4×6,5 le Tsubasa Chrome Télescopic (1937), le Tsubasa Spring (folding – 1937) sur film 127
  • au format 3×4 le Baby Oso (1937), le Tsubasa Arawashi (1937) sur film 127

On peut diviser la vie de cette société en période avant/pendant la Seconde Guerre Mondiale et en après celle-ci.

Commençons par le début : on découvre la société Optochrom-sha dans des publicités dès 1936 – 37. Elle vendait des appareils photo ayant pour marque Chrome et Tsubasa, qui utilisaient des films 120 ou 127. Le fabricant de ces appareils aurait été, déjà, Kigawa Kōgaku. Les appareils étaient souvent marqués K.A. pour Association Kigawa, un groupe formé par la marque et Optochrom.

Une publicité ancienne présentant le Kiko Semi, un appareil photo pliant japonais, avec des détails techniques et des prix.
Source : remus

Dans le méli-mélo des noms et entreprises, Nichiei Shōkai Honten (second nom d’Optochrom) signifie société de vente anglo-japonaise. C’est assez paradoxale car le Japon était l’allié de l’Allemagne pendant la guerre mais quelques japonais anglophiles dirigeaient l’entreprise. Cela se retrouve dans le nom Kiko Three, écrit en anglais sur les premiers appareils photo.

Vous suivez toujours ?

Ce n’est pas terminé car Kikō Shōji Gōshi-gaisha (le troisième nom d’Optachrom) est une contraction de Kigawa et Kōgaku. D’ailleurs tout ce beau monde était logé à la même adresse.

Bref, Kigawa abandonne les films 127 pour se concentrer sur des 4,5×6 et 6×6 sur film 120 et elle fabrique ses appareils sous la marque Kiko.

Le Kiko Semi (4,5×6) – 1941- et le Gotex (6×6) – 1941 – semblent avoir été les derniers appareils produits pendant cette période troublée.

Cependant, comme toutes les entreprises de pays en guerre, elle fut aussi priée de participer à l’effort de guerre, sans doute en fabriquant des optiques, voire tout autre chose mais les informations sont plus que rares à ce sujet.

1946, cette guerre que l’on disait être la dernière a vu la capitulation du Japon dans l’horreur des bombes de Hiroshima et Nagasaki.

Nouveau nom pour Kawaga, qui préfère justement rester discrète sur sa participation dans l’effort demandé par l’armée impériale. Elle s’appelle dorénavant Shin Nippon Kōgyō K.K.

Le folding (pliant) Kiko Semi en 4,5×6 est à nouveau proposé au milieu de 1946 mais le nom de la société sera absent des publicités.

Quelques autres boitiers sortiront encore comme le toujours vaillant Gotex, le Tsubasa Semi (1950), le Poppy et même des TLR, le Tsubasaflex (1951), le Graceflex (1952), par exemple. Il y eut même le prototype d’un SLR, le Carlflex 6×6 (1952).

Après la Seconde Guerre Mondiale, la société s’est brièvement appelée Shin Nippon Kōgyō, avant de redevenir Kigawa Kōgaku. On la retrouve sous un dernier patronyme en 1952, Carl Kōgaku. Etait-ce le champ du cygne ? La société disparait en 1953.

L’inspiration du Semi Kulax et du Kiko Semi est … allemande, celle du Zeiss Ikon Nettar en particulier, sauf que le Nettar s’ouvre vers l’avant et celui-ci sur le côté gauche mais il garde la jambe droite repliable, celle qui assure le bon déploiement du soufflet et la mise en place du bloc obturateur/objectif.

Toutefois, le Kiko Semi – car c’est bien de ce dernier dont il s’agit ici – est une amélioration du Semi Kulax (1940) : il en diffère essentiellement par le système de mise au point de l’objectif, monté sur une rampe hélicoïdale. Pour le reste, le corps de l’appareil ne change pas et présente cette particularité d’un double viseur, nous allons y revenir. Sachez, pour être complet, que le Kiko Semi a aussi existé avec un simple viseur pliant. Pour ce type de Kiko Semi, il y eut une production avant et une production après guerre (1946 pour les derniers). Etait-ce un appareil destiné à être moins cher que l’autre version ? En tout cas, de nombreux exemples montrent que ces appareils donnent plutôt l’impression d’avoir été monté de bric et de broc, tantôt avec un obturateur Kiko, tantôt sans ; parfois avec un objectif à rampe, parfois sans. A-t-on utilisé des fins de stock pour les assembler ? C’est probable, en temps de guerre, les entreprises pouvaient être rationnées et il fallait taper dans les anciens stocks pour fournir les boitiers demandés.

Une chose est (quasi) certaine, Kigawa n’a pas gardé beaucoup de traces cohérentes de ses productions, ce qui complique les recherches.

Ainsi, par exemple, l’exemplaire que je possède n’a aucun marquage, ni sur le cuir qui couvre le boitier, ni sur le dessus du double viseur alors que le cuir devait être gaufré Kiko à l’avant et Kiko Semi à l’arrière et que le logo KSK devait être rapporté sur le capot du double viseur.

Présentation du Kiko Semi.

Ce qui frappe d’abord sur cet appareil, c’est le court capot métallique qui occupe juste la taille de la porte et qui présente deux viseurs. On pourrait croire qu’il s’agit d’un télémètre mais non, ce sont bien deux viseurs distincts. Celui de droite est un viseur poitrine alors que le second est un viseur à hauteur d’œil. Et pour achever la symétrie de l’ensemble, deux boutons de chaque côté du bloc des viseurs : à gauche, le déclencheur, à droite, le bouton pour libérer la porte qui va permettre au soufflet de se déployer.

Aucun des viseurs ne porte de marque pour le cadrage.

Lorsque le soufflet est donc déployé, il porte à son extrémité, comme le Nettar, un bloc obturateur/objectif.

Sur cet exemplaire, pas de marque pour l’obturateur. On peut penser qu’il s’agit d’une fabrication maison et il est noté, pour les vitesses T – B – 5 – 10 – 25 -50 – 100 – 200. Certains modèles pouvaient aller jusqu’au 1/300s (Kiko Compur) voire le 1/500s (Rapid Kiko). Un pas de vis fileté, sur la tranche de l’obturateur, permet de placer un déclencheur filaire.

Vous pouvez voir ici une pièce pliée (sous le filetage pour le déclencheur filaire). En fait il me faudra démonter l’ensemble obturateur/objectif car tout l’ensemble a tourné et cette pièce devrait être en haut. Elle a été pliée lors de la fermeture de la porte par des mains peu soigneuses.

L’objectif, monté donc sur une rampe hélicoïdale (comme le Gotex 6×6 avant lui), est un triplet. Un Erinar anastigmat de 75mm ouvrant à f3,5 jusque f32 (marquée dans une progression inhabituelle de f3,5 – f4,5 – f6,3 – f9 – f12,5 – f18 – f32). Sa mise au point minimum est de 1m jusque l’infini.

Vue rapprochée d'un appareil photo vintage Kiko Semi mettant en évidence l'objectif Erinar Anastigmat de 75 mm, avec le boîtier en cuir usé et des détails tels que la molette d'ouverture.

La vitesse se règle avec une bague crantée et l’ouverture avec une tirette en forme de croisant.

L’appareil se charge avec du film 120 et produit des images de 6×4,5cm. Pour ouvrir le boitier, il faut tirer sur la languette du verrou, à droite. Le compteur est en fait la fenêtre en rouge inactinique, que l’on peut fermer grâce à un petit volet coulissant.

Petite remarque : lorsque le corps est ouvert, on remarque les mêmes découpes que sur le Zeiss Ikon, qui doivent améliorer l’étanchéité de l’appareil à la lumière.

L’avance du film est confié à une clé, en dessous, qui n’assure que cette fonction, elle n’arme pas l’obturateur et n’empêche pas les doubles expositions.

Un pas de vis (pas du Congrès) est situé sous l’appareil.

Le déclencheur, situé sur le dessus à gauche, en symétrie avec le bouton pour ouvrir la porte, actionne un levier qui doit pousser une pièce mais cet exemplaire n’est plus monté normalement car ledit levier pousse dans le vide.

Que penser de cet appareil ?

Honnêtement, s’il ne m’avait pas intrigué avec son double viseur, je pense que je ne l’aurais pas pris car il est plus proche de l’état d’épave que celui d’appareil photo.

Mais il est rare (et pour une fois, je pèse mes mots), surtout en Europe. Il va donc mériter une restauration que j’espère pouvoir soigner.

Ce qui me gêne le plus, c’est le soufflet car il va falloir le remplacer : tout en cuir d’une seule épaisseur, il est fendu à un endroit et pas loin de l’être ailleurs. Si quelqu’un a une idée où on peut en faire refaire, je suis preneur.

Ceci étant, l’appareil reste original mais s’il s’est inspiré du Nettar, ce n’est pas la même qualité de fabrication, cela se sent.

Là où cet exemplaire est vraiment original, c’est dans l’absence totale de marquages. J’ai pu lire qu’il avait existé une très petite série dans le cas, ce qui augmente l’attrait de ce boitier. Malheureusement, l’entreprise n’était pas un exemple de rigueur dans ses catalogues et sa disparition il y a plus de 70 ans n’arrange rien.

Je reviendrai dans quelques temps, celui de le remettre en état sans le dénaturer, pour vous le représenter en meilleure forme.

Des références.

https://www.worthpoint.com/worthopedia/kiko-semi-japanese-wartime-folding-1824494694, https://camera-wiki.org/wiki/Kigawa, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Semi_Kulax_and_Kiko_Semi, https://camera-wiki.org/wiki/Semi_Kulax_and_Kiko_Semi, https://camera-wiki.org/wiki/Kigawa, en anglais ; http://www.remus.dti.ne.jp/~inasan99/camera/nostalgic_camera.html, en japonais.

Argentique

L’étrange Norca, venu de Paris

Préambule.

Voici le second appareil acheté lors de la dernière brocante du Grand Large.

Tout aussi rouillé que le Hollywood, il est quand même un brin plus sophistiqué me semble-t-il, et assez surprenant, vous verrez.

Alors, partons à la découverte de ce Norca, Paris.

Un peu d’histoire.

C’est la FAP, Fabrique d’Articles Photographiques, une entreprise située à Suresne, non loin de Paris, qui a fabriqué cet appareil vers 1938. Sans doute le passage de la Seconde Guerre Mondiale lui fut-il fatal car elle disparait en 1948. Il faut préciser que le directeur de la FAP, Joseph Rosenfled, fut arrêté en 1940 et seulement relâché en 1945, longue période pendant laquelle la production fut suspendue.

La FAP laisse en héritage des variations sur le thème de ce Norca, un très insolite Norca Pin-Up et un Rower qui me fait furieusement penser au Univex Model A d’Universal.

Tout comme le Norca, qui ressemble étrangement à l’Argus A, américain lui aussi. Qui a copié qui, ou plus certainement, y a-t-il eut des échanges entre les entreprises françaises et américaines car la ressemblance est trop frappante.

Image showing two vintage cameras side by side. The left camera has a black body with a shiny lens and a silver shutter dial. The right camera features a metal body with a textured finish and a silver lens. Both cameras have a classic design typical of early photographic equipment.
Source : mes appareils. A gauche, l’Argus et le Norca B à droite.

Si vous vous rappelez ce que j’avais écris au sujet de l’histoire de l’Univex, nous pourrions avoir un début d’explication quant à ces moules : ils [Otto W. Githens et Jacob J. Shapiro] ont contacté une société spécialisée dans la fabrication plastique, la Norton Laboratories, qui avait dans ses cartons un prototype non encore couvert par un brevet, que nos deux loustics ont copié sans vergogne avant le dépôt de celui-ci.

Sherlock est en vacances, nous lui demanderons à son retour !

Ceci étant, le Norca sera décliné en versions A (1938) – B (1945) – le fameux Pin-Up (1947) – C (1948). Si les trois premières sont en bakélite, la quatrième sera en métal (aluminium) car fin des années quarante, début cinquante, le bakélite devient obsolète.

Il y eut même le prototype d’un Norca IIIa (24×36 à objectifs interchangeables, obturateur à rideau), présenté au Salon de la Photo de 1948, mais il resta en l’état, la concurrence ayant eu raison de l’entreprise française.

Bernard Vial affirme qu’il s’agit du premier 24×36 français, ce qui lui valut une certaine estime, même si ses qualités sont encore à démontrer.

La particularité du Norca est son objectif, rétractable : un tube métallique porte le bloc objectif/obturateur, qui se déplie en faisant pivoter une baïonnette et un ressort solide fait jaillir l’ensemble.

Autre chose importante à noter, ce Norca A fut un des tout premiers appareils à utiliser le format 24×36 en cartouche

Pour être assez complet, sachez que le Norca B avait un système plus rationnel pour sortir/rentrer son bloc objectif/obturateur, et ce dernier propose maintenant le 1/500s. Le Norca C offrait les mêmes capacités mais dans une robe métallique.

Présentation du Norca A.

Le Norca, premier du nom, ne reçu un A que lorsqu’il s’est agit d’en proposer un … B. C’est donc un appareil en bakélite, sauf le dos, en métal. Il a été conçu pour accepter les alors nouvelles cartouches de film 24×36.

La marque est notée sur le pourtour de l’ensemble objectif/obturateur mais ce dernier est un Gitzo. Deux types d’obturateur Gitzo étaient prévus : un avec une vitesses maximale de 1/175s et le second allant jusqu’au 1/300s. C’est celui qui équipe notre exemplaire du jour.

Le choix de l’objectif est aussi double : soit un Boyer Saphir de 50mm ouvrant à f3,5, soit un Berthiot Flor aux mêmes caractéristiques.

L’originalité de l’appareil réside dans le fait que cet ensemble soit monté sur un tube rétractable que l’on déverrouille en tournant vers la droite ou la gauche, le but étant de sortir les 3 lamelles des encoches de la baïonnette ; ensuite un puissant ressort pousse l’ensemble vers l’extérieur. Pour le rentrer, opération inverse, en appuyant fort sur ledit ressort et en tournant le bloc pour faire entrer les lamelles dans les encoches dans la baïonnette. Pas facile d’y arriver, le ressort est costaud, les lamelles fines et les encoches de la baïonnette étroites.

A noter que si tout l’appareil est en bakélite, la platine portant l’ensemble baïonnette/tube rentrant est en métal, visé dans le corps.

Les vitesses du Gitzo sont de 1/25s – 1/50s – 1/100s – 1/300s plus deux poses, B et T (pour mémoire, en pose B l’obturateur reste ouvert tant que vous appuyez sur le déclencheur, alors qu’avec la pose T, l’obturateur s’ouvre quand vous déclenchez et se referme si vous déclenchez une seconde fois).

Les ouvertures se règlent avec la couronne et s’échelonnent de f3,5 jusque f23.

La distance, elle, se règle avec le bord de la lentille de 1m à l’infini.

Sur la tranche du bloc, un trou fileté pour y installer un câble souple.

Le déclencheur est une simple tirette qui s’abaisse et revient à sa position initiale. Pas de couplage avec la molette d’avance du film ni protection contre les doubles expositions.

Sur le capot de l’appareil, juste au milieu, un viseur de Galilée et à sa droite, un compteur de vue, qu’il faut réinitialiser manuellement à chaque nouveau film.

Vue de dessus d'un appareil photo vintage Norca A, avec des commandes en métal et un revêtement en bakélite noire, posé sur une surface de travail.

Sur la tranche gauche du boitier, un verrou métallique pour libérer deux griffes qui maintiennent le dos. Ce dernier est pourvu d’un presse-film et d’un simple crochet à clipser sur la droite du boitier avant de tout refermer. Autant j’avais la quasi certitude que le Hollywood déjà cité était bien étanche à la lumière, ici, j’ai quelques doutes !

Appareil photo Norca A de 1938, en bakélite noire avec un objectif rétractable, posé sur une surface de travail.

La semelle du Norca possède deux grosses molettes, dont une fausse, qui contient en son centre le pas de vis à la mesure du Congrès pour fixer un trépied. L’autre sert à rembobiner le film en fin de course, après avoir appuyé sur le minuscule bouton en forme de champignon qui est derrière le compte-vue. Si l’objectif est rentré, l’appareil se tient bien droit sur ces deux grosses molettes, mais objectif sorti, il pique du nez.

Vue latérale du Norca A, un appareil photo vintage des années 1938, avec un corps en bakélite noire et une base en métal, montrant les molettes et le pas de vis pour trépied.

Enfin, deux tenons permettent de fixer une courroie pour porter l’appareil.

Que penser de cet appareil ?

Le Norca surprend quand on le connait pas : tout d’abord, son revêtement en cuir et son dos en métal laisse croire qu’il est fait de cette matière. C’est en lisant les articles pour préparer celui-ci que je me suis rendu compte qu’il était en bakélite, noir (j’ai même vérifié avec un aimant !).

Je précise ici la couleur car il semblerait qu’au rayon des raretés de la marque, il en existe des colorés.

Ensuite, l’objectif rentrant. C’est parce que j’avais ouvert la chambre et que je regardais l’intérieur que j’ai découvert un gros ressort inhabituel. En tournant alors tout le bloc objectif/obturateur, tout est sorti comme un beau diable de sa boite !

Mais pour tout y rentrer, c’est une autre paire de manches car il faut appuyer (fort) et tourner en même temps le tout en essayant d’aligner au plus près les lamelles et les encoches de la baïonnette.

Enfin, je m’inquiétais de ne pouvoir faire avancer les vitesses au delà du 1/100s et de ne pas avoir de repère pour les ouvertures jusqu’à ce que je m’aperçoive que le disque avec ces indications avait sans doute été recollé à l’envers.

Puis, le dos en fer est complétement rouillé. Je vais devoir le poncer entièrement pour le remettre en état.

Ceci étant, c’est un appareil rare finalement qui, s’il ne m’attire pas particulièrement, a au moins eu la bonne idée de me titiller l’œil lors de cette brocante car je me demande où il aurait pu terminer sans ce sauvetage car là, il est moche !

Un peu de travail m’attends pour le rendre à nouveau présentable.

Question prix, en état convenable, il se négocie entre 80 et 100€.

De nouvelles photos suivront quand il sera remis en état concours.

Un peu de technique.

  • Marque : FAP – Fabrique d’Articles Photo
  • Modèle : Norca A
  • Année : 1938
  • Format : 24 x 36 mm
  • Objectif : Saphir (Boyer) 50 mm f3,5
  • Mise au point : frontale
  • Diaphragmes : 3,5 – 4 – 5,6 – 8 – 11 – 16 – 23
  • Monture : fixe mais rentrante
  • Viseur : Galilée
  • Obturateur : GITZO non synchronisé à l’armement
  • Vitesses : 25 – 50 – 100 – 300 – B – T
  • Ecrou pour trépied : au pas du Congrès
  • Matériau : Bakélite noire et porte arrière en tôle

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10826-Fap_Norca%20Pin-Up.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=10077, https://www.mes-appareils-photos.fr/FAP_Norca_B.htm, https://www.autrefoislaphoto.com/musee/appareils-photographiques/film-35/fap-norca-a, https://fr.wikipedia.org/wiki/FAP_(photographie), https://wikimonde.com/article/FAP_%28photographie%29, https://collection.click-clack.fr/fap-appareils-photo/, en français.