Argentique

Le Miranda Sensorex

Préambule.

Cet appareil fait partie de la série de ceux ayant appartenu à un collectionneur, que je vous ai présenté dans un article hommage.

En principe, il était dans une caisse contenant des appareils en panne, mais hormis sans doute la cellule et une languette manquante à la molette de rembobinage, tout fonctionne bien. Nous verrons bien …

C’est en tout cas un très bel appareil, très particulier, comme souvent les Miranda.

Mais nous allons voir cela en détail ….

Un peu d’histoire.

Si vous suivez le site, c’est une marque que j’ai déjà abordée à travers trois appareils, le Miranda Sensomat, le Miranda TM et le Miranda Sensomat RE.

Et je me rends compte que j’ai été un peu vite pour vous présenter l’histoire de cette marque singulière, aux appareils étonnants. Rattrapons-nous donc …

Ogihara Akira et Ōtsuka Shintarō sont deux ingénieurs en aéronautique qui ont travaillé sur un moteur à réaction à impulsions, comme celui de la sinistre fusée allemande V1. A la fin de la seconde guerre mondiale, ils se retrouvent sans emploi.

Otsuka retrouvera du travail dans l’aéronautique civile et travaillera sur des moteurs à turbines à gaz civils.

Pendant ce temps, Ogihara s’installe dans les locaux de l’ancien centre de recherche de l’université de Tokyo et fonde Orion Seki Sangyō en 1947.

Le premier produit d’Orion, conçu par Otsuka, qui a entre-temps rejoint son ami, est un coupleur qui permet de monter les objectifs Contax RF et Nikon S sur des boitiers de type Leica à montage visant.

Ensuite, ils lancent un viseur reflex, le Mirax, des soufflets macro, le Focabel et un ensemble d’objectifs.

Ces accessoires se vendent bien et le duo se proposent de lancer leur premier appareil photo.

Ce sera l’Orion Six en 1954, un folding en 6×6 ou 4,5x6cm. Ensuite, ce sera le tour du Phoenix, premier reflex japonais à utiliser un pentaprisme.

Appareil photo vintage 'Phoenix' avec un design métallique, objectif visible, et un prismatique sur le dessus.
Source : Suaudeau

En 1957, la société change de nom, pour devenir Miranda Camera K.K.

Divers distributeurs s’occupent de vendre leurs produits mais en 1959, c’est Ricoh qui s’en occupe. Dès lors, les produits sont intégralement vendus à l’export et ne sont plus disponibles au Japon. Il faudra attendre 1964 pour que les Japonais puissent de nouveau acheter les produits Miranda.

Le premier produit est assez anguleux, mais les formes s’arrondissent lentement dès le Miranda D (1960), puis l’Automex. Au fil des améliorations de leurs appareils, Miranda change la conception du boitier de ses appareils et ils lancent donc le premier appareil à disposer d’une cellule, au sélénium. Cette cellule, externe avec mesure à aiguille dans le viseur, s’ajoute à une autre nouveauté importante, une monture double, c’est-à-dire à baïonnette et vissante (M44) afin de préserver les clients qui ont d’anciennes optiques de la marque.

Les nouveaux objectifs à monture à baïonnette ont ajouté la capacité d’actionner en interne le diaphragme et ont permis à une liaison mécanique de communiquer l’ouverture réglée sur l’objectif avec le corps pour la mesure couplée.

Dès 1962, Miranda décide de produire ses propres optiques. Auparavant, elle se fournissait chez Zunow, Soligor (marque du distributeur de Miranda aux USA, optiques fabriquées par Kenko/Tokina).

En 1963, l’entreprise lance son usine d’objectifs Miranda. Elle fit évoluer l’Automex devenu second du nom et lance le Miranda F.

En 1965, les cellules au sélénium sont abandonnées au profit de celles au CdS. Celles-ci sont placées en externe sur l’Automex III. En 1966, Le Sensorex remplace la série des Automex et il intègre lui une mesure TTL à ouverte complète, avec un affichage dans le viseur via une aiguille.

La nouveauté de cette cellule au CdS est qu’elle permettait d’être toujours opérationnelle, même avec le prisme ôté.

1967, le Sensorex sort et propose une mesure de la lumière TTL originale et un pentaprisme. Construit avec soin, c’est un reflex mono objectif, interchangeable, avec une cellule au CdS. Il est assez lourd (près d’1kg) mais superbement construit.

Sept modifications seront appliquées au Sensorex, jusqu’au Sensorex EE, qui recevait un mode semi-automatique à priorité ouverture.

Petit à petit, Allied Impex, leur importateur US, prend de plus en plus de part dans l’entreprise. L’usine déménage et quitte Tokyo (1970).

Le Sensorex EE sort en 1971 avec un mode priorité vitesse qui oblige à changer la monture de l’appareil.

Nouvelle innovation en 1972, le Sensoret, le seul télémétrique produit par Miranda, mais magnifique inspiration : obturateur électronique Seiko et cellule au CdS, objectif Soligor de 38mm ouvrant à f2,8.

Appareil photo Miranda Sensoret avec objectif Soligor 38 mm f/2.8, présenté de face sur fond neutre.

En 1975, un Sensorex RE-II et un DX-3 sortent pour essayer que Miranda puisse rester dans la course : les prismes ne sont plus interchangeables, la monture change radicalement et passe à la EC, ils sont semi-automatiques et le DX-3 .

En 1975, l’entreprise sort le DX-3, un reflex avec prisme fixe et obturateur contrôlé électroniquement. Hélas, ce sera un échec commercial tragique car il faut quand même régler soi-même l’ouverture et la vitesse. Miranda fait faillite (1976) car elle rate complètement le passage à l’électronique. Pourtant la marque sera réutilisée pour vendre un peu de tout, sans rapport avec les anciens produits.

Finalement, la société Dixons a acheté le droit pour le nom Miranda et a produit plusieurs appareils sous ce label après 2011, bien qu’il semble qu’elle ne l’utilise plus.

Que retenir de cette épopée ? Chez Miranda, tout était fabriqué en interne, hormis les optiques, au début. Les deux concepteurs à l’origine de l’entreprise étaient des professionnels pointus dans leur métier (aéronautique) qui ont sans doute gardé de leur passé cette rigueur de fabrication, qui n’excluait pas l’innovation. Car ils ont été précurseurs, vous l’avez lu. Mais comme souvent, les précurseurs ratent le passage à un autre niveau que celui de leur expertise (Polaroid, Kodak, Voigtländer, Agfa, par exemple, pour citer les cas célèbres).

N’empêche, ils nous ont livré de superbes appareils, qui fonctionnent encore pour la plupart, 60 ans plus tard.

Présentation du Miranda Sensorex.

Tout d’abord, balayons les grincheux qui tiennent pour acquis que tous les Miranda sont mauvais. Au contraire, en ce qui concerne le Sensorex, c’est une petite merveille d’ingénierie, pour son époque. Même s’il est vrai que dans les années septante (et pour la production de ces années-là), la qualité fut moindre.

Il succède à l’Automex, qui offrait déjà, en 1961, pour 299,99$ un appareil photo avec posemètre intégré alors que le Nikon F (329,50$) n’en avait pas.

En 1966, Miranda fait migrer le posemètre dans le boitier pour la mesure TTL (à travers l’objectif), ce qui permettait la mesure à pleine ouverture. Mais pour y arriver, il fallait modifier la monture d’objectif, en ajoutant un bras à l’extérieur, qui se couplerait à un anneau autour du corps de l’objectif afin que le boitier puisse connaître l’ouverture sélectionnée sur l’objectif.

C’est un peu le principe repris aussi par Nikon et ses oreilles de lapin sur les objectifs Nikkor pour le réglage de la cellule. Mais le bras de couplage de Miranda était mieux pensé que celui de Nikon car il ne fallait pas toute une gymnastique pour calibrer la position de l’accouplement. Par contre, comme chez Nikon, il rendait incompatibles les anciens objectifs Miranda, sans ce bras.

Guide d'utilisation pour la mesure de la lumière à diaphragme fermé pour le Miranda Sensorex, incluant des instructions sur le réglage des sélecteurs et de l'objectif.

Le Sensorex a utilisé à peu près le même design de carrosserie de base que l’Automex, remplaçant l’espace occupé par la grande grille en ni d’abeille de la cellule au sélénium par une plaque décorative garnie de noir et de chrome qui ressemble un peu à la calandre d’une Mercedes. Le Sensorex n’était pas seulement le haut de gamme de la gamme Miranda à l’époque, mais allait également devenir une sorte de produit de référence pour la marque.

Appareil photo réflex Miranda Sensorex posé sur un fond bleu, mettant en évidence son objectif et ses commandes.

C’est un appareil manuel avec une cellule au CdS (pour rappel en 1967, la plupart des appareils ont des cellules au sélénium) qui nous réserve d’autres surprises, car le Miranda s’inscrit dans un véritable système modulaire :

  • sa monture, double ! En effet, l’extérieur est spécifique aux Miranda mais à l’intérieur, il y a en une seconde, filetée, qui permettait aux anciens clients de garder leurs anciens objectifs tout en bénéficiant, s’ils le désiraient, de la nouvelle pour compléter leur parc ;
  • sa monture donc (44mm), tout d’abord, qui a été étudiée pour permettre d’adapter la plupart des objectifs en M42 de l’époque moyennant un modeste adaptateur et la mise au point à l’infini est conservée (le plan film est très serré) ;
  • le pentaprisme peut s’ôter et laisser la place à un viseur poitrine, tout en gardant la cellule fonctionnelle et la mise au point sur le verre de visée ;
  • un autre prismes est prévu : il permet d’agrandir 15 fois le centre de l’image, ou l’ensemble de la visée peut s’agrandir 5 fois (utile pour la macrophotographie ou la microphotographie couplé à un microscope) ;
  • un sélecteur indique l’ouverture maximale de l’objectif sur l’appareil (de f1,4 à f8). Il neutralise les plus grandes ouvertures dans la mesure de l’exposition qui s’effectue à travers l’objectif (mesure TTL à pleine ouverture) ;
  • la mesure est pondérée, c’est-à-dire que l’exposition à la lumière est mesurée dans la moitié basse de l’image (on voit d’ailleurs les marques de la cellule sur le miroir) ;
  • le déclencheur est monté à l’avant de l’appareil et pas sur le capot supérieur ;
  • il est doté d’un miroir sans vibrations ;
  • et d’un obturateur très silencieux ;
  • les objectifs montés sur le Sensorex comprenaient un levier à ressort pour le fonctionnement manuel du diaphragme afin de prévisualiser la profondeur de champ.
Publicité du Miranda Sensorex, montrant l'appareil photo avec un objectif, entouré de boîtes et de documents, mettant en avant ses caractéristiques innovantes.
Publicité d’époque

De fait, le Sensorex propose des solutions que d’autres appareils, certes un peu plus légers, (comme Le Pentax MTL 30) ne proposeront que 10 ans plus tard. Son but était de concurrencer, à prix plus abordable, le Nikon F et le Topcon Super D, appareils pro qui avaient aussi la fonction du prisme interchangeable.

Le Miranda Sensorex comptera, nous l’avons lu, sept versions différentes. Celui que je vous présente est de la troisième génération.

Tableau récapitulatif des types d'appareils Miranda Sensorex, contenant des informations sur les numéros de série, les objectifs standards, les types de mesure, les ouvertures maximales, et les finitions.
Gros plan sur le boîtier d'une caméra Miranda, montrant le numéro de série et l'insigne 'MIRANDA CAMERA, Japan' sur le côté.

En résumé, c’est un appareil assez sophistiqué pour son époque, qui demande un peu d’habitude pour en tirez le meilleur.

Trouver des objectifs n’est pas toujours chose aisée, sauf si vous avez la chance de posséder l’adaptateur qui vous autorisera à y monter des cailloux en M42.

Vous aurez aussi remarqué que dans les premières moutures, il n’y a pas de griffe porte-accessoires, bien qu’il y ait une prise flash sur la tranche gauche. Le levier pour mettre l’appareil en synchronisation avec le flash est sous la couronne de la molette de rembobinage.

Pour ouvrir le boitier et y glisser un film, il faut d’abord appuyer sur le petit verrou sur la tranche de la réglette et ensuite tirer sur le verrou proprement dit. En fin de pellicule, appuyer sur le bouton de débrayage, sur la semelle, sortir la manivelle de rembobinage et tourner. A notre que le compteur de vue se remet à zéro automatiquement.

Vue latérale d'un appareil photo reflex Miranda Sensorex sur un support bleu, avec un objectif visible à gauche et différents boutons sur le dessus.

Pour ôter le prisme, faite glissez vers la gauche le petit bouton rond, à côté du compartiment de la pile, et tirez lentement vers vous le prisme. C’est une pièce fragile aux rayures, ne le posez pas n’importe où ni n’importe comment.

Le réglage de l’ouverture maximale de l’objectif que vous allez utiliser est sur le bouton rond en façade. On fait avancer ou reculer les chiffres en actionnant la couronne sur la face de ce bouton. Remarquez aussi le bras de commande autour de l’objectif.

Enfin, pour déverrouiller l’objectif de la baïonnette, il fut appuyer sur la tirette sur la droite (vu de face) et tourner un quart de tour anti-horaire. Pour le refixer, faites bien correspondre les deux points rouges de repère et tourner dans le sens horaire d’un même quart de tour.

Que penser de cet appareil ?

Pour le dire familièrement, c’est un gros bébé. Prévoyez d’office une sangle confortable pour l’emmener avec vous en balade, vos cervicales vous remercieront.

Est-il toujours utilisable ? Oui, sans aucun doute, en tout cas pour qui veut revenir aux prémices de la photo reflex.

Rappelez-vous, oui, il y a une cellule au CdS qui fonctionne à travers la vision de votre sujet (TTL) dans l’objectif et vous permet donc un réglage assez fin. Au sujet de la cellule, il faut une pile normalement de 1,35v pour remplacer celle au mercure, introuvable heureusement. Vous devrez soit utiliser une pile moderne 625A (1,5v) ou une pile Zinc-Air de 1,35v à glisser dans un adaptateur. Ceci dit, cette pile ne sert qu’à alimenter ladite cellule. En cas de panne de cette dernière, l’appareil reste tout à fait fonctionnel.

Oui, vous pouvez enlever le prisme pour faire une vision à hauteur de poitrine, vous rendant plus discret (parfois). Et la cellule continue de vous informer.

Oui, vous pourrez monter dessus votre collection de M42, si vous avez un adaptateur adéquat. Sinon, il vous reste à utiliser l’engin avec son 50mm. Il ne s’en sort pas trop mal d’ailleurs.

C’est un très bel exemple de ce qui se concevait dans les années soixante et il peut donc certainement être une pièce de collection attirante.

Au niveau prix, pour un appareil en très bon état et fonctionnel, comptez quand même de 80 à 100€ pour en acquérir un. Au poids, vous n’êtes pas perdant !

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (multi-lingues).

Ces données appartiennent à la caméra Sensorex Type 1

Fabriqué par Miranda Camera Co., Tokyo, Japon
Tous les Miranda Sensorex seront produits entre 1966 et 1972
Appareil photo reflex 35 mm
Objectif : Auto Miranda 50 mm f/1.9 en 5 groupes de 6 éléments, diaphragme entièrement automatique couplé à un posemètre TTL CdS, avec réglage du diaphragme et leviers de prévisualisation de la profondeur de champ, interchangeable
Monture à baïonnette Miranda et la monture d’objectif dispose également d’une vis intérieure de 44 mm pour Miranda 44M ou d’autres objectifs à monture à vis via des adaptateurs
Ouverture : f/1.9 – f/16, pas de butée de clic
Plage de mise au point : 0,3-5 m +inf.
Molette de sélection du numéro de l’objectif : réglages entre f/I.4 – f/8, sur la face avant gauche de l’appareil photo
Libération de l’objectif : Tout en appuyant sur le levier de verrouillage de l’objectif sur le côté droit du barillet de l’objectif, tournez l’objectif dans le sens inverse des aiguilles d’une montre l/8 d’un tour complet. Lorsque le point rouge sur le barillet s’arrête à la ligne rouge sur le boîtier de l’appareil photo, l’objectif se détache facilement.
Mise au point : par centre d’écran multi-microprismes, bague et échelle sur l’objectif, avec échelle DOF
Obturateur : tissu, plan focal horizontal, vitesses 1-1/1000 +B, marquage rouge de la synchronisation du flash.1/60
Indicateur d’enroulement de film (armement de l’obturateur)
Miroir : Retour instantané
Viseur : Pentaprisme reflex, interchangeable, (mais pas écran), pas de parallaxe (différence entre la zone couverte par le viseur et par l’objectif de prise)
Désengagement du viseur : à l’aide d’un petit bouton argenté à l’arrière de la plaque supérieure, faites glisser le bouton vers la gauche et faites glisser le viseur vers l’arrière
Posemètre : cellule au CdS, TTL, mesure moyenne pondérée inférieure (élimine l’influence lumineuse du ciel), lecture de la lumière à ouverture totale
Réglage de l’exposition : réglez d’abord la vitesse souhaitée, réglez la sensibilité du film (ASA), réglez la molette de sélection de l’objectif de l’appareil photo et allumez l’interrupteur du compteur, puis tournez la bague d’ouverture jusqu’à ce que les aiguilles (l’une est en forme de C ouvert) correspondent dans le viseur, (en effet, ces aiguilles sont à l’écran)
Réglage ASA : 25-1600, fenêtre sur la numérotation abrégée ; Réglage : en soulevant et en tournant la bague extérieure
Interrupteur On/Off : près du bouton de rembobinage,
Indicateur On/Off : petite fenêtre à côté de l’estampage batterie, sur la bague de sélection du synchroniseur de flash au bas du bouton de rembobinage
Prise PC flash : côté gauche de l’appareil photo
Synchronisation du flash : FP (plan focal des ampoules du flash) 8t ; X 1/60t, réglage via la bague de sélection du synchroniseur de flash, petite fenêtre à côté de l’estampage Flash, au bas du bouton de rembobinage
Autres : Retardateur ; Douille de trépied 1/4 pouce ; anneaux pour sangle; Coque arrière amovible
Corps : métal ; Poids : 988 g avec objectif 35 mm
Batterie : uniquement pour posemètre, Mercury 1.35v PX625, (accepte PX625A / LR9, mais mieux est 1.35v Zinc/air dans un adaptateur)

Des références.

https://mikeeckman.com/2019/02/miranda-sensorex-1966/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Miranda_Sensorex, https://camera-wiki.org/wiki/Miranda_Sensorex, http://www.alexluyckx.com/blog/2025/05/06/camera-review-blog-no-168-miranda-sensorex/, https://blog.jimgrey.net/2024/11/11/miranda-sensorex/ en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/miranda-sensorex/, en allemand ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_Sensorex, https://manondamoon.com/2017/08/07/un-appareil-le-miranda-sensorex/, https://www.philcameras.be/miranda/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-594.html, http://www.ericconstantineau.com/photo/review_mirandasensorex_fr.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Miranda_Camera_Company, https://www.suaudeau.eu/memo/histoire/Miranda.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Miranda-Sensorex.htm, en français

Argentique

Une Rolls-Royce au temps des 2CV : le Rolleiflex T type 3 bay 1

Préambule.

Une brocante maussade, entre crachin froid et éclaircies menteuses, dans le namurois (Hanzinelles). Les brocanteurs peinent à s’installer, hésitant à déballer déjà au petit matin blême.

Nous avons déjà fait au moins trois fois les allées de la brocante, patients et attentifs quand soudain je vois une dame âgée qui déballe une caisse de vieux appareils. Le temps de m’approcher, hélas, deux autres amateurs emportent une chambre exotique ! Il me reste quelques Box, en bon état, dont un très beau WeekEnd recouvert de cuir bordeaux, que je présenterai bientôt.

Mais du coin de l’œil, je repère dans sa voiture une autre caisse. Prudent, je paie mes achats et lui laisse le temps d’installer le reste, ne m’éloignant que de quelques mètres …

Regard rapide vers mes deux concurrents qui tergiversent sur des cartes Pokémon et je me hâte lentement vers la dame qui a effectivement posé la seconde caisse, que j’entreprends d’explorer.

D’autres Box, un sac tout prêt de Rolleiflex vide mais en superbe état et … un Rolleiflex aussi dans son sac, en superbe état lui aussi. Bien évidemment, je les ramasse et essaie d’encore trouver une pépite, une petite chambre un peu abîmée mais mignonne.

La dame me reconnait et lorsque je lui demande le prix de ces articles, dans un clin d’œil, elle me donne un prix qui manque me faire laisser tomber mes achats !

Je vois que vous aimez vraiment ces vieux appareils et moi je dois les liquider, alors autant vous faire plaisir ! Chère Madame, si vous saviez la joie que vous me faites …

Un peu d’histoire.

J’ai, rapidement j’en conviens, évoqué un autre Rolleiflex il y a un moment. Je le comparais à un Yashica D et j’ai peu abordé l’histoire de cette marque qui a inscrit son nom au panthéon de la photographie. Je vais y remédier.

Penché sur le premier Rollei comme une prophétesse sur sa boule de cristal, on questionne le temps. – Robert Doisneau

Peu d’appareils photo dans toute l’histoire de la photographie peuvent se targuer d’être devenu un nom commun : quand on voit un télémétrique, on dit un Leica ; quand on voit un appareil carré avec un gros objectif, on dit un Hasselblad ; quand on voit un appareil instantané, on dit un Polaroid ; et quand on voit un appareil muni de deux objectifs superposés, on dit un Rolleiflex.

Mais commençons par le début de l’histoire …

Au début de la photographie, de nombreux appareils ont été construits par des artisans et/ou artisans photographes. Chacun y allant de ses découvertes, sans vraiment répéter les appareils, la pratique photographique étant encore balbutiante et, c’est vrai, réservée à une certaine élite sociale car les produits coûtaient chers et il fallait un peu d’instruction pour les manipuler sans (trop) de risques.

On estime que c’est l’appareil de Giroux, un des premiers daguerréotypes, qui peut être considéré comme le précurseur des appareils reproductibles et standardisés.

Les chambres photographiques ne sont jamais qu’une amélioration de cet appareil, le soufflet permettant une plus grande liberté de réglages.

Mais la vraie révolution viendra du … cinématographe tout neuf qui offre aux photographes le film souple. En effet, auparavant, les supports étaient essentiellement des plaques de verre, fragiles et délicates à manipuler. En 1889, Kodak lance le film sur nitrate de cellulose, un support que l’on peut mettre en rouleau dans un appareil cinématographique ou photographique. Ainsi nait, dans la foulée, le Kodak n°1, préchargé de 100m de film, que l’on renvoie à l’usine pour le développement et qui revient rechargé d’un autre film et le film précédant développé.

Une autre (r)évolution est en marche. Si les chambres se sont améliorées, elles présentent toujours un inconvénient inhérent à leur construction, à savoir que la visée est indissociable de la prise de vue : on vise à travers un dépoli, que l’on remplace par un support argentique au même endroit pour la prise de vue (voir l’article sur le G. Glunz & Sohn).

Des chercheurs vont donc proposer des solutions pour dissocier ces deux aspects. C’est à l’Angleterre que l’on doit une solution originale et qui va révolutionner l’appareil photo. La London Stereoscopic and
Photographic Company
crée le Carlton, le premier TLR (twin lens reflex = reflex double objectifs) en 1885 et le produit de manière industrielle.

Appareil photo vintage Rolleiflex, modèle T, affichant une conception à double objectif avec un boîtier noir ouvert.

Ce sont sans doute les appareils de stéréoscopie (qui permettent de voir des images en relief) qui ont donné l’idée des deux objectifs. Mais ici, ils sont montés l’un au dessus de l’autre et un seul est destiné à la visée, le second étant réservé à la prise de vue proprement dite.

Ces appareils vont inspirer les pères du Rollei. Le premier, Reinhold Heidecke, travaille comme concepteur chez Voigtländer (1900) où il dessine des appareils photo et à qui il propose des innovations, hélas souvent rejetées. Dépité, il songe à quitter l’entreprise pour fonder sa propre société mais doit reculer, faute d’investisseur. Le second, Paul Francke, a aussi travaillé chez Voigtländer (1909), comme commercial. Il quittera celle-ci en 1912 pour se lancer dans ses propres affaires jusqu’à ce qu’il soit enrôlé dans l’armée en 1917.

Au sortir de la Première Guerre Mondiale, il reprend contact avec Voigtländer et il y rencontre Reinhold Heidecke, toujours en recherche d’investisseur. Les deux hommes finiront par s’associer et ils créent le 1er février 1920 la Cie Franke & Heidecke, Werkstatt für Feinmechanik und Optik (Atelier de mécanique de précision et optique) à Braunschweig.

Ils ne vont pas immédiatement révolutionner la photographie mais commercialiser des appareils dans le moule des Voigtländer et notamment des boitiers stéréoscopiques, alors en vogue. Leur premier appareil sera le Heidoscop (1921).

Un ancien appareil photo à plaques de verre, le Heidoscop, avec des objectifs visibles et un viseur sur le dessus.
Source : Kameramuseum

C’est un appareil à plaques de verre, avec un viseur qui rappelle, tout comme les objectifs, ce qui sera la marque des Rollei plus tard.

Toute une série d’évolutions vont imposer la qualité de fabrication de l’appareil et faire connaître leur nom : passage à un plus grand format, utilisation d’optiques Zeiss, passage au film 120 et 127. C’est d’ailleurs à ce moment que l’appareil change de nom et devient le Rolleidoscope.

Cet appareil est imposant et cher, et donc reste l’apanage d’une clientèle riche. Partant de ce constat, Reinhold Heidecke va réfléchir à un appareil plus grand plublic, qui devra être plus compact.

Mais qui dit plus compact dit revoir le format du film, or les conventions artistiques du moment sont plutôt à un format rectangulaire. Il testera le 4,5X6 mais devant la forme de son idée, ce format ne convient pas et il doit se résoudre adopter le format carré 6×6. Ce format rompt complétement avec les standards de l’époque.

Lorsque en 1929, l’entreprise propose son premier modèle, il se heurte à une rude concurrence. D’abord celle des Box, lancée par Kodak. Un appareil simplissime mais qui rencontre un vif succès car peu cher à l’achat mais qui se rattrape ensuite sur le consommable (le film). Il perdurera sous le nom de Brownie (et ses très nombreuses déclinaisons) jusque dans les années soixante.

Ensuite, les folding, plus sophistiqués et très compacts puisque pliant. De petites chambres que l’on peut glisser dans une poche si besoin. D’abord à usage mixte (plaque ou film) elles passent au film avec des formats 6×9 ou 9×12, puis 6×6 cm. Ils feront florès de 1920 à 1940.

Encore, la chambre, qui reste sollicitée par les professionnels, notamment pour le travail en studio. La plus célèbre est la Graflex, un reflex primaire avec viseur. Malcommode, encombrante, lourde, les chambres gardent des partisans mais finiront par s’essouffler.

Et puis il y a un petit appareil, qui vient de sortir et qui perturbe aussi le ronron des certitudes, j’ai nommé le Leica (1925). Un concentré de technologie dans un format ultra-portable qui, s’il fut boudé au début de sa carrière justement à cause de sa taille et de celle de son film, dès 1930, connait un engouement réel des photographes de reportage.

Mais Rollei a du succès et le Rolleiflex va établir le format carré, qui avait déjà vu de nombreuses tentatives antérieures avec d’autres marques, comme un standard lui aussi.

D’abord produit sur un film 117, rapidement remplacé par du 620 puis le 120, le format carré 6x6cm va prendre pied grâce au Rolleiflex original et ses suivants.

On estime que l’âge d’or de ce format s’établit aux alentours des années cinquante, notamment avec l’arrivée du rival Hasselblad et grâce aux multiples TLR de toutes origines, japonaise bien sûr, mais aussi française, yougoslave, russe, chinoise, …

Mieux, ou pire c’est selon, en 1963, Kodak institue le format carré comme un produit de masse avec l’introduction du film sous cassette, le fameux 126 destiné aux Instamatic.

Enfin, en 1972, Polaroid lance un autre carré magnifique, le format SX-70, pour l’appareil de même nom et qui ouvrira la voie au format 600 par après.

Le format carré a établi sa légitimité et il sera prisé tant par les amateurs que par les professionnels, tant du reportage que du studio.

Finalement, il n’y a qu’en numérique que le format n’a pas été envisagé …

Pour en revenir à la marque Rollei et au Rolleiflex, le modèle original série 611 sera présenté à la Foire de Printemps de Leipzig en janvier 1929. Il possède un objectif photographique Carl Zeiss Tessar de 75mm f4,5 dans un boitier compact, avec un objectif de visée Heidosmat et obturateur Compur, le tout surmonté d’une chambre de visée à miroir fixe.

C’est sans doute un des appareils les plus sophistiqués de son temps. Il utilisait le film 117 car il était le seul alors à inclure sur le papier de protection un repère d’espacement pour le 6×6. Repère indispensable car l’appareil ne verrouille pas l’avancement du film (il faut vérifier soi-même par la fenêtre en rouge inactinique l’avance). Ce format, aussi large que le 120, ne propose que six vues, contre douze pour le 620 en 1932 (Kodak). Ce changement demandera de modifier le mécanisme d’entrainement.

Vous voyez la similitude dans les deux appareils ?

Mais pourquoi l’appareil est-il passé à la position verticale, me direz-vous ? L’histoire raconte que lors de la Première Guerre Mondiale, Reinhold Heidecke, enrôlé lui aussi, observait les alentours des tranchées avec un périscope. C’est cet appareil qui lui aurait donné l’idée de construire un appareil photo utilisant le même principe de deux objectifs séparés mais identiques. Ainsi serait né le principe du Twin Lens Reflex (TLR, une abréviation que je vais utiliser).

Après ce premier opus, réussi, Rollei va continuer à innover et à améliorer son concept, tout en gardant toujours cette excellence de qualité dans la construction.

Au nombre des améliorations, nous pouvons noter :

  • avancement du film à la bonne longueur et armement de l’obturateur par la manivelle
  • palpeur mécanique qui détecte le début du film
  • sécurité contre les doubles expositions
  • contrôle de la mise au point sur le dépoli par un bouton qui fait avancer/reculer la platine porte-objectifs
  • compensation de la parallaxe entre les deux objectifs
  • adaptateur pour film 135 (Rolleikin)
  • bonnettes de prise de vue
  • synchronisation des flashs magnésiques et électroniques

Toujours aussi compact pour un 6x6cm, il a gagné ses lettres de noblesse et de nombreux photographes, illustres ou amateurs passionnés, l’ont approuvé sans réserve.

Une seconde gamme vit aussi le jour. Un peu plus abordable que le Rolleiflex, la série des Rolleicord est – sensiblement – simplifiée et plus abordable. C’est souvent un excellent second choix, surtout la série des Rolleicord Vb (voir aussi l’article sur le Rolleicord Va).

Plus anecdotique mais néanmoins partie prenante de l’histoire de la marque, le Baby Rolleiflex reste un superbe petit appareil. Il fut construit pour rendre encore plus compact l’appareil et il utilisait le film 127 (que l’on trouve encore, par exemple chez Retrocamera.be). Ce tout petit Rolleiflex s’inscrit dans la course folle à la miniaturisation initiée par le Leica, qui donna le coup de fouet nécessaire à tous les régimes pour faire maigrir les anciens boitiers, lourds et encombrants.

Finalement, des années trente à la fin des années septante, le Rolleiflex s’imposait partout où une photographie de qualité était exigée (mode, studio, portrait, reportage). Mais un concurrent sérieux en vint à bout, le reflex. La firme dépose son bilan en 1981.

Si le Rolleiflex fut encore fabriqué jusqu’au années nonante, sa suprématie avait depuis longtemps été battue en brèche par les reflex, plus souples, plus universels, plus légers, plus polyvalents.

Un bref sursaut, sous licence Zeiss, a permis à la marque de sortir des modèles modernes au début des années deux-mille, mais cela sonnait comme un chant du cygne …

Présentation du Rolleiflex T type 3 bay 1.

Le Rolleiflex T est né d’un constat fait en 1957. A savoir que l’écart de prix entre le Rolleiflex F (le haut de gamme) et le Rolleicord (l’entrée de gamme) était trop important, créant un vide que d’autres pourraient combler.

Ils ont donc imaginé la série des T aux coûts de fabrication réduits. Comment ? La série T abandonne le mécanisme de détection automatique du film au démarrage. Il faut regarder la marque faite le long de la porte pour initier le film, comme sur le Rolleicord. Les autres mécanismes qui en découlent ont aussi été simplifiés ou abandonnés.

Il y a eu 3 modèles fabriqués :

  • Modèle 1 de 1958 à 1961
  • Modèle 2 de 1961 à 1966
  • Modèle 3 de 1971 à 1976, ce modèle peut être divisé en appareils photo avec des objectifs Tessar et ceux avec des objectifs Xenar. De plus, ce modèle a reçu un autre design de plaque frontale à partir de 1970. Le Rolleiflex T à face blanche (en fait un simili cuir gris très élégant).

Publicité de 1971.

Une publicité classique pour des appareils photo Rolleiflex, mettant en avant les modèles Rolleicord Vb et Rolleiflex T, avec une description des prix et des caractéristiques.

Ce modèle T type 3 sera donc produit jusqu’en 1976, presque à la fin du règne des Rolleiflex mais pas de sa popularité.

Evidemment au sein même de la gamme, des évolutions infimes se mettent en place, par exemple, sur le type 3 qui nous occupe aujourd’hui, les bras qui ajustent la synchronisation et l’EVS sont en métal (en plastique sur le type 1) et il possède un compteur pour du film en 220 en plus du 120.

EVS un terme étrange pour nommer la manière dont l’appareil propose ouverture et vitesse car, sauf option, le Rolleiflex T n’est pas équipé d’une cellule et lorsqu’il y en a une, elle n’est pas couplée.

Pour aider les photographes, à l’arrière de l’appareil se trouve un petit tableau qui, à l’aide de scénettes, représentent diverses situations de lumières. Il est censé vous aider à choisir le nombre EV (exposure value) le plus adéquat.

Ensuite, avec ce chiffre, vous pouvez déterminer un couple ouverture/vitesse. Un petit levier, à gauche de l’objectif, vous permet de jouer sur les paramètres de l’exposition et les vitesses car, comme sur le Rolleicord, les valeur sont couplées. Celles que vous sélectionnez sont visibles sur le dessus de l’objectif, dans une petite fenêtre.

Gros plan sur l'objectif et le mécanisme de l'appareil photo Rolleiflex T type 3, avec des inscriptions visibles sur le boîtier noir.

Il est évidemment possible de désynchroniser ces 2 valeurs et régler l’ouverture seule. Il faut tirer sur le petit levier tout en le poussant en haut ou en bas. L’ouverture va bouger, pas la vitesse. Ce n’est pas le système le plus rapide et dès lors, on fait souvent confiance aux couples qui sont prévus, sans mauvaises surprises.

Mais prenons l’appareil par le début, c’est à dire en ouvrant d’abord le capot qui libère la chambre de visée. Ainsi on découvre le dépoli, toujours un peu terne, surtout dans les coins (et Rolleiflex fait partie des plus lumineux !). Une petite loupe peut vous autoriser à mieux voir votre sujet. N’oubliez pas que la vision est inversée gauche/droite.

Vue de dessus d'un appareil photo Rolleiflex T type 3 avec un objectif visible et un intérieur en cuir texturé.
La loupe pour vérifier votre cadrage (surtout en studio !)

Pour régler la distance, il faut faire tourner le gros bouton, sur la gauche du boitier. Toute la platine porte-objectifs va alors avancer ou reculer pour vous permettre de faire la mise au point sur le dépoli dans la chambre de visée (mise au point minimale de 90cm).

Close-up of the settings dial on a Rolleiflex T type 3 camera, highlighting aperture and shutter speed adjustments.

Une échelle de profondeur de champ est associée à ce bouton, pour plus de facilité en cas de visée par zone focus. Un mémo pour la sensibilité du film est située sur le bouton de réglage de distances.

Les deux petits boutons, toujours sur la côté gauche sont juste là pour vous permettre d’insérer une nouvelle bobine dans le corps de l’appareil.

Pour l’ouvrir, par dessous, il faut faire pivoter la languette striée puis déclipser la languette métallique qui maintient encore la porte arrière, qui va s’ouvrir vers le haut.

Vous découvrez alors la chambre dans laquelle vous allez insérer une bobine de film 120 : le film se place en bas et la bobine vide en haut. Pour charger le film, je vous invite à regarder la 1ere vidéo ci-dessous, c’est plus parlant.

Notez que l’on peut, moyennant un accessoire appelé Rolleikin, poser un film de 24x36mm dans ce Rolleiflex. Il faut alors modifier la plaque de pression du film et ajouter le cache spécifique.

Voilà votre appareil prêt pour la première vue. Vous cadrez votre sujet, réglez la distance, la valeur EV et déclenchez (ne pas oublier de soulever le verrou du déclencheur avant). Reste à faire avancer le film d’une pose en tournant la manivelle une fois puis à faire un retour vers l’arrière pour armer l’obturateur.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Rolleiflex T avec le nom 'Tessar' et 'Made in Germany' clairement visibles.

Vous êtes prêt à arpenter les rues comme Viviane Maier, effectuer des reportages comme Robert Cappa, du studio comme Richard Avedon, de l’autoportrait comme Willy Ronis, et tant d’autres comme Gordon Parks, Cecil Beaton, Diane Arbus, Irving Penn …

L’appareil en soi n’est pas difficile à utiliser, il faut juste s’habituer à ses réglages, c’est une question de pratique.

Ceci dit, si vous sortez avec ce type d’engin, ne pensez pas passer inaperçu, mais c’est un bon moyen pour créer du lien.

Dites, dans le titre, vous précisez bay 1, ça veut dire quoi ?

Zut, moi qui pensait que vous n’aviez pas relevé cette info !

Bon, je vais faire un aparté à ce sujet, qui anime le petit monde du Rollei.

Tout d’abord cette question ne concerne que les TLR avec baïonnette, comme le Rolleiflex ou les Yashica et Minolta (pour les plus connus). Elle vise à pouvoir s’y retrouver quand il s’agit de monter des filtre ou autres accessoires sur les dites baïonnettes. En effet, il en existe 3 tailles différentes : bay 1 (ou 1), bay 2 et bay 3.

Car, voyez-vous, ce n’est pas inscrit sur les filtres, se serait trop facile ! Et pour ajouter à la complexité, les fabricants ajoutent parfois des mesures comme 28,5mm pour un bay 1 mais ce n’est pas son diamètre, encore ils les renomment B30 ou B-30.

De ce que j’ai pu lire, voici un moyen un peu plus simple pour s’y retrouver :

Baïonnette 1, aussi connue sous la dénomination Baie I / B30 / B-30

  • Dimensions extérieures : 37 mm
  • Diamètre intérieur : 30 mm
  • Parfois marqué : 28,5 mm
  • Convient aux : Rolleicord et Rolleiflex (avec Tessar / Xenar f3.5), Yashica EM, Yashicamat, Yashicamat-124, YashicaMat-124G Minolta Autocord

Baïonnette 2, aussi connue sous la dénomination Bay II

  • Dimensions extérieures : 41 mm
  • Diamètre intérieur : 34 mm
  • Parfois marqué : 34 ou 36 mm
  • Convient au Rolleiflex (avec Xenotar et Planar f3.5 )

Baïonnette 3, aussi connue comme Bay 3

  • Dimensions extérieures : 46 mm
  • Diamètre intérieur : 38 mm
  • Parfois marqué 38mm
  • Convient au Rolleiflex (avec Xenotar ou Planar f2.8 )

Voilà, j’espère que ceci va vous aider dans les brocantes, foires au matériel, vide grenier, … a retrouver qui va avec qui.

Que penser de cet appareil ?

Indéniablement, il a un certain charme, un peu suranné mais oh combien attachant. Et puis il y a ce nom mythique de Rolleiflex, moins ostentatoire que la pastille rouge de son concurrent mais qui attire tout autant l’œil vers lui.

Si vous avez la chance d’en trouver un avec son beau sac tout prêt, gardez-le bien mais retirez-le pour faire vos photos, il ne fera que vous encombrer, surtout au moment de changer de pellicule (et 12 vues, ça va vite).

Le hic c’est que pour le porter il faut une sangle avec des attaches spécifiques qui coutent … le prix d’une bonne sangle !

En fait, tous les accessoires, comme chez le concurrent Leica, coutent une petite fortune, sauf à tomber par hasard sur des personnes qui vendent des pièces éparses sans savoir à quoi elles correspondent.

Mais au delà de ces considérations bassement matérielle, c’est vrai qu’on a du plaisir à manipuler ce boitier : toutes les commandes sont douces, fluides, discrètes et silencieuses. Un vrai régal.

Si cet appareil est capable de petites merveilles sur grands négatifs, il n’est toutefois pas exempt de reproches. Comme son optique, fixe et fermement moins polyvalente que celles d’un reflex. Comme le fait de le charger, un peu lent. Comme le fait que le nombre de pose soit vraiment limité (12 vues). Comme sa vitesse maximale, limitée à 1/500s. Comme le fait qu’il n’ait pas de griffe pour y fixer un flash (bien qu’il y ait une prise synchro), ce qui implique un achat supplémentaire. Comme …

Soit, il est loin d’être parfait mais ce qu’il fait, il le fait bien, voire très bien, en N/B ou en couleurs d’ailleurs. Il faut l’apprivoiser et prendre son temps avec lui.

Et puis, il faudra penser à l’aspect financier car la (quasi) perfection, ça se paie : comptez entre 500 et 700€ pour un très bel exemplaire, complet. Tous les accessoires en sus s’ajoutent au prix (pare-soleil, filtres, bonnettes, etc.)

Mais ne dit-on pas que lorsqu’on aime, on ne compte pas ?

Vidéos d’illustration.

En français.

La même chose en anglais.

Celle d’un passionné de son métier.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Numéros de production : avec objectif Tessar environ 28.000 unités ; avec objectif Xenar environ 3.000 unités

  • Format : 12 poses de 6 x 6 cm sur rouleau de type 120.
  • En utilisant un ensemble de masques spéciaux, l’appareil photo peut être adapté pour prendre 16 images 4×4 ou 4×5,5 cm en rouleau. Le masque placé dans le portique du film fait passer automatiquement le compteur d’images de 12 à 16 expositions.
  • Il existe un adaptateur de plaque en option pour le film en feuille.
  • De plus, en utilisant un adaptateur Rolleikin 2 en option, des cartouches de film 35 mm peuvent être utilisées.
  • Couleur Similicuir : Noir
  • Objectif de prise de vue : Carl Zeiss Oberkochen Tessar ou Schneider Kreuznach Xenar 1:3.5 f=75mm.
  • Obturateur : Obturateur à lames Synchro-Compur MXV CR00. Vitesses 1 à 1/500 sec. et B. Retardateur.
  • Synchronisation du flash : Prise de synchronisation en façade, synchronisation X.
  • Objectif de visualisation : Heidosmat 1:2.8 f=75mm.
  • Filtre à baïonnette : Les deux objectifs, taille 1.
  • Correction d’erreur de parallaxe.
  • Système de mesure de la lumière : En option, couplé, élément photo en sélénium, 2 gammes.
  • Dimensions LxPxH : 112 x 97 x 148 mm
  • Poids : 1020 grammes

Pour vous aider à faire un choix raisonné, je vous suggère le site d’un passionné passionnant : tipiphoto (en français).

Toujours dans le registre du choix, il y a une vie au-delà des Rolleicord et Rolleiflex. Voici une bonne adresse pour faire un choix éclairé : dirapon

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=12813, https://galerie-photo.com/acheter-rolleiflex_questions.html, https://www.photosurcour.fr/appareils-photo-rollei/, http://www.appaphot.be/fr/brands/rollei-f-h/rolleiflex-t-type-3-meter/, https://www.filmisundead.com/test-avis-rolleiflex-t/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Rolleiflex, https://99camerasmuseum.com/fr/rolleirolleiflex-24-99the-professional, https://web.archive.org/web/20150924001305/http://www.ens-louis-lumiere.fr/fileadmin/recherche/2013-Katarzinsky-photo.pdf (une thèse très intéressante à lire), en français ; https://www.photrio.com/forum/threads/bay-i-ii-ii-how-to-tell-the-difference.89701/, https://camera-wiki.org/wiki/Rolleiflex_T, https://www.photographyattic.com/blog/2020/06/how-to-tell-which-rollei-bayonet-filter-mount/, https://ruimoraisdesousa.blogspot.com/2009/02/rolleiflex-t-first-day.html, https://rolleirepairs.com/(en cas de réparation), https://independent-photo.com/fr/news/rollei-and-the-rolleiflex/ en anglais ; https://internoinbakelite.wordpress.com/2014/11/16/elogio-della-rolleiflex-t/, en italien

Argentique

L’Universal Univex Model A

Préambule.

Hanzinelles et sa brocante annuelle. S’il ne fait pas très beau – le ciel est gris – il y fait froid et un fin crachin s’insinue doucement, glaçant. Et dire qu’hier, il y avait encore 24C !

Ceci étant, rien de bien intéressant, sauf … une gentille dame qui a déposé une caisse pleine de vieux appareils.

Aïe, j’arrive une seconde trop tard et je vois partir une chambre d’un modèle tout à fait spécial, zut. Pourtant, il reste quelques beaux box art déco et un étonnant WeekEnd gainé de cuir bordeaux, que je prends. Et là, dans un coin, ce qui semble être une pièce perdue : je la ramasse et me rends compte qu’il s’agit bel et bien d’un tout petit appareil photo en bakélite noire.

Je reviendrai voir cette charmante dame car il me semble avoir aperçu dans sa camionnette au moins une autre caisse d’appareils …

Un peu d’histoire.

Outre que l’appareil est étonnant, je ne connaissais pas du tout cette marque, Universal. Elle a vu le jour à New York en 1932, fondée par Otto W. Githens et Jacob J. Shapiro.

Leurs conceptions étaient pour le moins originales, comme le fameux Mercury, et outre des appareils photo, ils ont aussi créé et fabriqué des caméras pour le cinéma et l’amateur, des jumelles et des accessoires, y compris des films, pour appareils photos.

Appareil photo Univex Mercury avec boîtier noir et argenté, vue de face, posée sur une surface en bois.

Mais commençons par le début.

Otto W. Githens et Jacob J. Shapiro avaient une idée en tête : créer l’appareil photo le moins cher du moment mais ils avaient aussi un soucis car comment faire quand on ne vient pas du domaine de la photo et qu’on ignore tout de la fabrication d’un boitier ?

Petits filous, ils ont contacté une société spécialisée dans la fabrication plastique, la Norton Laboratories, qui avait dans ses cartons un prototype non encore couvert par un brevet, que nos deux loustics ont copié sans vergogne avant le dépôt de celui-ci.

Ainsi est né l’Universal Univex Model A. Vendu à l’époque 0,39$ – en comparaison, le Box Kodak coutait 1,50$ – cet appareil connu un grand succès.

Dès 1936, la stratégie de l’entreprise Univex était ainsi définie : production de masse d’appareils simples et efficaces. Qui se ressemble s’assemble et c’est comme ça que Georges Kende, concepteur rusé, propose la caméra Univex Model A-8 Ciné et le projecteur P-8 au prix de 9,95$. Le succès est tel qu’ils devront faire patienter leurs clients tant la demande était forte.

Cette caméra, et les modèles qui suivront ensuite, a été véritablement l’outil, aux USA, qui a permit à des milliers de consommateurs de se lancer dans l’aventure du film amateur.

La seconde guerre mondiale va imposer à l’entreprise un effort de guerre, comme aux autres entreprises, tous secteurs confondus. Ils produiront des jumelles pour les forces armées américaines et alliées.

An advertisement for Universal Camera Corporation featuring a scene with soldiers performing a task and instructions on photographing wildlife, with a focus on precision and technique.
Source : Collection Libraries. Cette publicité d’époque interroge sur la manière la plus rapide de couler un U Boat allemand : en le voyant le premier, grâce aux jumelles de précision Universal.

Au sortir de la guerre, l’entreprise tentera de relancer la production des caméras pour amateur qui avaient fait son succès. Ils modifieront un peu le modèle d’avant guerre, puis présenteront de nouveaux modèles, souvent hélas fait d’ajouts mineurs sur les premières caméras mais présentées sous de nouveaux noms. Mais les jours sont comptés car des mouvements sociaux important vont bloquer les productions (grèves chez le principal fournisseur par exemple). Les années cinquante seront catastrophiques et finalement, au début des années soixante, l’entreprise disparaitra.

Présentation du Universal Univex Model A.

Vous connaissez maintenant la genèse de ce minuscule appareil (9cm de haut et 6cm de profondeur).

Plusieurs modèles vont se succéder, comme d’habitude, qui verront des modifications d’ordre esthétique surtout (face avant redessinée et simplifiée). Mais en soi, le boitier ne changera pas.

Techniquement, c’est un boitier en plastique noir, qui s’ouvre en deux en appuyant fermement sur un appendice qui est en fait une partie du viseur. On referme en faisant pression sur les deux parties.

A l’intérieur, la chambre qui accueille un film appelé 00, spécifique à ce type d’appareil. A gauche, la bobine du film, et à droite, la bobine réceptrice. Notez la particularité de la tête de bobine, prévue pour s’encastrer dans le prolongement du bouton d’avance du film.

Vue d'un appareil photo Univex Model A en bakélite noire avec une pellicule Univex Ultra Chrome No. 00 à côté.

Le viseur, réduit à sa plus simple expression, est constitué d’un cadre en métal qui se déplie vers l’arrière pour constituer, avec l’ergot destiné à l’ouverture de l’engin, un viseur sportif. Sa position implique de tenir l’appareil à la verticale, d’autant que le minuscule déclencheur est aussi posé sur le côté.

Pour le reste, une seule lentille, fixée par la tête de vis étrange posée sur la face avant (forme de fleur ?). Quant à l’obturateur, une simple feuille en métal qui passe devant l’objectif lorsqu’on appuie sur le déclencheur. Vitesse estimée de 1/50s.

Appareil photo Univex Model A en bakélite noire, aperçu de face mettant en évidence le viseur et le déclencheur.

A ce niveau de dépouillement, même un Diana à l’air sophistiqué !

Un mot encore sur le film Univex 00. Il sera spécifique à Univex et fabriqué de 1933 à 1960 pour alimenter les appareils simplissimes de la marque. Ceci étant, ce n’est pas eux qui ont fabriqué la pellicule mais Gevaert, en Belgique.

Publicité ancienne pour le film Univex Ultrachrome, mettant en avant ses caractéristiques et son prix.

Il existait un Ultrachrome et un Ultra Plan (plus sensible). Cette pellicule à une longueur de 30cm sur une largeur de 30,7mm. Elle délivre 6 vues de 28x38mm. On ne connait pas la sensibilité du film, ce qui importe peu en fait, l’appareil n’ayant qu’une vitesse et une focale fixe.

Une annonce publicitaire pour le film Ultrapan No. 00, spécifiquement conçu pour les caméras Twinflex, mettant en avant ses caractéristiques et prix.

Il va s’en dire que le film est rare et à ce jour inexploitable car produit il y a plus de 80 ans maintenant. En outre, il faudrait trouver comment le développer car on ne connait plus, semble-t-il, les produits de développement et les temps nécessaires, et les spirales sont quasi introuvables.

Que penser de cet appareil ?

Difficile de faire plus simple, sauf peut-être les porte-films 110 des années septante et quatre-vingt.

Outre le fait qu’il soit très petit, la conception de son déclencheur minuscule et mal placé ne donne pas envie de le tester.

Reste qu’il fait partie de ces modèles réduits qui ont eu leur part de succès à un moment donné. Et, avouons-le, ils sont faciles à collectionner ces petits boitiers étonnant, bien moins encombrant que leurs homologues en 24x36cm ou plus.

En Europe, l’Univex Model A est plutôt rare tandis qu’on en trouve encore facilement aux USA. Leur prix varie de 10€ à 50€ selon qu’ils soient complets, en bon état et munis de leur boite. Ici, tenez plutôt compte d’un prix variant de 10 a 20€.

Vidéos illustration.

Des références.

https://camera-wiki.org/wiki/Universal, https://collections.libraries.indiana.edu/IULMIA/exhibits/show/alan-lewis-collection/universal-camera-corp-, https://vintage-camera.pictures/blog/2024/04/10/univex-00 en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-468-Universal_Univex%20Model%20A.html

Argentique

Un ensemble exceptionnel : un Voigtländer Bessamatic De Luxe dans son sac d’époque et ses accessoires. Seconde partie, les accessoires.

Préambule.

Il y a quelques jours, je postais le premier article consacré à cet appareil, le Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Aujourd’hui, je vais consacrer un nouvel article au contenu du sac qui accompagnait ce boitier légendaire.

Tout est en l’état car j’aime bien laisser le tout dans son jus, sauf à nettoyer les lentilles et filtres pour les rendre utilisables.

Un peu d’histoire.

Rassurez-vous, je ne vais pas recommencer l’histoire de Voigtländer ni celle du Bessamatic, vous trouverez tout ce qui peut vous intéresser dans le premier article déjà cité ci-plus haut.

Présentation des accessoires du Bessamatic De Luxe.

Le tout premier accessoire, c’est ce sac d’origine, bien rempli. Il est encore en bon état mais digne témoin qu’il a été utilisé par son propriétaire, soigneux.

Un sac en cuir contenant divers accessoires photographiques dont des filtres, des lentilles et un viseur, sur un bureau en désordre.

Ensuite, le sac tout prêt, indissociable de ce type de boitier : lui aussi est en très bon état, même la lanière de cuir, sur laquelle est attaché un petit sac, un peu lourd et mal équilibré car il contient un objectif, le téléobjectif Super-Dynarex 135mm f4, muni de ses deux bouchons.

Un sac en cuir marron et un étui pour objectif, tous deux en bon état, posés sur une surface de bureau avec un fond flou.

Un bel objectif, tout en métal, gainé de simili cuir, aux lentilles impeccables. Petite remarque amusante : quand vous ouvrez le sac qui le protège, il sort presque comme un beau diable car un ressort est placé sous la plaque de soutient !

Vient après (dans le désordre) un viseur d’angle dans sa belle boite bleue, suivi d’un magnifique pare-soleil carré dédié au 35mm. Mais hélas, pas d’optique 35mm !

Un aperçu d'un sac en cuir contenant divers accessoires pour appareil photo, incluant des étuis, des notices et des filtres, sur une surface de travail.

Deux modes d’emploi, l’un en français, bien feuilleté, l’autre en allemand.

Puis une pochette en cuir, qui contient 4 lentilles nommées de A à D, qui sont des close-up plus ou moins puissants.

Une pochette en cuir contenant quatre lentilles nommées de A à D pour la photographie, avec une boîte bleue à côté, identifiant un viseur d'angle.

Une bobine autour de laquelle est enroulé un câble pour flash. Je vais ajouter un flash Voigtländer à ampoule que je dois avoir dans mes stocks pour que ce soit complet.

Vue intérieure d'un sac contenant un câble de flash enroulé, avec une pochette en cuir à l'arrière.

Enfin, sur la face supérieure du sac, quatre emplacements pour des filtres : un UV, un jaune, un vert. Il y manque le rouge, déjà fixé sur l’appareil.

Quatre filtres de lentille marqués UV, J, V, et un boîtier en plastique blanc, placés dans une pochette en cuir.

Je sais, cela ressemble à un inventaire à la Prévert, mais c’est ainsi que j’ai ouvert le sac et sorti les éléments du sac.

De nombreuses autres présentations ont existé, selon les besoins et/ou les moyens des photographes :

En bas, à gauche, l’appareil avec les différents objectifs dont le Zoomart et le Super-Dynarex 350mm f5,6 ; au centre, le renvoi d’angle ; à droite, une autre proposition de sac et contenu pour un Bessamatic

Que penser de cet ensemble ?

Il manque sans doute le 35mm puisque j’ai le pare-soleil, mais le reste est là.

Avec le filtre rouge installé sur la lentille de l’appareil, je peux peut-être déduire que le propriétaire de l’ensemble travaillait en noir et blanc et je suppose, en voyant le renvoi d’angle et les close-up, qu’il pratiquait sans doute la proxiphotographie.

Mais j’arrête là Sherlock Holmes et ses déductions ….

Les photos que je vous ai montrées étaient celles du déballage à chaud, sans nettoyage. Aujourd’hui c’est chose faite : sac propre, intérieur nettoyé, silicone sur les tirettes, oxydation des métaux nettoyée, filtres et objectifs bien propres.

Tel quel, cette ensemble vaut dans les 300€ et il est de nouveau prêt à rendre service à un photographe curieux.

Vous peut-être ?

Argentique

Un ensemble exceptionnel : un Voigtländer Bessamatic De Luxe dans son sac d’époque et ses accessoires. Première partie, l’appareil photo.

Préambule.

Honnêtement, je ne me souviens plus où j’ai acheté ce sac, que j’avais un peu laissé de côté. La seule chose dont je suis certain, c’est de m’être dis, en le voyant : quelle chance, il est complet ! Et quand le vendeur m’a donné son prix, c’est devenu : quelle aubaine !

De fait, je suis très heureux d’avoir pu acquérir cet appareil, que je cherchais , mais surtout, avec ces accessoires, rares. Plus encore, c’est de penser qu’un amateur de photo a pris la peine de se constituer un jeu complet de ce qu’il estimait être utile à sa pratique, et de le découvrir quelques septante ans plus tard, dans son jus mais fonctionnel …

Un peu d’histoire.

Voigtländer est sans doute la plus ancienne marque d’appareils optiques et photographiques car elle prend forme grâce à Johann Christoph Voigtländer à Vienne (Autriche), en 1756.

A l’origine, l’entreprise fabrique des instruments d’optique et c’est donc tout naturellement qu’elle se dirigera vers les objectifs pour appareils photo.

C’est elle qui crée, en 1840 l’objectif Petzval, qui est le plus rapide à l’époque (f3,7). Puis elle fabriquera le premier appareil photo daguerrotype entièrement métallique au monde, en 1841.

Surtout connue pour ses appareils à soufflet (folding), à plaque d’abord, puis avec film, comme le Perkeo, il faudra attendre 1931 pour voir son premier grand succès de masse, le Voigtländer Bessa.

Sa production ne se limite pas aux appareils pliants car elle sortira aussi de très beaux appareils fix-focus ou télémétriques dans la série des Voitgländer Vito ou Vitessa, entre autre.

Les marques allemandes régnaient encore sur le télémètre avec des légendes comme Leica et Contax, bien que de nombreuses entreprises japonaises eussent produit d’excellents boitiers (Canon J ou 8B ; Nikon I ou M, par exemple).

Mais au contraire des Japonais, ils n’ont pas compris tout de suite l’avantage indéniable des appareils reflex. Soucieux de développer un nouveau marché, les Japonais de Pentax ont lancé, dès 1952, l’Asahiflex. Il était loin d’être parfait car ne possédait pas encore de pentaprisme, ni de miroir à retour instantané, ni diaphragmes automatiques. C’est donc bien Pentax qui a lancé le reflex dans l’aventure photographique.

L’évolution était inscrite dans les gènes de ces appareils : l’Asahiflex est devenu Pentax Spotmatic, avec le succès qu’on lui connait. Orion sortait son Miranda et Tokyo Kogaku, le Topcon. Fin des années cinquante, quasi tous les fabricants japonais possédaient leur reflex 35mm. Et en 1959, sortait le Nikon F … qui lui sera comme l’archétype du reflex moderne.

Pendant ce temps, en Allemagne, patrie des télémètres et des obturateurs à lames Deckel ou Gauthier tout aussi reconnus mondialement, on se posait la question suivante : ok pour (pour)suivre les Japonais mais pourquoi repartir d’une page blanche quand on a ces atouts en mains ? De plus, l’obturateur central offre la possibilité de synchroniser les flashs à toutes les vitesses alors que les concurrents nippons, avec leur obturateurs à plan focal, plafonnent au 1/30 voire 1/60s.

Cependant, ajouter un pentaprisme et un miroir reflex à un télémètre à obturateur central relevait de l’exploit technique car de nombreux obstacles devraient être surmonté.

Dont le premier sans doute, primordial : dans un reflex la lumière passe à travers l’objectif, frappe le miroir, traverse le viseur pour que le photographe puisse composer son image. Ce qui implique que vous devez garder l’obturateur central et le diaphragme ouverts pendant la visée. Mais si l’obturateur est ouvert, comment empêcher le film d’être exposé ?

That’s the question eut dit notre bon vieux Hamlet ! Nos amis allemands aiment la complexité, preuve de savoir-faire selon eux. La solution est de mettre une plaque derrière le miroir lorsque celui-ci est abaissé et l’obturateur ouvert. Celle-ci bloque alors les rayons lumineux.

Schématiquement, lorsque l’on veut prendre une photo, l’appareil doit fermer l’obturateur et arrêter le diaphragme à n’importe quel f (ouverture) choisi. Puis le miroir reflex et la plaque doivent s’écarter pour laisser la lumière exposer le film. Bien que ces mouvements soient rapides, on estime qu’il s’écoule 1/50ème de seconde pour que tout le cycle se termine. Ce qui peut être préjudiciable pour les sujets en mouvement très rapide. Dès lors les boitiers comme le Bessamatic maintiennent l’obturateur fermé et le miroir plaqué vers le haut, empêchant la lumière de parvenir au viseur. Vous devrez armer l’obturateur pour y parvenir.

En 1959, Voigländer lance son Bessamatic, un reflex à pentaprisme et obturateur central, en réponse aux assauts nippons.

Ne blâmons pas Voigtländer de ce choix, Zeiss Ikon sort son Contaflex en 1953 ; Kodak lance sont Retina Reflex en 1957 et Agfa lance l’Agfaflex/Ambiflex en 1958. Disons que l’avantage qu’il a eu par rapport aux précurseurs, c’est qu’il a vu ce qui ne marchait pas et ce qui ne fonctionnait pas et a tenté de les corriger.

Mais il y eut un autre mauvais choix, celui de la monture. La DKL du Bassematic limite en effet la sélection des focales. Celles retenues font encore furieusement penser à celles des télémétriques (35, 50 et 135mm).

Le Bessamatic De Luxe (1962) est, finalement, une mise à jour du Bessamatic. Il comporte deux changements dont la fenêtre en forme de T, au dessus du posemètre, qui permet de voir la vitesse d’obturation et l’ouverture sélectionnée dans le viseur. La seconde est la simplification de la réinitialisation du compteur de vue. Maigre consolation …

Autres choses qui signeront la fin de ces appareils : le nombre de pièces en mouvement, le coût de fabrication, la difficulté des réparations, tout cela a fait perdre de leur popularité aux appareils munis d’obturateurs centraux face à la facilité des appareils à plan focal horizontal, nettement moins chers et plus fiables..

A la fin des années soixante, la messe était dite !

Les temps sont durs pour l’industrie photographique allemande et Voigtländer s’associe avec Zeiss Ikon (1970) pour tenter de contrer l’avancée du pays au Soleil Levant.

Ce ne sera pas suffisant, l’usine Voigtländer ferme ses portes en 1972. La marque sera rachetée ensuite par Rollei (1974) et finalement, en1996, la société allemande Plusfoto GmbH rachète la marque Voigtländer et Zeiss Ikon, et confie à Cosina (au Japon, quelle ironie !) la réalisation de nouveaux boîtiers télémétriques haut de gamme, dont le magnifique télémétrique ZM.

Publicité d’époque :

Page d'un catalogue présentant différents modèles d'appareils photo Voigtländer, incluant des descriptions techniques et des illustrations des modèles VITO CLR, VITO automatic, et BESSAMATIC.
Source : image-latente

Présentation du Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Pour en revenir au Bessamatic, c’est le nom d’une série composée de 4 variantes, qui est donc la tentative de réponse de l’Allemagne face à la nouvelle suprématie nippone.

Voici les 4 modèles de la gamme Bessamatic :

  • le modèle original à cellule couplée au sélénium fabriqué à 213 000 exemplaires de 1959 à 1962 ;
  • le modèle « Deluxe » permettant à travers un jeu de miroir de lire les valeurs d’ouverture et de vitesse dans le viseur, fabriqué à 75 000 exemplaires de 1962 à 1966 ;
  • le modèle « M », sans cellule de mesure d’exposition, fabriqué de 1964 à 1966 à 9 300 exemplaires ;
  • le modèle « CS », à cellule de mesure d’exposition TTL alimentée, fabriqué à 22 000 exemplaires de 1967 à 1969.

Celui qui nous préoccupe aujourd’hui est un Voigtländer Bessamatic De Luxe.

Appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe avec objectif Color-Skopar X 50 mm f/2.8, posé sur un bureau.

Il faut le reconnaître, ce reflex en impose : costaud, lourd (980gr), avec un objectif un peu petit pour le gabarit mais tellement bien construit.

Mais lorsqu’il est sorti, il était déjà techniquement à la traine face aux Nikon F, Minolta SR2 ou encore le Pentax Spotmatic, bien plus modernes et moins chers. Il s’est néanmoins assez bien vendu …

Physiquement, son toit à prisme est assez bas, avec un appendice un peu incongru au dessus de la surface de la cellule : une espèce de T semble y être noté mais à y regarder de plus près, il s’agit d’une fenêtre qui permet de lire, dans le viseur, la vitesse et l’ouverture choisies.

Vue de face d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, avec un fond bleu. Le sommet de l'appareil présente une fenêtre de mesure et le nom 'BESSAMATIC'.

Le nid d’abeille de la cellule au sélénium n’est pas muni d’un cache amovible. Résultat, sur mon exemplaire, elle n’est plus fonctionnelle (mais bon, elle a au moins soixante ans !).

Ensuite, et c’était une option, il y a une griffe dite froide attachée au dessus du prisme. En fait, elle est fixée sur le bord de l’œilleton de visée. Si on y fixe un flash, il faut d’abord régler le curseur sur le côté gauche du viseur (X ou M), connecter la prise au port PC, et c’est fait.

Toujours sur le capot de l’appareil, le levier d’armement avec un mémo pour les films couleurs ou N/B. A côté de lui, un bouton coulissant que l’on doit faire pivoter pour qu’il débraye le compteur de vue et l’avance, permettant ainsi de pouvoir rembobiner le film. Et devant ce levier, le déclencheur proprement dit, fileté pour y fixer un câble filaire.

Schéma explicatif présentant les caractéristiques du Voigtländer Bessamatic, avec des numéros identifiant les différentes parties de l'appareil photo sur un fond clair.

De l’autre côté, un bouton rond pour rembobiner le film, posé sur une grosse molette. La grosse molette, elle, a un rôle particulier, qui rend compte de la complexité mécanique de l’appareil : tout d’abord, un petit bouton, qui coulisse, sur le rebord, permet de modifier la sensibilité, en Din en ou Asa ; mais lorsque vous faites tourner la roue, vous constaterez qu’elle fait se mouvoir la bague des ouvertures, sur l’objectif, ainsi que deux pointeurs rouges, qui donnent une indication sur la profondeur de champ, selon le réglage choisi.

Et puis, à côté de cette molette,il y a une échelle, numérotée de 5 à 0. Il s’agit d’une échelle qui tient compte des filtres Voigtländer que vous pouvez utiliser.

Tableau explicatif des filtres Voigtländer, présentant les types de filtres, leurs applications et coefficients de correction.
Vue rapprochée du réglage de l'obturateur et du posemètre d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, avec un fond flou de clavier et de documents.

L’obturateur central, un Synchro Compur, nous donne les vitesses de 1s jusqu’au 1/500s, plus la pose B. Comme il n’y a pas de miroir de retour, lorsque vous avez déclenchez, votre viseur devient noir. Il faut armer l’appareil pour retrouver la vision. Les appareils japonais cités plus haut avaient déjà tous un obturateur à plan focal et un miroir à retour automatique.

Gros plan sur l'objectif d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, mettant en avant les réglages de vitesse et d'ouverture.

L’avantage de cet obturateur est de permettre la synchro flash à toutes les vitesses, si besoin. Comme on peut utiliser des flashs électroniques ou des flashs à ampoules magnésiques, il vaut mieux tenir compte des indications données par la notice.

Tableau récapitulatif des temps de pose pour lampes éclairs et appareils électroniques, avec illustrations d'un photographe utilisant un appareil photo.

A côté de ce manque flagrant, de petit détails plus ou moins utiles : les petits pieds pour poser l’appareil bien à plat, un compteur de vue qui décompte et un double verrou pour éviter les ouvertures accidentelles du dos de l’appareil.

Je fais une petite correction au premier opus de cet article, où je notais qu’au rayon des choses agaçantes, il y avait le compteur de vue : pour le régler, il faut ouvrir le dos de l’appareil, mettre le levier de débrayage de l’axe d’entrainement sur R, puis, à la main, faire tourner l’axe d’entrainement pour faire coïncider avec le trait blanc le nombre de vues du film. Ensuite, il décomptera les prises de vue. Grâce à Stéphane, un lecteur assidu et amical du site, j’ai enfin compris comment en fait cela fonctionnait : il faut effectivement mettre le levier sur la lettre R mais ensuite il suffit de faire tourner le petit bouton à côté de celui-ci pour régler le compteur. C’est nettement plus simple ! Merci Stéphane.

Un mot encore sur les objectifs, interchangeables, de cet appareil. En fait, seule la partie avant se détache en actionnant un petit levier situé sous l’objectif. Il y a le 50mm f1,28 Voigtländer Color Skopar X, le 35mm f3,5 Skoparex et le 135mm f4 Super Dinarex. Certains parlent aussi d’un Septon 50mm ouvrant à f2,8, fabuleux parait-il ! Et le fameux Zoomar, premier zoom conçu pour un réflex (1960).

En fait, voici la liste complète des optiques :

Grand angle Skoparex 3.4 / 35 mm f/3
Skopagon 1:2 / 40 mm
NormalCouleur-Skopar X 1:2,8 / 50 mm
Couleur-Lanthar 1:2.8 / 50 mm
Septon 1:2 / 50 mm
TéléDynarex f/3.4 / 90 mm
Dynarex f/4.8 / 100 mm (produit uniquement en 1960 et 1964)
Super-Dynarex 1:4 / 135 mm
Super-Dynarex 1:4 / 200 mm
Super-Dynarex 1:5,6 / 350 mm
ZoomZoomar 1:2,8 / 36 à 82 mm

Deux index rouges se déplacent autour de la couronne des distances, indiquant ainsi la profondeur de champ.

Vue rapprochée d'un objectif d'appareil photo vintage Voigtländer Bessamatic De Luxe, montrant les réglages d'ouverture et de vitesse d'obturation, avec un fond flou d'un clavier et d'objets sur un bureau.

Pour les réglages de la distance, c’est avec la couronne tout à l’avant que vous le faites et vous contrôlez le résultat via l’écran avec le stignomètre et/ou le dépoli. Classique.

Quant à l’ajustement de la vitesse, vous devez utiliser la couronne à gauche, qui actionne par la même occasion le repère dan le viseur, et vous donne un couple ouverture/vitesse. La rotation de la couronne se répercute sur la bague d’ouverture et les deux repères rouges. Ici on est tributaire du couple décidé par l’appareil et cela nécessite des ajustements.

Vue du dessus d'un appareil photo Voigtländer Bessamatic De Luxe, mettant en évidence la molette de réglage de la sensibilité ISO et le mécanisme d'ouverture.

Ce n’est guère pratique car il faut tenir l’appareil de la main droite et manipuler la roue avec la gauche, et vu le poids de l’engin, ce n’est pas agréable.

Que penser de ce boitier ?

Comme je l’indiquais dans le préambule de cet article, je recherchais cet appareil parce qu’il représente une certaine idée du réflex européen : beau, solide, complexe, cher.

Tout cela est vrai, l’exemplaire que je vous présente fonctionne toujours parfaitement (hormis donc la cellule au sélénium).

Aurais-je envie de l’utiliser ? Non, trop lourd, complexe et peu adapté à ma manière de photographier.

Cependant, en préparant cet article, j’ai découvert que le Bessamatic De Luxe est un boitier qui attire toujours du monde, et c’est tant mieux.

Vous pouvez voir quelques exemples de photos prises avec ces appareils ICI.

Paradoxalement, ce n’est pas le plus recherché de la gamme car il fut produit à plus de 200.000 exemplaires. Comptez quand même une centaine d’euros pour un appareil en pleine forme.

Mais je reviendrais dans la seconde partie de l’article sur le prix de cet ensemble exceptionnel.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.

  • Reflex mono-objectif (SLR) Voigtländer
  • Film photographique 35mm – format négatif 24 x 36 millimètre
  • Posemètre intégré, couplé – cellule au sélénium, sensibilité de 10 à 3200Asa avec aiguille dans le viseur
  • Lentilles Voigtländer – Objectif interchangeable sur l’appareil photo Coulor-Skopar X 50 mm f/2.8 (4 éléments en 3 groupes, formule Tessar) ; diamètre filtres, mise au point minimum de 1,2m
  • Monture propriétaire DKL Voigtländer F. Deckel
  • Type d’obturateur : Synchro-Compur MXV Leaf, position centrale
  • Obturateur : B – 1s au 1/500s
  • Flash Accessoires avec contact par câble, prise PC
  • Période de production à partir de 1961 jusque 1966
  • Viseur : Pentaprisme reflex fixe
  • Poids : 802 grammes (boîtier nu), 938 grammes (avec objectif)

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-853-Voigtlander_Bessamatic.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder, https://limage-latente.fr/les-collections/les-appareils-photo/-voigtlander.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11779-Voigtlander_Bessamatic%20Deluxe%20.html, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://oldcamera.blog/2018/05/26/voigtlander-bessamatic-2/, https://camera-wiki.org/wiki/Bessamatic, https://knippsen.blogspot.com/2018/11/voigtlander-bessamatic.html, https://www.35mmc.com/07/09/2021/voiglander-bessamatic-deluxe-review-best-of-the-60s-by-madeleina-schwantes/, https://mikeeckman.com/2018/11/voigtlander-bessamatic-deluxe-1962/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/ en anglais ; https://www.engel-art.ch/voigtl%C3%A4nder-bessamatic/, https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-bessamatic-deluxe/, http://www.der-klinterklater.de/bessamatic.html, https://de.wikipedia.org/wiki/Bessamatic, en allemand

Argentique

Le Canon AE-1 Program, une petite histoire de gamme

Préambule.

Une longue brocante, celle de Emines (namurois), que nous commençons tôt pour avoir la chance de trouver quelques pépites, enfin, peut-être.

Au détour d’un étal qui termine son installation, je vois trois boites marquées Canon : celle d’un boitier, d’un objectif et d’un flash. Je m’enquiert du prix, très raisonnable et j’emporte le tout.

Je viens de faire acquisition d’un Canon AE-1 Program noir, de son zoom FD 35 -70 mm f4 constant et d’un flash Vivitar 3500, compatible et toujours fonctionnel.

Partons à sa découverte …

Un peu d’histoire.

Pour remonter dans la genèse de ce modèle, il faut se souvenir que le premier fut le AE-1, qui utilise la monture FD et qui parait en 1976. Cette gamme introduit l’automatisme contrôlé électroniquement. Les appareils antérieurs (du FX – 1964 – au F-1 – 1971) ne possédaient pas de calculateur embarqué.

Ceux qui suivront, la série T (duT50 – 1983 – au T90- 1986) utilisent toujours la monture FD mais sont motorisés.

Il faut attendre 1987 pour découvrir une nouvelle monture, la EF et les appareils qui la supportent, les EOS.

Ceux-là marquent une rupture conséquente : non seulement l’abandon total d’une monture mais aussi l’introduction de l’autofocus et de l’électronique générale embarquée.

Mais revenons à la gamme des A, qui se compose de six boitiers :

  • Canon AE-1 (1976), qui est un priorité vitesse
  • Canon AT-1 (1976), qui est aussi un priorité vitesse mais sans automatisme donc purement manuel
  • Canon A-1, reflex pro (1978), premier appareil avec ordinateur numérique à bord et 4 programmes (tout automatique, priorité vitesse, priorité ouverture, manuel, priorité au flash de la série Speedlite)
  • Canon AV-1 (1979), qui est un priorité ouverture (moins cher à fabriquer)
  • Canon AE-1 Program (1981), qui est un priorité vitesse comme le AE-1 et qui ajoute l’Exposition programmée (AE) et un mode mesure manuelle à diaphragme fermé.
  • Canon AL-1 (1982), avec les mêmes modes que ses grands frères mais sans vitesses lentes

Pour la première fois, ces appareils possèdent un véritable « ordinateur » numérique et non plus analogique, une puce en somme, capable de calculs selon la sensibilité, l’ouverture ou la vitesse utilisés. Le triangle d’exposition est mis en équations.

Ensuite, le Canon AE-1 inaugure une nouvelle manière de fabriquer des appareils photo : les chaines de fabrication passent pas une automatisation poussée, ce qui garanti à la fois un coût de production moindre mais aussi une régularité et un contrôle du processus d’assemblage jamais égalé à cette époque. Par rapport aux boitiers précédents, 300 pièces ont été éliminées grâce à l’utilisation des composants électroniques.

Petit aparté :

Plus qu’aucun autre sans doute, le Canon AE-1 s’inscrit dans la logique du créateur de la marque, Yoshida Goro (fondation de Canon en 1933). Celui-ci, désireux de comprendre comment fonctionnaient les Leica II et Contax model 1, les deux appareils considérés à l’époque comme les meilleurs appareils 35mm et les plus chers, achetât un Leica II, qu’il a entièrement démonté, pour saisir le mécanisme et le pourquoi de leur prix élevé.

Il fut particulièrement déçu : J’ai simplement démonté la caméra sans aucun plan spécifique, mais simplement pour jeter un œil à chaque pièce. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas d’objets spéciaux comme des diamants à l’intérieur de l’appareil photo. Les pièces étaient en laiton, en aluminium, en fer et en caoutchouc. J’ai été surpris de constater que lorsque ces matériaux bon marché étaient assemblés dans un appareil photo, cela demandait un prix exorbitant. Cela m’a mis en colère ».


De plus, comme le Canon F-1, la série des A s’inscrit aussi dans un système qui comprend des accessoires spécifiques, en plus de la gamme des objectif FD.

Image illustrant la série A des appareils photo Canon, mettant en avant plusieurs modèles, un flash et des accessoires, avec un schéma en bas détaillant les spécifications et les composants du système.
Source : fou de F-1

Tous ces éléments réunis ont fait de cet appareil un best-seller car entre 1976 (date de sortie) et 1981, plus de quatre millions de Canon AE-1 sortiront des chaines.

Un mot encore sur l’autre révolution qui accompagne la série des Canon A, la monture FD. Celle-ci fut conçue spécialement pour le Canon F-1 et elle se retrouve bien évidemment compatible avec la série A. Que propose-t-elle d’exceptionnel ? Elle permet d’exploiter toutes les fonctions automatiques des nouveaux appareils qui agissent sur le diaphragme. Ces objectifs sont entièrement automatiques et leur système permet une mesure de la lumière TTL à pleine ouverture et se ferme à l’ouverture de travail automatiquement, qu’il soit utilisé en mode priorité à l’ouverture ou priorité à la vitesse.

Si le F-1, l’initiateur, suivi ensuite par le A-1 (sorti deux ans après le premier Canon AE-1) étaient essentiellement destinés aux professionnels, le Canon AE-1 était lui destiné aux amateurs … exigeants.

La recherche marketing et la campagne de publicité faite autour de cet appareil a montré que le plus grand nombre de photographes non professionnels étaient à la recherche d’un appareil qui puisse leur permettre de réaliser de superbes photos et qui sache rester simple d’utilisation.

Illustration d'un Canon AE-1 Program argentique avec objectifs, montrant les réglages et fonctionnalités de l'appareil.

Ensuite vient le AE-1 Program, sorti 5 ans après le AE-1. Les clients avaient pris goût à la qualité et la simplicité de ce dernier mais ils le trouvaient parfois un peu limité, au regard de ce que le A-1, par exemple, proposait. Ils voulaient que le mode AE, qui définit automatiquement la vitesse d’obturation et l’ouverture, puisse être présent dans un boitier comme le AE-1.

Le Canon AE-1 Program est la réponse à cette demande. Nous allons le découvrir …

Présentation du Canon AE-1 Program.

Tout d’abord, deux choses à retenir : le Canon AE-1 Program est sorti 5 ans après son illustre aïeul et nous sommes donc dans les années quatre-vingt. De nouvelles attentes se font jour de la part des amateurs exigeants, ce qui va se traduire par une ergonomie un peu modifiée et l’ajout, comme je l’écrivais ci-dessus, de fonctions rendant encore plus facile l’utilisation d’un appareil reflex. Enfin, la polyvalence de l’appareil est encore améliorée, tant avec les flashs que la large gamme d’optiques en monture FD.

Appareil photo Canon AE-1 Program sur un fond neutre, avec des éléments textuels décrivant ses caractéristiques principales comme la polyvalence et la simplicité.

Un petit éclaté de l’appareil vous permet en un clin d’œil de voir les commandes et de vous en familiariser si vous n’avez pas un boitier sous la main.

Illustration de la caméra Canon AE-1 Program avec des numéros indiquant les différentes parties et fonctionnalités de l'appareil.

Petite présentation de celui qui nous occupe aujourd’hui :

L’ergonomie du Canon AE-1 Program.

Au niveau ergonomie, il reprend la mini-poignée du A-1, qui rend la tenue un peu meilleure et, surtout, protège le logement des piles, toujours aussi fragile. Le levier d’armement est modifié afin de l’appréhender plus rapidement (course à 120° et position d’attente à 30°) et il propose un appui pour l’index avant le déclenchement. Le déclencheur est électromagnétique, pour plus de douceur et de stabilité lors de la prise de vue.

Comme sur le A-1 encore, un sélecteur permet 3 options : A = prêt à l’emploi ; L = verrouillé (tous les circuits sont éteints) ; S = le retardateur de 10s (un signal retentit et accélère lors il reste 2s).

Les deux boutons pour contrôler et bloquer l’exposition sont idéalement placés pour être manipulés de la main gauche, tout comme, en dessous, le levier pour le contrôle de la profondeur de champ.

La fenêtre d’affichage de la sensibilité du film est bien lisible, sous la molette de rembobinage. La palette de sensibilités s’étend de 12 à 3200Asa, ce qui couvre les possibilités des films du moment.

Enfin, au dos de l’appareil, une fenêtre permet de glisser le carton du film, qui sert de mémo.

C’est un appareil compact, léger, robuste et simple d’emploi.

La simplicité d’utilisation du Canon AE-1 Program.

La nouveauté de cet appareil, c’est l’exposition automatique programmée. Ce qui veut dire que lorsque vous avez fait la mise au point, l’appareil aura choisit pour vous la vitesse d’obturation et l’ouverture du diaphragme qui se prêtent le mieux à votre sujet. Il ne vous reste plus qu’à déclencher.

Si c’est une scène d’action, le boitier choisira la priorité à la vitesse. Si c’est un paysage ou un portrait, il choisira la priorité à l’ouverture. Et si vous vous trouvez devant un cas particulier, vous pouvez encore passer en mode manuel de l’exposition.

L‘AE programmée indique clairement que le boitier travaille avec une unité de calcul, numérique et non plus analogique. Ce calculateur va régir le calcul de l’exposition, la mise en mémoire, les signaux d’avertissement et, surtout, il réagit à chaque modifications des situations de la prise de vue comme par exemple les variations d’éclairages.

Simplicité d’utilisation car il suffit de mettre le sélecteur sur Program et la bague de sélection de l’objectif sur A pour que tout se mette en place. Dès que vous appuyez à mi-course sur le déclencheur, dans le viseur, un P vert s’affichera pour vous rappeler votre choix. Si la luminosité est trop faible, forçant l’appareil à opter pour une vitesse égale ou inférieur au 1/30s, le P clignotera pour vous avertir du risque de flou de bougé. L’ouverture du diaphragme est aussi déterminée automatiquement, sa valeur sera affichée en rouge dans le viseur. N’oublions pas que cette valeur est importante pour la profondeur de champ.

Si nous devions ne retenir qu’une chose de tout ceci, c’est que l’exposition programmée, qui choisit automatiquement l’ouverture et la vitesse, évolue à chaque variation de luminosité. Il nous faut peaufiner le cadrage et la composition, le boitier s’occupe du reste.

Cela peut paraître évident de nos jours, mais au seuil des années quatre-vingt, Canon faisait là une avancée décisive dans l’usage des reflex destinés aux amateurs éclairés … et au professionnels qui cherchent un second boitier fiable.

Vue d'un viseur de Canon AE-1 Program avec une cible circulaire au centre et indication du mode Program à gauche.

Vient ensuite l’AE à priorité à la vitesse. Celle-ci favorise, vous l’avez compris, la photographie en action. Ici, vous choisissez la vitesse et l’appareil va calculer l’ouverture la plus utile, qui sera affichée dans la viseur. Si celle-ci devait être en sur ou sous-exposition, cette valeur clignotera dans le viseur.

Vue du viseur et du sélecteur de mode de l'appareil photo Canon AE-1 Program, montrant la zone de mise au point et les réglages de l'exposition.

Pour vous aider dans la photo d’action, il sera sans doute nécessaire d’utiliser le moteur MA car il vous permettra d’atteindre la vitesse de 4i/s (de quoi vider un film de 36 vues en 9 secondes !). Les moteurs A2 et A ne donneront que 2i/s.

Diagramme illustrant les connexions des moteurs et accessoires compatibles avec le Canon AE-1 Program, incluant le moteur d'entraînement MA, moteurs d'arment A et A2, ainsi que divers contrôles et télécommandes.

Ensuite, le mode manuel. Après les modes Program et AE vitesse, il reste le mode manuel qui ravira les photographes qui veulent tout contrôler eux-mêmes ou parce que les conditions de prises de vue sont telles qu’il faut y avoir recours.

Là encore, rien de difficile car il suffit de dégager la position A de l’objectif, de choisir la vitesse d’obturation, d’enfoncer le déclencheur à mi-course. Vous verrez alors le M en rouge apparaître dans le viseur mais surtout la valeur d’ouverture que le posemètre vous donnerait si vous étiez en automatique. A partir de là, vous choisissez l’ouverture que vous voulez, selon le type d’effet que vous voulez appliquer (netteté, sur ou sous-exposition).

C’est encore le mode que vous choisirez pour effectuer des poses longues, notamment.

Vue du viseur et des commandes du Canon AE-1 Program, mettant en avant l'écran de mise au point et le sélecteur de mode.

Toujours dans les commandes manuelles, il y a aussi la mémorisation d’exposition. Très utile lorsque des sujets sont à contre-jour. Vous vous approchez du sujet puis maintenez le déclencheur à mi-course en appuyant sur le bouton de mémorisation. Vous recadrez, en gardant le déclencheur enfoncé à mi-course, puis l’enfoncez à fond pour prendre la photo. C’est la pression constante à mi-course sur le déclencheur qui garde en mémoire le fait de pousser une fois sur le bouton de mémorisation.

Détail du Canon AE-1 Program montrant le bouton de mémorisation d'exposition et la monture d'objectif FD.

Il faut encore aborder la photographie au flash. Canon a développé un nouveau flash dédié au Canon AE-1 Program, le Speedlite 188A. Il est parfaitement calibré pour l’appareil, même si les autres flashs Speedlite restent utilisables, comme le montre l’illustration ci-dessous.

En ce qui concerne donc le 188 A, il suffit de régler sur le flash la sensibilité du film et de programmer une ouverture autre que f2,8 ou f5,6 (les deux ouvertures automatiques du flash pour 100Asa). Lorsque le flash est mis sous tension, après quelques secondes un signal vert s’allume dans le viseur, signifiant que le flash est prêt à fonctionner. Le AE-1 Program va passer automatiquement au 1/60s (la vitesse de synchro flash) et régler l’ouverture en fonction de celle réglée sur le flash. Bien entendu, vous devez être sur A pour l’objectif et sur une vitesse autre que la pose B. Après le déclenchement, un éclair vert va clignoter quelques secondes dans la viseur pour vous indiquer si la distance était dans les limites prévues et l’exposition correcte.

Schéma montrant des modèles de flash Speedlite compatibles avec l'appareil photo Canon AE-1 Program, incluant des connecteurs et des accessoires.

Je cite souvent le viseur, il est temps d’écrire quelques mots à son sujet car il participe de la commodité d’utilisation de l’appareil.

Ce dernier couvre 94% de l’image réelle. Tant que vous n’appuyez pas sur le déclencheur à mi-course, aucune indication ne vient perturber la vision. Si vous appuyez, les informations s’affichent à droite, toujours hors du champ de vision. S’il y a risque de sous-exposition, l’ouverture affichée clignote. Si la vitesse retenue dans le mode Program est égale ou inférieure à 1/30s, le P clignote pour avertir du risque de flou de bougé. Il fut encore remarquer que l’intensité des DEL varie selon la luminosité du sujet, les rendant toujours parfaitement lisibles.

Ensuite, le télémètre à coïncidence est une première mondiale : il utilise des prismes à double pente qui évite l’assombrissement que l’on voit avec l’ancien système à pente unique, notamment avec les objectifs peu lumineux. De plus, il est entouré par un dépoli extrêmement fin et lise, réalisé au laser. Cela se traduit par un gain de lumière de 50% par rapport aux anciens verres.

Les verres de visée sont en outre interchangeables, comme dans les appareils professionnels. Ils sont au nombre de 8, selon les besoins ou habitudes photographiques. Un verre de visée à double télémètre est même proposé, à la fois sur le plan horizontal et sur le plan vertical, pour plus de précision.

La polyvalence du Canon AE-1 Program.

Cet appareil a été pensé pour pouvoir répondre à quasi toutes les demandes des photographes. Comme je le citais pour le AE-1, il s’inscrit dans un système, inauguré par le F-1 professionnel. Il vous offre donc l’accès à un ensemble d’accessoires impressionnants, qui va des flashs aux objectifs en passant par un dos dateur et autre matériel spécifique à certaines applications (médicale, astronomique, etc.). Vous retrouverez ces planches dans la brochure commerciale citée plus bas, que je vous suggère de lire aussi. Ceci vous donne une idée de l’étendue des possibilités offertes à cet appareil.

Un ensemble d'appareils photo Canon, objectifs et accessoires présentés sur une table, comprenant des flashes, des trépieds et divers filtres de couleur.
Illustration d'un manuel technique pour le Canon AE-1 Program, montrant des objectifs, des accessoires et des schémas de configuration.
Diagramme explicatif des différents accessoires et de leurs connexions pour le Canon AE-1 Program, incluant les configurations d'utilisation et les éléments nécessaires au bon fonctionnement de l'appareil.

Une dernière chose à son sujet, que j’ai découverte plusieurs fois en lisant ce qui m’a servi à publier cet article mais que je n’ai pas lue chez Canon : l’appareil semble avoir été conçu pour résister aux intempéries (on dirait tropicalisé de nos jours). Pourquoi pas, il a déjà bien résisté au temps passé …

Que penser de cet appareil ?

Sa conception, tout automatique en mode Program peut en chagriner plu d’un(e) mais je pense, comme à l’époque que c’est un bon moyen d’apprentissage car l’appareil nous donne toujours des indictions utiles, que l’on peut mémoriser et reproduire ensuite en mode priorité vitesse ou en manuel. C’est vraiment un appareil d’écolage très subtil.

Ensuite, sa forme, sa compacité, sa légèreté en font un appareil que l’on aime sortir et utiliser. L’âge ne change rien à sa précision ni à son agrément.

De plus, le large choix des optiques FD va nourrir à moindres frais, votre créativité. Depuis l’avènement des optiques en monture EF, elles sont en effet devenues complétement obsolètes. Si vous tombez sur un FD 24mm f1,4 L, ou un FD 50mm f1,2L ; voire encore un FD 85mm f1,2/ L, ne les laissez pas partir (mais il faut être réaliste, ceux-là seront chers).

Celui que je vous présente est noir, comme je les aime, mais il a majoritairement existé en bis-tons, argent et noir.

Son alimentation, si vous ne passez pas par un moteur, est assurée par une 4LR44 de 6v, facile à trouver. La seule chose à laquelle il faut faire attention, c’est à ne pas casser la porte qui cache la pile. Allez-y doucement.

Ce Canon AE-1 Program n’a-t-il que des qualités ? Il en a beaucoup mais avec l’âge aussi quelques défauts. Le plus classique, ce sont les mousses qui s’effritent et qu’il faut remplacer, non seulement celle du miroir mais aussi celle du dos, à la jonction de la porte. C’est facile à faire et cela vous évitera des fuites de lumière.

Plus agaçant, le Squeeze, ce bruit de ferraille lorsque vous déclenchez. C’est aussi un classique qui touche le A-1, le AE-1 et presque toute la gamme A d’ailleurs. C’est un manque de lubrification qui est l’origine de ce bruit désagréable mais pas dangereux. Une petite vidéo, ci-dessous, vous montre comment faire. Je l’ai suivie car le mien est atteint et j’avoue que je ne me souvenais plus ou l’aiguille devait passer.

Question prix, selon son état et l’optique qui est montée dessus (le mien est équipé d’un 35 – 70mm f4 constant), il faudra compter au moins 150€ pour en acquérir un (un peu moins pour un bis-tons).

Mais ensuite, quel plaisir que de posséder un tel boitier et de faire des photos avec lui.

Et vous, vous en pensez quoi du Canon AE-1 Program ?

Vidéos d’illustration.

Réparation du bruit sur un A-1. C’est la même chose sur le 1E-1 Program

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA (85 pages utiles et qui contiennent même un cours pour la prise de vue, génial).

La lecture de brochures commerciales d’époque est un régal, que je vous conseille de lire ICI.

Fiche technique détaillant les spécifications du Canon AE-1 Program, incluant les modes d'exposition, monture d'objectif et commandes.

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_AE-1_Program, https://pellochemoi.com/blog/canon-ae-1-program-guide-complet/, https://www.focale-alternative.be/blog/canon-ae-1-program/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10263-Canon_AL-1%20QF.html, https://www.fou-du-canon-f-1.net/appareils-canon-apres-le-f-1/canon-serie-a/, https://www.lomography.fr/magazine/326629-lomopedia-appareil-argentique-canon-a-1-35mm-avis-test, http://www.canon.photo.free.fr/photos/modeles/reflex.php?canon=196 en français ; https://www.kenrockwell.com/canon/fd/ae-1-program.htm, https://global.canon/en/c-museum/product/film103.html, https://www.canonclassics.com/canon-ae-1-program/20-11/, https://thenoisyshutter.com/2022/09/01/classic-camera-review-canon-ae-1-program/, en anglais.

Argentique

Le Canon Eos 3 : l’appareil argentique incontournable

Préambule.

Pour tout vous dire, j’allais passer mon chemin car la vendeuse de cet appareil en demandait un prix élevé, hors du budget que je m’étais fixé. Et puis je me suis rappelé l’attachement de mon ami Fred Laurent pour ce boitier et je suis retourné renégocier avec la dame et, entre gens de bonne composition, nous avons trouvé un terrain équitable.

Me voici donc en possession d’un magnifique Canon Eos 3 avec son grip et très heureux de faire un clin d’œil à l’ami Fred, que vous pourrez retrouver sur Studio Argentique, photographie argentique (et autrefois Histoire de Photos).

Un peu d’histoire.

C’est en 1998 que Canon proposera cet appareil à la Photokina. Il sera produit jusqu’en 2007, alors même que le numérique commençait à s’imposer. Et pour une fois, il s’appelle Eos 3 en Europe, au Japon et aux Etats-Unis.

Dans la hiérarchie Canon, il était destiné à remplacer le Canon Eos 1N (sorti lui en 1994), le haut de gamme de l’époque, destiné aux professionnels.

Rappelez-vous, chez Canon, plus le chiffre est petit, plus vous êtes haut dans la gamme : l’Eos 1 étant le superlatif de tous.

Toutefois, la fin des années nonante est délicate pour les marques, qui font aussi le forcing pour être prêtes au moment de l’entrée dans le monde numérique, à leur porte. Alors, faut-il encore investir dans un numéro 1 argentique ou concentrer dans un 3 ce qui se fait de meilleur à ce moment-là ?

De fait, l’Eos 3 utilise la batterie du 1, pour une meilleure autonomie ; il gagne un système de mise au point automatique à 45 points, comme sur le 1V (le dernier réflex analogique de chez Canon) ; son obturateur est prévu pour 100.000 déclenchements ; il hérite du système d’autofocus piloté par l’œil*, amélioré ; son calculateur est 8 fois plus rapide que celui du 1N.

*Ce système peut paraître magique : en effet, après avoir calibré le système pour votre vision, lorsque vous visez un sujet et que vous regardez dans une direction précise, le boitier fait la mise au point avec le collimateur qui a détecté votre regard ! D’autres marques ont essayé ce système, dont Pentax par exemple, mais sans atteindre les excellents résultats du Canon.

Présentation du Canon Eos 3.

Afin de ne pas trop faire d’ombre à l’ancien leader et pour ne pas empiéter sur le terrain du futur Eos 1V, la différence entre les deux repose, entre autre, sur la construction, en composite pour le EOS 3 et en alliage de magnésium pour le 1N. Mais ils ont tous deux la même protection contre les poussières et l’humidité.

Cependant, le 3 est aussi très solide, ses contacts sont à l’or fin et la baïonnette est en aluminium, légère et indéformable. De nombreux professionnels l’ont adopté comme second boitier et même parfois comme principal équipement.

D’ailleurs, de nombreux accessoires du 1N sont compatibles avec le 3 (le Power Drive Booster PB-E2, le Ni-MH Pack NP-E2, le flash Speedlite 550EX, les neuf écrans de mise au point de la série Ec pour l’EOS-1N sont compatibles, entre autre). N’oublions pas non plus la large gamme des objectifs EF**, y compris la série L (haut de gamme).

**Les objectifs modernes destinés aux reflex numériques APS-C ne sont pas compatibles. Les objectifs avec stabilisateur peuvent fonctionner sur ce boitier mais ils vont consommer beaucoup d’énergie et la pile 2CR5 n’est pas vraiment prévue pour ça.

Schéma annoté représentant le dessus et le dessous d'un appareil photo Canon EOS 3, avec des indications sur les différents éléments tels que la monture d'objectif, le déclencheur, et les boutons de contrôle.
Lorsque vous retirez la poignée pour y glisser le grip, il faut bien la mettre de côté pour ne pas la perdre car si vous retirez le BP-E2, vous aurez un grand trou à la place.

Notez que si vous choisissez un type de pile, vous devez le noter sur le grip : 2CR5 ou piles AA.

L’appareil peut-être piloté par l’œil : c’est le système inauguré par le Canon Eos 50e, largement amélioré, qui est à la manœuvre. Et c’est d’un grand confort d’utilisation car, après avoir étalonné le viseur à votre œil, il vous suffit de regarder dans la direction du sujet pour que le collimateur sélectionné fasse la mise au point. Ça a toujours un petit côté magique !

Mais ce qui le rend unique, ce sont ses 45 collimateurs autofocus gérés par un capteur CMOS et son calculateur, plus rapide. Ensuite, ces collimateurs peuvent être choisis manuellement ou, mieux, comme écrit plus haut, on peut les piloter par l’œil ce qui permet d’aller trois fois plus vite qu’avec ce dernier. C’est la plus grande plage autofocus de son époque.

Diagramme d'utilisation du Canon Eos 3, montrant les boutons et fonctions sur le boîtier de l'appareil photo ainsi que l'écran LCD avec les paramètres de prise de vue.

La mesure évaluative à 21 zones liée aux points de mise au point, la mesure multispot avec jusqu’à huit lectures par exposition et huit systèmes de mesure, y compris le flash automatique E-TTL avec 550Ex, font toute la différence.

Illustration des informations affichées dans le viseur du Canon Eos 3, montrant des éléments tels que l'ellipses de zone autofocus, les collimateurs de mise au point, et l'échelle de correction d'exposition.

Il peut atteindre la cadence de 7i/s en mode prédictif, ce qui est remarquable pour l’époque et nombre de boitiers digitaux ne font pas mieux de nos jours.

Un grip d’alimentation (PB-E2) remplace avantageusement la pile 2CR5 par 4 piles AA classiques et améliore la prise en mains en vue verticale.

Comme c’est un appareil pensé professionnel, notez, par exemple, le verrouillage de la porte arrière : un bouton à enfoncer et un verrou à faire glisser. Impossible que le dos s’ouvre par inadvertance ! Le testeur de profondeur de champ est toujours bien présent. Les commandes demandent parfois une combinaison de touches, que l’on retient assez facilement. Ensuite, il fut notre le grand écran sur le dessus, qui reprend les infos utiles pour la prise de vue.

L’appareil se met sous tension grâce à ce levier, qui offre trois positions : L = lock, tous les circuits sont éteints ; A = mise sous tension ; signal sonore = vous pouvez demander que certaines actions soient accompagnées d’un discret bip.

Les prises sont très accessibles, tant pour la commande filaire que pour la prise flash, notamment flash de studio.

Vue rapprochée des prises d'une caméra Canon Eos 3, montrant le port de connexion et les boutons de contrôle sur le boîtier.

Je ne vais pas vous faire tout l’article de ses possibilités, que vous retrouverez dans la rubrique un peu de technique mais juste encore préciser que l’obturateur, qui propose de 30s à 1/8000s, a réussi les tests d’endurance Canon, comme les boitiers pro.

Que penser de cet appareil ?

J’ai bien envie de reprendre les réflexions de l’ami Fred, qui utilise le sien depuis plus de vingt ans et qui compte le garder encore longtemps : c’est un boitier sur lequel on peut toujours compter, facile à prendre en mains (avec un peu d’entrainement), solide, performant quand on connait ses limites en basses lumières, une ergonomie très proche des numériques et hybrides de la marque, avec un autofocus rapide et fiable.

N’aurait-il que des qualités ? Non, il est assez lourd, un peu bruyant et, c’est le comble, il ressemble tellement aux appareils numériques qu’on le confond souvent avec ceux-là.

Moins couru que les Nikon F de la fin du siècle passé, il fait jeu égal avec eux et les surpasse même au niveau de la prise de vue.

Ce n’est pas un appareil courant en vente de secondes mains, leurs propriétaires en sont tellement content qu’ils s’en séparent rarement. Mais si vous en trouvez un, comptez entre 120 et 250€ en très bon état.

Une petite remarque toutefois : c’est un appareil qui va vous permettre de réussir des photographies complexes, voire accompagner un travail d’auteur. Si ce n’est pas vraiment votre souhait, il en existe d’autres, plus abordables, comme la série des 300.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Appareil photo reflex multimode AF/AE à obturateur à plan focal de type 35 mm avec entraînement moteur intégré
  • Taille de l’image 24 mm x 36 mm
  • Objectif en dotation EF28-135mm f/3.5-5.6 IS USM
  • Monture Monture EF – Objectif Objectifs Canon EF
  • Système AF TTL-AREA-SIR avec capteur CMOS. Modes de mise au point : AF One-Shot, AF servo AI prédictif (pas d’indicateur de mise au point), mise au point manuelle. 45 points de mise au point sélectionnables par Eye Control Focus/sélection automatique/sélection manuelle. La fonction personnalisée peut limiter les points de mise au point à 11. Plage de fonctionnement de l’autofocus : EV 0-18 (ISO100). Indicateur de mise au point : S’allume dans le viseur et émet des bips. Indicateur de point AF : point de mise au point superposé dans le viseur. Faisceau d’assistance AF : émis automatiquement par le flash EOS Speedlite attaché si nécessaire.
  • Obturateur électronique à déplacement vertical, à plan focal. 30sec.-1/8000sec. en 1/3-stops. B.X-sync à 1/200 s. Retardateur électronique intégré avec délai de 10 ou 2 secondes.
  • Viseur par pentaprisme fixe au niveau des yeux. Grossissement de 0,72x, couverture verticale et horizontale de 97 %. Dioptrie standard : -1 dioptrie avec dégagement oculaire de 19,5 mm. Neuf écrans de mise au point interchangeables (compatibles avec l’EOS-1N). Écran de mise au point standard : Ec-N. La prévisualisation de la profondeur de champ est possible.
  • Viseur : Centre d’information : Ellipse AF de zone, points de mise au point (voyants au point actif), cercle de mesure du spot central. En bas : Icône AF de contrôle oculaire, Indicateur de verrouillage AF, Indicateur de disponibilité du flash, Indicateur de synchronisation haute vitesse (flash FP), Vitesse d’obturation/Mémorisation EF/PoB/Profondeur/Fin de l’étalonnage/Sélection du cadre/AF/Mise au point oculaire/Affichage du point de mise au point central uniquement, AF/Numéro d’étalonnage/Affichage de l’ouverture, Compensation d’exposition/Icône de compensation d’exposition au flash, Indicateur de mise au point. Partie droite : Échelle de niveau d’exposition, Indice d’exposition standard, Indicateur de surexposition, Indicateur de surexposition au flash, Indicateur de niveau d’exposition, Indicateur de niveau d’exposition au flash, Indicateur de sous-exposition au flash, Indicateur de sous-exposition, Compte d’images vers le haut ou vers le bas (1-36).
  • Mode de prise de vue LCD externe (P, M, Tv, DEP, Av), vitesse d’obturation/pose longue/collimateur AE de profondeur de champ/mode de sélection du point de mise au point/vitesse du film ISO/numéro de fonction personnalisé/affichage de l’étalonnage/vérification de la batterie/affichage du verrouillage FE, icône ISO, mode AF, icône AEB, mode d’avance du film, échelle de compensation d’exposition, avance et rembobinage du film /avertissement de défaillance de l’avance du film/Avance du film terminée / Icône de vérification de la batterie / Compensation d’exposition / Temps écoulé de l’ampoule / quantité AEB / montant de la compensation d’exposition au flash / indicateur de réglage de la fonction personnalisée, Icône d’exposition multiple, Compteur d’image/Temps d’exposition longue/Réglage d’exposition multiple/Exposition multiple restante/Affichage de l’indicateur de retardateur, Icône du compteur de temps restant, Icône de compensation d’exposition au flash, Rembobinage du film terminé/Indicateur de film chargé, Mode de mesure, Ouverture/DEP/Quantité AEB/Sélection du point de mise au point/Réglage de la fonction personnalisée/Affichage du numéro de canal d’étalonnage
  • Comptage & Mesure TTL à pleine ouverture avec SPC (cellule photoélectrique au silicium) à 21 zones. Modes de mesure : Mesure évaluative (liée à n’importe quel point de mise au point), Mesure partielle (environ 8,5 % du viseur au centre), Mesure spot centrale (environ 2,4 % du viseur au centre), Mesure spot (liée au point AF à environ 2,4 % du viseur), Mesure multipoint (max. huit entrées de mesure multispot), Mesure moyenne pondérée centrale. Modes de contrôle de l’exposition : Programme AE (décalage), priorité à la vitesse d’obturation (en 1/3, 1/2 ou arrêts complets, décalage de sécurité activé avec fonction personnalisée), AE prioritaire à l’ouverture (en 1/3, 1/2 ou full sops, décalage de sécurité activé avec fonction personnalisée), profondeur de champ AE, flash programme E-TTL AE (synchronisation haute vitesse, verrouillage FE et contrôle sans fil activé avec 550EX), flash programme A-TTL AE, A-TTL flash programme AE, Manuel, ampoule. Plage de mesure : EV 0-20 (ISO100). Plage de vitesse du film : ISO 6-6400 (réglage automatique avec code DX pour ISO 25-5000). Correction d’exposition : bracketing d’exposition automatique (AEB. +/- 3 arrêts en 1/3 d’arrêt. Standard, séquence de sous-exposition et de surexposition), la correction d’exposition manuelle (+/- 3 arrêts en 1/3 d’arrêt avec la molette de contrôle rapide ou le bouton de compensation d’exposition et la molette principale), AEB et la compensation d’exposition manuelle peuvent être réglés ensemble. Mémorisation de l’exposition automatique : Mémorisation automatique de l’exposition automatique (fonctionne en mode AF One-Shot avec mesure évaluative), Mémorisation manuelle de l’exposition (par le bouton de mémorisation de l’exposition automatique). Maximum de neuf expositions multiples (annulable et réinitialisable à tout moment).
  • Transport du film Le mécanisme de chargement automatique du film avec un système sans pignon fait avancer automatiquement le film vers l’image 1. Avance et rembobinage automatiques du film avec moteur intégré. Modes de prise de vue simple et continu (4,3 ips). Avec Power Drive Booster PB-E2 : H=7 fps, L=3 fps et simple. Rembobinage moyen, rapide et silencieux possible.
  • Datation automatique : Caractéristique Date automatique : Dos de l’appareil photo interchangeable, retour de données DB-E2 (option) avec une molette de contrôle rapide et un écran LCD. La date peut être imprimée dans les formats suivants (jusqu’en 2019) : Année, mois, jour ; Jour, heure, minute ; Blanc; Mois, jour, année ; et Jour, mois, année.
  • Source d’alimentation Une pile au lithium 2CR5 dans la poignée de l’appareil photo, Power Booster PB-E2 (huit piles alcalines AA, Ni-Cd, au lithium ou Ni-MH Pack NP-E2), batterie BP-E1 pour EOS-1N également compatible (une pile au lithium 2CR5 et/ou quatre piles alcalines AA ou NiCd). Contrôle de la batterie : Affichage sur l’écran LCD avec bouton de vérification de la batterie.
  • Fonctions personnalisées diverses : 18 fonctions personnalisées.
  • Contacts du flash : griffe porte-accessoires (contact direct X-sync), partie inférieure du côté de l’appareil photo (borne PC). Télécommande Verrouillage rapide, télécommande à trois broches. Dos de la caméra : Interchangeable avec le dos de données DB-E2.
  • Dimensions & Poids 161×119.2×70.8mm, 780g (hors batterie lithium).

Des références.

https://global.canon/en/c-museum/product/film206.html, https://www.35mmc.com/17/07/2023/canon-eos-3-review-the-good-the-bad-the-heavy/, en anglais ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS-3, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1038-Canon_EOS%203.html, https://www.photosurcour.fr/canon-eos3/, https://www.huruguen.fr/site/test-du-boitier-argentique-professionnel-canon-eos-3/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Canon-EOS-3.htm en français ; https://www.photoinfos.com/Fototechnik/Kameras/Canon-EOS-3.htm, en allemand

Argentique

Un reflex atypique : le Zeiss Ikon Contaflex

Préambule.

Celui-là, ça fait un moment que je l’ai acheté, je l’avais presque oublié. Quelle erreur car ce reflex est riche d’histoire, de celle qui fait avancer – ou pas – la technologie photographique.

Mais ne brûlons pas les étapes, commençons comme d’habitude par un peu d’histoire tout court …

Et ceux qui suivent le site se souviendront sans doute que j’ai déjà commis un article sur un Zeiss Ikon Contaflex Super, nous ne serons donc pas tout à fait en terrain vierge.

Un peu d’histoire.

Nous sommes aux débuts des années cinquante. A cette époque, les (presque) seuls réflex existant étaient des bis-objectifs (TLR), comme les Rolleiflex (pour rester en Allemagne).

Pourtant un vent nouveau commence à souffler et un autre reflex va voir le jour, avec des avantages indéniables par rapport aux doubles objectifs cités : ici le photographe voit directement le sujet à travers le viseur, il n’y a qu’un objectif (donc moins cher à construire) et c’est à travers cet objectif que sera prise la photo.

Pour mémoire, depuis 1947, le Hongrois Gamma Duflex était un réflex avec objectif interchangeable et avec miroir à retour instantané. Auparavant, les miroirs étaient asservis au déclencheur et ils restaient en position haute jusqu’au nouvel armement. Cet appareil utilisait un viseur comme sur les télémétriques.

Un appareil photo reflex Gamma Duflex vintage avec un design métallique et noir, présentant un objectif rond en avant.

Surtout, les reflex de l’époque étaient dépourvus de prisme pour la visée, celle-ci s’effectuant en levant le capot sous lequel reposait un dépoli pour viser son sujet.

Comme pour les Exakta de Ihagee.

Appareil photo reflex Exakta avec un design vintage, affichant un boîtier métallique et un objectif fixe. Le viseur est situé sur le dessus, et il y a des commandes visibles sur le dessus et les côtés de l'appareil.

Il faut attendra 1948 et le Rectaflex Italien pour voir apparaître le premier pentaprisme. Si avec la visée à hauteur de poitrine il fallait redresser l’image inversée gauche/droite et haut/bas, ici le pentaprisme a inversé l’image du viseur, ou autrement dit, a remis l’image à l’endroit. Cela a donc constitué un grand pas en avant, facilitant un cadrage beaucoup plus intuitif. Les objets qui se trouvaient à droite étaient également à droite dans le viseur.

Appareil photo Rectaflex noir et argent, à objectif interchangeable, présenté de face, avec un objectif visible au centre et des détails texturés sur le boîtier.

Petit aparté utile : un pentaprisme est en fait un morceau de verre à huit côtés, où seulement cinq de ces côtés sont réellement utilisé. Les deux côtés sont argentés et redirigent et reflètent la lumière du miroir. Les deux autres côtés laissent entrer et sortir la lumière. Le cinquième côté n’est pas utilisé optiquement mais est mis à plat pour la compacité.

Représentation graphique d'un solide en 3D avec des lignes de force indiquant la direction du mouvement ou de l'application de la force.
Tracé d’un rayon et formation d’une image par un pentaprisme-toit comme utilisé dans un appareil photo de type Reflex. Une des faces est séparée en deux avec pour effet d’échanger la gauche et la droite, ce qui compense le retournement de l’image dû à l’objectif

On considère généralement que 1949 a été l’année où le pentaprisme a commencé à être adopté par plusieurs fabricants, qui l’ont utilisé pour offrir la vision du niveau des yeux, et non plus de la taille, qui est devenue monnaie courante. Le Contax est-allemand de Zeiss Ikon, était le deuxième appareil photo équipé d’un pentaprisme, suivi du Praktica est-allemand.

C’est en 1950 que Ihagee lance l’Exakta Varex, qui sera le premier boitier SLR (single lens reflex ou reflex à objectif unique) à avoir des viseurs interchangeables, des écrans de mise au point, un condensateur (un écran qui a pour but de concentrer la lumière pour rendre la visée plus claire) et une loupe pour améliorer la visée (comme sur les TLR de type Rolleiflex encore une fois).

Les premiers Contaflex (1953)utilisent un obturateur central Compur et un miroir réflex avec un prisme mais avec un objectif fixe, auquel on pouvait ajouter des compléments optiques (Teleskop 1.7×, un téléconvertisseur et le Steritar A , pour photographier en stéréo. Ces compléments nécessitent un support spécial).

Pourquoi ces choix ?

Tout d’abord, il faut se souvenir que Zeiss Ikon, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avait un besoin urgent de nouveaux appareils. L’usine initiale, à Dresde, avait été presque entièrement détruite lors de la guerre. Ce qui restait est passé à Stuttgart puis en Allemagne de l’Ouest. Bien que ce soit une catastrophe (seuls quelques prototypes avaient pu être sauvés), c’était aussi une formidable opportunité, celle de repartir à zéro, tant pour les machines de production que pour la création de nouveaux appareils.

Ensuite, un obturateur central à lames est peu onéreux, silencieux. Il contribue à la compacité du boitier et il autorise la synchro flash à toutes les vitesses. Et puis, aussi bizarre que cela puisse paraître de nos jours de grand normalisation, Zeiss Ikon considérait que c’était là un défi technique à relever car l’utilisation d’un tel obturateur dans un réflex impose des complications mécaniques lorsqu’il faut armer ce dernier puis renvoyer le miroir une fois que l’obturateur est relâché et le film avancé d’une nouvelle vue.

L’histoire est lancée et la concurrence réagit : trois ans plus tard, (1956), Kodak lance son Retina Reflex, suivi du Voigtländer Bessamatic et de l’Ultramatic.

Ces appareils étaient complexes et ils nécessitaient un assemblage de précision* et des matériaux de haute qualité. Seules quelques marques, allemandes, avaient plaisir à jouer de ces contraintes. Le marché était prêt et les ventes ont progressé pour les meilleurs, les plus fiables.

Toutefois, le choix de Zeiss Ikon d’imposer à ses clients de ne pouvoir utiliser toutes les focales voulues (puisque l’objectif était fixe et seulement accompagné de compléments optiques de 35mm à 115mm – ce que la marque considérait comme suffisant pour le photographe amateur) et que le concept ne permettait pas de pouvoir utiliser un miroir à retour rapide, plus confortable pour la prise de vue, ce choix donc fut fatal au concept.

Pourtant la famille Contaflex a connu des modèles améliorés, ceux avec cellule par exemple ou des gammes de lentilles et dans l’ensemble ces appareils se sont bien vendus … jusqu’à ce que Zeiss Ikon ferme définitivement ses portes.

*Un obturateur dans l’objectif nécessite qu’il reste ouvert avant que la photo ne soit prise, afin de voir à travers le viseur. Dès lors, cela exige un second obturateur derrière le miroir pour rester fermé. Lorsque le déclencheur est enfoncé, une série d’événements doit avoir lieu très rapidement : fermer l’obturateur de l’objectif, réduire l’ouverture de l’objectif à son préréglage, soulever le miroir réflex et ouvrir l’obturateur auxiliaire. Ensuite, l’exposition peut seulement avoir lieu en ouvrant et en fermant l’obturateur de l’objectif. Dans ce cycle, l’obturateur travaille trois fois. Dans les modèles ultérieurs, il devait également s’ouvrir à nouveau à la fin de la séquence pour restaurer l’image du viseur.

Présentation du Zeiss Ikon Contaflex 1.

Le Zeiss Ikon Contaflex ne s’est appelé 1 que lorsque l’année suivante un second boitier fut mis en vente, avec une cellule au sélénium cette fois.

Annonce promotionnelle pour le Zeiss Ikon Contaflex, un appareil photo reflex à objectif fixe avec des spécifications détaillées et un design classique.
Source : mes appareils photo, Photo Expert 1954. Notez que l’on indique viseur-télémètre et télémètre à coïncidence alors qu’il s’agit ici d’une visée à travers un prisme (visée réflex).

Les premiers modèles possédaient un obturateur Synchro-Compur avec l’ancienne échelle de vitesses d’obturation (1-2-5-10-20-50-100-250-500), mais très vite il a adopté la nouvelle échelle 1-2-4-8-15-30-60-125-250-500. L’objectif fixe est toujours resté un Zeiss Opton formule Tessar de 45mm ouvrant à f2,8.

Gros plan d'un appareil photo Zeiss Ikon Contaflex, mettant en avant le logo et les réglages de l'objectif.

Pour rappel, il y a en fait 2 obturateurs, c’est-à-dire 2 dispositifs distincts qui empêchent la lumière de pénétrer dans la chambre : le premier est fixé au miroir, ce qui permet de regarder à travers le viseur sans exposer le film et le second s’ouvre ensuite pour capter la photo. Ce qui explique que lorsque vous avez déclenchez, si vous regardez dans le viseur, tout est noir. Il faudra armer l’obturateur pour voir à nouveau.

C’est un peu perturbant et en tout cas pas rapide lors des prises de vue.

La mise au point se fait avec la bague tout à l’avant de l’objectif, facile à régler avec sa couronne découpée mais sensible aux changements de position quand l’appareil est mis dans un sac.

Une échelle de profondeur de champ est gravée sur l’objectif.

Comme je l’évoquais plus haut, il était possible d’adjoindre des compléments optiques, dont un Teleskop 1,7x qui joue l e rôle de mini-téléobjectif (70% de la focale, soit environ 75mm). Mais il faut acheter un adaptateur (861/07) qui se fixe sur … l’appareil photo, sous l’objectif et se verrouille avec des pattes articulées. Ensuite on peut y fixer le complément Teleskop, sauf si un filtre est déjà en place sur l’objectif fixe.

On a connu plus pratique !

Un second accessoire, le Steritar A, permettait de pratiquer la photographie stéréo. Il utilisait le même adaptateur.

Derrière la bague des distances, la couronne striée permet le réglage des vitesses et, contre le boitier, le réglage des ouvertures.

Le design de l’appareil joue sur une belle symétrie avec les deux grosses molettes sur le capot, qui sont de tailles égales et équilibrent le boitier. Celle de droite est la molette d’armement avec le déclencheur au milieu. Elle possède au centre une couronne striée, qui permet de régler le compteur de vue, que vous devez mettre à zéro à chaque nouveau film. L’autre contient au centre un mémo pour le film utilisé (en DIN) et, lorsque le film est terminé, elle permet le rembobinage. Il faut dans ce cas appuyer sur un petit bouton situé sur la semelle et tourner la molette dans le sens de la flèche.

Pour ôter le film, sur la semelle, il faut tourner les deux clés d’un demi-tour puis faire glisser vers le bas tout le dos. Attention, la bobine réceptrice est amovible, ne la perdez pas.

Illustration montrant un utilisateur manipulant un appareil photo Zeiss Ikon Contaflex, montrant différentes positions et ajustements.

Petite particularité, une cassette pouvait être utilisée pour charge le film, ce qui dispensait de rembobiner à la fin du film, celui-ci étant en fin de prises de vue dans une bobine elle aussi étanche.

Image montrant plusieurs cartouches de film et un système de chargement d'appareil photo, avec des mains manipulant le film.

A l’origine, il n’y a pas de griffe flash sur le boitier mais on peut, en option, en acheter une, à fixer sot même sur le chapeau du prisme. Sinon le flash se portait monté sur une barre attachée par dessous sur le filetage du trépied et on le reliait à l’appareil avec son câble dans la prise PC, sur le côté de la platine d’objectif.

Voilà, nous avons fait le tour de ce beau boitier. Ce dernier sera produit jusqu’en 1959 puis remplacé par le Contaflex Rapid.

Que penser de cet appareil.

C’est un bel appareil, techniquement complexe mais fabriqué avec soin et fait pour durer.

Outre son design, qui a finalement posé les bases de ce que seront ensuite les reflex, il a ces petits détails qui trahissent la volonté de la marque à fabriquer du beau, du bon, du bien pensé : je pense notamment à ces petits pieds fixés à la semelle qui permettent à l’appareil d’être très stable ; ou au bouton de débrayage, joliment affleurant à la semelle ; ou encore la forme spéciale de la couronne des distances, facile à utiliser ; aux points d’ancrage pour une sangle, fixés sur la pan coupé de la carrosserie pour équilibrer le port, par exemple.

Est-ce un appareil encore utilisable ? Parfaitement, même si l’optique est fixe, c’est une focale intéressante pour de nombreuses approches photographiques, et puis, c’est un excellent objectif.

Bien sur il demandera un petit temps d’adaptation mais comme les commandes sont bien placées et simples, vous apprendrez vite. Juste qu’il faut penser à emporter une cellule à main ou a travailler avec la règle du Sunny f16 (d’ailleurs dans le sac tout près de mon exemplaire, il y avait un morceau de carton d’un film qui reprend cette règle bien utile).

La seule chose à vraiment penser pour l’utiliser avec plaisir, c’est une bonne sangle car il fait son petit poids.

Sinon, c’est agréable de l’armer, de déclencher (discret) et de photographier différemment.

Pour un bel exemplaire, avec son sac tout près en bon état, comptez entre 60 et 100€. Un exemplaire muni de ses accessoires et filtres peut grimper jusqu’à 250€.

Et vous, avez-vous déjà eu un exemplaire en mains ? Ou vous vous sentez prêt à faire le pas ?

Videos d’illustration.

Remarquez sur cet exemplaire qu’il y a l’accessoire pour fixer les compléments optiques

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA et admirez en passant les explications utiles que les constructeurs donnaient à l’époque.

  • Appareil à mise au point manuel de 35 mm sorti par Zeiss Ikon en 1953.
  • Objectif non interchangeable, objectif Zeiss Opton de formule Tessar de 45mm ouvrant à f2,8 (4 éléments en 3 groupes); distance de mise au point de 80cm
  • Obturateur central Synchro Compur de 1s au 1/500s + pose B . Synchronisation flash par prise coaxiale sur le coté de la platine d’objectif
  • Poids: 690g

Des références.

https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-7254-Zeiss%20Ikon_Contaflex%20I.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contaflex.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11474 en français ; https://www.pacificrimcamera.com/pp/zicontaflex1.htm, https://camera-wiki.org/wiki/Contaflex_(SLR), https://en.wikipedia.org/wiki/Contaflex_SLR, https://vintagecameralab.com/zeiss-ikon-contaflex-i/, https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/contaflex/index.html, https://cameracollector.net/zeiss-contaflex/, https://cameraww.blogspot.com/2015/04/innovations-in-35mm-slr-camera-design.html en anglais

Argentique

L’Agfamatic 4008 Sensor : un vrai argentique au format 110

Préambule.

Mon (petit) stock de découvertes de la brocante de Maroilles diminue encore.

Cet appareil est plus commun que les autres déjà vu jusqu’ici mais comme le format 110 revient à la mode (merci Lomography), il est un bel exemple des bons appareils dans ce format, facile à utiliser et bien construit. La preuve ? Cinquante ans après sa première sortie, il est toujours en forme.

Un peu d’histoire.

Je ne vais pas revenir sur l’histoire du format 110, que vous pourrez découvrir au fil de vos lectures sur les appareils pocket déjà vus sur le site.

Simplement re-préciser que si c’est Kodak qui l’a inventé, dix ans après le format 126, le format 110 a détrôné l’ancien format 16 (des Minolta MG-16), alors le plus courant pour les tous petits appareils de poche (hormis le 8×11 des Minox, mais ce n’est pas le même monde).

Ce nouveau format (1972) a été adopté par presque toutes les marques, qui ont inventé des boitiers de plus en plus petits, parfois très simples, souvent un peu plus sophistiqués, pour tenter de pallier la médiocre qualité des grandissements du film, un négatif de 13x17mm.

La plupart des appareils Instamatic ou Agfamatic, comme ceux des concurrents, sont équipés d’optique en plastique, qui ne contribuent pas à l’amélioration de la qualité des photos. Cependant, même chez Kodak et Agfa et surtout chez leurs concurrents, de nombreux boitiers seront aussi équipés d’optiques en verre, voire d’objectifs avec plusieurs lentilles (Canon, Minolta, Rollei, Pentax, par exemple).

Les Agfamatic ont bénéficié du concours de Schlagheck Design pour définir leur forme que beaucoup considère comme presque parfaite. C’est vrai que les contours arrondis, le mélange du métal satiné et du noir, plus l’intégration du gros bouton rouge du déclencheur Sensor, lui vont à ravir.

Dans la gamme des Agfamatic, apparue en 1974 et qui s’éteindra au seuil des années quatre-vingt,il y a des séries :

  • celles en millier (1000, 2000, etc.) qui sont équipées de Magicube (flash carré à 4 ampoules) ; elles s’appelleront Flash Pocket si un flash est intégré
  • celles des huit (1008, 2008, etc.) qui travaillent avec des Flipflash, ces rampes de 8 ou 10 ampoules flash (qui ont l’avantage d’éloigner la source de lumière de l’objectif pour éviter l’effet yeux rouges) ; elles peuvent être Télé Pocket si une lentille additionnelle donne cet effet télé ; elles peuvent aussi être Macro Pocket si l’objectif est macro (disons plutôt proxiphotographie)
  • la série des 901avec une taille différente car équipé d’un moteur
  • quelques appareils portant des noms seuls, sans numéro (Snapper, Traveler, Sport, par exemple), surtout donnés à des appareils de fin de règne, au début des années quatre-vingt.

Personnellement, j’ai tendance à considérer les séries en huit comme étant des hauts de gamme et celles en millier comme des entrées de gamme. Les appareils motorisés étant une série à part.

Une page de catalogue montrant différents modèles d'appareils photo Agfa, avec des descriptions et des spécifications techniques, y compris le modèle Agfamatic 4008 Pocket Sensor.
Source : Collection-appareils.

Tous ces boitiers ultra légers et éminemment destinés à être glissés dans toutes les poches, sont équipés du système Répitomatic, que la plupart des utilisateurs vont exprimer en nommant les appareils schris-scrach-click du fait des bruits émis par ceux-ci lorsque l’on déplie puis replie le boitier pour armer et le click pour la prise de vue.

Tous sauf ceux équipés, bien évidemment d’un moteur (901, Tramp, Sport et Star).

En effet, le mouvement d’avant- arrière opéré par le photographe arme l’obturateur, le déclencheur et allume la cellule. Pour éteindre le boitier, il faut le refermer et faire glisser une espèce de verrou, situé en dessous, pour bloquer le mouvement et fermer la cellule. Il faut remarquer que si vous ouvrez-fermez plusieurs fois de suite l’appareil sans déclencher, une protection spéciale fait que le film n’avance pas tant que vous n’avez pas déclenché en appuyant sur le Sensor.

Les moins de cinquante ans se souviennent sans doute avec nostalgie de ces pocket, que l’on offrait pour les communions, les anniversaires, les réussites scolaires. Abordable, simple d’utilisation (chargement facile du film, utilisation quasi instinctive pour la prise de vue) en ont fait des grands succès des années septante et quatre-vingt. Si vous fouillez un peu dans les albums photos familiaux, vous en trouverez des traces émues ou émouvantes …

Présentation de l’Agfamatic 4008 Sensor.

Ce 4008 est en fait un 4000 a qui l’on a offert un nouveau flash : exit le Magicube, voici le Flipflap.

Si le 4000 était le fleuron de la série des millier, le 4008 sera précédé des 1008, 2008, 3008 et suivi par un 5008 et, le haut de la gamme, le 6008.

Pour le reste, rien ne change (ou comment faire du neuf avec de l’éprouvé) : système Repitomatic, objectif Color Apotar fixe 26mm f6.3 à 3 lentilles de verre, cellule CdS qui commande la vitesse lors de la prise de vue, automatiquement ; utilisation de deux piles A625 (ou 2 LR44 dans un adaptateur) et vous voilà prêt pour des images instinctives, amusantes.

Comme je le faisais remarquer dans l’article sur le 2008, Bernard Plossu a utilisé ces appareils pour un projet devenu livre, justement à cause de l’instantanéité de la prise de vue, la facilité de celle-ci qui fait que l’on se concentre sur le cadrage ou sur la spontanéité de l’action.

Le viseur est projeté et collimaté, avec un signal lumineux lorsqu’on descend sous le 1/30s et qu’un Flipflash est nécessaire. Très clair malgré la taille de l’appareil, c’est très agréable de viser à travers.

Vue à travers le viseur d'un appareil photo, montrant une tasse colorée avec des motifs.

Sur ce modèle, vous avez trois positions de prise de vue : pour le portrait (de 90cm à 1,2m), pour un groupe (de 1,2m à 2m) et pour l’infini (montagne). On peut juste regretter qu’il n’y a pas de rappel des distances choisies dans le viseur, mais ça, c’est pour le 5008 et le 6008 seulement.

Vue en gros plan du dessus d'un appareil photo Agfamatic 4008 Sensor, montrant le bouton de déclenchement rond rouge et les réglages de mise au point pour portrait, groupe et infini.

Pour alimenter la cellule et l’obturateur, il faut glisser 2 piles A625 dans un petit compartiment dont l’ouverture se situe sur le côté.

Vue rapprochée du compartiment des piles d'un appareil photo Agfamatic 4008, montrant les inscriptions sur le couvercle de la batterie.

Que penser de ce pocket ?

C’est un petit appareil bien fini, bien construit. La seule chose à laquelle faire attention, c’est (comme d’habitude) au compartiment des piles, dans lequel on les a vite oubliées. Et elles peuvent faire des dégâts irrémédiables.

Pour le reste, ouvrez le compartiment du film et actionnez le mécanisme d’avant – arrière pour vérifier si les roues dentées tournent correctement, ce sont elles qui doivent entrainer les vues du film.

Les objectifs sont rarement sales car ils sont généralement protégés par une plaquette qui ne s’escamote qu’au moment de la prise de vue.

Si vous en trouvez un exemplaire avec son petit sac de transport et sa dragonne en métal, vous ne devriez pas dépenser plus de 20€ (soit 6 fois moins que le 110 de Lomography) et vous en aurez autant de plaisir.

Et vous savez que si je taquine bien volontiers Lomography, je leur suis reconnaissant d’encore sortir des films en 110, avec des coloris spéciaux parfois, voire des déclinaisons d’appareils marrants.

Ils nous offre d’ailleurs une belle collection de photos réalisées, notamment, avec cet Agfamatic 4008, que vous pouvez découvrir LA.

Ce pocket, comme tous ceux de cette famille de petits appareils, méritent vraiment d’être redécouverts par les plus jeune (et les autres aussi, en souvenir). Outre ce que j’ai déjà écris au sujet de leur facilité d’emport, d’usage, de spontanéité, de plaisir simple, c’est une manière de photographier, décomplexée, qui rappelle l’âge d’or de la photographie.

Soyez raisonnable, faites-vous plaisir …

Vidéos d’illustration.

Ces appareils se prêtent à toutes les fantaisies.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Caméras : analogique catégorie/type appareil photo de poche
Marque : Agfa, Allemagne
Film photographique : format 110
Film photographique format négatif 13 x 17 mm (pochette)
Transport de films : manuel
Posemètre intégré, couplé au CdS, sensibilité de 25 à 400Iso
Contrôle de l’exposition automatique (priorité vitesse)
Objectif Color Apotar fixe 26mm f6.3 à 3 lentilles en verre, mise au point minimale de 90cm, mise au point sur personne, groupe, montagne
Obturateur à plan focal de 1/30s à 1/500s ; déclencheur Sensor d’Agfa avec possibilité de monter une commande filaire à viser
Flash : Flipflash, possibilité de monter sur le côté un flash électronique Agfalux 400T à brancher sur la prise du Flipflash
Période de production à partir de 1975
Matériaux du boîtier : Métal (aluminium), plastique

Des références.

https://kameramuseum.de/objekte/agfa-agfamatic-4008-pocket-sensor/, https://www.kamera-museum-scholz.de/agfa-kamera/agfamatic-pocket/agfamatic-pocket-4008/ en allemand ; https://camera-wiki.org/wiki/Agfamatic_4008_pocket_sensor, http://www.submin.com/110/collection/agfa110/cameras/4008.htm, https://www.aperturepreview.com/agfamatic-4008-pocket-sensor, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=10015

Argentique

Découvrez le FED 2 : un classique des appareils photo russes

Préambule.

Voici le dernier appareil acheté sur la grande brocante de Maroilles. Les autres objets étant des accessoires pour lesquels j’écrirai plus tard quelques lignes.

En fait, ça fait bien longtemps que je n’ai plus eu un Russe entre les mains. Sans doute à cause de ce qui se passe en Ukraine, j’ai l’impression que ceux qui en possède les gardent précieusement et en tout cas, le marché me semble au ralenti. Ne parlons plus de la Russie, sous embargo, ni de l’Ukraine, qui a d’autres chats à s’occuper que quelques amateurs en quête d’un bel appareil.

Donc, quand j’ai vu ce sac tout prêt en bon cuir solide, engravé du mot Fed 2 en russe dessus, je n’ai pas pu résister. Bien m’en a pris car le vendeur le laissait pour un prix très raisonnable que j’ai presque eu scrupule à négocier encore un peu.

Un peu d’histoire.

Si vous me suivez depuis un moment, vous avez déjà découvert au détour de quelques articles des appareils russes (notez qu’il y a deux liens distincts sur les 2 mots), comme les Zorki 4 et 4K, le Fed 1G et ses successeurs, le Gomz Leningrad, par exemples.

Pour ceux qui viennent d’arriver, c’est un bon moyen de découvrir le site …

Car je ne vais pas reprendre toute l’histoire des Fed, elle est dans ces articles, na !

Juste rappeler que le Fed 1 est une copie assez conforme du Leica II de 1932. Le Fed 1, et ses déclinaisons, fut fabriqué de 1934 à … 1955. Pourquoi une copie du Leica ? Sans doute parce que Felix Edmundovitch Djerzinski, créateur de la marque FED et accessoirement fondateur de la Tcheka (ancêtre du KGB pour faire court), dirigeait aussi une Commune ouvrière pour enfants, installée à Kharkov en 1920 et destinée à réinsérer des orphelins grâce au travail et aux études.

Au début, ils copiaient des perceuses électriques de divers fabricants mais en 1932, il est décidé que l’on fabriquera aussi un appareil photo, copie du Leica 1sous le nom de FED, en hommage au fondateur, disparu en 1926. Mais la production peine et seuls quelques exemplaires sous le nom de FED pourront sortir (on estime le chiffre à 30).

Cependant, en 1934, on a remis les pendules à l’heure et on commence à produire le FED 1, copie du Leica II (1932). La production démarre bien et la Commune est encensée par la presse pour avoir réussi à copier et fabriquer le nouvel appareil seulement 18 mois après avoir reçu l’original.

Le Fed sera produit et décliné en plusieurs versions, qui se vendent toutes très bien, tellement bien que la Commune devient un Kombinat. Près de 500.000 appareils sortiront des chaines de fabrication jusqu’en 1941 car l’armée allemande envahi l’Ukraine et le Kombinat décide d’évacuer.

Kharkov est rasée par les allemands et ceux qui ont réussi à évacuer à Berdsk (Sibérie) avec outils et archives sont priés de fabriquer des pièces pour avion. Toute les archives de la Commune sont détruites, l’usine aussi. Seuls sont sauvés les quelques uns qui ont pu s’échapper avec quelques outils, leurs souvenirs et les rares archives qu’ils ont pu emmener.

C’est en juin 1945 que la production d’appareils photo reprend à Berdsk d’abord, à Kharkov ensuite, où l’on reconstruit l’usine. Dès 1947, la production reprend presque normalement.

Vous comprendrez aisément, avec tous ces soubresauts , qu’il y a ceux qui trouvent que tous les FED sont mauvais et les autres, beaucoup plus raisonnables, qui estiment qu’il y en a de très bons et quelques uns qui méritent un petit coup de main pour devenir meilleur !

Présentation du FED 2 modèle B.

Le premier FED ou FED 1 s’est décliné, au fil des subtiles améliorations apportées à l’appareil, en modèles A jusque G. Plus un modèle particulier, produit seulement à moins de 1000 exemplaires, le Fed TSVVS ou ou T.C.B.B.C en cyrillique, est le sigle du Service Topographique de l’Armée de l’Air Soviétique. Il va s’en dire que ce modèle est rare et sujet à de nombreuses contrefaçons.

Le Fed 1 est le plus proche du Leica II qui servit d’inspiration. Ensuite, les autres modèles vont petit à petit s’éloigner du modèle original car Fed va y introduire des modifications propres à la marque. Dès le FED 2, on ne peut plus, à mon sens, parler de copie servile du Leica.

Donc, le FED 2 débute sa longue carrière dès 1955. Lui aussi aura droit à une succession de déclinaisons, au fil des modifications. Mais tant qu’ à compliquer la vie des collectionneurs ou simples amateurs qui veulent s’y retrouver, il y eut plusieurs A – B – C – D – E (là il n’y eut qu’un seul E). Et un modèle particulier, le Zarya, qui est un type 2 sans télémètre (pour mémoire Leica a aussi sorti un modèle basé sur le M sans télémètre, le M1, destiné à des applications particulières.

Je vais alors m’arrêter sur ce modèle FED 2 modèle b de la dernière génération des b, puisque son numéro se situe entre les numéros de série 236.000 et 475.000.

Détail de la partie supérieure d'un appareil photo FED 2, montrant le numéro de série gravé, des boutons et un mécanisme de montage.

En tenant compte de la période de développement des FED 2 modèle b, soit de 1956 à 1958, on estime qu’environ 300.000 boitiers ont été construit.

Dans le détail, les FED 1 possédaient encore, comme les vieux Leica, deux fenêtres : une pour le viseur, la seconde pour le cadrage grâce au télémètre. Sur le FED 2, tous modèles confondus, il n’y a plus qu’une seule fenêtre pour la visée et le cadrage. La base du télémètre a été augmentée et on atteint maintenant 67mm entre l’oeil du télémètre et le viseur. C’est une base très large, un peu comme sur les Contax. Elle assure une meilleure netteté dans la visée et le cadrage.

En plus, une correction dioptrique est ajoutée autour du bouton de rembobinage, afin d’adapter la visée à votre vue. Petit conseil que j’utilise : lorsque j’ai réglé la dioptrie, je trace un trait sur le capot. Comme ça, si je la dérègle par inadvertance, c’est facile de la remettre en place.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo télémétrique FED 2, montrant des mécanismes, un bouton de rembobinage et des détails de finition en métal.

Ensuite, le sélecteur de vitesses a été modifié ; sur le centre, il y a un repère, sur lequel on peut sélectionner la vitesse choisie, même si l’obturateur n’est pas armé. Attention, c’est le contraire du Fed 1 et des Zorki où il faut toujours armer avant de changer la vitesse.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo FED 2 modèle B, mettant en évidence le sélecteur de vitesse et les commandes en métal.

Ceci étant et pour éviter toute mauvaise surprise, je recommande l’ancienne solution : armer avant de changer les vitesses, ça évite les salades de pignons.

Puis, une synchro flash a été ajoutée sur ce modèle, la prise étant placée sur la face avant. Les modèles ultérieurs la trouveront sur le capot. Et ils gagneront un levier pour le retardateur (1958), que ne possède pas ce modèle.

Appareil photo télémétrique FED 2 avec objectif Industar 26M, sur un fond bleu.

Enfin, l’Industar 26M est apparu sur cette version « b », la première version sur les anciens modèles était l’Industar 26 téléscopique (ou rentrant). Le pas de vis est au standard LMT 39, soit celui du Leica (à quelques microns près, mais n’ergotons pas)

Cet objectif donne de très bonnes photographies, quoique l’on considère que l’Industar 61 soit un brin supérieur. Mais il n’a pas le charme de l’objectif rentrant. Ceci étant, rien de vous empêche de monter dessus n’importe quel objectif au pas LTM 39 (ou des Canon, Nikon, Voigtländer, pour ne citer que les plus connus).

Gros plan sur la bague d'ouverture d'un objectif de caméra avec des nombres marqués en argent sur fond noir, le tout sur un fond bleu.

J’écrivais quelque part que FED s’était émancipé de sa copie Leica, mais ils ont quand même gardé quelques équipements, comme l’obturateur, en toile caoutchoutée. Dès lors, les vitesses sont indiquées de 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500s et la pose B. Rien de transcendant mais dans la norme pour les années cinquante. La donne changera dans les années soixante.

Voilà le tableau est brossé. Je vais voir avec vous le reste :

  • commençons parle chargement d’un film. Il faut tourner les deux clé, sur la semelle, pour ôter tout le dos, en le fais glisser dans les rainures prévues.
  • on dépose la bobine à droite et on tire sur l’amorce que l’on va s’efforcer de faire glisser dans la petite fente métallique de la pièce. Attention, en cas d’achat, vérifiez bien que cette bobine existe car c’est une bobine amovible mais propriétaire.
  • remettez la bobine en place puis refermez le dos soigneusement pour ne pas plier les bords et rendre l’ensemble bien hermétique à la lumière.
  • avec le bouton à droite, faites avancer le film et déclenchez au moins deux fois. Vous voilà prêt à sortir avec ce drôle d’engin. N’oubliez pas d’indexer le compteur de vue en le remettant sur le 0 à l’aide des minuscules ergot fixer sur la pourtour de la couronne.
  • Avec une cellule à main, une cellule électronique fixée à la griffe porte-accessoires, la règle du Sunny Fun ou au pifomètre, réglez la vitesse avec la molette située après la molette d’armement et le déclencheur.
  • armez en tournant la grosse molette d’armement.
  • pour la visée, vous collez votre œil au viseur et vérifiez la mis au point des 2 images que vous devez faire se superposer parfaitement. Nous avons ici un télémètre à coïncidence, avec un beau patch orangé au milieu.
  • il ne reste plus qu’a noter l’ouverture désirée à l’aide de la bague située sur l’objectif,
  • et à appuyer sur le déclencheur !
  • vous êtes arrivé au bout du film, il faut le sortir. Pour cela, il faut appuyer et tourner la bague autour du déclencheur dans le sens horaire afin de débrayer le mécanisme. Ensuite, relever la molette de rembobinage et tourner dans le sens de la flèche. Ne pas oublier de remettre le mécanisme en place au nouveau film !

Attention, j’ai bien écris qu’il valait mieux armer avant de changer la vitesse, comme sur les autres appareils russes. Même si ici, c’est moins indispensable, faites-le par habitude, cela vous évitera des déconvenues avec d’autres appareils russes.

Voilà, nous en avons fait le tour.

Que penser de ce FED 2 modèle B ?

C’est vraiment un appareil fait pour apprendre la photo et pour ceux qui connaissent déjà, c’est un chouette moyen de rester attentif à sa manière de photographier.

Avec lui vous allez jongler avec les trois piliers de notre passion : la lumière, la vitesse, la sensibilité du film, soit le fameux triangle d’exposition.

Quelques esprits chagrins vous diront que c’est rustique, pas agréable à manipuler, mal fini.

Que nenni comme disent nos amis liégeois !

  • Rustique, sans doute un peu mais lorsque Oleg, le sorcier Ukrainien des télémétriques de l’Est, aura pu reprendre du service, confiez-lui votre appareil, vous serez surpris(e) de la qualité de l’engin une fois toutes les surfaces bien polies.
  • Désagréable à manipuler ! Là, on frise la mauvaise fois ou alors vous n’avez jamais eu un vieux Leica en mains. Déjà le système de chargement fait toute la différence, bien plus aisé qu’un film a glisser dans une fente minuscule. Entre autre car vous pouvez le customiser sans regretter le prix qu’il vous a coûté. Personnellement, j’ajoute toujours un soft release à viser sur le déclencheur, pour plus de confort.
  • Mal fini. Là encore, c’est injuste car toutes les pièces sont bien ajustées et, surtout, faciles démonter en cas de problème. Le granité qui recouvre les surfaces métalliques ne s’écaille pas facilement, il semble faire corps avec le support. Les objectifs avec fut, noirs ou argentés, lui donne une belle allure. Et puis il y a de petits détails intéressants, comme la correction de dioptrie, facile à régler, les points d’ancrage sur le corps, pour y poser une sangle. N’oublions pas le fameux sac tout près, en vrai cuir russe, à l’odeur si particulière (produits de tannage).

En résumé, le FED 2 a apporté le brin de modernité qui manquait aux Leica II et III. Il reste éminemment utilisable à moindre coût et si vous trouvez de bonnes optiques, russes, allemandes ou nipponnes, faites-vous plaisir, le boitier n’étant jamais qu’une chambre noir alors que l’objectif est le point d’entrée de tout ce que vous allez photographier.

Parlons budget maintenant : un bel exemplaire, avec un objectif correct (Industar 61 ou autre) et son sac tout près en bon état se négocie autour des 80 à 100€. Ce qui vous laisse encore plein d’argent pour acheter une cellule si vous n’en avez pas et des films pour l’essayer.

Tenté de faire le pas ? Soyez raisonnable, faites-vous plaisir. Et si vous connaissez déjà, dites-le nous.

Vidéos d’illustration.

Il s’agit ici d’un FED 2 modèle B postérieur car la prise synchro flash est sur le capot et non plus la face.
Idem

Ici, c’est un FED C, pas très différent du 2 et la présentation en français.

Un peu de technique.

  • Appareil photo télémétrique 35 mm
  • Fabricant : FED
  • Période de production : de 1955 à 1970
  • Format : 24x36cm sur film 135
  • Monture d’objectif : monture filetée m39
  • Objectif : Industar-26M 2.8/50 ou Industar-61 L/D 2.8/55
  • Base du télémètre : 67 mm
  • Obturateur : obturateur à plan focal (rideau) avec des vitesses de B, 1/25s, 1/50s, 1/100s, 1/250s, 1/500s
  • Viseur : un seul pour le cadrage et la mise au point, correction dioptrique
  • Synchronisation du flash : prise de synchronisation sur la face avant, vitesses de synchronisation à partir de 1/25 s.
  • Chargement par le dos, qui se déboite ; bobine réceptrice amovible et propriétaire
  • Poids : 900 grammes

Des références.

https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/FED, https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/2259/category/507, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-708-Fed_2d.html, http://t.hacquard.free.fr/site1/fed_2.html en français ; https://web.archive.org/web/20021122183325/www.geocities.com/fzorkis/, https://mikeeckman.com/sovietcams/indexc42c.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=198&_m_e_id=16&_menu_i_id=91, https://oldcamera.blog/2015/03/07/fed-2-b4-%D1%84%D1%8D%D0%B4/, https://galactinus.net/vilva/retro/fed-2.html, https://sovietcameras.org/fed-2/ en anglais ; la bible de tous les amateurs passionnés : The Authentic Guide to Russian and Soviet Cameras

Argentique

Découverte du Rollex : Un appareil photo vintage

Préambule.

Il me restera encore 2 appareils à vous proposer, tous venant de la grande brocante de Maroilles.

Celui-ci m’ a frappé pour sa bonne bouille et parce qu’il était dans son sac tout prêt en beau cuir brun. A part quelques traces d’oxydations superficielles, il est en bon état et tout fonctionne. Allons donc le découvrir de ce pas …

Un peu d’histoire.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, de nombreuses entreprises françaises ont essayé de prendre place dans le grand marché des appareils photos en pleine renaissance, les Allemands étant encore sous embargo et leurs usines en pleine reconstruction pour celles restées du bon côté du futur mur de la honte et pour celles, démantelées et envoyées de l’autre côté, la question était plutôt de savoir que faire de toutes ces marques capturées et de réfléchir au futur conglomérat pour le peuple (VEB) Pentacon.

Toujours est-il que la Société de Constructions d’Appareils Photographiques et Cinématographiques de Levallois-Perret ou SCAPEC a tenté le coup. Etablie non loin d’OPL (Foca), elle se lance dans la grande aventure de la production photographique.

Le premier appareil présenté par la SCAPEC sera un box, le Kovex (1951). Hélas, un excès de snobisme peut-être l’a empêché de voir ses ventes décoller. En effet, il sera vendu plus cher que ses concurrents parce qu’il était gainé d’un cuir croco grenat (?!) et entouré d’un demi-sac de protection.

Appareil photo Kovex avec un boîtier noir et un gagnage en cuir marron, affichant une lentille menisque et des contrôles de pose.
Source : Collection Click-Clack

Ils revoient leur copie et lance un second box, le Rollex, beaucoup plus simple et moins ostentatoire, le gainage étant une simple toile encollée. Hélas, le résultat est identique, les ventes stagnent.

Troisième essai avec encore un box dont ils délèguent la vente à une société coopérative ouvrière de production, la SCOPA (Société COopérative de Production d’Appareils et de Matériel Photo et Cinéma). Il s’appellera donc le Scopa, mais il n’eut pas plus de chance que ses frères d’infortune. De fait, cet appareil est identique au Rollex, seul le nom change. Il n’apporte rien de plus ou de différent pour tenter de (re)lancer les ventes.

Appareil photo box Rollex de la SCAPEC avec un viseur rétractable, finition en cuir noir, et deux réglages d'exposition.

Source : Collection Click-Clack

Bref, la SCAPEC ne semble pas avoir vécu longtemps, en 1953 elle passait la main à la SCOPA pour, sans doute, écouler les stocks restant.

Pourquoi ce manque d’engouement pour ces trois box ? Disons que la mode de ce type d’appareil agonissait déjà. Ensuite, la construction était légère et n’apportait rien de neuf : un corps en aluminium plié, revêtu de gainage noir sur les côtés et le dessus/dessous ; un 6×9 sur film 120 ; il offrait peu ou pas de réglages (j’y reviendrai) ; l’objectif était un ménisque (une seule lentille) fix-focus. Rien de bien grisant.

La seule originalité était cette espèce de boite sur le devant, au dessus de l’objectif/obturateur, commune à tous les modèles, et qui contenait le viseur, monté sur ressort façon diable qui sort de sa boite !

En résume, le Rollex semble être le box le plus commun, du moins en France, le Voltex et le Scopa étant plus difficiles à dénicher. Toutefois leur valeur n’est pas affolante, leur piètre prestation étant encore leur pire ennemie. Mais ils ont un petit quelque chose qui titille les collectionneurs …

Une ancienne publicité illustrant différents modèles d'appareils photo, y compris le Rollex, montrant des croquis et des spécifications techniques.
Image d'une page de catalogue présentant trois modèles d'appareils photographiques, incluant le Box Gap, le Rollex, et le Roc, avec des descriptions techniques et des prix.
Quand on voit les prix demandés par rapport aux concurrents, on comprend ...

Présentation du Rollex.

Je crains qu’elle ne soit rapide, les réglages étant réduits à leur plus simple expression, un peu comme pour les FEX.

L’objectif, de marque inconnue, est donc un ménisque, peut-être de 75mm. C’est un fix-focus, sans aucun réglage de distance donc. Mais il est noté objectif special, Made in France, Trade Mark.

Gros plan sur l'objectif et les commandes d'un appareil photo Rollex, montrant les réglages pour le flash, la pose et l'instantané, ainsi que les inscriptions 'OBJECTIF-SPECIAL, Made in France, Trade Mark'.

Il y avait en tout et pour tout deux diaphragmes : petit diaph et grand diaph, inscrits sur le pourtour du fut d’objectif. Mais allez savoir à quoi ils correspondaient ! On les règle avec deux tirettes sur le dessous de l’objectif.

Quant aux vitesses, il y en a une instantané et la seconde est la pose (B), que l’on règle (le grand mot) à l’aide d’un petit levier au dessus de l’objectif. On estime la vitesse au 1/50s.

Soyons de bon compte, il y a une synchronisation du flash car il y a une prise PC sur le côté.

Pour déclencher l’obturateur, sans protection contre la double exposition ni asservi au remontage du film avec la grosse molette sur le côté – il faut bien vérifier le compteur qui est en fait le passage du film sous la fenêtre rouge inactinique – c’est le gros tube qui fait saillie sur le côté droit du combo objectif/obturateur. Comme sur les vieux box Kodak, vous appuyez dessus, ça déclenche, vous ré-appuyer, ça re-déclenche. Distraits, vous allez en faire des double, triple, … expositions !

Finalement, le truc le plus rigolo de cet appareil (et des autres de la marque), c’est le viseur, enfermé dans sa petite boite métallique, au dessus du combo objectif/obturateur. On le libère en appuyant sur le bouton au dessus de cette mini-boite à surprise. C’est un viseur comme on en trouvait sur les vieux pliants (folding) et on peut juste le faire pivoter pour prendre des photos à l’horizontale. Heu … visée pifométrique assurée.

Le filetage pour assurer l’appareil sur un trépied est bizarrement mis sur le côté gauche de l’appareil. Fallait-il uniquement faire des photos horizontales dans ce cas où ajouter un accessoire pour photographier avec le boitier debout ?

Vue arrière d'un appareil photo Rollex avec un boîtier en cuir noir et des finitions métalliques.

A noter qu’il y a des points d’ancrage pour fixer une sangle sur chaque côté du Rollex, bien que le sac tout prêt en accueille une en cuir.

Une photo d'un étui en cuir brun pour appareil photo, présentant le logo 'ROLLEY'. En arrière-plan, on aperçoit une tasse et des boîtes avec le mot 'LIGHT'.

Admettons que vous ayez envie de glisser un film dans cette drôle de boite. Il faut mettre le verrou du dessus sur O (ouvert) et la même chose sur celui du bas puis tirer délicatement sur toute la partie derrière la face avant.

Attention, n’appuyez pas trop fort de crainte de plier ce presque demi-cercle d’aluminium. Tout comme il faut éviter de serrer trop fort les deux côtés de l’engin, pour les mêmes raisons. Hormis la corps de la chambre, à l’intérieur, rien ne vient renforcer les deux parois. Pour remonter le tout, regardez bien le sens du dos, c’est marqué bas et haut pour éviter toute mauvaise introduction du morceau dans les rails qui guideront cette partie jusqu’au verrou, que vous remettrez sur F (fermé).

A l’intérieur, un grand vide ! Une chambre comme celle des anciens box du début du siècle passé, avec la bobine débitrice à mettre en dessous. D’aucuns hésitent sur le type de film : 120 ou 620 ? Une bobine métallique à l’intérieur de mon exemplaire m’a fait penser un instant à la seconde solution mais c’est bien du 120 qu’il faut pour nourrir l’engin (bobine avec un grand cercle de base en 120 contre un petit en 620).

Intérieur d'un appareil photo Rollex montrant le compartiment à film avec une bobine en place.

Dernière revue de détails :

Que penser de cet appareil ?

Disons qu’il a le mérite d’exister et de nous montrer que certains fabricants n’hésitaient pas à enjoliver par leur publicité le vide sidéral qu’ils proposaient.

Certes, la Scapec n’ a pas été la seule à proposer des appareils simplissimes, mais pas au prix d’un Rolleiflex !

Je ne pense pas que je tenterai de mettre un film dans l’appareil, le format 6×9 est difficile à faire développer si on n’a pas son propre matériel.

Reste que ce Rollex est une pièce de collection dont vous pourriez vous rendre acquéreur pour 40€ maximum si l’exemplaire est en (très) bon état, avec sa gaine en cuir.

Il a au moins l’avantage de proposer un look singulier par rapport aux multiples box qui ont vécu avant et en même temps que lui.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Des références.

http://glangl1.free.fr/Liste-Scapec.html, http://www.vieilalbum.com/RollexFR.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1573-Scapec_Rollex.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_S_412.html, https://www.facebook.com/imagesdargent/posts/scapec-rollex-commercialis%C3%A9-en-france-%C3%A0-partir-de-1952-ce-box-est-assez-rare-et-/687560420045120/, https://collection.click-clack.fr/scapec-appareils-photo/, en français.

Argentique

Le Savoy Royer 3F, l’élégance vintage de l’argentique.

Préambule.

Ça diminue mais cet appareil fait aussi partie des trouvailles de la brocante de Maroilles. Ici, sur un stand de particuliers, une dame vend cet appareil et un reflex Zenit. Vous vous doutez bien que c’est le premier qui a de suite attiré mon œil curieux.

C’est le drapeau Suisse qui m’a intrigué : mon amis de l’autre côté des Alpes ne fabriqueraient donc pas que du chocolat, des couteaux de poche et des montres ! Notez que j’avais déjà découvert leur activité photographique avec l’Alpa SI 3000 que j’ai présenté il y a un moment déjà.

Un peu d’histoire.

hihihi … et là je me suis planté complètement car ce n’est pas le drapeau Suisse qui orne cet appareil, mais il semblerait que ce soit celui de la Savoie. En effet, Monsieur René Royer, ingénieur industriel qui, après avoir travaillé chez Lumière, fonde en 1947 la société française SITO (Société Industrielle de Technique Optique), établie à Fontenay sous Bois (Seine), a possédé quand même une usine de montage à Annemasse, en Savoie. C’est là que seront fabriqués les Savoy dès 1956.

Ceci étant, la marque SITO n’apparait jamais sur les appareils mais bien le nom du fondateur/concepteur, Royer qui est, de fait, le nom de marque commercial.

A ses débuts, l’entreprise fabrique essentiellement des obturateurs qu’elle livre en tant que sous-traitant.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les appareils pliants ou folding ont encore du succès. C’est avec eux que commence l’aventure de Royer. Ils proposent toute une série de très beaux pliants avec soufflet et corps en fonte d’aluminium, qui seront présentés en 1948 au Salon de Paris.

On dit d’ailleurs que la gamme rivalisait en qualité et ingéniosité de fabrication avec Zeiss Ikon, c’est peu dire. L’appareil la plus abouti de cette gamme sera le Teleroy, concurrent direct du Super Ikonta. Pensez donc : télémètre couplé, prévention des doubles expositions, synchro flash et retardateur.

Mais dans les années cinquante, le pliant s’essouffle alors que le 6×6 a encore du succès. Rolleiflex n’ayant toujours pas le droit de sortir de ses frontières teutonnes, les français Semflex et Royer sortent des bis-objectifs de grande qualité. Pour Royer ce seront les Royflex (1952). Le plus perfectionné sera le Royflex III, automatique et équipé du Téléligth, un système qui assurait une visée très claire

Source : mes appareils photo

Les années soixante annoncent un autre bouleversement : le 6×9 est mort, le 6×6 agonise tandis que les films 24×36 en N/B et, surtout, en couleur, commencent à prendre le pouvoir. Royer fait face en sortant le Royer 35. Hélas, celui-ci contient une erreur de conception (il ne s’ouvre pas ni derrière ni en dessous, il faut ôter la face avant pour le charger d’un film) qui poussera l’entreprise à revoir sa copie et cet appareil deviendra bien vite le Savoy (1956). Il se déclinera en 1 – 2 – 3. Le Savoya couronne la gamme, titillant les Foca Sport.

Source : mes appareils photos, magazine Photo Cinéma, 1954

Et puis, en 1959 sort la bombe appelée Nikon F, le reflex qui va en ébranler plus d’un !

Royer réplique avec les SAVOYFLEX, leurs premiers réflex. Mais ceux-ci ne sont pas à la hauteur : ils ne proposent qu’un obturateur central, un objectif fixe, que viennent compléter des compléments optiques, dépassés.

Cet échec et la concurrence de plus en plus féroce sur ces gammes auront raison de l’entreprise, qui disparait en 1965.

Elle laisse derrière elle quelques beaux appareils, très bien construits et fiables

On estime à plus de 200.000 obturateurs fabriqués et environ 200.000 appareils photo jusqu’aux années soixante. S’il y eut effectivement quelques ratés incontestables, le reste de la production était bien considéré.

Présentation du Savoy-Royer 3F.

La série commence donc en 1956 par la production du Royer 35, mal pensé car, comme dit plus haut, il fallait démonter la face avant pour remplacer le film, ce qui n’est guère pratique.

On recommence et enfin sort le premier Savoy, construit dans la nouvelle usine de Annemasse. Il n’est pas encore parfait car Royer sort un premier modèle 2, qui garde la platine avant amovible , que l’on pouvait utiliser comme porte-objectif pour agrandisseur (agrandisseur resté à l’état de projet) mais gagne un dos monté sur charnières. Viennent ensuite un second Savoy II au viseur plus grand, un Savoy III avec viseur collimaté qui auront tous le dos ouvrant et auront abandonné définitivement la platine amovible.

Vous pourrez découvrir sur Collection-appareils la liste des appareils antérieurs à celui qui nous préoccupe et leurs performances.

Car ce Savoy-Royer 3F est un des derniers construits et c’est un haut de gamme, nous allons voir pourquoi.

Sa forme, tout d’abord, a été singulièrement renouvelée et modernisée, voyez plutôt :

Par rapport aux Voigtländer Vito de la même époque, il est plus moderne et présente aussi très bien au niveau qualitatif : le métal est encore majoritaire et cela se ressent au niveau du poids (675gr nu).

Avec son sac tout prêt, il est magnifique. Presque au centre, son grand viseur, légèrement décalé de l’objectif, semble presque du même métal que le reste car il est argenté (viseur dit Cristal, fabriqué par Som Berthiot). De chaque côté, le blason et de l’autre, la marque Royer-Savoy.

Sur le capot, le levier d’armement avec son bout en forme de roue (original). A côté, un minuscule bouton, que l’on pourrait croire être celui du déclencheur. Non, il sert à débrayer l’appareil lors que rembobinage. Par contre, juste devant, une prise PC pour y raccorder un flash électronique. Car cet appareil possède un flash intégré, muni d’une parabole en métal, et qui accepte les ampoules flash AG-1. Et en plus, il y a une griffe porte – accessoires pour y fixer un autre flash, à relier donc à la prise PC (la griffe est dite froide, sans contact pour la synchronisation). C’est la raison du F=flash du modèle.

Autour du levier d’armement, le compteur de vue, qui est dégressif et qu’il faut indexer soi-même du nombre de vues prévues sur le film.

A l’autre extrémité, la molette avec la manivelle pour le rembobinage. Juste devant elle, un voyant, celui du flash, pour signaler quand il est opérationnel.

Un mot encore de la plaquette striée devant la griffe flash : elle permet d’illuminer le viseur afin d’y apercevoir les distances relevées avec l’objectif (symboles 1 m – portrait – groupe – paysage).

Car le viseur est collimaté et lorsque vous tournez la bague des distances sur l’objectif, elles se voient sur le dessus du viseur (bien pratique comme idée mais il faut y être attentif pour bien les distinguer).

Ensuite, sur la face avant, un cercle avec des indications : c’est le bouton de fermeture de la trappe de la pile, entouré d’un indicateur de portée du flash. Attention, c’est tout le panneau strié du côté droit qui tombe, dévoilant l’emplacement de la pile, introuvable car c’est une 15v (comme sur les flashs d’époque). Je vais voir si on peut bricoler quelque chose pour y suppléer mais la place est limitée. Dommage.

Notons que ça n’empêche pas l’appareil de fonctionner, la pile ne servant qu’à faire brûler la lampe bleue. A défaut, il reste toujours la possibilité d’utiliser un flash électronique de cette époque.

L’obturateur est central, ce qui autorise la synchro flash à toutes les vitesses, sauf s’il s’agit d’un flash à ampoule, dit magnésique, car alors la synchro est au 1/30s (la lumière émise par la lampe est moins rapide et précise que celle du flash électronique). Les vitesses sont de1/30s au 1/300s, plus la pose B. Il n’y a pas de retardateur. Et, spécificité du boitier, le déclencheur est située sur la gauche du fut d’objectif.

La multi exposition est possible si vous appuyez sur le petit bouton de débrayage, ce qui empêche le film d’avancer lorsque qu’on réarme le déclencheur.

Pour ouvrir le boitier, il faut tirer vers le haut le verrou placé sur la tranche droite. Tout le dos s’ouvre sur la chambre, avec une bobine fixe pour y glisser la nouvelle pellicule. Le dos est profondément nervuré, sans mousse et je pense que la qualité de l’assemblage évite les fuite de lumière à ce niveau.

L’objectif est un Som Berthiot, le concurrent des Angénieux. Il s’agit ici d’un triplet, traité contre les reflets. On peut monter des filtres sur l’objectif mais attention, au diamètre de 36mm (pas courant). C’est un 50mm ouvrant à f2,8, avec une mise au point de 80cm minimum. Les Berthiot ont généralement très bonne réputation, surtout ceux avec 4 lentilles (le Flor Berthiot, en formule Tessar), hélas absente en monte ici.

Dernière revue en images :

Que penser de cet appareil ?

Franchement, c’est un appareil qui sort de l’ordinaire. A l’époque concurrent des Foca, il était plus accessible et d’aussi bonne qualité.

La seule chose qui semble ne pas bien résister au temps, ce sont les inserts en faux cuir, qui ont tendance à se décoller, mais rien de grave à ce niveau.

Pour le reste, l’aluminium de l’ensemble résiste bien et les quelques chromes aussi.

Le fonctionnement est onctueux, le déclenchement, inhabituel sur la gauche, discret.

Ce n’est pas un télémétrique mais l’astuce qui permet de voir le réglage de la distance dans le viseur est un plus indéniable. Bien que l’on puisse choisir aussi le zone focus, la table de profondeur de champ indiquée sur l’objectif y aide bien.

Seul (gros) bémol, la pile pour alimenter la lampe magnésique est introuvable de nos jours. Quoique, à bien y regarder, les ampoules AG-1 ne courent pas les rues non plus. Alors, opter pour un flash électronique ou se battre avec un montage hétéroclite pour griller une bleue ? A chacun de choisir son camps !

C’est encore un boitier qu’il vaut mieux acheter accompagné de son sac tout prêt car il n’y a pas moyen de mettre une sangle de portage sur celui-ci, elle est sur le sac.

Au niveau prix, il faut reconnaître qu’il n’est pas courant et j’écrirais même rare dans nos contrées (sans doute moins en France). Un exemplaire complet, avec son sac, en très bon état, devrait se négocier autour des 50€.

Un prix finalement fort raisonnable pour photographier différemment, avec classe et discrétion.

Le prendriez-vous pour sortir en rue faire un peu de street ?

Un peu de technique.

Appareil 24×36 à obturateur central
Pays de fabrication France
Disponibilité 1958 –> 1964
Format de film 135
Construction du boîtier métal ; corps en alliage d’aluminium moulé sous pression (fonderies Thecla)
Avance du film couplée à l’armement, par levier (à main droite) ; débrayage par petit bouton sur le dessus (même côté) ; rembobinage par manivelle dépliable (à main gauche)
Compteur de vues dégressif (collerette graduée sous le bouton d’armement)
Optique : objectif SOM Berthiot 50 mm f/2,8 (triplet) traité antireflets
Diaphragme iris pentagonal, index de la bague de réglage tournant devant une échelle graduée 2,8-4-5,6-8-11-16-22 ; le chiffre 8 est gravé en rouge
Filetage pour filtres (mm) 36
Visée : viseur collimaté à fenêtre unique
Informations dans le viseur cadre collimaté + repères de parallaxe + réglage de distance (symboles 1 m – portrait – groupe – paysage) + lampe témoin de tension du flash
Mise au point : manuelle par rotation de la lentille frontale (couronne graduée tournant devant un index et une échelle de profondeur de champ) ; la distance 3 m est gravée en rouge
Distance minimale en mode normal (cm) 80
Obturateur : Fabricant ou marque S.I.T.O.
Vitesse minimale (s) 1/30
Vitesse maximale (s) 1/300
Pose B
Déclencheur levier de déclenchement sur le bloc optique à main gauche ; prise pour déclencheur souple protégée par un bouchon
Expositions multiples possibilité de découpler armement et entraînement du film en appuyant sur le bouton de débrayage
Flash : flash intégré flash escamotable à lampes magnésiques type AG1
Synchronisation oui, magnésique au 1/30 s (index de la bague des vitesses sur la position FLASH), électronique à toutes les vitesses
Modes : nombre-guide et portée cadran sur la platine avant indiquant le diaphragme à utiliser en fonction de la distance pour la sensibilité affichée
Prise pour flash externe coaxiale, sur le dessus du capot
Autres caractéristiques : écrou de pied filetage au pas Kodak
Alimentation pile (15 V ?) logée sous le cadran indicateur (platine avant)
Contrôle des piles voyant de charge du condensateur du flash visible dans le viseur
Dimensions L x h x p (mm) 130 x 90 x 74 ; épaisseur du boîtier : 40
Poids (g) 675
Accessoires en option sac en cuir « toujours prêt » avec logement pour 3 ampoules de flash , filtres, bonnettes et pare-soleil

Des références.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Royer_(photographie), https://cameras-obscuras.blogspot.com/2008/11/chapeau-bas-monsieur-ren-royer.html, http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_S_963.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11489-Royer_Savoy%203F.html, https://collection.click-clack.fr/pontiac-appareils-photo-3×4-cm-et-24×36-mm-2/, https://collection.click-clack.fr/royer-histoire-et-publicites/ en français.

Argentique

Toute une Histoire : le Kodak Vest Pocket Autographic (Ball Bearing Shutter) type 3.

Préambule.

Encore un petit appareil sauvé d’une caisse à brol lors de la brocante de Maroilles. De fait, il y en avait plusieurs exemplaires et j’ai choisi celui qui me semblait le moins abîmé, même si on voit qu’il a été utilisé. Mais vous le savez, j’aime bien ces appareils qui ont une histoire, qui ont été frotté par tant de mains que chacune y a laissé sa trace.

Un peu d’histoire.

Ah, ici, nous ne pourrons pas faire l’impasse de l’Histoire pour raconter celle de cet appareil discret et singulier, vous allez comprendre.

Les premiers Kodak Vest Pocket sont produits à partir de 1912 et jusqu’en 1914. Ils seront remplacés dès cette date par les Vest Pocket Autographic et produits jusqu’un 1935, avec pas mal de variations sur le même thème.

Vous avec compris, nous sommes au seuil de la Première Guerre Mondiale, celle que les états majors français et autres pensaient être très courte. D’attaques en retraites, de victoires en défaites, de généraux incompétents en décisions catastrophiques, de par aussi l’utilisation d’armes nouvelles (chars, avions) et pas toujours régulières (gaz toxiques), de l’Europe aux Balkans, de l’Empire Ottoman à l’Afrique, le monde s’enflamme et plus de 18 millions de personnes perdront la vie dont près de 10 millions de soldats.

De guerre offensive puis guerre de tranchées, l’horreur de celle-ci n’est pas bonne à montrer aux populations, galvanisées par les propagandes de l’un ou l’autre camp et qui pense encore revoir les siens, au moins vivants.

C’est dans ce contexte chaotique que le Kodak Vest Pocket puis Vest Pocket Autographic voient le jour et sauront s’exprimer, au grand dam des Etats Majors qui tentent d’imposer une censure sur les terribles images des fronts, surtout ceux des tranchées, ces cloaques innommables où meurent tant de Poilus, tant de soldats courageux, cloués au sol par la mitraille et la stupidité de certains généraux.

Construit donc de 1912 à 1926 à plus 1.750.000 exemplaires, ce petit folding (pliant), conçu pour pouvoir être glissé dans une poche de chemise ou de gilet, prendra place dans les paquetages de nombreux soldats, sous-officiers et même certains officiers, en tout cas généralement assez aisés que pour l’acheter et la pellicule qui va avec (l’appareil valait 45F et un soldat touchait 1,5F par … mois). Kodak le distribuera massivement un peu partout dans le monde et donc ce petit témoin sera de tous les camps.

Au début, il devait être le témoin d’évènements dont les soldats pensent qu’ils seront exceptionnels et marquants. On n’entre pas en guerre tous les jours !

Mais la rapide progression de certains et les retraites tout aussi rapides des autres, la rage des combats n’incitent pas à la pratique de la photographie, d’autant que le climat de défiance est bien présent : on traque les espions et on fusille sans procès. Un décret français de 1915 empêchait les civils et les militaires de photographier la guerre.

D’un autre côté, les familles sont dans l’expectative et l’incertitude, sans nouvelles de leurs proches engagés dans les combats car la presse n’a pas non plus d’informations, le courrier ne circule plus et la Section Photographique et Cinématographique de l’Armée (SPCA) pour la France – et c’est le même dans les autres camps – est singulièrement muette. Ces petits appareils restent le secret espoir qu’un jour on comprendra ce qu’était la vie dans ces moments-là.

Pendant la Grande Guerre, Kodak lance aux USA une campagne de publicité qui incite les recrues à acheter ce type d’appareil, en remède contre l’ennui dans les camps d’entrainement et un moyen de faire partager leur quotidien aux familles. En France, Photo-Plait fait de la publicité pour le Vest Pocket, présenté comme le Kodak du soldat.

C’est sans doute le texte du catalogue Photo plait de 1916 qui donne l’origine de la légende de L’appareil du soldat : Chaque soldat désire garder des souvenirs durables du rôle joué par lui et son régiment dans la grande guerre et il lui est facile d’en fixer les meilleurs avec le petit Vest Pocket Kodak. En résumé le Vest Pocket Kodak est le Kodak du soldat.

De fait, finalement, de nombreuses clichés seront pris, tant sur le front qu’à ses abords, qui illustreront même parfois les journaux. Certains de ces journaux iront même jusqu’à proposer des concours récompensant la meilleure photographie de guerre amateur ! D’autres soldats transmettent les pellicules à l’arrière via un camarade en permission. Cela permet de se dérober à la censure postale, sévère.

Un exemple concret est celui de Jean Decressac : trop jeune pour être mobilisé (18 ans), il devancera l’appel en décembre 1914 et s’engage dans un régiment d’artillerie. De fait, avec son frère jumeau, Georges, ils s’engagent tous deux et tiennent chacun des carnets de route où ils racontent leur vie de soldat tout au long du conflit. Ils illustrent ces récits de dessins et de photographies (300 photos) de ce qu’ils découvrent. Ces photos ne seront vue par leurs familles que lorsqu’ils reviendront du front. Mais, fait remarquable, dès 1919, Jean recopie ses carnets au propre puis il les recopie en 1927 – 28 car il veut en faire des Projets d’Actions Educatives (PAE) et ceux-ci seront publiés et déposés aux Archives Nationales. Dans les années quatre-vingt, il ira dans le lycée Guez de Balzac d’Angoulême (son ancien lycée) expliquer la teneur de ces carnets aux jeunes de l’époque.

Comme son nom l’indique, le Vest Pocket est d’un volume si réduit qu’il peut tenir dans une poche de gilet. Appareil pliant, il doit sa petite taille également à l’utilisation du film 127, plus compact que ses prédécesseurs. Ses dimensions, sa simplicité d’utilisation et son coût relativement modéré en ont fait un véritable succès populaire dès son apparition en 1912.

Si cet appareil ne fut pas le seul à braver la boue, les balles et les bombes, les poux, le choléra et la mort, il en donne une large vision de ce que vivaient les soldats, notamment grâce à sa discrète présence, je vais en reparler.

Source : Vieilalbum, photo de guerre 14 -18
Source : Collection-appareils, photo(prêtée par Monsieur Michel Del) où l’on voit un Kodak Vest Pocket sur la table.

Présentation du Kodak Vest Pocket Autographic type 3.

Comme je l’ai déjà écris plus haut, c’est un petit appareil pliant (63 x 120 x 25 mm, 310 g), tout métallique. La platine, qui porte le combiné objectif/obturateur est relié au corps par des bras en croisillons, qui ont la forme d’un double X, gage de facilité pour ouvrir et fermer l’ensemble.

Si vous regardez bien sur les côtés de l’appareil, deux repose-doigts permettent de tirer vers soi toute cette partie avant. Le soufflet limite l’élongation maximale et donne le tirage. Fermé, vous pouvez voir l’avant de l’objectif et de l’obturateur, avec ses commandes.

Au rayon des avantages de cet appareil, outre donc sa taille et sa facilité de manipulation, c’est qu’il utilise du film en bobine, du 127 (je le rappelle encore, toujours produit de nos jours même s’il faut le commander via Internet), évitant de cette manière la contrainte des appareils à plaques de verre.

Lorsque le soufflet est déplié, vous découvrez un petit viseur redresseur, pivotant, derrière la platine. Honnêtement, on n’y voit pas grand chose à travers. Par dessous, une simple barrette pivotante sert de béquille, verticale.

A côté de ce viseur, une tirette sur laquelle il faut appuyer pour déclencher. Attention, il n’y a pas de protection contre les doubles expositions, pensez donc à chaque photo prise de remonter la clé sur le côté, qui enroule le film d’une vue. Le compteur étant la fenêtre en rouge inactinique au dos.

Les commandes sont minimalistes : au dessus, un petit curseur pour régler la vitesse, de 1s à 1/50s plus pose B et T. La disposition des chiffres est étrange : 1/25s – B – T – 1/50s. Les inscriptions sont très petites et ont tendance à s’effacer avec le temps, pensez-y lors d’un achat.

Franchement, ça sent le réglage au pifomètre tout ça …

Je reviens un instant sur cette disposition bizarre des chiffres des vitesses. Cela est dû à l’obturateur, un Kodak à roulement à billes (ball bearing), un système assez courant chez Kodak dans ces années-là parce que Kodak voulait regagner son indépendance par rapport à ses fournisseurs d’obturateurs (souvent des Bausch & Lomb).

C’est un obturateur avec cinq lames, souvent avec un choix entre deux ou trois vitesses instantanées plus la pose B et le mode T. Il a un support à vis pour un câble de déclenchement distant. L’obturateur avec roulement à billes est célèbre pour son échelle de sélection de vitesse impaire avec le mode B entre la première et la deuxième vitesse instantanée, et le mode T à côté du B.

L’ouverture du diaphragme est ici l’échelle de Kodak 1 – 2 – 3 – 4 mais il a existé une échelle d’ouverture dite américaine ou le 4 équivaut à f8 et le 64 à f32.

Pour mettre un film dans l’appareil, il faut retirer la plaque sur laquelle il y a une clé. Faites glisser le verrou, au centre, puis tirez sur la clé de rembobinage et la plaque tombe. Vérifiez qu’il y a bien une bobine réceptrice, mobile, lors d’une acquisition.

C’est d’ailleurs en retirant la plaque de côté que l’on voit comment est fabriqué cet engin : deux tôles de bonne épaisseur en aluminium serties sur elles-mêmes, sans soudures. La plaque de l’autre côté est simplement visée et maintient les deux parties ensembles.

Le film se glisse dans la fente ainsi ménagée, comme sur les anciens Leica mais en plus facile : bobine débitrice à gauche, on tire sur l’amorce, que l’on glisse dans la large fente de la bobine réceptrice, mobile. On fait tourner un peu pour amorcer puis on rentre le tout dans l’appareil, on referme la plaque de côté en faisant bien glisser le verrou vers la position lock, on arme et déclenche une ou deux fois et en route.

Sur l’arrière de l’appareil, ici un Kodak Vest Autographic, autour de la fenêtre rouge, un grand cercle un peu en saillie, sur lequel sont notés les différents brevets attachés à l’appareil dans les différents pays où il est commercialisé.

Et puis par dessous, une étrange fenêtre qui s’ouvre et au bord du volet de celle-ci, un stylet en métal est attaché : il permettait de tracer sur la pellicule des indications (date, lieu…) pour aider à identifier la prise de vue. C’est la caractéristique du modèle Autographic. Cet appareil était un bloc-notes avant l’heure …

Source : Phototimetunnel, voyez, en dessous du négatif, l’inscription notée avec le stylet L’anniversaire de Betty, 5 ans 29/06/14

La fenêtre est notée use autographic film, n° A 127 en lettres embossées dans le métal. Ne rêvons pas, le film permettant cet ajout n’existe plus depuis bien longtemps (arrêté en 1934), il faut se contenter du film 127 tout simple (arrêté lui par Kodak en 1970 mais repris par d’autres depuis).

Un mot quand même sur ce système autographic, caractéristique propre aux seuls Kodak : il concerne tant l’appareil que le film, spécifique.

  • le film 127 est normalement protégé, comme les films 120, d’un papier qui porte les numéros de vue et d’autres indications pour le positionner dans l’appareil. Le A 127 possédait, en lieu et place du papier, un complexe de tissu et de papier carbone sur lequel on écrivait le texte ou les indications quelconques que l’on voulait voir apparaître sur le bas de la photo. Une exposition de 5s est nécessaire pour que la surface sensible soit marquée. L’inscription apparaîtra ensuite sur le négatif et le tirage.
  • sur l’appareil, une fenêtre étanche à la lumière, peut être ouverte et elle laisse alors apparaître le complexe tissus-carbone au dos du film. Avec le fin stylet attaché à cette ouverture, on peut noter quelques mots ou autre sur le complexe ainsi découvert.

J’imagine qu’il ne faut pas effectuer cette opération en plein soleil mais plutôt protégé et à l’ombre. Si la fenêtre, fermée, est étanche à la lumière, une fois ouverte, c’est le film qui est directement en contact avec l’extérieur. C’est bien la chambre noire que l’on entre ouvre !

Le film 127 permet 8 vues.

L’objectif est un ménisque achromatique de 75mm f8 avec une mise au point fixe ou un Rapid Rectilinear, lui aussi fix-focus, voire encore un objectif Anastigmat de 84mm ouvrant à f7,7. Je pense que c’est celui qui équipe cet exemplaire.

Les réglages par dessous font varier l’ouverture du diaphragme et sont notées, en anglais, de gauche à droite : Near view – Portrait ; Average view ; Distant view ; Cloud’s Marine, avec les chiffres de 1 à 4 par dessous, qui représentent la notation Kodak.

Mais il y eut toute une série de propositions, fonction du modèle, de l’année, du pays … et l’âge du Capitaine ! Je vous encourage à aller voir sur le site toujours bien documenté de Collection-appreils.fr car vous y trouverez une liste impressionnantes d’objectifs prévus et un tableau fort bien fait qui résume la plupart des modèles produits.

Et sur le pdf du site Club Niepce-Lumière vous trouverez aussi plein d’informations utiles, comme les numéros de série. Celui-ci est noté sur la petite béquille et sur mon exemplaire il est 1009145, donc l’appareil date de 1919 (il n’a pas connu la guerre, en tout cas, pas celle-là).

Il a existé un boiter recouvert d’un cuir noir, le Vest Pocket Autographic Special. Sur le mien, il manque une vis pour tenir le bloc obturateur/optique, c’est plus embêtant car il ne se positionne dès lors pas bien. Je vais faire des fouilles dans mes petites réserves de vis minuscules.

Que penser de cet appareil ?

L’appareil est sympathique, réellement petit, agréable à prendre en mains mais l’attrait s’arrête là, en tout cas pour moi.

Pourquoi ?

Tout d’abord les inscriptions sont très petites et si je dois me balader avec mes lunettes de vue sur le nez constamment, ça ne va pas le faire !

Ensuite, et j’ai là une vive admiration pour les personnes qui ont utilisé ce boitier, en leur temps car ce ne devait pas être évident d’être ni net ni lisible avec si peu de réglages. Voyez les quelques photos mises dans l’article.

Mais c’est un appareil souvenir, qui a traversé le temps, pour la plupart des boitiers avec succès car on peut être petit et simple mais costaud.

Au niveau prix, il y a de tout comme souvent. Si vous en trouvez un qui a appartenu à un Poilu (appartenance confirmée), il peut coûter très cher. Sinon, les prix s’échelonnent de 50€ à 100€ selon l’état des boitiers et s’ils sont accompagnés d’un sac, d’une pochette, d’anciennes photos, etc.

Alors, appareil historique ou histoire d’appareil ?

Vidéos d’illustration.

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Des références.

https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ball_Bearing_Shutter, https://pheugo.com/cameras/index.php?page=kodakbb, https://en.wikipedia.org/wiki/Vest_Pocket_Kodak, https://camera-wiki.org/wiki/Vest_Pocket_Kodak, https://casualphotophile.com/2023/02/13/vest-pocket-kodak-camera-retrospective/ en anglais ; https://www.cameraboussat.fr/dossier_collection/cible.php?id=66&marque=Kodak, https://www.cameramuseum.ch/decouvrir/exposition-permanente/le-siecle-du-film/vest-pocket-lappareil-du-soldat/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-20546-Kodak_Vest%20Pocket%20Autographic%20serie%20III%20Special.html, https://www.museedelagrandeguerre.com/collections/vestpocket/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Kodak-Vest-Pocket-Autographic.htm, https://www.club-niepce-lumiere.org/media/files/PDF-F/019-20.pdf , http://www.vieilalbum.com/VestPocketAutogrFR.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=309 en français

Argentique

Le Braun Super Paxette II : un argentique bien vintage

Préambule.

Ce n’est pas dans l’ordre des trouvailles, mais ce nouvel appareil date aussi de la grande brocante de Maroilles.

Il était dans une caisse, mélangé à quelques épaves à soufflet et l’un ou l’autre Voigtländer Vito en plus ou moins bon état.

Celui-ci m’a attiré par sa petite taille, son côté solide et sa forme inhabituelle. Il ne semblait pas avoir trop souffert de son transport musclé dans cette vieille caisse.

Un peu d’histoire.

Tout d’abord, ne confondons pas Braun AG ou Braun GmbH et Karl Braun qui devint Braun Photo Technik GmbH en 2000. Si le premier groupe est surtout actif dans l’électroménager (même s’il s’est égaré dans la vente de projecteur Dia avec le Braun 17 par exemple), le second n’a jamais fabriqué que des appareils photos et des … projecteurs de diapositives !

Karl Braun de Nuremberg était d’abord une entreprise spécialisée dans l’optique. Elle fut créée en 1915 sous le nom de Karl Braun KG, Fabrik optische Geräte und Metallwaren (pour fabrication d’appareils optiques et d’articles en métal).

Ce n’est qu’en 1948 que la société commence à produire des appareils photographiques en format 24×36. Elle change alors de nom et devient Carl Braun Camera-Werke. Elle produit alors des box, des pliants (folding) Norca, des moyens formats rigides Paxina

Les appareils les plus connus de sa production sont les Paxette (à partir de 1951) qui deviendront les Super Paxette (à partir de 1956), tout d’abord sans télémètre et objectif fixe, puis télémétrique couplé avec objectif interchangeable au pas de 39mm (mais incompatible avec le LTM 39 de Leica) sur les Super Paxette II.

Les Paxettes ont connus trois générations : la première, toute en métal ; la seconde, avec des lignes un peu plus arrondies et introduisant une cellule et des automatismes ; la dernière se réduisant à des appareils de type Instamatic, utilisant des films en cassette 126 de Kodak.

Les appareils Paxette avaient une convention de dénomination de modèle, non sans exception (sinon ce n’est pas drôle pour les collectionneurs) :

  • Pas de suffixe – base, premier modèle
  • «Je» – base, premier modèle
  • «II» – lentille interchangeable, support de filetage
  • «III» – Lentille interchangeable, support à baïonnette
  • «B» – compteur photoélectrique
  • «L» – levier d’armement, le suffixe est tombé sur des modèles ultérieurs
  • «M» – télémètre
  • «Super» – télémètre couplé

Il y eut même plus tard des Reflex Paxette (3 modèles en tout), qui n’ont absolument pas marché car vendus trop chers. Et, surtout, des projecteurs de diapositives, dont le Paximat qui fut le tout premier projecteur automatique.

Vers le début des années soixante, la marque décide d’arrêter la production d’appareils photo, la concurrence nipponne étant trop forte pour ce marché, mais elle a continué la production de projecteur de dias. Plus de 4 millions de ces projecteur Paximat ou Novimat seront vendus, avec des innovations comme la télécommande filaire puis indépendante, la focalisation automatique, l’utilisation de lampes halogène.

Dans les années quatre-vingt, le nom fut revendu à une entreprise qui refit des reflex, sans doute fabriqués par Chinon ou Cosina. Ils sont assez rares mais toutefois n’ont aucune valeur car trop bâtards.

Elle s’intéressera aussi aux scanners numériques, qu’elle produit toujours. En 2004, Braun a de nouveau changé son nom. Il devient Braun Photo Technik GmbH et continue de vendre et /ou de fabriquer des scanners et des applications optiques.

Présentation du Super Praxette II.

De 1955 à 1957, c’est l’appareil le plus évolué de la gamme : télémètre couplé, objectif interchangeable et obturateur Gauthier Prontor SVS.

En 1958, le design changera et le boitier gagnera une cellule au sélénium.

Commercialement, les boitiers de la marque se positionnent comme destinés au grand public, donc vendus à prix raisonnable (pour une production allemande s’entend).

Le Super Paxette, comme je l’écrivais plus haut, est très compact, dense. De prime abord, on trouve assez vite ses marques, pour peu qu’on ait un peu l’habitude de ce type d’appareils plus anciens.

Tout est là et pourtant, c’est un peu perturbant. La faute à ces blocs de métal qui tiennent le fut de l’objectif, démontable ? A la succession des réglages (vitesses, distances, ouvertures) ? A la position inhabituelle du déclencheur, que l’on cherche sur le capot ? Je ne sais pas trop …

A côté de cela, il y a quelques trucs faciles, comme cette grande roue en dessous, qui est le verrou qui libère le dos, tout le dos, et qui tient en son centre le filetage pour le fixer sur un trépied. L’assemblage des deux parties est ferme et je doute qu’il y ait des fuites de lumière par là. Comme le presse film, qui se referme sur la pellicule et la tient correctement appuyée, bien plane. La bobine réceptrice est une bobine fixe. Lors de l’installation du film, il faut soulever la molette de la bobine réceptrice puis la rabattre car un système interne permet de faire bouger la bobine pour y enrouler le film.

Vous pourriez, comme moi, vous dire que fixer le trépied sur une roue qui sert à fermer l’appareil est risqué. Non, car celle-ci se vise sur un fut, qui porte le pas de vis de trépied, fixé à l’appareil. Bien vu.

Et d’un autre côté, des fonctions déconcertantes comme le levier d’armement, très court, qu’il faut armer une fois et demie pour pouvoir déclencher !

De fait, j’ai d’abord crû que l’obturateur était bloqué, ayant armé une fois. C’est en essayant de nouveau le mouvement que j’ai par hasard appuyé sur le déclencheur et que celui-ci a fonctionné.

Ou comme le compteur de vue, qu’il faut d’abord mettre à la taille du film et qui décompte. La roue, dentée, n’est pas un modèle de douceur pour la faire bouger.

Autre particularité, le sélecteur du flash M – X – V : la position M permet l’utilisation de flash à ampoule et donne une synchronisation de 1/50s à 1/300s ; la position X permet l’utilisation de flash électronique et sa vitesse de synchronisation est de 1/25s ; la position V est celle du retardateur. La prise PC du flash se situe au dessus des lettres.

L’obturateur est un Gauthier Prontor SVS qui donne des vitesses de 1s au 1/300s, plus la pose B. Le déclenchement est discret, presque silencieux, un bon point.

Le viseur est donc couplé au télémètre. Un vague rond, au milieu, permet de faire la mise au point lorsqu’on fait tourner la bague de distance. C’est trop imprécis (à moins que le patch se soit effacé) et il vaut mieux travailler en zone focus.

Néanmoins, en l’absence de came à l’intérieur du fut de l’objectif, j’avoue ne pas comprendre comment le télémètre fonctionne, puisqu’il est couplé. Est-ce la pastille en fonds de fut qui agit sur celui-ci ? Sans doute car elle semble montée sur ressort, avec une broche, mais je ne vois pas bien comment ça marche. Si quelqu’un à une idée, elle est la bienvenue en commentaire.

Ceci étant, le viseur est étroit et peu clair.

Normalement, les Super Paxette étaient équipés de diverses objectifs : des Staeble – Katagon de 45mm f2,8 ou des Pointar de 45mm f2,8. L’exemplaire que je vous présente ici est équipé d’un Car Zeiss Tessar de 50mm ouvrant lui aussi à f2,8. Une proposition spéciale, une modification particulière de l’objectif ?

En tout état de cause, les viseurs étaient calibrés pour les objectifs montés d’origine. Si vous pouviez joindre d’autres focales, il fallait équiper le boitier d’une tourelle pour compenser la visée.

D’ailleurs, ces accessoires étaient prévus par la marque :

Pour installer un film dans la chambre, il faut d’abord rembobiner la pellicule ; un tout petit bouton, sur le dessus du boitier, permet de débrayer le mécanisme. Puis il faut soulever la molette de gauche et tourner dans le sens de la flèche pour rentrer le film dans la bobine. Ensuite, dévisser le verrou et ôter le dos. Pour remettre un 24×36, opération inverse. Notez la grosse base sur la bobine réceptrice, crantée, pour bien faire avancer le film en douceur.

J’écrivais un peu plus haut que le cercle ou patch du télémètre n’était pas très visible et qu’il était sans doute plus utile de travailler en zone focus. Ça tombe bien, ils ont prévus une échelle de profondeur de champ, gravée sur le fut de l’objectif.

Ai-je oublié quelque chose ? Ah oui, le mémo, fixé sur la tête de la molette de rembobinage pour se souvenir du film introduit dans le boitier.

Petit tour de l’engin.

Que penser de cet appareil ?

Je l’ai déjà écris, c’est un appareil assez déconcertant. Pas désagréable mais délicat à manipuler. Mais c’est toujours une question d’habitude à prendre.

Ceci étant, c’est un appareil solide, construit pour durer. Celui-ci va fêter se 70 ans et il fonctionne toujours.

S’il est petit, il est lourd mais si vous ne possédez pas le sac tout prêt qui devrait l’accompagner, il n’y a pas de moyen pour fixer une lanière de portage. Petit sac photo nécessaire.

Hors de l’Allemagne, il n’est pas courant, sans être rare. Pour un bel exemplaire, complet (objectif, sac tout prêt), comptez 120€, sinon le prix se négocie autour des 70€.

A découvrir, pour le plaisir.

Vidéos d’illustration.

Un peu de technique.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références.

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12420-Braun_Super%20Paxette%20I.html, en français ; https://www.jollinger.com/photo/cam-coll/cameras/Braun_Super_Paxette.html, https://camera-wiki.org/wiki/Paxette, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Braun_Paxette_series, https://retinarescue.com/paxettehistory.html, https://en.wikipedia.org/wiki/Carl_Braun_Camera-Werk, en anglais

Argentique

Le Konica Pocket 400 : le vrai vintage en format 110

Préambule.

Ah, la grande brocante de Maroilles, capital du fromage du même nom. Pour tout vous dire, nous avions prévu d’utiliser le camping car pour y arriver la veille au soir afin de pouvoir nous lever tôt sans être trop fatigués car on nous annonçait pas loin de 600 exposants.

Las, une stupide panne de clignoteurs nous privait de ce fidèle compagnon. Nous avons donc loué une chambre tout près. Afin de voir comment cela allait se présenter, après le souper (diner pour nos amis français), nous sommes partis en repérage des lieux. Et comme à Amiens; nous avons eu la surprise de voir certains brocanteurs déballer et faire quelques ventes à des chineurs de toutes les nationalités.

Un bref tour des premiers exposants nous à toutefois convaincu d’aller dormir, tout le monde n’étant pas encore là, toutes les marchandises en peu fragiles pas encore déballées.

Et donc, le 15 juin, dès 4h30 du matin, nous étions à flâner, les yeux et les oreilles aux aguets. Une vraiment belle brocante.

Petite remarque de vocabulaire : en Belgique, une brocante équivaut à un vide-grenier en France, c’est-à-dire que tout le monde vend ses propres affaires et c’est du tout venant (vêtements, livres, jouets, objets usuels d’une maison, appareils domestiques, etc.). Par contre, une brocante française présente des objets destinés à la revente chez des antiquaires, d’autres brocanteurs professionnels, des particuliers qui cherchent un objet bien précis. Nous appelons cela une belle brocante ou un antiquaire. Ceci pour vous préciser que nous fûmes surpris par la qualité, l’originalité, l’étrangeté, les prix de certains objets présentés, agréablement surpris.

In fine, au bout de près de onze kilomètres de marche, d’aller – retour, de tours en détours, j’ai quand même dégoté quelques beaux appareils que je vous présenterai au fur et à mesure.

Mais, dans cette foule immense, Olivier et moi avons essayé, en vain de nous retrouver (encore toutes mes excuses pour ne pas avoir entendus tes appels dans le bruit ambiant).. On fera mieux la prochaine fois car je sais qu’il a aussi trouvé quelques jolis boitiers/objectifs/accessoires (biffer la mention inutile).

Un peu d’histoire.

De nos jours, la marque Konica seule est un peu oubliée, sauf des plus de 35 ans qui ont connu les différents appareils présenté par la société. Elle est souvent associée à Minolta, qui fusionnera avec Konica en 2003.

Mais commençons par le début. En 1873, Rokusaburo Sugiura vend du matériel photographique et lithographique à Tokyo pour un grossiste en médicaments créé par son arrière-grand-père. Pour ses 25 ans, il aura la chance de se faire photographier dans un studio photo et c’est cette séance qui lui donnera l’idée de son commerce.

En 1897, il importe du matériel cinématographique et il aide à la réalisation du premier film entièrement japonais (1899).

C’est en 1903 que l’entreprise fabrique ses premiers appareils photos, le Cherry Hand Camera. Elle sera la première entreprise à fabriquer en série un appareil photo et à le commercialiser au Japon.

Le Cherry Hand Camera pouvait accueillir six plaques sèches (57 mm × 83 mm) et était vendu à un prix raisonnable. Alors que les appareils photo étaient un produit spécial disponible uniquement pour un groupe limité de personnes, comme les propriétaires de studios de photographie ou de riches amateurs, l’introduction de l’appareil photo Cherry Hand a rendu les appareils photo plus abordables pour le grand public.

Source : Konica Minolta.

Rokuemon Sugiura VII (à part le numéro de succession dans la dynastie, on ne peut pas dire qu’ils ont fait preuve d’imagination pour les prénoms !), pour honorer la mémoire de son père, fonde la Konishi Professional School of Photography pour former les photographes aux compétences techniques et artistiques de la profession. Connue aujourd’hui sous le nom de Tokyo Polytechnic University, cette école forme toujours de nombreux photographes/chercheurs dans la technologie et l’art.

La société produira et commercialisera le premier film pour appareil 24x36mm en 1928, le Sakura film (N/B).

Dès 1896, la société a importé des machines à rayons X au Japon pour la première fois (les rayons X ont été découverts par Wilhelm Conrad Röntgen, un physicien allemand). Pour contribuer à l’avancement du Japon dans l’univers de la médecine, elle a aussi importé des appareils de raidographie. Trente-sept ans plus tard, en 1933, Sakura Film X-ray a été développé, produit et commercialisé avec la même qualité que les films étrangers, auparavant importés.

Le premier film couleur, développé en interne, sera annoncé en 1940 et commercialisé l’année suivante.

L’entreprise ouvrira sa première filiale aux USA en 1956. Elle ne cessera de se développer et d’innover dns tous les domaines de la photographie et de la lithographie.

Ainsi, devant tous les autres grands du secteur photographique japonais, Konica sort le Konica C35EF. Ce sera le premier appareil au monde a présenter un flash intégré (1975). L’appareil aura un énorme succès et se vendra très bien.

Dans le domaine des films, en1976, l’entreprise sort le premier film couleur en 24 vues (Sakura Color 24) alors que la norme était celle de films en 12, 20 et 36 vues. Vendus au même prix que les 20 vues, ces Sakura Color 24 ont établi une nouvelle norme.

Encore une fois, au nez et à la barbe des autres grands fabricants, l’entreprise lance en 1977 le premier appareil photo autofocus au monde, le Konica C35AF (surnommé « Jaspin Konica »). Avec sa fonction de mise au point automatique, cet appareil photo permettait aux utilisateurs de prendre des photos claires simplement en appuyant sur le déclencheur.

L’entreprise continue à se développer et se diversifier, dans le médical, l’impression jet d’encre privée et professionnelle, des appareils pour analyser l’évolution des plantes, etc.

Toujours dans le domaine de la photographie, elle sort le premier papier photographique garanti pour une tenue de 100 ans (1984).

1987, commercialisation du premier film haute sensibilité, le Konica Color GX3200 à 3200Iso.

La société continue à développer ses photocopieurs et entreprend dès 2001 une collaboration avec Minolta pour la fabrication d’encre polymère, moins chère à produire et qui assure une meilleur tenue, plus de précision sur la papier.

Enfin, en 2003, après une longue collaboration avec Minolta dans tous les domaines technologiques, les deux entreprises fusionnent.

2004 verra la commercialisation du Konica Minolta α-7 DIGITAL (MAXXUM 7D aux États-Unis, DYNAX 7D en Europe), le premier appareil photo reflex numérique mono-objectif à objectif interchangeable au monde équipé de la technologie anti-tremblement CCD intégré dans le boitier.

Mais en 2006, le groupe décide d’abandonner la division photographique, qui sera reprise par Kiocera Minolta. L’entreprise développe toujours de nos jours des photocopieurs très performants, des appareils digitaux destinés aux entreprises et à la médecine, des spectromètres pour analyser automatiquement les couleurs, des appareils de radiographies, etc.

Une longue histoire industrielle qui fait que Konica Minolta. Inc. (Konica Minolta) figure parmi les 100 sociétés les plus durables au monde selon l’édition 2023 du Global 100.

Et tout ça grâce à un portrait réalisé en 1873 …

Présentation du Konica Pocket 400.

Comble de l’ironie, si j’ai raté mon ami Olivier, j’ai retrouvé là une dame déjà rencontrée en voisine lors d’une brocante à … Baudour ! Avouez, venir en France pour acheter à une vendeuse belge …

Mais voilà, elle avait quelques chouettes appareils, dont ce petit Konica Pocket 400, auquel je n’ai pas résisté.

Vous le savez, la mode revient à ces appareils qui utilisent le format 110 (voyez aussi l’article sur le Minolta Autopak 450E) et comme j’aime bien la fantaisie de certains de ces appareils, quand j’en trouve un chouette, je le prends.

Celui-ci m’a attiré pour sa (toute) petite taille : guère plus grand, me semble-t’il que le Minolta 16-MG. Un peu plus large car il utilise donc le fameux film en cassette de 110.

Voyons cela de plus près …

Le film au format 110 est apparu en 1972 grâce à Kodak qui voulait un film encore plus petit mais aussi facile que sa cassette 126 (1963). Ce n’est qu’en 2009 que la production de ce film finira, pour être reprise en 2012 par Lomography (merci qui ?).

Comme je l’ai déjà expliqué dans d’autres articles relatifs à ce format, il faut un bon appareil pour obtenir le meilleur résultat de cette pellicule, tant à cause de la taille du film lui-même que de la piètre qualité de certains appareils, les Kodak en tête d’ailleurs.

Donc, ici Konica va nous gâter en 1975 avec ce petit parallélépipède qui tient dans toutes les poches, jugez plutôt : objectifs Couleur Hexar f28mm f8, exposition automatique grâce à une cellule précise, alimentée par une 4LR44, deux positions de prise de vue (infini et personnage), cadre lumineux avec correction de la parallaxe dans le viseur, très clair et prise pour un flash sur le côté, synchronisé au 1/30s ou MagiCube sur le dessus.

L’objectif, en verre, est composé de 3 éléments en 3 groupes. La mise au point commence à 1 mètre jusque l’infini. L’obturateur offre des vitesses de 4s à 1/450s.

Contrairement aux Kodak ou Agfa, et quelques clones, pas question ici de tirer sur la moitié de l’appareil pour armer. Vous le faites en actionnant le bouton poussoir judicieusement placé en dessous, là où le pouce le trouve naturellement pour armer.

Sur le dessus, un gros bouton orange sert de déclencheur, aussi doux que les Sensor d’Agfa.

Je le signalais plus haut, il faut une 4LR44 pour alimenter la cellule de l’appareil. Mais celui-ci fonctionne aussi sans pile (et sans cellule alors), à la vitesse de synchronisation (1/30s).

Dernier raffinement, une diode rouge vous signale que la vitesse risque de chuter sous le 1/30s, avec risque de flou de bougé.

J’aime bien aussi la possibilité d’utiliser deux flashs : les Magicube classiques ou un flash électronique dédié (que je n’ai pas), voire un flash d’une autre marque puisqu’il y a un contact central.

Publicité d’époque, merci Collection-appareils.fr

Que penser de cet appareil ?

Franchement, difficile de faire plus compact et agréable à tenir en mains, ni plus simple d’utilisation : vous ouvrez la porte situé à l’arrière, y glissez une cartouche de film (et Lomography vous offre une belle gamme de films, de quoi s’amuser), refermez le dos, actionnez deux ou trois fois l’armement et le déclenchement jusqu’à ce que le chiffre 1 apparaisse dans la fenêtre au dos et c’est prêt.

Il ne reste plus qu’à vous balader, le nez en l’air et le Konica dans une poche … pour le sortir au bon moment, en toute simplicité, comme dans les années septante.

C’est une vraie machine à remonter le (bon) temps cet appareil, alors, faites-vous plaisir car il ne vous ruinera pas : comptez 25€ pour un exemplaire en parfait état et 30€ si le flash d’origine est toujours ok et vendu avec.

Un peu de technique.

  • Lentille: hexar 28 mm f / 8 (3 éléments, 3 groupes)
  • Focus: 1 m à l’infini
  • Obturateur électronique Copal : 4 – 1/450 s, synchro flash au 1/30s.
  • Cellule CdS de 100 à 400Iso
  • Alimentation: 1 x 4LR44 Batterie alcaline
  • Dimensions et poids: 108 x 52 x 26 mm, 160 g.

Des références.

whttps://camera-wiki.org/wiki/Konica_Pocket_400, https://collection.sciencemuseumgroup.org.uk/objects/co8208728/konica-pocket-400-camera-camera, https://cameragocamera.com/2017/06/25/konica-pocket-400-110mm/, https://collectiblend.com/Cameras/Konishiroku-(Konica)/Pocket-400.html, en anglais ; https://www.collectiongeven.com/piwigo/picture.php?/30519, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-3985.html en français