Argentique

Le réflex le plus compact de son époque, l’Olympus OM-2N MD

Préambule

Une braderie/brocante de fin d’avril, où le ciel hésite entre soleil rare et pluies fréquentes.

C’est dire si nous regardions autant à nos pieds qu’au-dessus de nous car les exposants étaient sur le qui-vive et prêts à jeter leur bâche à la moindre alerte.

Enfin, la majorité. D’autres avaient choisi l’insouciance et un seul petit parapluie pour se mettre (un peu) à l’abri. C’est dire, dès lors, qu’il faut toujours bien regarder ce qu’on achète dans de tels lieux car certains ne protègent rien, même si ce sont des objets électriques ou électroniques. Traquez les traces d’oxydation et de gouttes de pluie, cela vous évitera des soucis.

Et pourtant, il y a parfois des exceptions, car le matériel ancien est souvent très solide : c’est le cas de cet Olympus dont le petit sac où il s’abritait avait pris toute la pluie et épargné partiellement le boitier.

Encore un qu’il va falloir négocier et, une fois rentré à la maison, sécher quand même un peu et bien nettoyer. Comme de plus je ne pouvais pas le tester (pas de pile) et que le levier du retardateur s’était fait la malle, c’était un pari à gagner. En effet, ici pas de vitesse mécanique pour vous sauver la mise.

Mais nous allons découvrir cela ensemble …

Un peu d’histoire

Puisque vous êtes fidèles au site, vous vous souvenez sans doute de l’Olympus OM-1 qu’Olivier nous avait présenté, de celui que j’avais eu entre les mains et de son petit frère, l‘Olympus OM-10.

A l’occasion de ces billets, j’ai déjà survolé la riche histoire de la marque, sur laquelle je vais revenir un moment, à travers un homme.

Le génie d’un homme

Un homme qui a révolutionné la conception des appareils photographiques chez Olympus et, par ricochet, chez les autres :

Un homme souriant présente une caméra, entouré de plusieurs appareils photo Olympus sur une table, avec un article de publicité sur les innovations de Maitani en matière de conception de caméra.

[…. Un fabricant d’appareils photo qui copie simplement l’idée des autres n’a pas le droit de se qualifier de créateur original en premier lieu.] – Yoshihisa Maitani (1933 – 2009), créateur du Pen, du système photographique OM, et du XA, entre autres.

Encore étudiant en ingénierie mécanique à l’Université Waseda, Yoshihisa Maitani aimait la photographie, qu’il pratiquait avec un antique Leica IIIf équipé d’un Tessar. Son esprit inventif lui avait déjà donné quelques envies de fabriquer des appareils et à 16 ans, il avait déposé 4 brevets pour ceux-ci.

Lorsqu’en 1956, il reçoit deux offres d’emploi, la première chez un constructeur automobile et la seconde pour Olympus. Au risque de froisser son université, il choisit la seconde.

[En ce temps-là, un étudiant qui refusait de travailler pour la première entreprise qui lui offrait un emploi était considéré comme une honte pour son université. J’avais reçu une offre d’emploi d’un constructeur automobile, mais j’ai prétendu que je ne l’avais pas fait et je suis donc allé travailler pour Olympus à la place.] dixit Y. Maitani.

C’est le concepteur des premiers appareils Olympus, Eiichi Sakurai, tombé sur les brevets de Maitani, qui a insisté auprès de sa direction pour que celui-ci rejoigne son équipe de concepteurs.

Olympus lui propose alors un parcours original : dans un premier temps, il ne doit rien concevoir mais faire le tour des différents postes dans l’usine. De fait, tous les 6 mois, il change de secteur, ce qui lui permet de s’imprégner de la philosophie et des méthodes de la marque.

Au bout de deux ans de ce parcours formateur, Monsieur Sakurai lui propose d’essayer de concevoir quelque chose.

Il s’est fixé un objectif hors du commun : concevoir un appareil qui couterait le quart du prix du boitier le moins cher de chez Olympus. Il pouvait se le permettre, ayant obtenu un degré inhabituel de liberté … et un budget conséquent.

Pour Y. Maitani, l’appareil photo doit être le prolongement du photographe, ce qui implique que cet outil doit être léger, peu encombrant et contenir la meilleure technicité possible. Son second crédo est que l’objectif est lui le prolongement de l’œil du photographe et l’âme de la caméra.

Sans doute des réminiscences de son expérience avec le Leica et le Tessar. Il demande alors qu’on lui conçoive une lentille exceptionnelle, capable de rivaliser avec l’optique de Carl Zeiss.

Le résultat sera le D-Zuiko, une optique de grande qualité mais dont la conception lui a couté la quasi totalité de son budget.

Il est donc revenu à sa planche à dessin : il avait une optique de feu, restait à concevoir l’appareil qui irait avec, tenant compte de ce qui lui restait d’argent !

Après avoir développé plusieurs prototypes, il soumet ce qui deviendra l’Olympus Pen à Monsieur Sakurai. Conquis par le concept de cet appareil demi-format avec un objectif éblouissant, ce dernier décide de lancer immédiatement la fabrication.

Mais le directeur de l’usine de production s’est opposé à la mise en œuvre de ce qu’il considérait comme un jouet ! Finalement, Olympus confiera la production à Sanko Shoji, une entreprise tiers.

Lancé en 1959, ce sera un premier succès : en quelques mois, l’usine fabriquait 5000 appareils par mois et n’arrivait pas encore à répondre à toutes les demandes.

Séduite, la direction d’Olympus lui assigna une nouvelle tâche : faire de nouveaux appareils, plus rapidement.

Ainsi, lorsque Olympus voudra lancer le Pen S, le directeur de l’usine qui avait opposé son refus au premier du nom, suppliera qu’on lui en confie l’honneur de le fabriquer.

Y. Maitani dira [ … J’ai senti que j’avais enfin gagné la reconnaissance au sein de l’entreprise, et que j’avais finalement franchi la barrière de la sagesse acceptée. Cela était dû en partie au soutien de mes supérieurs, qui ont pu voir au-delà de la barrière, mais un autre facteur était le soutien des innombrables utilisateurs qui ont acheté la caméra après sa sortie].

Le Pen et ses nombreuses itérations se vendra, in fine, à plus de 17 millions d’exemplaires. Un premier succès pour Maitani.

L’idée qui révolutionne le réflex

En 1963, c’est Y. Maitani qui dirige maintenant la création et le développement chez Olympus. Fort du succès du Pen, un appareil avec un viseur simple, il décide de s’orienter vers un réflex à objectifs interchangeables munis d’une suite d’accessoires pour créer un système capable de rivaliser avec leurs concurrents.

Faisant fi de la croyance qu’un réflex de qualité devait être surmonté d’un prisme, il créera le Pen F, un chef d’œuvre mécanique, plein d’innovations techniques dont je vous parlerai sans doute un jour, le temps de mettre la main sur un bel exemplaire abordable.

Toutefois, il n’eut pas le succès escompté … trop en avance sur son temps peut-être et, surtout, les professionnels (à qui il était destiné) ne voulaient pas d’un appareil demi-cadre.

Ce demi échec relança la machine à inventer de Y. Maitani et il allait en surprendre encore plus d’un.

[Il y a peu de valeur dans la production d’un nouvel appareil photo qui ne se distingue guère de ses concurrents], écrira-t-il quelques années plus tard.

[ Si, cependant, une nouvelle caméra reflex à objectif unique apparaît sur le marché qui offre des fonctionnalités et une performance du système indisponibles dans les caméras précédentes de ce type, son accueil sera assuré puisqu’il apporte une véritable contribution à l’amélioration des normes et à l’établissement de nouvelles valeurs. Si, en plus, c’est le genre d’appareil photo qui inspire une satisfaction croissante au fur et à mesure que le photographe apprendra à mieux le connaître, il gagnera une place permanente dans ses affections en tant qu’outil photographique indispensable. Atteindre une telle distinction était le but du système de l’OM et la raison de sa conception].

Pourtant, ce ne fut pas facile car il fallait convaincre la direction pour un autre appareil révolutionnaire. Il utilisera toute l’année 1967 pour convaincre celle-ci du bien fondé de son nouveau concept.

A l’époque, le Nikon était LA référence, notamment pour les professionnels et le Pentax Spotmatic rendait l’appareil photo de type réflex populaire auprès des amateurs. Bien que Olympus eut sorti un FTL (1971), très classique, avec objectif à monture visante M42, Y. Maitani pressentait que ce type d’appareil n’avait rien d’exceptionnel et ne révolutionnerait rien.

Ses exigences sont simples : fabriquer un réflex mono objectif qui sera 20% moins grand en largeur et en hauteur que n’importe quel concurrent et 50% que le Nikon F, avec un obturateur capable d’effectuer au moins 100.000 cycles.

Pendant 4 ans, ses équipes et lui même vont rogner tous les millimètres superflus, repositionner les fonctions incontournables, telles que le sélecteur de vitesse ; ils vont exploiter le moindre espace sous-utilisé dans le châssis.

Envers et contre tous, il a maintenu les dimensions de son nouveau bébé, même si, en fin de compte, l’appareil fini sera un millimètre plus grand que prévu !

C’est à la Photokina de 1972 que ce nouvel appareil sera dévoilé : l’Olympus M-1 (M pour Maitani, belle reconnaissance de son travail acharné) est un SRL (Single Reflex Lens) avec un viseur extraordinairement grand et clair, des commandes faciles à faire bouger (même avec de gros doigt), une taille et un poids extrêmement réduit mais capable de faire tout ce que les autres appareil professionnels de l’époque faisaient. Même se retrouver en zone de conflit, dans des laboratoires, des salles de presse, des sacs à dos de baroudeurs, les sacs photo des familles, des studios de mode, etc.

Y. Maitani et ses équipes venaient de produire un nouveau chef d’œuvre d’ingénierie mécanique, qui allait changer la vision du réflex pour les années à venir. La course à la miniaturisation était lancée, sans sacrifier les capacités de ces nouveaux boitiers.

Les 25 années qui suivront verront constamment évoluer ce boitier devenu légendaire. De Monsieur et Madame-tout-le-monde aux photographes professionnels, il y aura un modèle OM.

Pour mémoire :

  • L’OM-1, celui qui bouscule tout : un réflex pas plus encombrant qu’un télémétrique !
  • L’OM-2 introduit le semi-automatisme à ouverture contrôlée électroniquement
  • L’OM-3 perfectionne l’OM-1, destiné aux professionnels et reste entièrement mécanique
  • l’OM-4 faisait évoluer le semi-automatisme de l’OM-2 et raffine encore la mesure de la lumière
  • Les OM-10, OM-20, OM-30 et OM-40 sont des boitiers simples d’emploi, plus abordables et orientés vers les amateurs
  • Enfin, les OM-3 et OM-4 en titane, plus légers et plus solides encore, offrent aux professionnels une meilleure protection contre les intempéries.

Aux boitiers s’ajoutaient une série d’objectifs de petites tailles et très performantes, les OM-Zuiko. Elles rejoignaient l’obsession de Y. Maitani pour la qualité des optiques. Celles-ci étaient non seulement plus légères et plus petites que celles de la concurrence, mais offraient un rendement incroyable.

Tiens, petit aparté : pourquoi l’appareil a-t-il changé de nom de modèle ? C’est Leica qui vint jouer les troubles fêtes, arguant que la lettre M leur était réservée. Y. Maitani aura pu faire observer qu’il s’agissait d’un réflex et non d’un télémétrique, ce qui n’entrainait aucune confusion, mais c’était aussi quelqu’un d’affable et conciliant, aussi accepta-t-il que l’on rebaptise l’appareil O (Olympus) M (Maitani)-1.

Mais quelles étaient ces révolutions ?

La liste est longue, outre l’exploitation particulièrement intelligente du moindre espace et le fait de repenser les liaisons mécaniques modifiées par leurs nouvelles implantations.

  • Pour atteindre un poids plume, c’est un alliage qui sera utilisé en remplacement du laiton pour le corps de l’appareil
  • On utilisera des vis en acier plutôt qu’en laiton pour grappiller quelques milligrammes précieux
  • Le mécanisme de l’obturateur et du miroir – amorti par air – a été revu pour qu’il soit plus silencieux et crée moins de vibrations
  • Le viseur du pentaprisme est entièrement revu pour gagner de la place. Exit donc le condenseur de lumière traditionnel
  • Le miroir reçoit une section semi-translucide au centre pour faciliter la mesure lorsque celui-ci est en position base
  • L’obturateur est entièrement mécanique
  • Le viseur couvre environ 97% du cadre, lumineux, épuré et vraiment étonnant lorsqu’on le porte à l’œil (grossissement de x0.92)
  • Réglage des vitesses autour du support de l’objectif pour garder ceux-ci rapides et instinctifs, sans quitter le sujet des yeux
  • Minuteur et verrouillage du miroir intégré dans un seul contrôle pour réduire les vibrations
  • Poids réduit à 490gr boitier nu
Schéma d'un appareil photo Olympus avec des détails internes exposés.

Comme tous les boitiers bien nés, il va évoluer au fil du temps. Car à l’origine il n’était pas prévu de monter un moteur, sauf à modifier la plaque inférieure. En 1974, Olympus va lancer un OM-1MD (Motor Drive) qui n’a plus besoin de cette modification. Une discrète marque MD est fixée sur la face avant. Ensuite, en 1979, le OM-1N remplaçait le précédent et apportait un peu de revue cosmétique (le levier d’armement), mais surtout une diode pour indiquer que le flash était prêt ou pas, une synchronisation automatique du flash (X-sync) avec les flashs de la série T.

En 1975, c’est l’OM-2 qui pointe son nez.

Celui-ci ouvre de nouvelles perspectives avec des évolutions importantes et inédites :

  • L’obturateur devient électronique (plus précis et stable, mais nécessite toujours une pile)
  • Les cellules de mesure de la lumière sont déplacées dans la boite du miroir. Elles peuvent ainsi continuer à prendre des mesures jusqu’à ce que l’exposition soit terminée (système TTL – OTF), ce qui permet de tenir compte des changements soudain de luminosité pendant la prise de vue
  • La mesure de lumière au flash est aussi plus précise grâce à une section translucide au centre pour faciliter la mesure quand il est en position basse.

Puis ce sera un OM-2N, celui que nous allons examiner, qui sera lui-même suivi d’un OM-3 et d’un OM-4, le summum de la gamme. Ce dernier sera un revirement complet de la politique d’Olympus, qui s’était égaré dans des modèles autofocus comme l’OM-101 et l‘OM-707 … assez catastrophiques il faut en convenir.

Présentation de l’Olympus OM-2N

De l’Olympus OM-1 à l’OM-2

Si l’OM-1 a bien secoué la planète photo, l’OM-2 a accroché une autre étoile dans le ciel des photographes professionnels et/ou amateurs avertis.

Sorti en 1975, ce second opus reprend la compacité de son ainé (78.6 x 83 x 50 mm), semblable au millimètre près à celle du Leica M3, qui n’a portant pas de prisme de prise de vue puisqu’il s’agit d’un appareil télémétrique.

Comparé à ses rivaux du moment, le Nikon F2, le Canon F-1, le Pentax LX, il fait vraiment petit. Pourtant, il apporte lui aussi un système sophistiqué et complet : moteur à 5i/s, optiques de grande qualité à foison, flash dédié et toute une série d’accessoires parfois plus anecdotiques. Là où on pourrait chicaner, c’est que le prisme n’est pas interchangeable mais on peut changer les verres de visée.

Mais outre sa taille, ce qui frappe dans ce boitier, c’est le nombre d’articles disponibles pour répondre à toutes les demandes des photographes, qu’il soit destiné à des scientifiques, des chercheurs, des architectes, des astronomes, ou des photo reporters, des photographes de studio ou des amateurs.

Toutefois, c’est à l’intérieur que tout se passe …

L’Olympus OM-2 dispose d’un système de mesure directe à travers l’objectif (TTL) pour la pellicule (OTF), appelé Auto Dynamic Metering (ADM). A l’époque, c’est une première mondiale car le calcul de la lumière se fait en continu, en mesurant la quantité de lumière réfléchie par le film.

Deux capteurs jumeaux (cellules bleues en silicium) mesurent la lumière réfléchie sur une surface graduée tournée du côté de l’objectif. Pour des vitesses d’obturation inférieures à 1/60 s, l’exposition est calculée à partir de la quantité de lumière réfléchie sur la surface du film pendant l’exposition. L’obturateur est de type tissu à coulée horizontale. En mode automatique, l’appareil est capable d’afficher des expositions allant de 60s à 1/1000s, tout comme en mode manuel, avec là des vitesses de 1s à 1/1000s, plus la pose B.

Plus simplement, au lieu de mesurer la lumière à travers l’objectif avant de prendre une photo, l’OM-2 la mesure sur le rideau de l’obturateur (pour les expositions courtes) ou directement hors de la surface du film (pour les longues expositions) lors de l’exposition réelle elle-même.

Cette manière de faire permet d’obtenir d’excellents résultats même dans des conditions d’éclairage difficile.

Ensuite, l’OM-2 est un hybride mécanique/électronique : il y a deux vitesses mécaniques, le 1/60s et la pose B, les autres vitesses sont électroniques.

C’est donc un semi-automatique à priorité ouverture : vous réglez celle-ci et l’appareil sélectionne automatiquement la vitesse d’obturation, ajustant parfois de manière invisible l’exposition médiane si nécessaire.

Plusieurs photographes célèbres ont utilisé l’OM-2, dont Patrick Lichfield, Kon Sasaki, Don McCullin, Roy Morsch, Jacques Schumacher, Robert Semeniuk et James Sugar (si, comme moi, vous ne les connaissez pas tous, un petit tour sur la Grande Toile pour parfaire notre culture photographique).

Mais comme je l’écrivais plus haut, les appareils bien nés évoluent par petites touches (OM-2, OM-2 MD – avec moteur, OM-2N- MD, OM-2S – OM-2 Spot Program – avec mesure spot entre autre), même si celles-ci sont des révolutions.

De l’Olympus OM-2 au OM-2N

En 1979 apparait donc l’Olympus OM-2N. Il sera fabriqué jusqu’en 1984.

Pas de grands chambardements mais des évolutions en douceur :

  • Amélioration de l’OTF pour les faibles luminosités
  • La synchro flash devient TTL avec les flashs de la série T
  • Le moteur se monte sans modification sur le boitier
  • Informations plus précises dans le viseur (introduction de diode, indication de la compensation d’exposition)
  • Gamme de mesure du posemètre élargie
  • Le viseur est encore plus lumineux
Image d'un appareil photo Olympus OM-2 avec des étiquettes détaillant les différentes fonctionnalités et réglages de l'appareil.

Point de vue purement esthétique, les OM-2, OM-2N et OM-2MD ont existé en livrée bis-colors ou noire, alors que le Spot Programme n’existait qu’en noir.

Revue de détails de l’OLympus OM-2N

Ensuite, vous avez sans nul doute remarqué le minuscule N majuscule gravé sur la face avant et le fait que la fonction de réinitialisation a été déplacée en haut de la caméra via l’interrupteur d’alimentation et le mot Reset est gravé à côté du mot Check sur la plaque supérieure de la caméra.

Commençons en haut, sur le prisme. Première remarque, le sabot du flash est amovible et non fixe comme sur les concurrents, ce qui ajoute à la compacité de l’ensemble. A la place donc, une douille filetée avec deux trous pour les broches de contact. Juste au dessus du viseur, il est écrit shoe 4 pour vous aider dans le vaste choix de sabot ayant existé pour la gamme.

Vue rapprochée du sommet d'un appareil photo argentique OM-2N avec des boutons et un objectif.

Les contacts du flash modifient les informations dans le viseur : une lumière signale que le flash est prêt à l’emploi et une seconde, rouge, confirme l’exposition correcte du flash après déclenchement. Si vous utilisez un flash de la série T, celui-ci et l’obturateur se synchronisent au réglage X.

Si vous regardez sur la gauche de la monture de l’objectif, vous verrez une prise PC. Autour de celle-ci, un interrupteur vous permet de choisir entre X ou FP. Le X est à choisir pour tous les flashs électroniques, y compris bien sûr ceux de la marque ; le FP est à réserver aux flashs plus anciens, à ampoules.

Appareil photo argentique Olympus avec objectif, vu de côté.

Si nous continuons le tour du propriétaire, nous ne pouvons rater ce qui fit, aussi, la réputation de la gamme OM et ce que HBC (Henri Cartier Bresson pour les intimes) disait en précisant que l’appareil était une extension de son oeil : le viseur !

Sa taille, sa lisibilité facilite la relation du photographe avec son boitier et c’est surement ce qui explique l’engouement que cette gamme continue d’entretenir auprès des amateurs.

Alors, nous allons y coller notre œil … et regarder les positions du sélecteur.

Au centre, un stigmomètre à coïncidence entouré d’un champ à micro-prismes très fin. Lorsque vous basculez du mode manuel en automatique,

Un gros plan sur le bouton de réglage d'un appareil photo OM-2N, avec un doigt touchant le sélecteur entre les modes AUTO et MANUEL.

sur la gauche, vous voyez apparaître une échelle avec une aiguille qui bouge en fonction soit de l’ouverture, soit de la vitesse.

Illustration montrant un viseur avec l'indication 'OFF' à gauche et 'AUTO' à droite, indiquant un changement d'état.

Si vous êtes resté en mode manuel, les indications sont plus succinctes mais néanmoins suffisantes et précises :

Symboles d'exposition photographique : 1 stop surexposé, 1/2 stop surexposé, exposition correcte, 1/2 stop sous-exposé, 1 stop sous-exposé.

En mode automatique, c’est plus précis : l’aiguille vous indique la vitesse retenue fonction de l’ouverture que vous avez déterminée (priorité ouverture).

Panneau de contrôle avec indicateur de réglage en position AUTO, OFF et MANUAL, affichant des chiffres et des flèches pour le réglage.

Le plus surprenant sur l’Olympus OM-2N c’est vraiment son système de mesure de la lumière en automatisme ; il analyse la lumière, renvoyée par le premier rideau ou le film (tout dépend de la vitesse d’obturation), grâce à deux photodiodes au Silicium (SBC).

Lorsque le circuit de commande estime que le film a reçu suffisamment de lumière, il libère le second rideau, ce qui du même coup interrompt l’alimentation des SBC. Au 1/60 s, l’estimation de l’exposition se fait sensiblement pour moitié sur le premier rideau et pour moitié sur le film. Cependant, en raison de la disposition fortement pondérée des éléments réfléchissants du premier rideau, on conserve une nette impression de pondération centrale. Cette variation de la pondération peut-elle affecter l’exposition ? Dans la plupart des cas, elle sera sans doute négligeable. Sans doute, néanmoins, y aura-t-il des cas de luminosité où cela ne fonctionnera pas. Les deux photodiodes SBC servent également au contrôle de l’exposition en temps réel avec les flashs Olympus de la série T, dont celui dédié à ce boitier, le T20.

En mode manuel, deux cellules au CdS classiques mesurent la lumière au niveau du dépoli, à pleine ouverture et pondérée.

Un tel système interdit la mémorisation, mais pas la correction volontaire d’exposition qui, lors de sa mise en œuvre est rappelée dans le viseur, bravo ! De plus, il est totalement insensible aux lumières parasites provenant du viseur.

Petite particularité de cet appareil : si vous êtes en OFF vous pourriez croire que tout est éteint. Ce n’est pas tout à fait exact car si vous appuyez sur le déclencheur pour prendre une photo, le mode Auto s’allume automatiquement et momentanément pour vous donner une photo correctement exposée, pour autant que la vitesse soit au minimum de 1/30s. Petite précaution pour les photographes pro qui doivent faire face à une situation inopinée.

Enfin, sur le bouton de sélection il reste check-reset : poussé vers cette position, c’est un contrôle de l’état de la batterie (si elles sont bonnes, une diode rouge s’allume et clignote si elles sont faibles) et il réinitialise le miroir si l’appareil le verrouille en position haute.

Vue rapprochée du boîtier d'un appareil photo OM-2 N avec des réglages de mode et un indicateur de contrôle.

Un mot à ce sujet (à vous de l’exploiter en cas d’achat par quelqu’un qui ne connait pas l’appareil … chuuuut, je n’ai rien écris) : le miroir est verrouillé si vous avez enfoncé le déclencheur avec des batteries fatiguées ou si le film est avancé lorsqu’une longue exposition. Le manuel indique que le verrouillage du miroir est une caractéristique de sécurité et non un défaut mécanique.

Bon, continuons la visite …

Sur le capot, près du prisme, un cadran rond qui a deux fonctions. La première, si vous tirez dessus, vous permet de régler la sensibilité du film (Asa/Iso) ; si vous ne le levez pas, vous réglez la compensation d’exposition, par 1/3 d’arrêt. Notez que si vous utilisez la compensation, un petit indicateur +/- glisse dans le viseur, à gauche.

Détail d'un appareil photo argentique montrant le cadran ASA et des boutons de réglage.

En façade, un petit bouton rond, à côté duquel un R rouge est gravé, indique qu’il permet de déverrouiller l’avance du film pour le rebobinage. La semelle ne porte plus alors que les couvercles pour les piles, pour l’entrainement du moteur et les contacts de celui-ci.

Détail d'un appareil photo OM-2N avec un bouton de recharge et un objectif visible.

En dessous de ce petit bouton, un large levier actionne le minuteur, modulable de 8 à 12 secondes.

Autour du bloc objectif, un anneau avec deux excroissances faciles à appréhender permet de modifier rapidement la vitesse, et sans regarder ce que l’on fait. L’aiguille du posemètre, dans le viseur, montre immédiatement les conséquences des changements.

Appareil photo argentique Olympus OM-2N avec objectif visible et cadrans détaillés.

Si vous désirez ôter l’objectif, il suffit d’appuyer sur les deux boutons sur le pourtour et de tourner dans le sens anti horaire. Pour le remettre, il faut aligner les deux points rouges et tourner dans le sens horaire.

Un mot d’ailleurs au sujet de la monture OM : tous les objectifs antérieurs ou postérieurs de la gamme sont compatibles avec les boitiers de la gamme, tout comme les autres éléments du système Olympus OM. C’est ce qui a permis à la marque de rivaliser avec d’autres modèles professionnels de son époque, comme le Nikon F2, le Canon F-1, le Minolta XK et aussi le système Pentax K.

Les objectifs Zuiko ont en plus une excellente réputation et couvrent tous les besoins des photographes. Sur l’exemplaire que je vous propose, j’ai d’ailleurs un étonnant zoom 24 -48mm ouvrant à f4 constant (Zuiko OM-System S Auto-zoom, diamètre de 48mm), très compact.

Un mot aussi sur les piles qui vont alimenter le boitier : il s’agit de deux SR ou LR 44 de 1,5v.

La gamme de vitesses du OM-2N est assez spécifique. Elle s’étale de 1s au 1/1000s plus pose B en mode manuel mais passe de 120s à 1/1000s en mode automatique.

Enfin, un dernier mot au sujet du rideau, sur lequel est dessiné un damier très particulier, celui sur lequel la mesure de la lumière se fait. Deux mots à retenir absolument : pas touche !

Ce damier noir et blanc fait partie du système OTF (off the film), que vous apercevez derrière le miroir. Il permet de faire la mesure de la lumière hors du film de manière très précise et en continu, ce qui évite les erreurs dues au changement de lumière pendant la prise de vue. Il permet encore de contrôler la durée de l’éclair du flash en dosant la lumière qui frappe le film lui-même.

Petit résumé

Si je devais résumer cet Olympus OM-2N, je reviendrais sur quatre mots : léger (510gr nu), compact, évolutif et solide.

J’ai déjà largement évoqué les trois premiers mais je reviens sur le quatrième. De nos jours, dans l’imagerie collective, on retient les Nikon comme étant de tous les fronts de guerre (quelques exemples ci-dessous) ou les lieux sensibles, voire chez les peoples.

Mais d’autres ont mouillé leurs chemises avec des Olympus OM

Bref, les Olympus OM ont encore de l’avenir malgré leur plus de 50 ans !

Petite revue de ce qu’en disait la presse spécialisée/ la publicité de l’époque

Description de l'appareil photo reflex Olympus OM 2 N, avec vue de l'avant, de l'arrière et du dessous, accompagné de spécifications techniques.
Granier-Natkin 1981
Un article présentant des appareils photo reflex, notamment le Minolta XD 5 et l'Olympus OM 2n, avec des spécifications techniques et des descriptions.
Camara 1981, les meilleurs réflex de l’époque (voir encadré en bleu)

Que penser de cet appareil ?

Comme je le précisais dans le préambule de cet article, cet exemplaire semblait n’avoir pas trop souffert, hormis le petit cache qui tient le minuteur qui s’est fait la malle !

Bien nettoyé, j’ai refait les mousses du miroir et du dos, remis des pile neuves et collé le bouton du minuteur au gaffer, en attendant mieux.

Il est vrai que c’est un appareil plaisant à manipuler et, je l’avoue, j’ai repris mon OM-D EM-1 à ses côtés : la filiation est étonnante et Olympus avait gardé la philosophie de feu Y. Maitani intacte. Gageons que OM System perdure celle-là.

Deux appareils photo Olympus sur un bureau, l'un est numérique OM-D et l'autre est un ancien modèle OM-2.

Il faut un peu s’habituer au réglage de la vitesse, autour du fut d’objectif mais c’est plus une question de pratique.

Pour le reste, c’est un appareil classique qui cache bien son jeu car, extérieurement, rien n’indique sa très bonne maitrise de la lumière. Sa compacité vous encourage à le prendre souvent avec vous en sortie et ses petites astuces vous aideront bien à capter sur le vif. C’est aussi un excellent compagnon en street photography.

Si l’OM-1 a ouvert une brèche quant au design des boitiers réflex, amenant une vraie réflexion sur leur taille et leur ergonomie, l’OM-2N a clairement posé cet appareil comme un incontournable, recherché et bien plus abordable que les opus 3 et 4.

Donc, si vous croisez la route d’un très bel exemplaire, laissez-vous tenter, c’est un appareil que vous en regretterez que lorsque vous devrez le quitter.

Une idée des images captées par ce type d’appareil ICI.

Quelques vidéos d’illustration

Rappel utile :

Petits conseils pour ceux qui utilisent peu YouTube : vous pouvez (presque) toujours traduire les vidéos dans votre langue. Voici comment faire :

Bon visionnement :

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Comment estimer l’âge de votre OM-2 ou OM-2N

Plage de nombres en sérieModèleAnnées De Production Approximatives
100000 – 299999Début OM-2Catégorie: 1975 à 1977
300000 – 499999OM-2 / OM-2 MD tardifCatégorie: 1977-1979
500000+OM-2N1979-1987

Où trouver le numéro de série :

  • Le numéro de série est gravé sur la plaque supérieure près du levier de rembobinage.

Données techniques

  • Olympus OM-2n introduit en 1979
  • Obturateur horizontal en tissu caoutchouté à plan focal, à commande électronique
  • Plage de vitesse d’obturateur: 1s-1/1000s plus pose B, synchro flash et vitesse mécanique 1/60s ; prise PC pour les flashs ; minuteur
  • Sensibilité de la cellule : 12-1600Asa ; mesure TTL directement sur le rideau (cellules SPD)
  • Indications dans le viseur : aiguille avec sur et sous exposition en manuel, indicateur de la vitesse en automatique
  • Griffe porte accessoire optionnelle et détachable (référence n° 4)
  • Alimentation : 2SR44 ou 2LR44
  • Modes d’exposition : priorité ouverture (automatique) ou manuel
  • Viseur : 97% du champ, grossissement x.84
  • Ecran de visée interchangeable (13 modèles)
  • Monture : Olympus OM
  • Flash dédié Olympus T20
  • Poids 519gr

Des références

https://expert-photo.fr/olympus-om-2n-avis-test-complet/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11635-Olympus_OM-2n.html, https://www.appaphot.be/fr/brands/olympus/olympus-om-2n-md/, https://35mm-compact.com/reflex/olympusom2n.htm, https://parlonsargentique.com/olympus-om-2n-fiche-technique-avis/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Olympus-OM-2N.htm, en français ; https://en.wikipedia.org/wiki/Olympus_OM-2, https://thenoisyshutter.com/2024/05/06/classic-camera-review-olympus-om-2n/, https://zuikography.com/olympus-om-2-family-precision/, https://www.35mmc.com/29/07/2024/olympus-om2n-best-of-both-worlds/, https://www.mir.com.my/rb/photography/hardwares/classics/olympusom1n2/ (lien désactivé à la demande de l’auteur, pour ne pas bloquer le serveur qui l’héberge), https://amateurphotographer.com/technique/film-photography/classic-film-cameras-olympus-om-2n/, https://zuikography.com/olympus-om-2-family-precision/, https://www.edwardmunn.co.uk/blog/olympus-om2n-review-the-best-value-film-slr-in-2025, https://www.digitalcameraworld.com/features/the-man-behind-the-olympus-om-camera-yoshihisa-maitani, https://zuikography.com/yoshihisa-maitani-the-visionary-behind-olympuss-revolutionary-cameras/, https://casualphotophile.com/2018/01/12/yoshihisa-maitani-the-man-who-made-olympus/, en anglais

Argentique

Le petit frère du Canon FTb QL, le Canon TX (seconde partie)

Dans cette seconde partie, nous allons découvrir ce Canon TX, comment il fonctionne et ce que j’en pense pour l’avoir manipulé un moment.

Bonne découverte.

Présentation du Canon TX

Comme vous avez pu le découvrir dans l’histoire de cet appareil, il est donc une version simplifiée du Canon FTb qui ne sera jamais vendue au Japon mais produite pour l’exportation, notamment vers les USA (aussi sous le nom de Bell&Howell FD 35) et l’Europe. Il est apparu sur le marché en mars 1975.

Qu’a-t-on sacrifié sur l’autel du prix ? Ce qui frappe en premier, c’est la vitesse maximale, limitée au 1/500s et non plus au 1/1000s ; ensuite, le bouton de déclenchement n’a pas de verrou ; puis, ils ont retiré le minuteur (le levier existe toujours mais il sert à tester la profondeur de champ). Ça, c’est ce qui se voit avec un peu d’habitude.

Vue plongeante d'un appareil photo argentique avec objectif, bouton de réglage d'ouverture et cadran de vitesse d'obturation.

Au moins, ils ont gardé la pose B, pour les expositions longues, le testeur de profondeur de champ et la griffe porte-flash avec contact synchronisé, même s’il y a encore une prise PC.

Pour le reste, il faut lire le mode d’emploi. En effet, dans le TX, la mesure de la lumière est une moyenne pondérée au centre alors que celle du FTb est une mesure partielle au centre (12%). Cette différence affecte la précision de l’exposition dans les scènes très contrastées.

Ceci dit, cette mesure s’effectue toujours à travers l’objectif (=TTL) et la mesure s’affiche au travers d’une mire avec une aiguille qu’il faut placer au centre d’un cercle pour éviter la sur ou sous exposition. Une pile est donc nécessaire. Une PX625A pour remplacer celle autrefois au mercure.

Dans le viseur, une première aiguille se déplace suivant la vitesse sélectionnée et la réaction du posemètre. Une seconde aiguille, qui se termine par un anneau, se déplace suivant le choix du diaphragme. Le but du jeu est d’amener les deux aiguilles à coïncidence.

Diagramme présentant trois indicateurs : aiguille de mesure, aiguille de l'ouverture et indice de la pile. La première position montre l'aiguille qui descend, la deuxième position indique une exposition correcte, et la troisième position montre un signal rouge pour une exposition hors du couplage de la cellule.

La cellule est située derrière le prisme, près de l’œilleton de visée. Sa mesure est pondérée, centrée au-dessous de la plage des micro-prismes.

Diagramme illustrant la relation entre le déclencheur, le diaphragme et le miroir d'un appareil photo.

Rassurez-vous, même sans pile, le TX fonctionne toujours, elle ne sert qu’à alimenter le circuit du posemètre.

C’est un appareil tout manuel, de ceux que je qualifie souvent d’appareils école car avec lui vous apprendrez les subtilités du triangle d’exposition.

Graphique illustrant les paramètres de l'exposition photographique : ouverture du diaphragme, vitesse d'obturation et sensibilité ISO, avec des icônes représentant le mouvement.

Pour le reste, c’est un appareil très classique dans sa présentation et ses fonctions:

Vue du dessus d'un appareil photo Canon TX avec un objectif Canon FD 50mm f/1.8 S.C., présentant plusieurs étiquettes indiquant les fonctions des différents éléments de l'appareil.
Schéma illustrant un appareil photo Canon TX avec des étiquettes indiquant les différentes parties et fonctions comme le levier de prévisualisation, le compartiment de la batterie, et le filetage pour trépied.

Tout comme le FTb, il utilise la nouvelle monture Canon, la FD (qui remplace la FL plus ancienne). Il vous ouvre donc un vaste parc d’optiques de qualité, chez Canon même et chez les opticiens tiers de l’époque (Vivitar, Chinon, Tamron, etc.). Pensez-y : les objectifs Canon FD permettent une mesure de l’exposition à pleine ouverture alors que les objectifs FL et R ne permettent une mesure qu’à diaphragme fermé.

Quant aux flashs, tous ceux dits électroniques de l’époque fonctionnent, même ceux avec un câble de raccordement. La vitesse de synchronisation est de 1/60s.

Résumons-nous : le Canon TX est un appareil fiable, solide, qui devait faire le bonheur de nombreux photographes car moins cher que les autres appareils de la gamme. Il offre le nécessaire, sans le superflu et vous permet d’apprendre la photographie sans risque puisqu’il est tout mécanique, la pile ne servant qu’à alimenter la cellule.

Pourtant, ce ne fut pas, en Europe du moins, un succès commercial comme attendu, vous allez comprendre pourquoi.

Petite revue de détail des Canon de l’époque:

Page de catalogue Canon présentant différents modèles d'appareils photo et accessoires, avec des spécifications techniques et des descriptions.

De fait, la date de sa sortie sur le marché le place entre deux énormes succès commerciaux de la marque : le Canon FTB (1971) et ensuite le AE-1 (1976). Hormis son prix, il ne pouvait rien offrir d’autres aux photographes de l’époque.

Que penser de cet appareil ?

Que du bien, même s’il se fait rare sur les braderies/brocantes, pour les raisons exprimées ci-devant.

C’est un boitier que l’on tient facilement en mains, que l’on peut utiliser de suite, même sans avoir lu le mode d’emploi et qui ne déçoit pas. Ses réglages sont naturels et simples à mettre en œuvre et sa compatibilité avec les objectifs FD vous permettent d’envisager tous types de photo.

Tout mécanique, il ne vous lâche pas si la pile est morte, vous pourrez toujours photographier.

Subjectivement, c’est un appareil que l’on a envie d’emmener dehors, car c’est sa place. Il vous en voudra si vous le laissez dans un placard, une vitrine.

Et comme son prix, toujours attractif (comptez au maximum 50€ pour un très bel exemplaire) ne vous ruinera pas, vous pourrez courir acheter de la pellicule et l’essayer de suite.

Donc, soyez raisonnable ou soyez fou, mais faites-vous plaisir.

Des vidéos d’illustration

Un peu de technique

Le mode d’emploi est par LA.

  • Réflex mono objectif 35mm
  • Image de 24x36mm
  • Monture FD, optique de dotation Canon FD 50mm f1.8 SC
  • Obturateur à plan focal horizontal à deux axes, avec rideaux en tissu. Vitesses de 1s, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/250, 1/500s plus pose B et synchro flash au 1/60s.
  • Viseur avec pentaprisme au niveau des yeux ; grossissement 0.85x et couverture de 94%. Télémètre à microprisme au centre de l’écran de Fresnel, mat . Aiguille d’indication de la cellule, avertissement flash insuffisant, avertissement de surexposition et de sous-exposition.
  • Mesure avec une cellule CdS à travers l’objectif à pleine ouverture, mesure moyenne pondérée centrale. Sensibilité de 25 à 2000 Iso
  • Compteur de vue avec réinitialisation à l’ouverture du dos
  • Pile PX625A de 1,5v ou WeinCell pour remplacer la pile au mercure PX625 de 1,35v
  • Dimensions et poids 144 x 93 x 43 mm, 680 g

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10506-Canon_TX.html, https://filmphotography.eu/t/fr/canon-tx-5/, https://clicclacphotoblog.wordpress.com/2018/02/16/petite-histoire-de-la-photographie-le-pays-du-soleil-levant-5-6/, http://photogamme.com/histoire-de-la-photographie-japonaise, https://zenuacademie.com/photographie/comprendre-triangle-exposition-debutants/, https://repairedescreateurs.com/triangle-exposition/, en français ; https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/canontx/index.html, https://global.canon/en/c-museum/product/film90.html, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-tx/, https://www.canonclassics.com/canon-tx/20-5/, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/canon-tx/ (une mine de renseignements), https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/CanonTX.html, en anglais

Argentique

Le petit frère du Canon FTb QL, le Canon TX (première partie)

Préambule

C’est encore chez Emmaüs que j’ai trouvé ce pauvre Canon TX.

Couvert de poussières grasses, sans objectif, la mousse du miroir en lambeaux et plein de micro débris indéfinissables dans la chambre, le compartiment pile oxydé. Mais il armait et déclenchait encore.

Sans doute un peu masochiste — mais aussi parce que je terminais l’article sur le Canon FT QL — j’ai décidé de l’emporter et d’essayer de lui redonner un aspect plus convenable et un objectif pour qu’il puisse à nouveau s’exprimer.

Essence de nettoyage, dissolvant, coton-tiges, carrés de micro-fibres, produits de carrosserie, nettoyant pour lunettes, mousses à découper et quelques heures de patience m’ont effectivement été nécessaires pour arriver à un Canon TX enfin présentable et pleinement fonctionnel, même la cellule.

Je vais donc pouvoir vous le détailler.

Un peu (beaucoup) d’histoire

Cet article sera aussi l’occasion de faire un résumé plus complet sur l’histoire de la photographie et celle de la marque, et de la replacer dans son contexte temporel et géographique.

Car le Canon TX est un reflex 35 mm lancé dans les années 1970. Moins connu que le Canon FTb, il représente pourtant une étape importante dans l’histoire des appareils photo argentiques Canon…

Vous êtes prêt ? Alors, commençons…

Les inventeurs

Nous sommes au milieu du XIXe siècle, en France et en Angleterre. Car c’est en Europe que la photographie est née. Le Français Nicéphore Niépce réussira un premier essai en 1822 mais c’est l’image Point de vue du Gras qui est considérée comme la première héliographie (reproduction spontanée de l’action de la lumière, avec la dégradation de teintes noires, sur les images reçues dans une Camera obscura – 1824) fixée sur un support.

Un autre français, Jacques Louis Daguerre, s’intéresse à l’invention et prend contact avec Niépce. Après quelques hésitations, une collaboration nait entre les deux hommes (en 1829) pour le développement et l’industrialisation de l’invention. Hélas, en 1833, Nicéphore Niépce décède subitement et Daguerre s’approprie l’invention, qu’il présente au député François Arago sous le nom de Daguerréotype.

Enthousiaste, ce dernier décrit l’invention à la Chambre des Députés (1839) et ouvre à l’univers tout entier l’invention de la photographie. Il va s’en dire qu’une polémique s’en suivra et que finalement la paternité de l’invention sera rendue à Niépce.

Si l’invention de Niépce se basait sur du bitume de Judée, qui réagit à la lumière, étalé sur une plaque de cuivre et exposée plusieurs jours à la lumière, Daguerre l’a perfectionnée : il utilise les vapeurs d’iode comme agent sensibilisateur sur une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent polie et la réaction entre l’iode et l’argent produit de l’iodure d’argent, une substance qui se révèle plus sensible à la lumière que le bitume de Judée. Le temps de pose se réduit mais exige encore au moins quelques heures.

Et c’est par hasard qu’il découvre que si une plaque exposée était traitée aux vapeurs de mercure, l’image latente apparaissait nettement. À partir de ce moment-là, le temps de pose se réduit considérablement. Encore quelques tâtonnements et Daguerre se rend compte qu’en trempant la plaque dans une solution saline, il pouvait empêcher l’image de noircir avec le temps. En découvrant le principe du développement de l’image latente, Daguerre raccourcit le temps de pose à quelques dizaines de minutes.

Pendant ce temps, de l’autre côté du la Mer du Nord, William Henry Fox Talbot mène des recherches qui lui font penser qu’il a inventé la photographie (1840) en proposant un procédé négatif-positif qui permet la diffusion multiple des images et qu’il appelle un calotype. Le procédé permet d’obtenir un négatif papier direct et donc de reproduire des images positives par simple tirage contact. Le procédé négatif-positif deviendra la base de la photographie argentique moderne, après d’autres améliorations s’entend.

Revenons en France car, toujours à la même époque (décidément féconde), Hippolyte Bayard effectue aussi des travaux sur le procédé négatif-positif sur papier. Hélas, il eut du mal à se faire reconnaître comme inventeur et à l’instar d’un Galillée qui conclut que pourtant elle est ronde (en parlant de la Terre), il publia en 1839 le premier autoportrait (le noyé-suicide) pour clamer son indignation.

Deux autres inventions, le colodion humide, inventé en 1851 par Frederick Scott Archer, et le gélatinobromure d’argent inventé par Richard Leach Maddox en 1871, font avancer l’invention : le premier permet d’enduire des plaques de verre, plus faciles à manipuler que des plaques de métal polies et le second donnera à John Carbutt, un anglais ayant émigré aux Etats-Unis, l’idée de coucher l’émulsion sur un support souple.

Idée que George Eastman (son employeur) va mettre sur le marché en 1888, en même temps que son premier appareil photo (Box) préchargé de la pellicule en nitrate de cellulose. Les produits Kodak seront distribués en France et en Angleterre par Paul Tournachon, dit Paul Nadar, fils de Félix Tournachon dit Nadar, photographe. Il sera le président-fondateur de la Société des auteurs photographes et président de la Chambre syndicale de la photographie et de ses applications.

Ces inventions et leurs développements, assorties des évolutions en matière d’optique et des appareils photographiques, qui voient leur taille et leur utilisation facilitée, vont véritablement lancer la photographie auprès du public. Elle quitte peu à peu le domaine des personnes aisées et instruites (utilisation de produits dangereux et mélanges chimiques des premiers temps) pour rencontrer les attentes de tout un chacun, enfin, presque.

Le matériel

Car un autre pays vient jouer dans la cour des grands, l’Allemagne, réputée pour la qualité de ses optiques d’abord. Associées aux nouveaux procédés permettant de capturer les images, les optiques autorisent des temps d’exposition plus courts et confortables pour les clients des nouveaux photographes, cette profession qui monte et se déploie un peu partout dans le monde.

Les objectifs donc et ensuite la qualité des mécaniques des appareils allemands vont asseoir cette nation dans l’histoire de la photographie. Car si Kodak lance le premier le marché de masse des produits et des appareils photos, comme les folding et les box, l’Allemagne propose des inventions qui vont révolutionner la pratique photographique.

Le Rolleiflex de Franke & Heidecke apparait en 1929. C’est un réflex bis-objectifs qui utilise du film en rouleau (format 120 en général) qui, associé à une grande qualité optique, va s’imposer comme un maître étalon jusque dans les années 1990. Ses images au format 6x6cm fourmillent de détails et autorisent des agrandissements de qualité. Le concept inspirera nombre de copies, notamment au Japon, en France, en Allemagne même, par exemple.

Toujours en Allemagne d’avant les deux guerres mondiales, un autre appareil photo va revendiquer une place de choix : c’est l’ Exakta Reflex, le premier réflex mono-objectif (1936), qui sera suivi par un Ihagee Kine Exakta (1936) avec objectif interchangeable. Cet appareil ouvre une voie nouvelle qui ne s’est pas encore tout à fait éteinte de nos jours. C’est l’appareil le plus polyvalent de tous, que l’on peut équiper d’une foule d’accessoires pour répondre aux besoins particuliers de chaque photographe (ce que l’on appellera plus tard un système).

En Allemagne encore, un certain Oskar Barnak, ingénieur chez l’opticien Leitz, conçoit un appareil aux proportions réduites qui va accueillir la pellicule utilisée verticalement dans le cinéma. Il a l’idée ingénieuse de faire défiler cette pellicule dans le sens horizontal, lui donnant alors le format du 24x36mm. En 1913 – 1914, deux Ur-Leica seront assemblés et testés mais il faudra attendre 1923 – 1924 pour que les premiers prototypes (31), les Leica 0 soient finalisés.

Enfin, le Leica 1 sera commercialisé en 1925, avec un objectif fixe ; puis le Leica 1C en 1930, avec 3 objectifs interchangeables (monture à visser de 39mm) ; en 1932, le Leica II qui accueille une visée télémétrique en plus et enfin le Leica III (1933 – 1960) qui inspirera tant d’imitations, voire carrément des copies (Fed 2). Les photographes professionnels et amateurs avertis (et riches) vont l’adopter.

La possibilité d’enfin disposer d’un appareil ultra portable va attirer d’autres fabricants dans ce créneau, dont le grand concurrent de Leitz, Zeiss Ikon. Celui-ci va produire un appareil, le Contax (1932), très différent du Leica : son obturateur est en métal et se déplace verticalement, permettant d’atteindre des vitesses de 1/1000s (1/1250s pour le Contax II), tandis que le Leica avait opté pour un rideau en tissus caoutchouté à défilement horizontal qui ne pouvait pas atteindre ces vitesses ; son télémètre a une base beaucoup plus large que celle du Leica, gage d’une meilleure précision ; les objectifs, conçus par Ludwig Bertele étaient considérés comme de meilleure qualité, la surface totale réduite des lentilles permettait un rendu plus contrasté et moins sensible au flare, à une époque où les traitements anti-reflets n’existaient pas encore ; le Contax était beaucoup plus facile à charger d’un film que le Leica.

En 1936, les Contax II et Contax III (équipé d’un posemètre intégré mais non couplé) conquièrent le sac photo de nombreux photographes professionnels, notamment les photojournalistes qui pouvaient facilement travailler en lumière naturelle grâce aux excellents objectifs.

Plus tard, au sortir de la seconde guerre mondiale, le Contax servira de base pour un des premiers réflex moderne, le Contax S avec un pentaprisme non inversé et une nouvelle monture, qui sera presque universelle, la M42.

Hélas, le conflit allait laisser de terribles marques dans l’histoire de la marque (une partie des usines étaient déménagées en Allemagne de l’Est, pour la production des Kiev 4 et suivants) et affaiblir celle-ci. Un marché parallèle va se constituer en Allemagne de l’Est (sous influence soviétique) avec des copies de Contax, les Kiev, mais aussi des copies de Leica avec les Fed et les Zorki. Toutefois, les copieurs vont aussi innover et faire progresser ensuite les appareils initiaux pour finalement être parfois plus modernes que l’original. Il faut aussi leur reconnaitre une capacité de production que n’atteindront jamais ni Contax ni Leica et ils feront perdurer les appareils télémétriques jusqu’au seuil des années nonante (Zorki 4K).

Mais au delà de Contax, c’est toute l’industrie photographique allemande qui souffre, ses brevets étant considérés comme des dommages de guerre et dispersés un peu partout. Zeiss Ikon accepta dès lors de faire des partenariats avec des entreprises japonaises comme Pentax, avec qui il produira la monture Pentax K ; puis avec Yashica avec lequel il développera les réflex Contax modernes (le RTS, 1975) et une monture commune (monture Y/C) pour des objectifs toujours de très grande qualité optique.

Ne brulons pas les étapes mais un nouveau venu s’invite dans la grande histoire des appareils photographiques, le Japon.

Le Japon, un peu de son histoire

Pour beaucoup, dont je suis, c’est un pays fascinant mais qui est resté très longtemps insulaire : l’archipel du Japon est constitué de 14.125 îles, quelques unes étant minuscules.

Ce sont les Chinois qui ont eu les premiers contacts avec le Japon, qui adoptera le bouddhisme et le système d’écriture. Il faudra attendre 1543 pour que des Portugais, perdus en mer, atteignent les côtes japonaises. Ils y établiront des comptoirs commerciaux, bientôt rejoint par les Hollandais et les Anglais, qui introduiront aussi le christianisme. Mais craignant de devenir des vassaux de ces empires coloniaux, ils vont d’abord interdire la nouvelle religion (1537) puis couper (presque) tous les ponts avec les autres pays (seuls subsisteront quelques contacts commerciaux avec les Hollandais et les Chinois) en 1639 et expulseront tous les étrangers du sol, interdiront à leurs compatriotes de sortir, isoleront les commerçants du port de Nagazaki.

Pendant près de deux siècles, le Japon restera isolé du reste du monde, volontairement.

Pendant ce temps, le commerce occidental s’élargit vers la Chine et de nombreux navires voguent dans la mer du Japon, mais sans pouvoir accoster. De fait, les navires, surtout américains, cherchent des stations où faire le plein de charbon pour continuer leur route. Quand la France, l’Angleterre et les Russes tentent de forcer le blocus japonais, les américains, craignant d’être en reste, sous la menace des canonnières, obtiendront que le pays s’ouvre vers d’autres contrées en 1854.

Après un premier traité, un second traité fut signé en 1858, qui ouvrit les ports de Yokohama, Hakodate et Nagasaki au commerce et à la colonisation étrangère.

Carte du Japon avec les îles principales et les villes notables, incluant Hokkaido, Honshu, Shikoku et Kyushu, ainsi que la mention 'La Maison de Canon'.

En 1868, l’ère Meiji va imposer de profondes réformes dans le pays, qui s’inspire de ce qui existe en occident, pour aboutir, en 1890 à une Constitution établissant une monarchie constitutionnelle avec un Empereur à la tête du pays.

Le pays s’industrialise rapidement. Les importantes réformes économiques, sociales et militaires transforment le Japon en une puissance régionale. Une forte ambition de développement se transformera en guerres, contre la Chine en 1895, la Russie en 1905 à l’issue desquelles le Japon incorpore la Corée, Taïwan et d’autres territoires comme colonies.

Un puissant mouvement de démocratie anime le pays dès 1900 et le pays adoptera le suffrage universel (mais pour les hommes uniquement) dès 1925.

Las, la Grande crise économique de 1929 atteint aussi le pays et crée des tensions qui favorisent la prise de pouvoir par les militaires. Le Japon reprend alors ses velléités expansionnistes : il envahit la Mandchourie (1931) puis la Chine du Nord, avant de vouloir la conquérir toute en 1937. Le morceau est difficile à digérer et les puissances occidentales se liguent contre lui, notamment à cause des atrocités commises par les militaires. Il décide alors d’attaquer les Etats-Unis à Pearl Habor en 1941 et entreprend de libérer de nombreuses colonies occidentales établies en Asie, avec le but (in)avoué de créer une sphère économique de la Grande Asie orientale.

Finalement, le Japon doit capituler en août 1945 après que les USA aient lancé deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, tuant des centaines de milliers de japonais en quelques secondes et bien d’autres ensuite, victimes des radiations provoquées par les bombes.

Le Japon et la photographie

Ces longs détours pour situer le Japon dans le parcours photographique du monde au début de cette ère d’une nouvelle invention.

Comme je l’écrivais plus haut, le pays avait gardé quelques contacts avec l’extérieur, notamment avec les Hollandais. Ce sont eux qui ont introduit, dès 1848, le premier daguerréotype à Nagasaki, le port qui restait ouvert sur l’Occident.

Il fut acquis par un notable de la ville mais il fut compliqué de s’en servir, les produits à utiliser étant rares et le processus complexe. Finalement, ce sera un photographe américain, Eliphalet Brown, équipé d’un daguerréotype, qui illustra la vie au Japon de cette époque. Il prit plus de 400 épreuves (dont malheureusement la plupart ont disparu) de la région de Tokugawa.

Mister Brown quittera l’archipel mais d’autres viendront s’y établir, comme Orrin Freeman qui ouvre un studio à Shangai dès 1859, puis à Yokohama. Il sera le premier étranger à ouvrir un tel commerce au Japon. En plus de son studio photo, il se consacrera à enseigner la photographie aux étudiants japonais. Un de ceux-ci, Ukai Gyokusen, lui a ensuite acheté du matériel et a créé le premier studio photo japonais à Edo (Tokyo) en 1861.

Un autre étranger, le photographe aventurier Felice Beato, ouvrira un studio à Yokohama en 1864 et lui aussi enseignera les rudiments de la photographie aux japonais qui voulaient devenir photographes. Là, heureusement, on a gardé de nombreuses images, dont certaines sont disponibles sur la Grande Toile.

N’imaginons pas que les échanges allaient toujours dans le même sens : une tradition d’impression en couleurs, faite à partir de bois peints a été exportée vers l’Europe et a impressionné nombre d’artistes occidentaux. Sur base de ces travaux minutieux, les Japonais ont très vite colorisé les images en noir et blanc. Cette pratique s’est développée et a créé un véritable commerce exporté vers les pays occidentaux, qui en étaient friands au XIXe siècle. Ah, l’exotisme…

On estime qu’environ 100 photographes japonais exerçaient vers 1870. L’introduction, dès 1880, des plaques sèches à la gélatine, a permis le développement de la pratique tant chez les photographes professionnels qu’amateurs. Cette nouvelle industrie a provoqué une demande accrue pour les produits chimiques et les appareils photo. Elle a aussi permis la création de clubs photo et la production de magazines dédiés à la photographie.

Pourtant, le plus important c’est ce qui se joue chez certains industriels : des hommes, ambitieux, ont compris que la photographie était un commerce à développer, tant au niveau des produits chimiques, que des optiques et de la fabrication de leur propre matériel photographique.

Citons, rapidement, Rokusaburo (Rokuemon) Sugiura qui se lance dans le commerce des produits chimiques (1873), importés de l’Ouest avant de les fabriquer dans son entreprise. Puis il fabriquera ses propres plaques photo et le papier (1902) et, enfin, ce que l’on peut considérer comme le premier appareil photo japonais (1903), le Cherry (Cerise) avec un magasin de 6 plaques, une seule lentille (ménisque), une seule vitesse mais produit en série et donc abordable. Cette entreprise sera plus connue, plus tard, sous le nom de Konica.

Citons encore Ryuzo Fuji, ingénieur naval, très intéressé par les appareils optiques. Lors d’une visite en Angleterre, il y étudie celle-ci à travers des livres techniques qu’il a acheté, dont certains viennent d’Allemagne. Il fonde, avec son frère Mitsuzo Fuji la société Jujii Lens Seizo-Sho (1909) pour réparer les équipements optiques importés de la marine impériale. Il achète l’équipement de mesure et d’étalonnage optique, des meuleuses en verre et de l’équipement de polissage, des tours et d’autres équipements optiques. Bientôt il produit son propre équipement optique qui tient la comparaison avec les importations occidentales. Il a produit des télescopes, des microscopes et des lentilles photographiques.

La Première Guerre mondiale absorbera les instruments et la matière première, qui ne seront plus exportés. Le Japon décide alors de fabriquer ce dont il a besoin.

En 1917, sous l’impulsion de la marine impériale, trois des principales sociétés d’optique du Japon, Iwaki Glass Seisaku-Sho, Jujii Lens Seizo-Sho et Tokyo Keiki Seisaku-Sho se réunissent pour former une nouvelle société appelée Nippon Kogaku Kogyo Kazushikigaisha (Japan Optical Industries Corporation). Elle produira des jumelles, des télescopes, des prismes, des miroirs et des microscopes.

Les premiers produits optiques de Nippon Kogaku ont été réalisés grâce à huit techniciens allemands invités au Japon et qui ont enseigné leur pratique et aidé à la conception et l’organisation de la fabrication. En 1930, le groupe était le principal fabricant d’optiques au Japon. L’entreprise a commencé à produire ses propres appareils photo sous le nom de Nikon (même s’il a fallu attendre 1988 pour que ce nom deviennent celui de l’entreprise).

A cette époque, presque tous les modèles d’appareils étaient présents dans l’archipel mais le rêve des passionnés restait les Leica et Contax allemands, hélas hors de portée financièrement pour la majorité des photographes nippons.

Qu’à cela ne tienne, les japonais vont en construire d’aussi bons, avec même des fonctions améliorées et à prix abordable. Il fallait trouver des hommes de la trempe d’un Oskar Barnack, un curieux, un bricoleur de génie, un inventeur.

L’histoire de Canon

Un homme âgé portant des lunettes et un costume à carreaux, se tenant devant des plantes.

Cette photo représente Goro Yoshida (1900 – 1993), l’homme qui correspond à cette description.

Jeune homme dans les années vingt, il travaille dans une entreprise de réparation de projecteurs et d’appareils photo. Naturellement, il cherche à les comprendre, les assembler, en imagine d’autres, pourquoi pas le sien ?

Un jour, il démonte un Leica II et fera cette réflexion : Je viens de démonter l’appareil photo sans aucun plan spécifique, mais simplement pour jeter un coup d’œil à chaque partie. J’ai trouvé qu’il n’y avait pas d’objets spéciaux, comme des diamants, à l’intérieur de la caméra. Les pièces étaient fabriquées en laiton, aluminium, fer et caoutchouc. J’ai été surpris que lorsque ces matériaux peu coûteux ont été mis ensemble dans une caméra, cela exigeait un prix exorbitant. Cela m’a mis en colère.

Fort de cette constatation, il a décidé qu’il était possible de garder les qualités de l’engin mais a un prix plus raisonnable. Avec son beau-frère, Saburo Uchida, et un associé, Takeo Maeda, ils créent le Precision Optical Instruments Laboratory, Seiki Kogaku Kenkyujo pour développer le projet d’un télémètre en 35mm.

Comme d’autres génies plus tard, ils ont loué … une chambre pour travailler sur le projet. Et comme il fallait trouver un nom pour le futur appareil, ils ont choisi la déesse bouddhiste de la miséricorde, Kwanon.

On ne sait pas combien de prototypes seront produits, on pense qu’il y en eut une dizaine, dont un seul aurait survécu et appartient au musée de la marque (appelé Kwanon X).

Un appareil photo vintage avec un boîtier noir et des éléments en métal chromé.

Mais avant cet appareil, il y eut, dès 1934, des publicités dans le Asahi Camera Magazine, qui montrait un boitier un peu différent, qui est comme un mélange de Leica II et de Contax. Cet appareil, qui a aussi disparu (si tant est qu’il fut réellement fabriqué) est appelé Kwanon A.

Publicité pour l'appareil photo KWANON, avec une illustration du produit et des spécifications techniques sur fond noir et blanc.

On y voit un objectif rentrant, un bouton d’avancement sur la face avant (Contax), pas de bouton de rembobinage (à l’époque, le film passait d’une cassette contenant le film à une cassette vide, il n’était pas alors utile de rebobiner), trois fenêtres (viseur et télémètre – Leica II). La traduction du texte publicitaire indique qu’il s’agit d’un appareil avec télémètre couplé, que l’avance du film arme aussi l’obturateur à plan focal et que les objectifs sont interchangeables (monture à vis 39M).

Bref, sans entrer dans des détails techniques qui n’amuseraient que les collectionneurs, résumons en écrivant qu’il y eut plusieurs versions de ce prototype. Mais peu ou pas, on ne sait trop, ont survécu. La rigueur n’étant pas encore de mise dans l’entreprise ou est-ce le feu de l’inventivité qui a dépassé nos trois personnages ?

Toujours est-il que de développements en développements, les premiers appareils commercialisables étaient prêts. Mais il manquait un objectif car celui imaginé pour les prototypes, le Kasapya (dont le nom est issu d’une autre déesse du panthéon bouddhiste), ne correspondait pas à leurs attentes. Enfin, point important s’il en est, le nom évolue aussi et devient Canon.

Finalement, grâce à des relations, Canon s’associe à Nippon Kogaku, et ils coopèrent non seulement pour la fourniture d’un objectif 35mm Nikkor mais aussi pour le télémètre et son montage, Canon fabricant le boitier, l’obturateur, le plan focal.

Mais il fallait éviter de violer les brevets de Leica et Contax, notamment pour la liaison de l’objectif au boitier. Canon, toujours avec Nippon Kogaku, a imaginé une monture avec un filet, qui était monté dans un système de baïonnette avec le mécanisme de focalisation, la J Flange.

Les premiers Canon arrivent sur le marché en février 1936. Toutefois, si les boitiers étaient prêts, encore fallait-il pouvoir les vendre ! En effet, Seiki Kogaku n’avait pas de canal de distribution. Ils ont alors fait appel à l’entreprise Omya Sashi, Yohin Co.Ltd. pour le marketing et la vente.

Cette entreprise accepte mais à la condition que son nom commercial, Hansa, soit accolé au nom de Canon sauf si les appareils n’étaient pas vendus par leur canal.

Un article paru dans le numéro d’Asahi Camera (octobre 1935) décrit l’appareil en ces termes (citation du musée Canon) : Appareil photo Hansa Canon… Canon est une imitation Leica fabriquée au Japon. Bien qu’une certaine influence de Contax soit trouvée, la majorité de ses caractéristiques sont calquées sur la Leica. …. Il utilise un magazine spécial et l’objectif est Nikkor 50mm f/3.5 de Nippon Kogaku. L’objectif est amovible. …

Ceci a le mérite d’être clair ! Ainsi donc, le premier télémétrique de qualité en 35mm japonais, ne reniait pas sa filiation avec les appareils allemands. On estime qu’entre 1935 et 1940, 1.100 unités seront produites. Pour arriver à leur fins, Seiki Kogaku a accepté qu’un tiers s’occupe d’une partie de la gestion de son appareil (optique, télémètre, baïonnette via Nippon Kogaku). Ensuite, toujours pour favoriser son essor, ils ont accepté qu’un autre nom vienne se coller au leur, Hansa.

Ils ont appris de ces collaborations et dix ans plus tard, ils étaient maîtres de leur destin et fabriquaient eux-même leurs objectifs, télémètre et développaient leur réseau de distribution.

Tout était fait à la main et le rythme n’était pas très rapide ; de plus, ils manquaient de fonds. Ils ont alors créé Precision Optical Industry Co. Ltd le 10 août 1937, date considérée comme celle de la fondation de l’entreprise. Dès lors, même si la fabrication est encore essentiellement manuelle, elle s’accélère. Ce qui n’empêche pas que des améliorations continues sont apportées et les modèles se succèdent : modèle J, modèle S, modèle NS, modèle JS.

Canon et l’effort de guerre japonais

Si nous n’oublions pas que le Japon est en guerre depuis 1931 (cfr.supra), la taille réduite de l’entreprise initiale a permit à Canon de ne pas être sollicitée à l’effort de guerre.

Mais dans les années quarante, elle produisait assez pour intéresser l’armée impériale, qui a acquis nombre de ses appareils. Lorsque la guerre du Pacifique a progressé, toutes les forces des entreprises étaient destinées aux armées. Pour Canon aussi. Ils durent fabriquer des lentilles destinées aux agrandisseurs et aux appareils à rayons X ; le nombre d’appareil photo chut drastiquement.

Sur base des Canon J, ils produisent des appareils à rayon X et cette production perdura au delà de la guerre. Un obstétricien, Takeshi Mitarai, s’intéressa à la production de ces appareils car Seiki Kogaku cherchait des solutions pour rendre la pratique de ces analyses moins onéreuses. Monsieur Takeshi Mitarai investit et s’investit dans l’entreprise dès 1942 et en fut même le président jusqu’en 1974.

La fin du conflit, que nous avons évoquée plus haut, laisse le pays exsangue et en ruines. Bien que l’entreprise Canon n’ait pas été trop endommagée, il était très difficile de trouver des matières premières, les équipements étaient quasiment impossible à entretenir ou réparer, et le personnel était plongé dans un profond désespoir. Le marché intérieur s’était effondré : ce qui était important c’était de trouver un toit et de quoi manger, le reste était superflu.

Ils ont bien failli tout arrêter car, de plus, les quelques appareils que l’industrie japonaise pouvait encore produire était des boitiers très simples, sans réglages ni sophistication, pas toujours de bonne qualité. L’armée d’occupation américaine, si elle se comportait en terrain conquis, consommait et amenait des devises. Elle achetait ces produits pour quelques dollars mais les dénigrait aussitôt pour les raisons que j’expliquais. Le matériel japonais était alors considéré comme de piètre qualité et les japonais comme de mauvais ingénieurs et/ou commerçants.

C’était pourtant mal connaître l’âme nippone devant l’affront : en 1948, le gouvernement promulguait une loi réglementant l’inspection et le contrôle des produits destinés à l’exportation ; les produits japonais se devaient d’être de qualité supérieure !

Tous les industriels ont réagi et amélioré leurs produits (aussi parce que les matières premières redevenaient un peu plus accessibles) et dans le domaine qui nous préoccupe, la photographie, toutes les entreprises ont mis les bouchées doubles pour proposer aux forces d’occupation des boitiers de qualité à des prix raisonnables.

Les soldats en ont acheté en quantité, les magasins des bases militaires (PX) ont fait des stocks et au fur et à mesure que ces soldats rentraient au pays, les appareils photo japonais se sont introduits aux USA.

Au début des années cinquante, les grandes entreprises d’appareils photo japonaises se sont regroupées et ont formé la Japan Industry Association pour structurer le marché, le développer, se former aux nouvelles technologies. Et pour vaincre les craintes des acheteurs américains (d’abord), ils ont mis en place le Japan Caméra Information and Service Center, un lieu unique pour référer aux acheteurs les pièces détachées éventuelles, les réparateurs qualifiés ; il permettait aussi d’effectuer des essais. De quoi rassurer les consommateurs US. De plus, les différentes sociétés japonaises ont ouvert des bureaux aux Etats-Unis et ont conclu des accords avec des entreprises américaines pour commercialiser leurs produits.

Par exemple, Ashahi conclu un accord avec Honeywell et Canon avec Bell & Howell.

J’en reviens un moment à la loi promulguée pour assurer la qualité des appareils destinés à l’exportation : pour certifier celle-ci, le Japan Camera Inspection Institute (JCII ) effectuait des tests rigoureux et certifiait leur qualité par un ruban avec un médaillon en papier doré, puis une étiquette, toujours dorée, qui était apposée sur chaque appareil. C’est pourquoi vous trouverez encore cette fameuse mention passed sur nombre d’anciens appareils japonais.

Ceci a perduré jusqu’au début des années quatre-vingt, lorsque le matériel japonais était devenu la norme mondiale et les appareils photo allemands étaient en déclin total. Le JCII sera démantelé à la fin des années quatre-vingt.

Canon sort de la tourmente

Le credo de Canon a toujours été de produire de bons appareils à prix décents, même s’il n’en fabriquait plus beaucoup. Ils ont toujours amélioré leurs produits. Ainsi, proche du Leica II, ils ont proposé le Model S-II (1946 -1949) plus pratique, puis le Model IIB (1949) qui intégrait un viseur révolutionnaire, qui offrait des grossissements sélectionnables de l’image pour une mise au point fine. Ils donnaient aussi la vision de l’objectif de 50mm, de 100 et 135mm. Ceci rendait le viseur auxiliaire inutile pour ces focales (Leica avait toujours besoin de sa tourelle).

Ces qualités ont permis à Canon de s’introduire dans les PX américains. Mais si les USA étaient un marché intéressant pour Canon, le marché européen l’était aussi.

Pour cela, il fallait des entreprises qui puissent les introduire aux USA. Ils en ont essayé plusieurs mais cela ne fonctionnait pas. Ils ont donc ouvert un bureau à New-York pour s’en occuper eux-mêmes (1955). De même ils ouvrent le Centre européen de distribution à Genève Suisse (1957) et prennent le contrôle direct des ventes européennes.

Les ventes décollent lentement aux USA et Canon se tourne vers Bell & Howell pour vendre leurs appareils (accord portant sur la période 1961 – 1976), tantôt sous leur seul nom, parfois avec les deux noms accolés ou encore sous la seule marque de Bell & Howell. Il n’est donc pas rare, surtout en Amérique, de trouver des appareils Canon avec différents noms.

Bell & Howell ont même demandé à Canon de leur fabriquer un boitier réflex qui porterait leur seul marque. Canon a utilisé comme base le TLb auquel ils ont ajouté, selon le désir de leur commanditaire, une griffe flash synchronisée. Le Bell & Howell FD35 était lancé (1973).

Cet appareil est donc un FTb simplifié, un TLb donc : pas de minuteur, pas de syncrho flash, vitesse maximale de 1/500s, mesure de la lumière moyenne pondérée au centre seul. Pour le B&H FD35 on garde la même recette mais on y ajoute donc une griffe flash synchronisée.

Appareil photo argentique Bell & Howell FD 35 avec objectif Canon 50 mm f/1.8.

Comme la formule était bonne (appareil solide, qualitatif mais peu onéreux), en 1975, Canon sort le même appareil sous son nom cette fois : c’est le Canon TX (et la boucle est bouclée !).

Appareil photo reflex Canon TX avec un objectif de 50 mm.

Ça va, vous suivez toujours ?

Alors voici les derniers paragraphes qui concernent, entre autre, les différents noms utilisés par l’entreprise :

  • Seiki-Kogaku Kenkyusyo (Société de Recherche Optique de Précision), novembre 1933
  • Nippon Seiki-Kogaku Kenkyusyo, juin 1936
  • Seiki-Kogaku Kogyo Company Limited, août 1937
  • Fournisseur vérifié – Canon Camera Co., Ltd., septembre 1947
  • Canon Camera Company Inc., janvier 1951
  • Canon Inc., mars 1969

Sacré parcours pour une entreprise dont le premier but était de produire des clones de Leica, japonais, de très bon niveau et abordables (le Kwanon – 1934). Ensuite comme ils fabriquaient les boitiers et qu’il leur fallait des optiques, ils se sont alliés à Nippon Kogaku (qui deviendra Nikon). Quand ils sont arrivés à tout produire eux-mêmes, ils ont essaimé dans l’archipel du Soleil Levant et puis ils ont conquis le monde, toujours avec la même philosophie : créer de bons appareils, abordables et bien conçus.

Sans doute le pieux Goro Yoshida avait-il bien fait de choisir Kwannon (le nom japonais de Kuan Yin, en Chine), la déesse bouddhiste de la miséricorde pour son premier appareil photo …

Ah oui, une dernière chose : le Canon TX ne fut jamais vendu au Japon !

La suite

Comme dans tout bon feuilleton qui se respecte, elle sera fidèle au prochain numéro. Un peu de patience.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-10506-Canon_TX.html, https://filmphotography.eu/t/fr/canon-tx-5/, https://clicclacphotoblog.wordpress.com/2018/02/16/petite-histoire-de-la-photographie-le-pays-du-soleil-levant-5-6/, http://photogamme.com/histoire-de-la-photographie-japonaise en français ; https://mikeeckman.com/photovintage/vintagecameras/canontx/index.html, https://global.canon/en/c-museum/product/film90.html, https://www.vintagecamerareviews.com/brands/canon/canon-tx/, https://www.canonclassics.com/canon-tx/20-5/, https://flynngraphics.ca/the-collection/the-cameras/f-series/canon-tx/ (une mine de renseignements), https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/CanonTX.html, en anglais

Argentique

Les deux Praktica B200 de Papy, des appareils argentiques modernes qui auront 50 ans bientôt

Préambule

C’est donc lors de la brocante de Jemeppe-S-Sambre que j’ai trouvé le petit Chinon Micro 35 EF et ces deux appareils. Ils étaient dans un de ces antiques sacs photo en tissu et qui avait dû connaître des jours bien meilleurs.

Couvert de poussière, j’hésitais à l’ouvrir complétement car ce que j’apercevais des appareils à l’intérieur ne me disait trop rien. Le vendeur m’a alors expliqué que cet ensemble appartenait à un vieux monsieur de 92 ans, qui s’en séparait à regret car il n’y voyait plus rien.

Au fur et à mesure de mes hésitations, le prix chutait drastiquement au point que j’ai dis stop à un moment, sinon il allait me les donner ou à défaut, ils partaient pour la déchetterie. Vous connaissez mon cœur d’artichaut …

Bref, j’emportais donc un sac qui fut autrefois couleur sable contenant 2 Praktica B200, deux flashs, un 28mm Prakticar, un 135mm Prakticar en plus des deux 50mm montés sur les boitiers. Les cuirettes en lambeaux ne me disaient rien qui vaillent mais les compartiments des piles étaient propres, tout comme pour les flashs. Sait-on jamais …

Un peu d’histoire

Si vous suivez le site depuis un moment, vous savez que j’ai déjà pas mal présenté les modèles de chez Praktica.

les appareils soviétiques des années septante et quatre-vingt

En effet, ces appareils, comme leurs concurrents, les Zenit, ont fait le bonheur de nombreux photographes dans les années 1970 – 80 car ils étaient plus abordables que les stars japonaises de l’époque. La qualité de leur assemblage était parfois sujette à discussion mais, globalement, ils donnaient satisfaction à leurs usagers, la qualité des optiques en monture M42 achevant de sauver la mise.

Les Praktica sont des appareils solides, taillés à la serpe et montés au marteau (désolé pour le jeu de mots !) mais faciles d’utilisation car ils n’embarquaient pas une foule d’aides électroniques : une bonne cellule au CdS, couplée mais fonctionnant à travers l’objectif (TTL), un réglage de la sensibilité des films utilisés, un miroir à retour rapide, par exemple.

Dans un article, je faisais aussi le tour des réparations que l’on pouvait tenter sur ces appareils, c’est toujours utile.

Surtout, n’oublions pas qu’un des tous premiers reflex au monde fut le Praktiflex, présenté en 1939 !

l’évolution des appareils Praktica

Au fur et à mesure des évolutions techniques (que vous pourrez découvrir avec les articles consacrés aux Praktica sur le site, comme celui dédié au Praktica Super TL 1000), ces appareils ont intégré ce qu’il fallait pour faire des photos sans trop de soucis : miroir à retour automatique, objectifs interchangeables, cellule précise, mesure TTL, synchronisation du flash sur la griffe porte accessoires, un grand choix d’objectifs abordables et de qualité, des accessoires comme des filtres, des tubes allonge pour la photographie de reproduction ou la proxi photographie, voire la photo astronomique, par exemple.

Et puis, pour essayer de garder la tête hors de l’eau, au tournant des années 1980 (1978 plus précisément), Praktica se réinvente et propose le B200, qui sera suivi par un B100 en 1981, le premier tout automatique de la marque.

Le Praktica B200 sera donc l’appareil du renouveau et de la modernité chez Praktica, présenté à la Photokina de 1978.

Le design change du tout au tout. Après nous avoir habitué pendant des décennies à des formes rectangulaires anguleuses, des appareils largement fabriqués en métal, une monture longtemps en M42 ( à viser), voilà que les ingénieurs maison sont priés de changer leur fusil d’épaule.

Exit le tout métal, place au plastique ; exit le (presque) tout manuel, bienvenue à l’électronique des automatismes ; exit la forme sage et convenue des gammes antérieures, on ajoute des revêtements gaufrés, jugés plus modernes ; exit la monture à visser, on ajoute une monture propriétaire, la monture PB (Praktica Bayonet) ; exit la cellule au CdS, voilà celle au Gallium ; exit la taille XXL, on passe au S.

On peut même y ajouter un moteur, pensez donc !

Finalement, la série B comptera, outre, le B200 et le B100, les BC et un M égaré dans la lignée ; elle sera suivie par la série des BX (1987 – 2001) qui clôturera l’épopée des reflex de la marque.

Présentation du Praktica B200

Comme je le soulignais précédemment, le plastique fait la part belle dans la construction de ce boitier. La porte arrière reste toutefois en métal, tout comme le châssis interne.

Le gainage gaufré, original mais peu résistant, sera remplacé ensuite par un revêtement lisse, considéré comme plus moderne.

Si les ingénieurs maison ont dû créer un nouvel appareil, ils ne partaient pas tout à fait d’une page vraiment blanche car ils ont pu s’appuyer sur les modèles les plus innovants de la marque, tels le EE, le EE2 et le VLC2 qui avaient reçu des obturateurs électroniques, des miroirs à retour progressif, des couplages avec la cellule à pleine ouverture et des contacts électriques. Mais la monture M42 limitait les avancées techniques.

Ils ont donc conçu une baïonnette d’assez grand diamètre, assez proche de celle de Pentax, qui affiche des contacts électriques pour le couplage, l’appareil étant un automatique débrayable à priorité ouverture.

Pour éviter de fâcher les clients qui possèdent des objectifs en M42, un adaptateur est prévu :

Un objectif d'éclairage en anneau noir sur fond gris.

Les objectifs seront des Prakticar (Pentacon) et/ou des Carl Zeiss Jena mais il n’y aura pas d’opticiens tiers qui se tourneront vers cette monture (ce sera, hélas, un frein au développement de l’appareil). La gamme s’étendra du 20mm au 300mm.

Appareil photo Praktica avec un objectif noir sur fond blanc.

Ces nouveaux objectifs seront appelés Prakticar Electric pour ne pas les confondre avec les Pentacon Electric (en monture M42), pour lesquels l’adaptateur à été conçu.

Pour ôter un objectif, il faut appuyer sur la petite touche, à droite (un peu comme sur Pentax toujours) et tourner vers la gauche.

Autre nouveauté, un obturateur électronique avec 3 lamelles métalliques, qui offrent des vitesses de 40s à 1/1000s, plus une synchro flash au 1/90s et pose B. Toutes ces vitesses sont contrôlées électroniquement pour garantir leur précision.

Vue rapprochée d'un boîtier de caméra avec un cadran de réglage de vitesse d'obturation, incluant des options automatiques et manuelles.

Il faut donc alimenter l’obturateur et la cellule : c’est chose faite grâce à une 4LR44 de 6v moderne, qui se loge sous l’objectif, sous une trappe avec un verrou ON/Lock (ne pas forcer pour l’ouvrir, un demi-tour suffit). En cas de défaillance des piles, l’appareil reste utilisable à la vitesse de synchro du flash, le 1/90s (vitesse mécanique).

Vue d'une caméra Pentacon avec un objectif visible, vue de dessous, affichant des détails de fabrication.

Grâce à la transmission électrique de la valeur d’ouverture du diaphragme vers le boitier, la mesure interne est effectuée à la vraie ouverture, ce qui donne une vision très claire de la scène dans le viseur.

Un moteur, un winder, peut être monté sur le B200, évitant de réarmer manuellement et qui offre une rafale de 2i/s.

Publicité pour l'appareil photo Praktica B 200, décrivant ses caractéristiques en 10 points forts, avec un visuel des différents modèles Praktica.

Le viseur aussi est moderne : affichage par diodes sur le bord droit des vitesses d’obturation, avec des valeurs limites (sur ou sous exposition = Over/Under). Ainsi que les modes automatique ou semi-automatique. En dessous, le chiffre du diaphragme sélectionné apparait clairement, grâce à la petite fenêtre qui apparait sur le boitier, au dessus de l’objectif.

En mode automatique, les diodes indiquent la vitesse sélectionnée selon l’ouverture choisie, alors qu’en mode semi-automatique, elles indiquent la vitesse suggérée

La mise au point se fait grâce à un stigmomètre incliné et divisé en 3, très pratique et efficace. Le verre de visée est très fin.

Deux bateaux de pêche naviguant dans une mer bleue sous un ciel clair, entourés d'oiseaux. Un cercle concentrique est superposé à l'image avec des chiffres indiquant des valeurs de mesure.

Si je devais résumer ici le Praktica B200, nous constaterions qu’il offre une exposition manuelle ou automatique, une mesure TTL de la lumière, la possibilité de mémoriser cette mesure (AE), une compensation d’exposition, une vitesse mécanique de secours, la possibilité de monter un winder, une baïonnette moderne, un testeur de pile, un viseur clair avec diodes, une minuterie et un testeur de profondeur de champ. C’est un classement de haut de gamme en 1978-79, gâché par un revêtement peu classieux et fragile.

Sa présentation est moderne et bien pensée, plus agréable de par sa forme plus compacte et arrondie que ses prédécesseurs Est-Allemands.

Image d'un appareil photo Praktica B200 avec des étiquettes numérotées identifiant différentes parties de l'appareil.
Document présentant la liste des composants d'un appareil photo, avec des descriptions en néerlandais et en français.
Diagramme des réglages d'une caméra, listant les différentes commandes et leur fonction avec des explications en néerlandais et en français.
Vue arrière d'un appareil photo avec des annotations numérotées décrivant les différentes parties, y compris l'obturateur, le compartiment de la cartouche de film, et le dos de l'appareil.
Vue arrière d'un appareil photo avec des étiquettes numérotées indiquant les différentes fonctionnalités et composants.

Franchement, par rapport aux anciens Praktica, ceux de la série B marquent une belle évolution et ils ont eu le bon goût, à l’époque, de rester très abordables. Rien de révolutionnaire mais du bien pensé pour vous permettre de vous concentrer sur la prise de vue. Remarquez le soin apporté à l’obturateur, métallique.

Reste que si les appareils tout métallique d’avant étaient réputés quasi indestructibles, ceux-ci semblent plus fragiles.

Sur les deux exemplaires de ce vieux Monsieur, je n’ai pu en sauver qu’un, le second est irrémédiablement bloqué. Mais il sera accompagné de trois chouettes optiques, d’un flash fonctionnel et de son sac tout prêt en très bon état.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, ce n’est pas un mauvais appareil qui propose des solutions qui à son époque étaient considérées comme du haut de gamme : manuel, automatique, vitesse mécanique de secours au 1/90s, infos utiles dans le viseur dont rappel de l’ouverture choisie, priorité ouverture, compensation d’exposition, etc.

Si on fait abstraction de son revêtement un peu limite, on a un bon appareil, bien équipé si on a la chance de l’acheter avec des objectifs dédiés, car ceux-ci ne sont pas très nombreux ni faciles à trouver, les opticiens tiers n’ayant pas emboité le pas de la baïonnette propriétaire.

C’est un bon appareil pour débuter, qui ne vous ruinera pas et vous permettra de sortir des sentiers battus.

Je pense que ce vieux Monsieur avait fait le bon choix à son époque et vu les traces d’utilisation sur le second appareil (bords où le laiton apparait, signe d’usage intensif), je crois qu’il en a fait bon usage, longtemps.

Ne le négligez pas, comme tous les Praktica, il reste très abordable et celui-ci est moderne.

Vidéos d’illustration

Si vous aimez voir ce qui est à l’intérieur

N’oubliez pas de traduire la vidéo

Un peu de technique

  • Praktica B200 35mm slr
  • Priorité ouverture en mode automatique et entièrement manuel
  • Mesure TTL avec capteur sur le miroir
  • Plage de sensibilité du film 25 à 3200Asa ; cellule au Gallium – Arsenide – Phosphide
  • Batterie simple 6v (4LR44)
  • Vitesses d’obturation 40s à 1/1000s + B en automatique et de 1sà 1/1000s en manuel, minuteur (+/-8s)
  • Obturateur électronique, lamelles métalliques
  • Bouton de mémoire (AE)
  • Baïonnette Praktica PB
  • Griffe porte accessoire avec contact et prise PC de synchronisation flash
  • Motor drive disponible
  • Synchronisation à 1/90sec pour le flash
  • Vitesse mécanique de 1/90s
  • Poids nu : 530gr

Pour lire les infos et les tests d’époque, c’est par ICI.

Des références

https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-b200/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1202-Pentacon_Praktica%20B200%20Electronic.html, https://fotobox.over-blog.fr/2022/05/praktica-b200.html, https://app-phot-col.com/photcol/pdfr/T36/2121.pdf, en français ; https://everythingvintage.uk/vintage-camera/praktica-b200-electronic-review/, https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_B_200, https://thecamerasite.lauro.fi/01_SLR_Cameras/Pages/practica.htm#mtl50, en anglais

Argentique

Au pays des tous petits, il y a aussi le Chinon Micro 35 EF

Préambule

Une brocante (braderie pour nos amis français) sous un frais matin d’avril : lorsque nous avons quitté la maison, l’afficheur de température de la voiture indiquait 8°C, mais lorsque nous nous sommes garés à Jemeppe-Sur-Sambre, le givre recouvrait la prairie ! Brrr …

Prenant notre courage à deux mains et un cache cou sous le blouson matelassé, nous voilà à explorer les stands à la recherche de l’objet insolite – utile – qui plait – à ajouter aux appareils que je ne connais pas (biffer la mention inutile).

Au détour d’une caisse, je découvre plusieurs cellules à main, toujours fonctionnelles, un objectif pour agrandisseur et un minuscule appareil plein de poussière. Je négocie le tout et les voilà dans le sac à dos.

Hormis deux Praktica B200 à qui je consacrerai un article et un Polaroid Now quasi neuf, je ne trouverai rien d’autre.

De retour à la maison, séance de nettoyage pour tout le monde (sauf le Pola) et je découvre enfin ce petit, tout petit Chinon qui me rappelle furieusement les Minox 35 ou le Bellami. Mais nous allons découvrir cela ensemble.

Présentation du Chinon Micro 35 EF

Pour vous donner une idée de sa taille, il n’est guère plus grand que le titre de ce paragraphe sur mon écran !

Appareil photo vintage Micro 35EF noir avec un design compact.

Mais commençons par le début : une fois bien propre, j’ai ouvert le compartiment piles (ouf, bien propre) et j’y ai glissé deux piles AA classiques. Puis j’ai trouvé l’abattant de la porte avant , qui s’ouvre vers le bas, comme sur les Minox 35. Ce qui découvre un bloc objectif. J’essaie de déclencher, rien.

A y regarder de plus près, je distingue deux mini-poignées sur les côtés de ce petit bloc optique : serait-ce qu’il faille tirer dessus pour le sortir ? De fait, oui, et se faisant, je mets en batterie l’appareil lui-même.

Un sifflement caractéristique et le flash se charge. Après quelques secondes, j’appuie sur le déclencheur, le flash se déclenche et l’obturateur fonctionne (ça, je m’en suis rendu compte à l’oreille car je ne voyais plus rien !).

Tout va bien, il fonctionne, mais comment ?

Sur ce bloc, peu d’indications : Lens Made in Japan, que l’objectif est un 38mm ouvrant à f3,8. Sur le côté, deux positions sur un curseur : 100 ou 400 Asa. C’est peu.

Un appareil photo Chinon noir avec un flash, vu de côté, sur fond blanc.

Sous l’appareil, le compteur de vue et un autre petit curseur, marqué d’un point et de la lettre R. J’imagine qu’il faut mettre sur cette position lorsque l’on veut rebobiner le film.

Sur la tranche gauche, un verrou coulissant pour ouvrir le dos de l’appareil et y glisser un film. Un astucieux point rouge vous averti que vous êtes en position ouverte ou fermée sur le verrou. Sur la tranche droite, la dragonne.

Le dessus est tout aussi minimaliste : le déclencheur, carré et très doux puis la manivelle pour le rebobinage.

Détail d'un appareil photo noir avec les inscriptions 'FLASH' et un voyant vert 'OK'.

Enfin, au dos, le viseur, étonnement grand et très clair, avec un cadre collimaté et lignes pour la correction de la parallaxe mais sans autre indication. Juste à côté de ce viseur, deux diodes, rouge et verte : la première indique que le flash est prêt et la seconde, qui ne s’allume qu’au moment où vous enfoncez le déclencheur, que la photo est prise.

Tout en dessous, une roue crantée pour l’avancement du film et l’armement de l’obturateur électronique.

Voilà, voilà … je vous avoue que je n’ai pas trouvé pléthore d’informations à son sujet, sauf qu’il s’appellerait aussi Carena Micro Micro 35 EF au Royaume-Unis. Toutefois, ayant vérifié l’info, il ne s’agit pas du même appareil. Par contre, j’ai trouvé un Miranda Micro 35 EF qui est une copie conforme. Hélas, sans plus d’explications, sauf à savoir que ce Chinon est sorti en 1982.

Il semble en plus qu’il a existé dans d’autres couleurs que le noir

Appareil photo chinon rouge avec un objectif déployé et un design rétro.

Que penser de cet appareil ?

En résumé, c’est un petit fix focus de 38mm avec une ouverture moyenne qui devrait autoriser des prises de vue nettes à partir de 90cm jusque l’infini.

Pas ou prou de réglages : juste celui de la sensibilité du film, qui permet en fait de modifier l’ouverture. Une seule vitesse, mais laquelle ?

Ceci étant, je pense qu’il faut le tester pour voir ce que cela donne car il est sympa ce petit boitier. On peut le glisser dans toutes les poches et tous les petits sacs. Rien à régler, sauf son cadrage.

Vu sa simplicité, le fait qu’il ait été re-badgé sous d’autres marques, qu’il existe en plusieurs couleurs, c’est clairement un produit d’appel, un entrée de gamme qui mérite notre respect mais ne doit pas affoler notre portefeuille : 30€ sont un grand maximum pour le mettre dans votre poche.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Des références

https://collectiblend.com/Cameras/Chinon/Micro-35-EF.html, https://camera-wiki.org/wiki/Chinon_Micro_35_EF, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-14285-Chinon.html , en français

Argentique

Imaginez un Week End en bord de Seine (ou de Senne)

Préambule

Celui-ci, je l’avais trouvé l’an passé, sur la brocante d’Hanzinelle.

J’ai hésité car les Box sont souvent très limités et tout aussi souvent dans un état proche de la déchetterie.

Mais voilà, celui-ci est tout revêtu d’un beau cuir bordeaux, à peine griffé par un usage sans doute précautionneux.

Puis, et vous comprendrez alors mon jeu de mot sur la Seine (Paris) et la Senne (Bruxelles), cet appareil est français.

Un peu d’histoire

Vu la forme de l’engin, on pourrait croire que cet appareil date du début du siècle précédant (le premier Box Kodak date de 1888). Eh bien non, il date de la fin des années quarante.

En 1947, un Monsieur Goldstein, dont on ne trouve pas de traces ailleurs, fonde la société Goldy à Paris.

Logo de la caméra Box Goldy, fabriqué à Paris, France.

A l’origine, ses activités sont diverses et variées : vente de produits liés à l’imprimerie, le matériel de bureau, le papier ; de matériel lié à l’électricité ; à l’optique ; des articles liés à l’art, la lithographie, la peinture, la photographie ; le cinématographe, le phonographe, la photographie ; des articles publicitaires …. et un raton laveur !

Finalement il semble que l’entreprise fabrique essentiellement des box en carton, dans un premier temps. De toutes les couleurs, grâce au revêtement en papier, voire en cuir. Ce seront les Spring, Superas, Week-End , Racing, Kid, Touring, etc.

Puis vient le métal, dès 1948, mais le plus souvent sous la forme connue d’une boite rectangulaire, celle des box. Il y aura le Starmétal, qui sera uniquement livrable en couleur marron peinte et non gainé. Ensuite, il sera suivi en 1949 par le Fotobox . Lui sera un peu différent, avec une forme qui n’est pas s’en rappeler celle du Gevabox

Si cet appareil innove un peu, par exemple en couplant l’armement à l’avance du film, ce qui évite les superpositions involontaires, il ne sera pas au point et assez vite abandonné au profit du Metabox, qui reprend l’essentiel de son prédécesseur, la fiabilité en plus et, surtout, un prix très bas qui lui procurera quelques beaux succès de vente.

Au début des années cinquante, retour à un appareil en forme de box, le Monococ, réalisé en aluminium embouti avec un gainage uniquement en noir. Mais il gagne une synchronisation du flash et un écrou pour le fixer su un trépied.

Publicité ancienne pour des appareils photo, incluant les modèles Super-Fex, Box Goldy, Midelly et Lumière, avec descriptions et prix.
Publicité Photo Plait de 1950

Enfin, début 1960, la marque aurait fabriqué un appareil en bakélite, un compact simplissime qui répond au nom de Marly. Assez semblable au Flex, dans la forme et l’esprit.

Le prix modiques des appareils Goldy font qu’ils ont été soit repris comme appareils publicitaires pour des marques telles que le chocolat Lanvin (les enfants qui avaient gagnés assez de points en mangeant le chocolat recevaient un appareil), les caves Sainte-Marguerite (vin de table), Delespaul (encore du chocolat). Ils seront encore présentés sous d’autres enseignes, agissant alors en produit blanc pour Manufrance, Coronet, Phot Office (une entreprise qui vendait des produits photographiques en pharmacie et dont les représentants offraient des appareils photo aux – sans doute – meilleurs vendeurs).

Les rares documents explicatifs de la société montre souvent de petits elfes qui expliquent simplement comment estimer une distance, entretenir son appareil, comment le charger, … ce qui devait enthousiasmer les enfants.

Puis la marque disparait vers la moitié des années soixante, discrètement.

Je vous encourage à découvrir les sites de Collection-appareils et Fotofex, une mine de renseignements sur les différents modèles et qui illustre clairement comment faire du neuf avec toujours le même concept : il suffit de changer de nom, de couleurs et de saupoudrer de quelques nouveautés !

La simplicité de ces appareils dans les années cinquante et soixante, en plein moment d’efforts et de recherches chez d’autres fabricants, explique sans doute pourquoi la marque n’a pas survécu. Elle me rappelle la sage des Diana, in fine mais elle n’a pas eut la chance de se retrouver chez Lomography.

Ses prix modiques et sa simplicité ne l’ont pas empêchée d’être exportée, notamment au Royaume Uni.

Et puis, soyons de bon compte : d’autres marques ont agit de la même façon et on se rappelle les box Kodak, Agfa, Coronet, Zeiss Ikon, Altissa, GAP, …

Ce qui marquera la fin de ces appareils, au seuil des années soixante, c’est un autre appareil, tout aussi simple mais plus moderne : le Kodak Instamatic. On connait la suite …

Présentation du Week End par Goldy

Comme je l’écrivais en préambule, c’est le beau cuir bordeaux qui m’a attiré vers cet appareil et, sur le côté, quelques leviers et tirettes qui me faisaient penser au Brownie Six-20.

Mais commençons par le début : c’est donc un box de forme rectangulaire, en carton revêtu de cuir bordeaux. Sur le dessus, il devait y avoir une lanière soit en plastique soit en carton revêtu mais fragile. Ici, elle a disparu.

Deux viseurs bombés, l’un sur le dessus et l’autre sur le côté permettent de voir (enfin, c’est un bien grand mot !) à travers deux petits ronds en verre collés sur la face avant.

Sur la droite, une manivelle en ferraille pour faire avancer le film et sur laquelle il faut tirer pour ouvrir l’appareil et charger le nouveau film. Soyons précis, il faut d’abord faire pivoter les deux crochets sur les côté puis tirer sur la manivelle avant de tirer vers l’avant la face de l’appareil et dégager ainsi le corps de la chambre, noir et fixé à la face.

Le film utilisé est du 620, pour des images en 6x9cm que l’on utilisait souvent par simple tirage contact.

Sur le devant, un rond en métal reprend le nom de l’appareil, WEEK END et précise en com et pouces qu’il s’agit d’un 6×9, ensuite qu’il est équipé d’un ménisque, sans autre précision (focale, ouverture ?) et qu’il est précisé qu’il est Made in France.

Appareil photo vintage en cuir bordeaux avec un objectif Meniscus, modèle Week End, fabriqué en France.

A l’arrière, il y a une seule fenêtre en rouge inactinique qui sert de compteur de vue

Un carnet en cuir brun, présentant des signes d'usure, positionné entre deux enveloppes blanches.

En enfin, sur le côté droit, une plaquette métallique avec 3 tirettes et le déclencheur. La tirette du haut fait apparaître un filtre jaune derrière l’objectif ; celle juste en dessous permet de jouer sur l’ouverture du diaphragme (heu … deux positions indéterminées) : celle du bas permet de bloquer l’obturateur en position ouverte tant que vous gardez le doigt sur le déclencheur.

Appareil photo vintage avec un boîtier en cuir marron et des boutons sur le côté.

Déclencheur qui possède un ressort de rappel pour revenir à sa position initiale. L’obturateur est rotatif, métallique, à une vitesse unique, mais laquelle ?

Pour ouvrir la boite, il suffit de relever les deux crochets qui sont sur le côté et de tirer sur la face avant, ce qui dégage la chambre entière.

Et c’est tout !

Avouons que pour les années cinquante, voire soixante, c’est un minimal syndical difficile à défendre ! Mais ces appareils gardaient leurs adeptes, qui détestait à n’en pas douter tout signe de modernité…

Que penser de cet appareil ?

Hormis son cuir élégant, c’est de fait un appareil simplissime.

Tout en carton, il est difficile voire impossible de le désassembler sans le détruire car tout est collé. Impossible donc de nettoyer les verres de visées, les miroirs de renvoi et le mécanisme de prise de vue. La médiocre qualité des métaux font qu’ils rouillent très vite et que leur maniement est parfois difficile (les tirettes sont collées par la rouille). .

De plus, la bobine de 620, qu’on ne trouve plus ou qui nécessite de modifier une bobine de 120, le rend peu intéressant à utiliser.

Reste que c’est un bel objet. Si vous avez été voir les sites recommandés plus haut, ces Goldy sont même collectionnables pour la richesse de leurs différences.

Pour moi, il reste un bel objet décoratif mais à l’histoire intéressante.

Qu’en pensez-vous ?

Vidéo d’illustration

Remarquez qu’au début de la vidéo, la face avant est montée à l’envers !

Un peu de technique

En l’absence d’informations, je ne pourrais émettre que des suppositions, en regard d’autres produits similaires, aussi vous recommanderais-je d’aller voir les Kodak Brownie Six-20 sur le site.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2647-Goldstein_Week%20End.html, http://glangl1.free.fr/Liste-Goldstein.html, https://stereoantica.com/week-end-metallique/, https://collectionappareilsphotos.wordpress.com/2017/06/16/goldstein-goldy/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Goldy, en français ; https://www.fotofex.fr/post/goldy-prototype-parts-for-6×9-box-camera (pour y voir toutes les couleurs des Goldy), en anglais

Argentique

Un moyen format un peu délaissé, et c’est une erreur : le Zenza Bronica S2

Préambule

Encore un moyen format de poids que ce Zenza Bronica S2 et un très bel objet, d’une époque où l’on fabriquait pour que cela dure, longtemps. D’autant qu’ici il n’y a pas d’électricité (pile) ni électronique, juste de la mécanique de précision, pensée par un homme féru de technique fine et d’innovation.

Celui-ci aussi, cela fait un moment que je devais vous le présenter. Cependant, comme il est assez proche d’un exemplaire que je vous ai déjà démontré, j’ai un peu attendu.

Vous souvenez-vous du Zenza Bronica S2A ? Celui du jour est son prédécesseur …

Un peu d’histoire

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Monsieur Zenzaburo Yoshino, qui fabriquait alors des objets personnels de luxe (briquets, montres, étuis à cigarettes, etc.), décide de construire un appareil photo qu’il espère parfait.

Ses parents, marchands de riz, l’ont vu grandir avec cette prédestination pour la technique et une certaine obstination pour arriver à ses fins. En effet, c’est pour financer ses idées qu’il construit, en 1947, Shinkodo Works. Grâce à ses contacts avec les objets de luxe de l’époque, il côtoie les Leica, Rolleiflex et Contax. Et il se sent frustré car même ces appareils ont des limites qu’aucun d’entre eux ne parvient à dépasser. Son rêve est alors de fabriquer un appareil qui allie les qualités de ceux-là, sans leurs défauts et limites.

C’est ainsi qu’il pense à un appareil modulaire, pouvant répondre aux besoins spécifiques de chaque photographe et pour le construire, il s’inspire du Hasselblad, un réflex mono-objectif à optiques interchangeables de précision.

Son prototype s’appelle Yoshino Flex. Il sera produit par Shinkodo Works en 1956, entièrement construit à la main. Au fil du temps et des améliorations de ce prototype, en octobre 1958, nait le Zenza Bronica, un nom latinisé que l’on pourrait traduire par le Bronica Z avec des films en rouleaux (Zen-za).

Cet appareil est présenté au Philadelphia Camera Show en mars 1959 et il est d’emblée reconnu comme un appareil techniquement supérieur à ce qui existe alors.

Toujours en quête de perfection, Zenzaburo Yoshina fait évoluer l’appareil qui devient le Bronica D (pour Deluxe).

Dans un premier temps, les optiques fournies avec les appareils proviennent de chez Nikon (Nikkor). Ensuite, Bronica fabriquera ses propres optiques de qualité et il se fournira chez Seiko pour ses obturateurs.

Si les coûts de développement des appareils ont couté une fortune, ils ont permis le dépôt d’un portefeuille impressionnant de brevets internationaux (voir exemple chez Collection-appareils).

Les premiers boitiers (6×6) possèdent un obturateur plan focal ( du S au EC-TL II), les suivants voient le remplacement de cet obturateur par un obturateur central (des ETR en 4,5 x6, aux SQ redevenus 6×6) et propose toujours l’interchangeabilité des objectifs et des magasins.

Petit résumé des modèles :

  • Bronica Z (Zen -za), mars 1959 et rebaptisé Bronica D (Deluxe) en décembre 1959. Fin en mars 1961
  • Bronica S (Standard), avril 1961 – avril 1965
  • Bronica C (Compact), décembre 1964 – mai 1965
  • Bronica C2, mai 1965 – septembre 1972
  • Bronica S2, juillet 1965 – S2A 1969) – S2A de type 2 (1972 – 1977)
  • Bronica EC (contrôle électrique), avril 1972 – décembre 1978
  • Bronica EC-TL (Electrical Control with Through-the-Lens), juin 1975, EC-TL II (1978 – 1980)

Ces appareils étaient donc des 6×6. Quelques uns ont proposé des premières mondiales, comme le Bronica EC, premier réflex à obturateur à plan focal électrique, ou l’EC-TL, premier boitier de moyen format avec exposition automatique prioritaire à l’ouverture (AE).

Ensuite, la série des 4,5 x 6 des ETR :

  • ETR : mars 1976 – mars 1980. ETR était un acronyme pour Electronic TTL-metering Reflex.
  • ETR-C : novembre 1977 – décembre 1980. Identique au modèle ETR, sauf que le dos n’est pas interchangeable
  • ETRS : octobre 1978. Version améliorée de l’ETR avec un contact supplémentaire pour prendre en charge le mode d’auto-exposition avec le viseur à prisme et cellule AE-II et plus tard AE-III.
  • ETRS bis : évolution du précédant en juillet 1982 – septembre 1989. Cette version est en plastique (en fait du polycarbonate pour les panneaux latéraux et le magasin).
  • ETRC : octobre 1978 – octobre 1980. Identique au modèle ETRS, si ce n’est que le magasin de film ne peut être enlevé du dos interchangeable
  • ETRSi : décembre 1988 – décembre 2004. Version améliorée de l’ETRS avec capacité de verrouillage du miroir, exposition flash TTL-OTF.

Puis la série SQ, qui revient au format 6×6 :

  • SQ : août 1980 – septembre 1984. Remplaçant et successeur des caméras classiques qui n’utilise plus les lentilles Nikkor et possède un obturateur à feuilles .
  • SQ-A : janvier 1982 – décembre 1991
  • SQ-Am : août 1982 – mars 1991.
  • SQ-Ai : décembre 1990 – décembre 2003. Ajout d’une carte de circuit imprimé qui nécessitait également que le compartiment de la batterie soit moins haut. La batterie unique de 6v a été remplacée par quatre piles bouton de 1,5 volt.
  • SQ-B (Basic) : avril 1996 – décembre 2003. Le SQ-B était un SLR tout manuellement, extrapolé du SQ-Ai, construit pour satisfaire principalement les besoins des photographes professionnels studio.

Il y aura encore la série GS, qui est au format 6×7 :

  • GS-1 : avril 1983 – juin 2002. Système modulaire léger avec quatre viseurs interchangeables, poignée de vitesse et dos de film optionnel pour film Polaroid (pack 100), film de 6×4,5 cm, 6×6 cm et 6×7 cm sur bobines 120 et 220. Le GS-1 utilise des objectifs de la série « PG » dans une variété de focales: 50mm, 65mm, 80mm, 100mm, 110mm macro, 150mm, 200mm, 250mm et 500mm.

Et enfin, la série RF :

  • RF645 : mai 2000 – septembre 2005. Système télémétrique couplé au format 6×4,5 cm, léger et compact, avec quatre objectifs interchangeables avec obturateur à lames: 45mm, 65mm, 100mm et 135mm.

Un mot aussi au sujet des objectifs : il y eut un 30mm (fisheye) et à l’autre bout, un 1200mm. Entre les deux, environ 30 objectifs. Ces optiques étaient fournies par Carl Zeiss Jena, Tokyo Optical Co. (Nikon), Ltd., Norita optics, Komura-Komuranon (Sankyo Kohki), Schneider Kreuznach, ainsi que les lentilles fabriquées plus tard par Bronica lui-même (Zenzanon) sur la base de conceptions par Zeiss et des fabricants d’objectifs japonais.

De plus, une large gamme d’accessoires était disponible, comme des poignées, des flashs dédiés, des magasins spécifiques (comme un dos Polaroid pack 100)-, des accessoires de visée avec ou sans cellule, etc.

Collection d'équipements photographiques incluant un appareil photo, des objectifs, des étuis et divers accessoires, présentés sur un fond blanc.

Les Bronica ont eu une carrière faste jusqu’en 1998, lorsque la firme est reprise par Tamron, qui mise sur la qualité optique des Bronica. Quelques modèles seront encore produits jusqu’en 2004, date à laquelle Tamron cesse de produire ces boitiers, devenus électroniques mais jamais numériques à une époque où les photographes professionnels délaissaient les sels d’argent au profit des pixels.

Car Bronica était avant tout un appareil destiné aux professionnels, ceux qui couvraient les mariages et/ou pratiquaient le portrait, voire le paysage.

Pendant des années, Bronica fut synonyme d’appareil de qualité supérieure (même à celle de son illustre modèle, le Hasselbald), fiable et extrêmement modulaire.

Finalement, il n’eut qu’un tort, celui de rester fidèle au film 120 qui lui avait fait gagner ses lauriers …

Présentation du Bronica S2

Attention, ici c’est du costaud : l’appareil est en acier inoxydable 18/8 et le plastique n’a pas droit de cité car les molettes, les boutons, les engrenages, tout est en métal, assemblé avec une minutie qui frise l’exceptionnel. Pas de fuite de lumière ici, tout est parfaitement en place, sans jeu ni tremblement, tout s’ajuste au millimètre. On est loin de l’approximation d’un Kiev 88

Une question se pose maintenant : quelle(s) différence(s) entre un S – S2 – S2A ?

Avant toute réponse, je vous recommande les excellents sites de dirapon et de briseux au sujet de ces appareils, ce sont des mines de renseignements.

Et puis, il faut faire un petit retour en arrière : l’appareil qui a permis le S est le Zenza Bronica D, apparu en 1959. Celui-ci offrait des caractéristiques élevées pour un réflex mono-objectif. Par exemple une vitesse de 1/1250s, un miroir à retour instantané, la possibilité de faire des doubles expositions, minuterie, etc. Un appareil exceptionnel mais cher (D pour Deluxe).

Le premier modèle S simplifie le modèle D : exit la double exposition et la minuterie, réduction de la vitesse de l’obturateur (1/1000s) et fiabilisation de celui-ci, amélioration de la mise au point même si celle-ci est confiée à une rampe fixe, et le miroir se relève manuellement.

Enfin, en 1964, apparition du modèle S2 qui reprend les éléments du S mais y ajoute une nouvelle rampe hélicoïdale pour la mise au point, avec encore la possibilité de passer du film 120 au 220 grâce à un petit levier sur le corps (ce qui permet de doubler le nombre de photo). Possibilité d’estimer la profondeur de champ avec un bouton à enfoncer.

Quant au S2A, il améliore sensiblement l’obturateur mais ne révolutionne pas le concept de cet appareil bien né.

Pour le reste, je vous renvoie à l’article sur le Zenza Bronica S2A cité en préambule, il reprend le maniement du boitier, voulu par ailleurs très intuitif par son concepteur.

Schéma annoté d'un appareil photo Bronica, montrant les différentes parties telles que le capuchon de visée, la prise synchro, la bague hélicoïdale, le cadran de l'obturateur, et les boutons de contrôle.
Schéma d'un appareil photo avec étiquettes indiquant ses différentes parties et fonctionnalités.

Un mot toutefois sur le cycle d’ouverture/fermeture à la prise de vue :

Illustration montrant l'intérieur de la chambre de visée d'un appareil photo, avec le diaphragme ouvert à pleine ouverture.

Au déclenchement:

  • le miroir s’escamote au fond de la chambre de prise de vue (au lieu de se relever comme sur la plupart des reflex); ceci permet d’utiliser des objectifs dont le bloc optique arrière rentre dans la chambre;
  • un volet métallique noir recouvre le miroir pour empêcher les réflexions parasites dans la chambre;
  • un rideau se déploie et occulte le dépoli;
  • un levier actionne le diaphragme de l’objectif qui se referme à la valeur sélectionnée;
  • l’obturateur s’ouvre, et se referme;
  • le miroir, son volet anti-reflets, le rideau du dépoli et le diaphragme reprennent leur place

Ce long cheminement est un peu lent et guère silencieux mais il est exempt de vibrations car la photo est faite lorsque tout se remet en place.

Et un dernier mot sur les protections dont jouit l’appareil :

La liaison du dos au boîtier est extrêmement bien conçue et réalisée, excluant pratiquement tout risque de fausse manœuvre.

  • Impossible de retirer le dos sans le volet en place;
  • impossible de retirer le volet si le dos n’est pas fixé sur le boîtier;
  • Impossible de déclencher si le volet est en place
  • A chaque connexion dos/boitier, l’appareil effectue un cycle de synchronisation armement/avancement. C’est bien pensé et tout mécanique, rien que mécanique.

Ici aussi, on n’est pas obligé de retirer le dos si on veut se simplifier (!?) la vie, car le dos s’ouvre et libère (dans le noir absolu si un film est chargé) les bobines.

Les rideaux de l’obturateur se déplacent verticalement, ce qui permet d’éviter des renvois d’angle dans les pignons et engrenages d’armement, faiblesse de conception des Blad et consorts dont les rideaux se déplacent horizontalement.

Petit panel des appareils moyens formats de l’époque :

Tableau comparatif des appareils photo moyen format avec détails sur la marque, le type, le format, et d'autres spécifications techniques.

Que penser de cet appareil ?

C’est un fait, c’est un appareil plus à l’aise en studio qu’en Urbex ou en photos de rue, … sauf à avoir une bonne sangle et des cervicales en béton armé !

Mais c’est la rançon d’un appareil solide, fait pour durer si vous l’entretenez à minima et – surtout – qui délivrera des images de grande qualité.

Moins auréolé que son cousin Hasselblad, il vous offre le moyen format à un prix encore abordable et des objectifs de grande qualité dans la même gamme de prix.

Sortez-le avec un bon trépied pour capter de splendides paysages et vous serez étonné de sa facilité d’utilisation et de sa capacité à restituer les plus infimes détails de ce que vous voyez, que ce soit en N/B ou en couleurs.

La pellicule au format 120 ou 220 existe toujours même s’il faut regretter que les photographes et les studios n’en proposent plus ni les magasins généralistes. Il vous faudra vous tourner vers des entreprises sur le Net. Pour ma part, je les achète chez Retrocamera.be qui devrait pouvoir satisfaire vos envies.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI et LA.

  • Type de film: 120 / 220 Film de rouleau (douze ou vingt-quatre expositions 6cm x 6cm par rouleau)
  • Objectif: 7.5cm f/2.8 Nikkor-P, enduit, avec 5 éléments en 4 groupes
  • Monture de l’objectif: baïonnette Bronica
  • Mise au point minimale: de 40cm à l’infini, type d’hélicoïde, course 14 mm, angle de rotation de la bague de focalisation 250 degrés
  • Echelle des distances : pour les lentilles de 75 mm, 50 mm, 135 mm et 200 mm
  • Viseur : Viseur de niveau de taille interchangeable, lentille de Freznel et loupe
  • Obturateur : en tissu à plan focal vertical
  • Miroir: retour instantané, un système de miroir automatique
  • Diaphragme: diaphragme entièrement automatique – objectifs 75 mm, 100 mm, 135 mm, 200 mm et 400 mm
  • Vitesses: pose B, 1s – 1/1000 s (B, 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/15, 1/30, 1/60, 1/125, 1/500, 1/1000 et synchro X au 1/40)
  • Cellule : sans mais peu recevoir des viseurs dotés de celle-ci
  • Support Flash: M et X Flash, X-Sync à 1/40s
  • Enroulement de film: manivelle ou bouton d’enroulement.
  • Compteur de vues avec remise à zéro automatique
  • Poids: 1857 grammes avec le 75mm Nikkor, 1645gr (corps seulement)

Comme souvent, les mousses de ces appareils deviennent poisseuses et collantes : c’est sur le site de diapron que vous trouverez comment faire et ici pour la mousse du miroir.

Des références

https://www.dirapon.be/bronica.htm (incontournable), https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-1587-Bronica_S2A.html, http://briseux.free.fr/bronica/bronica.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-20143-Bronica_S2.html, en français ; https://mikeeckman.com/2021/05/bronica-s2-1965/, https://camera-wiki.org/wiki/Bronica_S2, https://www.lomography.com/magazine/278682-lomopedia-zenza-bronica-s2, https://camera-wiki.org/wiki/Bronica_S, https://en.wikipedia.org/wiki/Bronica, en anglais. Si vous voulez refaire l’habillage de votre appareil, une bonne adresse : http://aki-asahi.com/store/html/Bronica/SII/index.php

Argentique

Un moyen format qui traverse le temps, le Yashica Mat LM

Préambule

Cet appareil fait partie de ceux que j’avais achetés à la veuve du collectionneur à qui j’ai consacré un article.

De fait, cela fait un moment que je dois vous le faire découvrir et l’occasion m’en est donnée après avoir analysé le Yashica Mat que je vous présentais y a quelques temps.

Ici aussi, il est en parfait état et a été conservé non pas dans son sac tout près mais dans une trousse moderne et étanche à la lumière, ce qui a préservé la cellule, toujours fonctionnelle, nous en reparlerons.

Alors partons à la découverte de ce nouveau Yashica bis-objectifs (TLR).

Un peu d’histoire

Mais cette fois alors vraiment très peu car je vous ai déjà presque tout raconté dans l’article précité sur le Yashica Mat tout court.

Lors de la sortie du Mat classique, en 1958, Yashica a voulu être un peu à la page et a préparé ce Mat LM. Mat pour automatic puisque lui aussi couple l’armement à l’avance du film, tout comme le film se place automatiquement à la première image, et LM pour Ligth Meter ou posemètre. C’est en 1960, vraisemblablement, que l’appareil est apparu sur le marché.

C’est encore une cellule au sélénium, qui ne demande donc pas de pile car c’est la lumière qui excite la matière et produit le courant nécessaire à la gestion du posemètre. Elle n’est pas couplée non plus

S’il succède donc au Yashica Mat, il sera suivi, en 1964, par le Yashica Mat EM. Ce dernier sera très semblable au Mat LM si ce n’est que Yashica aura simplifié la lecture du posemètre.

Ce modèle est apprécié pour sa cellule, assez précise. Toutefois, il utilise le système de valeurs EV, qu’il faut traduire sur un calculateur, j’y reviendrai. C’est un peu moins pratique d’utilisation, c’est d’ailleurs pourquoi le Mat LM sera remplacé par le Mat EM.

Présentation du Yashica Mat LM

Inutile de reprendre la description du Mat LM, elle est en tout point identique à celle du Mat. Enfin, presque …

Puisque celui-ci bénéficie d’une cellule, un sérieux avantage.

Sur le devant de l’appareil, impossible de la manquer, avec son verre en nid d’abeilles.

Et puis il y a, au dessus des lettres LM, cette échelle de valeurs que donne la cellule.

De fait, l’aiguille de la cellule se déplace devant des chiffres, qui sont des valeurs EV ou indices de lumination, en français.

Vue rapprochée du dessus d'un appareil photo, montrant les réglages de vitesse et d'ouverture, ainsi qu'un compteur de film.

Ces chiffres, il faut les traduire en ouvertures grâce à un calculateur, situé autour de la molette de mise au point, à gauche. Ce n’est pas très ergonomique puisqu’il faut quitter sa visée pour voir les chiffres utiles, sur le côté, puis les reporter sur la commande de l’obturateur. Le Mat EM simplifiera cette gymnastique.

C’est d’autant plus dommage que la lecture de la vitesse, de l’ouverture et celle de la cellule sont elles visibles par au dessus, quand on vise son sujet. Mais bon, ne chicanons pas, il y a au moins une cellule.

Autre légère modification donc, la molette située à gauche de l’appareil : outre l’échelle de distance inscrite au pourtour, il y a encore l’échelle de profondeur de champ, puis une petite fenêtre pour indiquer la sensibilité du film (de 6 à 400Asa) et enfin, en rouge, le disque qu’il faut faire tourner en fonction du chiffre donné par la cellule. En le reportant sur le cadran rouge, on trouve alors la combinaison de l’ouverture adéquate.

Gros plan sur le cadran d'un appareil photo vintage, avec un doigt ajustant le réglage de l'ASA.
Gros plan sur le cadran d'une caméra vintage avec des réglages pour la vitesse d'obturation et l'ouverture.

A noter que sous la manivelle d’avance et d’armement, il y a encore une roue de correspondances, celles entre les Din et les Asa qui sont curieusement notés jusqu’à 800Asa là.

Pour le reste, comme je le soulignais au début de l’article, tout est comme sur le Yashica Mat.

Le système de visée :

Instructions pour utiliser un appareil photo vintage, montrant des doigts ajustant les réglages sur le dessus de l'appareil et ouvrant le compartiment de l'objectif.
Soit en regardant dans le tunnel, soit en faisant sortir la loupe pour affiner la netteté, soit en viseur dit sportif.
Intérieur d'un appareil photo avec un viseur montrant une grille rouge sur un fond noir.

La remarque qu’il faut toujours laisser le commutateur du flash sur X si on veut utiliser le minuteur.

Détail d'un appareil photo vintage avec des objectifs doubles et des réglages visibles.

Le flash est synchronisé à toutes les vitesses en position M, synchronisé au 1/60s ou 1/30s (avec le minuteur) sur X

Tableau des réglages de l'appareil photo indiquant les positions de sélecteur, les types de bulbes utilisés, et les vitesses d'obturation recommandées.

Que penser de cet appareil ?

Avant tout, au risque de me répéter, cela reste un Yashica Mat, solide, bien construit et quoiqu’en disent certaines méchantes langues, un appareil parfait pour apprendre à coût raisonnable le moyen format avec un boitier bis-objectifs.

Les optiques sont très bonnes et il faut chercher la petite bête pour discerner une très nette différence par rapport au Rolleiflex, par exemple.

Sa cellule est un avantage, malgré la petite contorsion qu’elle impose. Cependant, comme elle est au sélénium, viendra un temps où elle s’épuisera. Pas de panique, l’appareil restera parfaitement fonctionnel, simplement, vous devrez vous munir alors d’une cellule à main pour compenser celle qui vient de défaillir. Rien d’insurmontable donc …

Reste encore alors pour moi la question du choix : le Yashica Mat LM (car j’ai entre temps vendu le Mat à une demoiselle qui en fera bon usage) ou le Rolleiflex T type 3 ?

J’hésite, j’hésite …

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Reflex bi-objectif Format 120
  • Yashica Mat LM
  • Japon, fabrication d’avril 1958 à avril 1962
  • Optiques : Prise de vue : Yashinon 80mm f3,5 (4 lentilles en 3 groupes, optique de type Tessar). Visée: Yashinon 80mm f3,2 . Toutes les deux sont traitées multicouche
  • Obturateur : Copal MXV B, 1s à 1/500eme. Synchro X et M.
  • Système de mesure : Cellule au sélénium montée sur le boîtier, système L V de 0-10
  • Synchro flash à toutes les vitesses, commutateur M – X avec prise, pour câble PC à l’avant du boitier.
  • Dimensions et poids 1,2kg

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Fr/Yashica-Mat_LM, https://35mm-compact.com/anciens/yashica-tlr.htm, https://collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=11861, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Yashica_mat_LM.html en français ; https://www.williamsphotographic.com/yashica.html, https://ewoodsphoto.com/2017/11/25/this-old-camera-the-yashica-mat-lm/, https://yashicatlr.com/66ModelsPage7.html, https://www.photoethnography.com/ClassicCameras/index-frameset.html?YashicamatLM.html~mainFrame en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/yashica-mat-lm/, en allemand

Argentique

Et les autres ?

Eh oui, quand on tente de nouvelles aventures, souvent il convient d’essayer plusieurs formules …

Dans le même style de démarches, si je peux me permettre, je vous signale le site de « Lafillerenne », qui explore aussi les possibilités de ces vieux appareils. Un site à visiter : http://lafillerenne.fr/blog/562/

Quelques mots pour vous présenter d’autres appareils anciens que j’ai testés et revendus car ils ne me convenaient pas, ou moins qu’espéré, ou parce que je n’avais plus de place…

Ah, vous ne verrez pas toujours les images de ces appareils, je les ai vendus avant d’avoir fait les photos, ou je les ai malheureusement effacées. Mais quelques recherches sur la grand toile vous permettrons de vous faire une idée.

Un Minolta Hi-Matic 7S : excellent appareil, avec lui aussi un objectif de légende ouvrant à f1:1.8. Facile d’utilisation, très beau esthétiquement en livrée argentée, il est déconcertant à l’usage à cause d’un déclencheur avec une course longue comme un jour sans pain et qui émet de drôles de bruits dont on ignore la provenance.

Un Yashica Electro 35 GT, un GS en livrée noire. Je vous ai déjà parlé de lui dans une autre page. Si je l’ai revendu, c’est parce que je voulais trouver le GTN et – mon petit graal à moi – le GX. En tout cas, esthétiquement très beau en noir, c’est aussi un fabuleux appareil, avec un objectif ouvrant à f1:1.7, très doux à l’usage et discret. Idéal en Street Photography.

Un Yashica Electro 35 GTN, l’équivalent du GSN mais en version « pro », c.-à-d., selon les critères de l’époque, en livrée noire. Au fait, la différence entre les GS/GT, GSN/GTN, c’est la synchro flash qui n’existait pas sur les GS et GT. Sinon, mêmes remarques que ci-dessus : un très chouette appareil, que j’ai cédé à mon frère lorsque j’ai – enfin – trouvé mon GX.

Des Minox 35 EL, GL et GT, tout petits, qui se glissent dans une poche de chemise sans faire de plis. De petites merveilles de concision et d’usinage allemands. Mais – pour moi – un gros défaut : sans mes lunettes de vue (ben oui, je vieilli) impossible de faire la mise au point ni de régler les vitesses. Dommage. J’aurais bien aimé les garder, mais je ne suis pas collectionneur, ma vue n’allait pas s’améliorer et ils ont fait le bonheur de trois autres personnes.

Un appareil photo Minox noir avec un objectif visible et un écran déplié, sur un support blanc.

Là aussi, au niveau piles, un petit bricolage pour empiler 4 LR44, et le tour était joué pour leur rendre vie. La cellule étant toutefois plus sensible à la différence de voltage, il faut compenser en sous exposant un peu.

Un Canon Eos 1N RS, parce qu’il m’avait fait rêver en son temps, et que je n’ai jamais eu les moyens de me le payer alors. C’est un Eos, donc je pouvais y monter les optiques de mon Canon 5D. Et au niveau ergonomie, c’est quand même le précurseur donc pas trop de changements au niveau manipulations. Mais, finalement aussi lourd et encombrant que le 5D. Mes vertèbres étant ce qu’elles sont, il a fait le bonheur d’un autre étudiant en photographie.

Petite remarque en passant. Au moment où j’ai acheté mes premiers appareils (début 2018), la plupart se négociaient sur un site de seconde main entre 30 et 50€, pour les plus performants. Aujourd’hui, les prix s’envolent. Un Minolta X700 se vend aux alentours des 90€ et un Canon A-1 atteint les 100€. J’en ai même vu s’envoler au delà des 200€. Et je dis stop ! Tous ces appareils ont vécu, et même bien vécu pour certains qualifiés de pro ou semi pro. Pour tous il faut revoir les mousses d’étanchéité, bricoler pour la plupart des astuces pour remplacer les piles d’origine par des équivalentes modernes, nettoyer les télémètres, vérifier les cellules, etc. Et il n’y a plus de service après-vente ni pièces à trouver (sauf à cannibaliser des modèles hors service). Si c’est pour le plaisir de « photographier à l’ancienne », gardons un prix raisonnable pour apprécier leur découverte et leur usage raisonnable. Bon, je termine mon « coup de gueule » contre la spéculation.

Un Ricoh 500 G bi-color , puis son aîné, le 500 GX, en livrée noire, magnifique. J’avais refait toutes les mousses (le point noir des Ricoh – comme des Canons d’ailleurs), trouvé le truc pour remettre des piles modernes. De magnifiques objets et bons appareils. Mais, pour moi, l’objectif ouvrant à f1:2.8 était un peu juste niveau luminosité, et la vitesse était limitée au 1/500ème de seconde. J’ai fait deux heureux en les leur cédant.

Un Voïtlander Vitoret. Sans cellule, très simple d’utilisation – pour autant que vous ayez acheté aussi une cellule à main. Une esthétique passée sans trop de charme. En fait, je l’ai acquis un peu par hasard, il était dans un lot acheté pour obtenir le Canon 17 QL GIII. Je me n’en suis jamais servi, bien que tout fonctionne correctement, il ne m’inspire pas. Pourtant, il possède sans doute la fenêtre de viseur la plus grande de tous mes appareils, très claire.

Un Canon A35 F, un petit télémétrique compact (bien plus petit que les Yashica), avec un flash intégré. Un 40 mm ouvrant à f1:2.8 mais des vitesses limitées à 1/320ème de seconde. Lui non plus, provenant du même lot, ne m’inspirait pas, bien que tout fonctionnât parfaitement. Seules les mousses étaient à refaire (classique). Je l’ai cédé à une demoiselle qui allait l’embarquer au loin.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est canon-a-35-f_22.jpg
Canon A35F

Encore un russe, pour compléter cette petite revue : un Zorki 6. Je l’ai acheté sur un site bien connu et il est venu d’Ukraine par la poste. Livré avec sa gaine en cuir (comme déjà dit quelque part, les cuirs « russes » sont assez particuliers : épais, avec une odeur un peu étrange, pas désagréable), il était propre et j’ai tout de suite eu envie de l’essayer. Bizarre, lorsque j’arme l’appareil, aucun bruit, un mouvement « onctueux » en tournant la grosse molette qui fait avancer le film, et un « flop » discret lorsque l’on déclenche. Il est équipé d’un Hélios 103 qui va bien avec l’appareil (c’est l’objectif d’origine). Gros avantage du Zorki 6, le dos s’ouvre normalement avec une charnière et la bobine réceptrice est fixe (vous ne risquez pas de la perdre). Enfin, si vous voulez vous laisser tenter (et je vous y encourage), essayez d’en trouver un des années ’64 à ’66, ce sont parait-il ceux qui ont été le mieux assemblé. Bon, pour ceux qui ont les cervicales fragiles, pensez à prendre une sangle confortable, le Zorki 6 fait son poids, mais il est très équilibré et agréable à prendre en mains. Et en rue, interpellation assurée : c’est quoi comme appareil ?… Ah, c’est Russe ! Mais il est beau, … jamais vu, il en jette….

Argentique

Une forteresse, le Praktica IV

Préambule

Ah, celui-ci trainait dans une vitrine poussiéreuse (j’ai fait les photos sans le nettoyer, pour vous donner une idée) de Jemeppe- sur-Sambre (La Belle Brocante) mais heureusement à l’abri de l’humidité.

Ce qui m’a frappé, c’est le côté tank russe de l’engin : tout en métal et taillé à la faucille !

Et aussi, je l’avoue, parce que je n’avais jamais vu un tel modèle de Praktica, et pourtant, il y en a quelques uns sur le site.

Tout à coup, le sac à dos m’a paru plus lourd, d’autant que celui-ci rejoignait une chambre Cambo (j’en parlerai un jour), certes incomplète, mais bien là,

Je sens que je vais faire quelques recherches sur ce costaud …

Un peu d’histoire

Cette fois, je vais essayer de retracer l’histoire de la photographie allemande à travers celle de cet appareil en particulier. Ce sera un résumé qui servira pour tous les Praktica, Zeiss Ikon, Balda, Welta, Contax, etc. qui apparaitront sur le site ultérieurement.

Alors, allons-y car nous commençons en 1756, en Autriche, avec Johann Christoph Voigtländer qui fonde la première société d’optique allemande.

En 1850, il est le plus grand fabricant d’appareils photo et accessoires de son pays.

Comme vous le savez, ces années sont propices aux développements de ce qui touche à la photographie, toute neuve : Joseph Nicéphore Niépce, première photographie en 1824 ; Louis Jacques Mandé Daguerre, daguerréotype en 1839 ; William Fox Talbot, premier négatif en 1840 ; Richard Leach Maddox avec le Gélatinobromure d’argent en 1871 ; Charles Cros et Louis Duco du Huron pour la première photographie couleur en 1871 ; Georges Eastman et John Carbutt pour l’invention et la commercialisation du film souple en 1888.

Mais revenons en Allemagne, pour une autre énumération, certes un peu longue (pour moi aussi), mais fondamentale pour ce qui va suivre :

  • 1862, Richar Hüttig fonde sa société à Berlin,
  • 1886, Paul Rudolph construit Abbe à Jena, une entreprise spécialisée dans l’optique
  • 1886, fondation de l’Optik Anstalt C.P. Goerz à Berlin
  • 1888 , le Dr. R.  Krügener à Frankfurt am Main fonde aussi sa société
  • 1889, Emil Wünsche ouvre sa boutique d’appareils photo et accessoires à Dresde
  • 1889, fondation de Ernemann & Matthias à  Dresde
  • 1897, fondation de la Emil Wünsche AG, toujours à Dresde, la fabrique d’appareils photo
  • 1898, Richar Hüttig fonde la Fabrik phtografischer Apparate R Hüttig & Sohn à Dresde
  • 1898, changement de nom pour Heinrich Ernemann AG à Dresde
  • 1899, fondation de Ernst Herbst & Firl Görlitz
  • 1900, Abbe devient Palmos AG toujours à Jena
  • 1902, elle change de nom pour devenir Carl Zeiss Jena Palmos AG, à Jena
  • 1902, création de Süddeutsch. Camerawerk Körner & Mayer GmbH à Sontheim
  • 1903, fondation de l’Optische Anstalt C.P. Goerz AG à Berlin
  • 1908, création de Drexler et Nagels à Stuttgart
  • 1909, le Dr Krügener, Emil Wünsche et Palmos fondent ICA AG à Dresde
  • 1909, création de Nettel-Camera- Werk GmbH à Sontheim
  • 1917, création de Contessa Werke August Nael à Stuttgart
  • 1919, fondation de Contessa-Nettel Werk A. Nagel à Stuttgart
  • 1920, changement de nom en Contessa-Nettel AG toujours à Stuttgart
  • 1926, création de Zeiss Ikon AG, à Dresde, qui absorbe ICA, Erneman, Görlitz
  • 1927, absorption de Goerz et Contessa-Nagel par Zeiss Ikon
  • 1928, absorption de Nettel par Zeiss Ikon

Premier constat, un concentration très forte de ces industries à Dresde. Or, pendant la nuit du 14 et 15 février 1945, la ville va disparaître sous un déluge de feu : l’aviation américaine et anglaise embrasent toute la région et détruisent quasi toutes les entreprises, photographiques aussi.

Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, Dresde se retrouve dans la zone sous contrôle Soviétique. Les usines encore debout en partie sont vidées de leur contenu et transférées à Jena, d’autres sont reconstruites sur place. Vous connaissez l’histoire de Contax, de Fed et les tribulations de la marque Zeiss Ikon qui deviendra Carl Zeiss Jena à l’Est.

Ces entreprises deviennent des VEB ou entreprises du peuple, c’est-à-dire qu’elles sont nationalisées par l’URSS, qui va imposer ses plans de développements.

Je reprends ma petite liste pour mieux saisir la suite :

  • 1946, le VEB Welta – Kamerawerk
  • 1951, le VEB Belca-Werk (l’ancien Balda Werk de Dresde)
  • 1952, le VEB Altissa-Kamera-Werk de Dresde
  • 1953, le VEB Kamerawerk Niedersedlitz de Dresde
  • 1956, le VEB Aspecta (les anciens Müller & Wetzig et Filmosto Projektion, de Dresde)
  • 1958, le VEB Kinowerke Dresden (le nouveau nom de Zeiss Ikon)
  • 1959, création du VEB Kamera- und Kinowerk Dresden, qui absorbe toutes ces entreprises d’optiques et de photographies/cinéma

Finalement, en 1964 cet immense empire s’appellera VEB PENTACON DRESDEN Kamera- und Kinowerke. L’ogre russe aura tout avalé et mis à sa sauce, car il continue manger le VEB Feinoptisches Werk Görlitz (1968) et enfin Ihagee (Exakta et Exa) en 1969 . Ce mastodonte s’effondrera en 1990, à la suite de la chute du Mur de Berlin. Les 5700 employés de l’entreprise seront remerciés et l’usine de Dresde fermée.

De nos jours, Pentacon GmbH est devenue propriété de la société Schneider Optische Werke GmbH, installée à Bad Kreuznach, dont le nom est souvent abrégé en Schneider Kreuznach tandis qu’une autre partie s’est tournée vers la haute technologie, sous la bannière de Kamera Werk Dresden. Elle produit notamment les panoramiques Noblex et des appareils à usage industriel sous la marque Loglux.

Toutes ces dates pour resituer dans l’histoire contemporaine ce Praktica IV, né en 1959 lors de la Foire de printemps de Leipzig, encore sous la marque KW (Kamera-Werke Dresden-Niedersedlitz), un des derniers, car ensuite il sera marqué Pentacon.

Tiens, le saviez-vous ? Le nom de Pentacon viendrait de la contraction de pentaprisme, en référence au premier réflex mis au point à Dresde, et de Contax-Zeiss Ikon. Le premier Praktiflex fut inventé en 1939 par Alois Hoheisel, le premier a recevoir un pentaprisme. Ensuite, le premier Praktica sortira en 1949, fabriqué par la Mechanik Kamera Werkstätten VEB Niedersedlitz (KW) à Dresde.

Si je récapitule maintenant la gamme des Praktica, il y a la série des FX, construite entre 1949 et 1965, avec un prisme qui se retire et la possibilité d’y poser un viseur tunnel et les Praktica avec chiffres romains, qui ont eux un prisme fixe, qui sont basés sur les FX ; puis la gamme Nova, de 1965 à 1970 ; et enfin la gamme L, la plus connue, de 1970 à 1990.

Plus spécifiquement, entre 1959 et 1964, sept itérations verront les évolutions du Praktica IV. Outre quelque modifications esthétiques, il gagnera une cellule au sélénium, un télémètre, puis un à coïncidence et une lentille de Fresnel.

Présentation du Praktica IV

Incontestablement, il en impose dans son sac tout prêt que je vais devoir un peu réparer. Et quand on ouvre le sac, c’est encore plus impressionnant !

Ça, c’est du lourd, du costaud !

Voyons cela de plus près …

Si je tiens compte du sac tout prêt, celui-ci ferait partie des premiers appareils (1959 -1960) car il est encore estampillé KW et non Pentacon (environ 15.500 exemplaires produits). Mais si je regarde le cuir au dos du boitier, c’est déjà le logo Pentacon qui y apparait (1960 – 1964, environ 30.500 exemplaires produits). C’est donc une version deux du Praktica IV. Le plus frappant étant que le premier modèle possède un large bandeau noir sur le prisme alors que celui-ci a disparu sur le second, laissant un prisme tout métallique, qui fait très massif.

Vu du dessus, l’appareil est presque classique : une roue à droite, qui porte le compteur de vue, une double roue à côté du prisme, qui sert à régler les vitesses rapides et les lentes et de l’autre côté, un roue un peu spéciale car elle permet de rebobiner le film et elle sert de mémo pour le film utilisé.

Le compteur de vue doit être réinitialisé manuellement, puis il incrémente jusqu’à la fin du film (ici, le marquage est un peu effacé)

Voyez ci-dessous :

Illustration d'un mode d'emploi de caméra de VEB Kamera- und Kinowerke Dresden, montrant les différentes parties et réglages de l'appareil photo.

Vu en vrai :

Vue de dessus d'un appareil photo vintage avec des boutons de réglage et un objectif en métal.

Le dessous est intéressant, car le levier d’armement est placé en dessous, comme sur le Kodak Retina. Mais à la différence de ce dernier, il existe sur ce boitier un système de double armement. Ce qui ressemble à un bouton de l’autre côté n’est en fait là que pour porter le filetage pour un trépied et assurer l’équilibre de l’appareil lorsqu’il est posé à plat, avec le pied sous l’objectif. Par contre, le gros bouton, sur le capot, à droite, permet d’armer l’obturateur et de faire avancer le film (comme le levier du dessous). Disons que le levier du dessous est un peu plus rapide à actionner.

Lorsque vous utilisez le bouton, vous sentirez d’abord l’armement de l’obturateur et puis le mouvement vers le bas du miroir, ce que l’on ne ressent pas avec le levier rapide.

Ce système de double armement est complexe, gageons qu’il ne tombe pas souvent en panne !

Appareil photo vintage avec objectif argenté monté sur un boîtier noir.

Je reviens un moment sur la gros bouton de gauche car, comme je le notais plus haut, c’est aussi la manivelle pour rebobiner le film

Il faut lever un peu le plateau supérieur et le faire pivoter pour obtenir une manivelle tout à fait fonctionnelle et solide. Original et efficace. Le reste, c’est un mémo pour le type de film utilisé.

Pour ouvrir l’appareil, c’est tout simple, il y a un verrou sur le flanc gauche. Attention toutefois, c’est tout le dos qui tombe, il n’y a pas de charnière.

Appareil photo ancien avec un objectif métallique et un boîtier noir.
Appareil photo ancien avec un boîtier noir et argenté, accompagné d'un cache inférieur.

C’est toujours gênant ces dos qui tombent car on se demande toujours comment faire car on n’a que deux mains pour charger le film, armer, déclencher et tenir ce f… dos qui ne demande qu’à se faire la belle !

Le rideau est en tissu caoutchouté, qui fait peu de bruit lors du déclenchement, c’est un bon point.

Par contre – et nous sommes pourtant au seuil des années soixante – le miroir n’a pas de retour automatique. Concrètement, pour ceux qui n’auraient pas l’habitude, cela veut dire que la vision à travers l’objectif n’est possible que lorsque vous avez armé l’appareil. En d’autre temps, le miroir reste collé au dessus et vous ne voyez rien.

Pour les Pratktica à miroir avec retour instantané, il faut attendre les numéros V F et V FB, vers 1965.

En façade, deux prises pour la synchro flash. Il faut bien regarder sur le cuir car celui du dessus est marqué X (flash électronique) et celui du dessous, F flash à combustion). La synchro X est notée par un éclair sur le sélecteur des vitesses, mais sans préciser celle-ci, qui est de 1/40s.

Vue rapprochée de l'objectif d'un appareil photo argentique, montrant l'ouverture et les éléments internes.

Un mot bien sûr de l’objectif. Ici, c’est un Car Zeiss Jena Tessar de 50mm ouvrant à f2,8 (diamètre de 49mm) mais le tableau ci-dessous nous renseigne que d’autres options étaient possibles :

Schéma montrant des objectifs interchangeables pour l'appareil photo Praktica IV, avec des spécifications sur les distances focales et les ouvertures.

C’est un objectif à diaphragme automatique, comme le précise la brochure dont je m’inspire :

Diaporama automatique montrant un objectif d'appareil photo avec des illustrations de diaphragmes ouverts et fermés, accompagnées d'une description de son fonctionnement.

Lorsque vous voulez régler l’ouverture du Carl Zeiss Jean, vous devez impérativement pousser sur l’anneau du réglage, vers le boitier, et puis faire votre modification. L’anneau revient automatiquement à sa place.

La distance se règle elle, classiquement, avec la grosse bague à encoches, derrière, de 50cm jusque l’infini (la course est longue).

J’allais oublier deux choses : le petit bouton coincé entre la roue de droite et le sélecteur des vitesses : il sert à débrayer l’appareil pour pouvoir rebobiner le film et, accessoirement, à vous permettre de faire des doubles expositions.

Et la seconde chose, très importante, c’est justement le sélecteur de vitesses : si vous regardez bien quand vous armez l’appareil, le sélecteur tourne en même temps que l’armement. C’est comme sur les Fed et les Zorki. J’en conclu donc que le mécanisme doit être le même et dans ce cas, gravez quelque part cette maxime : toujours armer AVANT de modifier la vitesse pour éviter une salade de pignons, bien que le manuel indique que l’on peut sélectionner les vitesses avant ou après avoir armé !

Ceci étant, il existe donc deux gammes de vitesses sur le sélecteur : en rouge, de 1/2s à 1/10s et en noir de 1/25s à 1/1500s. Mais puisqu’on fait dans le compliqué, continuons car l’ordre des vitesses dans les chiffres noirs n’est pas arithmétique. En effet, l’ordre est 1/25, B, 1/500, 1/200, 1/100, 1/50 et 1/40 (ce qui est indiqué par un éclair plutôt que 1/40s pour indiquer la vitesse de synchronisation du flash).

Sur le sélecteur, il y a un second anneau, qui sert à sélectionner la gamme rouge ou noire. Il doit être soulevé et tourné pour aligner la flèche rouge avec la vitesses choisie. Autre chose surprenant, le sélecteur tourne lors du déclenchement, tout comme il le fait quand vous armez.

Gros plan sur le sommet d'un ancien appareil photo avec des boutons métalliques et un écran en verre.

Sans égaler les Ihagee, ni le Nikon, le Canon, et d’autres plus tard, ce Praktica s’inscrit presque dans la tradition des systèmes, c’est-à-dire tout un ensemble d’accessoires dédiés, comme des tubes allonges, des trépieds, des bagues, des déclencheurs souples, des bans de reproduction, des œillères à baïonnette, par exemple (regardez le viseur ci-dessous).

Appareil photo vintage en métal argenté avec un design classique et une finition en cuir noir.

Mais, me direz-vous, où est le déclencheur ?

En façade, le bouton qui dépasse, et qui est fileté. Ici encore, le fait d’appuyer vers le boitier éviterait, en cas de vitesses lentes, le flou de bougé.

Bon, ai-je fait le tour des choses étranges de ce boitier ?

Non, il reste un point rouge, sous le miroir, que je n’ai pas encore évoqué.

Vue rapprochée de l'objectif d'un vieil appareil photo, montrant l'intérieur et les mécanismes visibles.

L’appareil possède un piston d’ouverture automatique pour que la photo puisse être composée avec le diaphragme ouvert à son maximum, pour plus de luminosité dans le viseur. Lorsque vous déclenchez, l’ouverture revient à celle que vous aviez déterminée. Le petit bouton rouge que vous apercevez sous le miroir engage le piston s vous le poussez vers la gauche et le dégage si vous le poussez vers la droite, ce qui peut-être utile avec une optique non automatique.

Que penser de cet appareil ?

Franchement, c’est plus un appareil destiné à la collection qu’à l’usage.

En effet, son poids, son miroir sans retour automatique, ses objectifs à piston, l’ordre des vitesses et la manière de les régler, le dos qui ne tient pas, … si tout cela pouvait en 1959 -1960 être justifiable eut égard au prix de l’engin, de nos jours, ce n’est vraiment guère pratique pour un usage courant.

Ceci étant, si vous avez envie de constater comment faisaient nos parents et grands-parents avec ce type d’engin, c’est une curiosité à tenter.

Pour ma part, il ne me tente pas mais je trouvais qu’il était intéressant à découvrir puisque j’ai déjà écris pas mal d’articles sur la marque, en tout cas sur les boitiers de la série L, plus modernes et qui sont les plus connus.

Enormément de photographes ont débuté avec un Praktica dans les années septante et quatre-vingt, car ils étaient des appareils simples, solides, faciles à utiliser et, surtout, très abordables financièrement, bien plus en tout cas que les excellents boitiers japonais qui avaient conquis tous les marchés.

Et lorsque les photographes avaient bien progressé et fait quelques sérieuses économies, ils passaient chez Canon, Nikon, Minolta, Pentax, Olympus, etc.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Praktica IV
  • Créé par Horst Strele, fabriqué de juin 1959 à mars 1960
  • Production : environ 30.500 exemplaires
  • Obturateur en tissu caoutchouté à plan focal horizontal, vitesses de 1/2, 1/5, 1/10, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200,1/500s plus pose B
  • Viseur avec pentaprisme avec lentille de type Fresnel, miroir sans retour instantané
  • Avance du film par levier situé sous le boitier et par le bouton d’armement à droite
  • Compteur de vue manuel
  • Objectif M42
  • Flash : griffe accessoire sans contact, deux prises coaxiales sur le devant du boitier, synchro X et F
  • Poids nu : 796gr

Des références

https://camera-wiki.org/wiki/Praktica_IV, https://oldcamera.blog/2015/12/12/praktica-iv/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Praktica_IV_%26_V, https://www.35mmc.com/20/10/2025/prakticas-and-their-associated-lenses-building-a-film-camera-and-lens-system-at-reasonable-cost/, en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12604-Pentacon_Praktica%20IV%20.html, https://focusargentique.fr/appareil-photo/praktica-iv/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Praktica, en français ; https://www.praktica-collector.de/Praktica_IV_V.html, https://www.praktica-collector.de/142_Praktica_IV_B.htm , en allemand

Argentique

Un acteur photographique de poids, le Voigtländer Ultramatic

Préambule

Le dernier appareil acheté lors de la brocante au profit de l’Unicef, à Ath. Il est très beau, intéressant, mais … en panne. Une panne classique mais rédhibitoire pour cet appareil me prévient de Monsieur collectionneur, car l’appareil est complexe.

En toute connaissance de cause donc, je l’acquiert car ses spécificités en font un appareil qui reste intéressant.

Et, vu son poids, un presse-papier intéressant, ou un serre-livre costaud et original …

Un peu d’histoire

C’est une marque que j’ai déjà pas mal rencontrée, un des fleurons de l’industrie allemande, au sens large car Voigtländer est autrichien (Vienne).

Historiquement, elle est aussi la plus ancienne car c’est en 1756 que Johann Christoph Voigtländer crée sa société. D’abord spécialisée dans l’optique de précision, elle plongera dans l’aventure photographique grâce à Peter-Wilhelm von Voigtländer, le petit fils du créateur, dès 1840.

C’est à cette date que le professeur Jozeph Petzal (université de Vienne) met au point le premier objectif permettant de réduire considérablement le temps d’exposition des daguerréotypes. Et Peter-Wilhelm von Voigtländer sera le premier à fabriquer cet objectif, ce qui fera connaître la société dans toute l’Europe, puis au delà avec l’avancée des appareils à travers le monde.

L’entreprise se lance aussi dans la fabrication d’appareils photo. Ce sera elle qui fabriquera le tout premier appareil tout métallique de l’histoire, en 1846.

Toujours dans les premières mondiales, sautons quelques années, car en 1959, la société fabrique le tout premier zoom au monde, le Zoomar.

Mais les années septante deviennent compliquées, l’avancée des marques nipponnes tuent lentement l’industrie photographique allemande. Dans une dernière tentative, Voigtländer s’associe à Zeiss Ikon en 1970.

Las, en 1972, l’entreprise jette le gant et ferme ses usines. La marque sera rachetée d’abord par Rollei (1974) puis la société allemande Plusfoto GmbH la reprend en 1996 et confiera à Cosina (Japon, ironie du sort !) la fabrication d’un télémétrique très haut de gamme, le Zeiss Ikon MZ équipé d’objectifs Voigtländer.

De nos jours, Voigtländer GmbH est toujours active dans la fabrication d’optiques de haut vol, concurrençant directement Zeiss pour les objectifs.

Ceci étant établi, Voigtländer a fabriqué un peu tout ce qu pouvait exister en termes d’appareils photo : des appareils à plaques de verre (Alpin), avec film 116 (Inos), avec film 120 à soufflet (Bessa), à soufflet et télémètre (Prominent), des TLR (Billiant), avec film à cassette 126 (Bessys), à soufflet avec film 135 (Vito), avec boitier compact et film 135 (Vito CD/Vitoret), des télémétriques (Prominent II/Vitessa), des réflex (Bessamatic/Ultramatic).

On peut écrire sans trop de risques qu’ils auront tout essayé, souvent avec succès car la réputation de sérieux, de solidité, de qualité de construction sera toujours indissociable de la marque.

Mais ce sera aussi souvent au prix d’une ingénierie complexe, couteuse à fabriquer, d’où les prix élevés des appareils à leurs époques respectives. Et une certaine réticence, semble-t-il aux technologies nouvelles, telle l’électronique. Alors que l’industrie japonaise standardisait, rationalisait et produisait en masse avec de hauts standards de fabrication des appareils moins coûteux et plus modernes.

Présentation du Voigtländer Ultramatic

Ce réflex, automatique, sera fabriqué à 35.500 exemplaires entre 1961 et 1965.

Un appareil photo vintage Voigtländer Ultramatic avec un objectif Color-Skopar.

Il sortira en même temps que le Bessamatic mais à la différence de celui-ci, l’Ultramatic possède un miroir à retour automatique.

Ils sont contemporains du Praktica IV que je vous soumettais il y a peu. Histoire de voir l’écart entre les deux concepts !

Tous deux sont équipés d’un posemètre au sélénium et d’un obturateur de chez F. Deckel, obturateur central, similaire à celui utilisé par le Kodak Retina Reflex, le Zeiss Ikon Contaflex. Pour mémoire, à la même époque, le Nikon F et le Pentax Spotmatic utilisaient un obturateur à plan focal, bien mieux adapté aux réflex à objectifs interchangeables (par exemple pas limité au 1/500s comme les obturateurs centraux!).

Appareil photo vintage Ultramatic en argent et noir avec objectif en métal.

Seul luxe de l’Ultramatic, un mode d’exposition automatique à priorité vitesse.

L’obturateur Synchro-Compur est donc monté derrière l’objectif dont seule une partie se détache. Ces objectifs utilisent la monture DKL (aussi de chez Deckel).

Le saviez-vous ? Les objectifs des Bessamatic sont compatibles avec l’Ultramatic, mais la plupart perdent alors l’automatisme. La monture DKL du Bessamatic n’accepte que les objectifs Voigtländer. Seuls les objectifs avec une vis peinte en jaune à l’arrière sont compatibles totalement.

Revenons un instant encore sur cet obturateur. Il dispose de deux jeux de lames, distincts : un pour contrôler le temps d’exposition et l’autre pour contrôler l’ouverture. Comme ils sont tous les deux maintenus à leur plus grande ouverture pendant la composition de votre sujet, une séquence d’opérations complexes va se dérouler quand le déclencheur sera enfoncé à fond.

  • l’obturateur et l’ouverture sont fermés
  • le miroir se relève
  • l’obturateur s’ouvre le temps d’exposer le film
  • il se referme, l’ouverture revient à la grande ouverture

Ce processus est lent et induit un décalage d’ouverture inévitable (on parle d’une seconde !).

Et lorsqu’on fait avancer le film à la vue suivante, ça continue :

  • le miroir s’abaisse
  • l’obturateur est armé et ouvert

Ces complications rendent, in fine, l’appareil fragile et, surtout, difficile à réparer (que ce soit le Bessamatic ou l’Ultramatic) car les mécanismes sont constitués de petits composants et si on a forcé, bonjour la galère. Sinon, ils sont assez agréables à utiliser.

L’Ultramatic CS, proposé en 1965,remédie à quelques uns de ces soucis et est considéré comme plus fiable, mais il perd le miroir à retour automatique.

A côté de ces mécanismes, il y avait aussi quelques trouvailles, comme ce petit périscope, sur la face avant, qui permet de voir les réglages de l’ouverture et de la vitesse dans le viseur.

Un gros plan sur un objectif de caméra vintage avec des réglages de diaphragme et de vitesse d'obturation.

Ceci étant, l’Ultramatic était parmi les appareils photo les plus chers de son époque.

Page présentant des caméras BESSAMATIC 63 et ULTRAMATIC, ainsi que leurs caractéristiques et accessoires, avec des illustrations des appareils photo.

Le viseur est agréable, clair et à champ coupé pour faciliter la mise au point, avec ce petit plus de voir à l’intérieur la vitesse et l’ouverture.

La cellule, au sélénium, située de façade, allège un peu l’esthétique du boitier mais si elle tombe en panne, difficile de continuer à travailler avec l’appareil.

Au point de vue ergonomique, le boitier est lourd (860gr) mais agréable avec ses coins arrondis et, sur le capot, les touches affleurantes. Il s’inscrit aussi dans toute la gamme d’accessoires prévus pour le Bessamatic et lui-même, notamment la large gamme d’objectifs réputés de chez Voigtländer, dont le fameux zoom Zoomar (36-82mm f2,8) et le Septon 50mm ouvrant à f2.

Descendons vers l’objectif pour remarquer d’abord que les commandes sont sur l’appareil et non sur l’objectif puisque la tête de celui-ci se détache pour être remplacée par une autre focale.

Si vous regardez bien, il y a une espèce de bouton poussoir sous l’objectif : c’est lui qu’il faut actionner pour déverrouiller la baïonnette de l’objectif.

Au niveau des choix, il est assez vaste mais toujours propriétaire (baïonnette DKL-Voigtländer). Soyons de bon compte, les objectifs Voigtländer ont une excellente réputation.

Voici un résumé des optiques possibles :

Tableau des lentilles photographiques avec les différentes catégories, y compris les lentilles grand angle, normales, de portrait, téléobjectif et zoom, détaillant la longueur focale, la construction, le groupe, l'introduction et les notes.

Les commandes pour régler la sensibilité de la cellule (de 12 à 3200Asa), celle de la vitesse (avec le poussoir en plastique) est au dessus, la distance, elle, se règle effectivement sur la tête de l’objectif.

Gros plan sur le sommet d'un appareil photo vintage avec un objectif métallique et un cadran d'exposition.

Par dessous, vous voyez trois lettres V – X – M et le sélecteur de couleur verte : le V est la lettre pour le minuteur que l’on ne peut engager qu’après avoir appuyé sur un bouton de l’autre côté du combiné objectif/obturateur ; le X est la synchronisation du flash électronique et le M celle pour les flashs magnésiques (à ampoules).

Vous voyez ici la lettre A, en rouge, qui permet de placer le boitier en mode tout automatique.

Un gros plan sur un appareil photo vintage avec un objectif argenté et des réglages de distance.

Si vous regardez bien, vous verrez deux petits triangles rouges de part et d’autre du témoin de distance. En fait, ils matérialisent l’échelle de netteté de la distance focale. Comme chez Voigtländer on aime la complication, lorsque vous tournez l’objectif, les flèches suivent le mouvement. Belle illustration de la profondeur de champ.

Vu d’en haut, le capot est dépouillé, les touches sot affleurantes comme cité plus avant.

Appareil photo argentique de marque Vignette, vu de dessus, avec objectif et réglages visibles.

A droite, l’aide mémoire pour les films utilisés et à gauche, un bouton qui a plus d’un tour dans son sac, je vais y revenir. Pas de compteur de vue ? Si, mais il est en dessous du boitier. Il faut le réinitialiser manuellement.

Premier plan d'un objectif d'appareil photo vintage avec des détails sur la monture et les réglages de vitesse.

Pour ouvrir l’appareil, il faut pousser sur le bouton de gauche, au dessus, qui va se soulever et sur lequel ensuite il faut tirer.

Pas de difficulté majeure pour installer un nouveau film, la bobine réceptrice est large et bien accesible.

Voilà, voilà, nous avons fini le tour de cet appareil.

Que penser de cet appareil .

En l’état, celui-ci est un magnifique presse-livres ou presse-papiers … et je ne compte pas le démonter.

Car ce qui est vexant avec ce type de boitiers, c’est qu’ils sont beaux, superbement finis mais, comme je l’écrivais, inutilement complexes et quasi irréparables.

Maintenant, imaginons un instant que celui-ci fonctionne encore, aurais-je envie de m’en servir ?

Réflexion faite, non. Déjà, je n’aime pas ces demi-objectifs à interchanger, c’est moins facile à utiliser, aussi bons soient-ils.

Ensuite, le poids de l’engin fait réfléchir, près de 900gr nu, ça compte, surtout pour les cervicales.

Enfin, encore une fois, si j’apprécie la qualité de l’ensemble, je ne le trouve absolument pas pratique à utiliser. Trop de contraintes et de choses étranges à manipuler pour que la photographie reste un plaisir avec lui. Si je le compare à un appareil nippon de la même époque (le Miranda Sensorex, le Nikon F, le Pentax Spotmatic), il est très en retard et peu convaincant. D’autant que son prix le réservait à une élite.

L’éternel malentendu entre la Mercedes et la Renault : toutes les deux vous emmènent où vous voulez, assez confortablement, mais la première coute deux fois le prix de la seconde !

Bref, ce peut être un magnifique objet de collection et sans doute quelques esthètes vont-ils l’utiliser avec plaisir, mais pour la pratique photographique, on a fait plus simple et plus efficace.

Vidéo d’illustration

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Voigtländer Ultramatic
Reflex mono-objectif (reflex)
Film 24 x 36 mm
Armement et avance du film manuelle
Posemètre intégré, accouplé
Contrôle de l’exposition manuelle
Objectif interchangeable Voigtländer Color-Skopar 50 mm f2.8 – f22
Monture d’objectif baïonnette propriétaire
Mise au point manuelle
Obturateur F.Deckel, Munich, Allemagne, central
Vitesses pose B, 1s – 1/500s, synchro flash par câble sur prise PC
Cellule au sélénium
Période de production à partir de 1962 jusque 1965
Quantité de production 35.500
Poids 880 gr

Des références

https://fotobox.over-blog.fr/2016/03/voigtlander-ultramatic.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-21137-Voigtlander_Ultramatic.html , en français ; https://wikiland.org/fr/Voigtl%C3%A4nder_Ultramatic, https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Bessamatic_and_Ultramatic, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=1610, https://everything.explained.today/Voigtl%c3%a4nder_Bessamatic_and_Ultramatic/ , en anglais ; https://kameramuseum.de/objekte/voigtlaender-ultramatic/, https://www.klassik-cameras.de/Voigtlaender_Ultramatic_dt.html, en allemand

Argentique

Un compact hors du temps, le Zeiss Ikon Contessa Matic E

Préambule

C’est encore un appareil acheté lors de la brocante de l’Unicef, à Ath, chez ce Monsieur qui, petit à petit, liquide une partie de sa collection.

Je n’ajouterai donc pas qu’il est en parfait état et tout à fait fonctionnel.

Comme d’habitude, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un appareil qui approche des ses ans et qui semble encore neuf : on construisait solide à ce moment là !

Un peu d’histoire

Rassurez-vous, je ne serai pas long car j’ai déjà souvent évoqué cette marque, incontournable de l’histoire de la photographie allemande et de la photographie tout court.

Vous trouverez des bribes de celle-ci lorsque j’évoquais le Zeiss Ikon Contessamat SBE, le Super Nettel, le Contina Ia, le Zeiss Ikonta B 521/16, en compact et folding compact, sans oublier une des stars de la marque, le Super Ikonta 531/2, un folding télémétrique en bobine de 120. Il y en a d’autres, je vous laisse fouiller.

Retenons simplement que Zeiss Ikon, au début du siècle passé, fondé par August Nagel, sera un ogre en Allemagne et il absorbera les marques historiques de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est (Ica, Ernemann, C.P. Goerz et Contessa-Nettel) avant la seconde guerre mondiale .

Les appareils fabriqués seront de qualité, avec des objectifs et/ou des obturateurs parmi ce qui se faisait de mieux à leur époque ; des boitiers de toute une vie comme on le disait (et le pensait à l’époque – l’obsolescence programmé, c’est dans les années quatre-vingt !).

Cependant, revers de la médaille, ces appareils sont chers car construits avec des matériaux de qualité et avec une complexité qui confine parfois à l’excentricité (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Mais surtout, les lignes d’appareils issus des différentes fusions n’ont jamais été rationnelles, trop nombreuses, se recoupant parfois Un déficit structurel en marketing et en gestion n’arrangera rien Il est même étonnant que l’entreprise ait tenu si longtemps.

Ils seront incontournables pendant les années trente et quarante, fragilisés dans les années cinquante et dépassés dès les années soixante, balayés par les produits japonais. Ces derniers avaient compris que les boitiers devaient être facilement reproductibles, fabriqués avec soin, avec de bons matériaux, sans faire l’impasse sur les innovations telles l’électronique et la miniaturisation des éléments. Surtout, ils ont lancé un appareil qui allaient reléguer aux oubliettes les modèles que je vous présente ici, le réflex. Un appareil ultra polyvalent.

Au début des années septante, la messe était dite …

Présentation du Zeiss Ikon Contessa Matic E

D’emblée l’appareil est ambigu car s’il est bien noté Contessa sur le pourtour de l’objectif, un Carl Zeiss Tessar de 50mm ouvrant à f2,8, il n’est écrit nulle part qu’il s’agit d’un Matic E.

Appareil photo vintage Contessa avec un boîtier noir et des accents argentés.

On comprend vite que c’est un appareil télémétrique et qu’il possède une cellule au sélénium. En regardant à travers le viseur, on se rend compte (quand cette cellule fonctionne encore, comme ici) que la mesure de la lumière est couplée au jeu du diaphragme, une petite aiguille, au dessus du cadre, bouge quand on modifie l’ouverture.

Est-ce là l’automatic du nom ? De fait, il a existé aussi un Contessa Matic, similaire à celui-ci avec une cellule au sélénium dont on lit la valeur sur le capot, mais sans télémètre

C’est donc le couplage du posemètre au diaphragme qui justifie cet automatic. Et le E me direz-vous ? il s’agit du E de Entfernungsmesser, télémètre en allemand.

Ajouté au télémètre couplé, cela fait de ce Contessa Matic E la Rolls Royce de Zeiss Ikon à cette époque (1960). Car l’appareil offre ce qui se fait de mieux alors et est construit selon les standards de la marque, c’est-à-dire fait pour durer.

C’est en fait un boitier semi-automatique si vous optez pour le contrôle de l’exposition couplée à la cellule ou le mode manuel si vous voulez tout contrôler vous-même. Ce compact vous offre le même confort que le Contaflex Super (un réflex) dans un gabarit réduit et très transportable.

Objectif d'un appareil photo vintage avec des inscriptions en métal, sur fond blanc.

Son objectif, un Carl Zeiss de formule Tessar, un 50mm ouvrant de f2,8 à f22 est réputé excellent. C’est le même que celui du Contaflex Super B.

Le viseur, très grand et clair, avec un cadre collimaté et correction de la parallaxe, possède une petite fenêtre, en haut au milieu, qui montre l’aiguille de la cellule. Celle-ci oscille de gauche à droite selon l’exposition, qui est correcte lorsque celle-ci se stabilise au centre. Une seconde fenêtre, sur le capot, peut aussi être consultée.

Puisque nous sommes sur le dessus de l’appareil, restons-y pour constater qu’il est dépouillé. A droite, une large molette, encastrée, qui entoure le déclencheur : c’est le compteur de vue, qu’il faut positionner manuellement sur le nombre de vues du film. Attention, il décompte les images prises.

Vue du dessus d'un appareil photo argentique vintage avec un objectif clairement visible et des boutons de réglage.

Au centre, la griffe dite froide (sans contact) pour des accessoires ou un flash non dédié, avec le prise PC à l’extrémité gauche.

Juste à côté de la griffe, la seconde fenêtre de la cellule. Et tout contre, deux trous (qui devraient être cachés par un bouchon en plastique) : ceux-ci servent à fixer le flash Ikoblitz 4 Spécial (sa s fil) ou le Ikoblitz 4 Standard (avec fil). Et c’est tout.

Par dessous, au centre, le filetage pour fixer l’appareil sur un trépied. A droite, le bouton pour autoriser le rebobinage et qui a une seconde fonction quand on appuie dessus : il libère la manivelle pour rebobiner le film.

Le dos de l’appareil s’ouvre avec un discret verrou, sur le flanc gauche, découvrant la chambre, classique. Sur la porte arrière, un disque aide-mémoire pour la sensibilité du film, en Asa/Din.

Le levier d’armement est très discret car seule la partie que le pouce accroche fait saillie, le reste étant caché sous le capot.

Et puis venons-en au cœur de l’appareil, son objectif et son obturateur. L’objectif est magnifique, nous l’avons vu. L’obturateur est un Gauthier, un Prontor SLK Spezial. C’est un obturateur à lamelles, situé au centre de l’ensemble. Il donne des vitesses de 1s à 1/500s, la pose B et même un minuteur, plus la synchro flash.

Appareil photo vintage Contessa avec un objectif argenté et un design noir.

Trois lettres, sur le côté droit, vers le bas : V – X – M. La première est la position du minuteur, la seconde la synchro flash électronique et la troisième, la synchro flash à ampoules. Ne pas forcer, pour les faire bouger, il faut appuyer sur la languette juste au dessus.

Contre la façade, un anneau avec deux grosses poignées de préhension facilitent la mise au point, de 90cm à l’infini. Une échelle de profondeur de champ est gravée sur le fut.

L’avant dernier anneau, lui aussi muni de poignées pour un usage rapide, est celui des ouvertures, de f2,8 à f22. Vous constaterez que sous certaines conditions, il tourne avec le dernier anneau, celui des vitesses, et inversement. C’est le fameux couplage ouvertures/vitesses sensé nous simplifier la vie. Heureusement, c’est débrayable.

Par dessous, un discret bouton coulisse pour indiquer la sensibilité du film, de 12 à 33Din (de 12 à 1600 Asa).

Comme l’objectif est fixe, il était possible de fixer des compléments optiques, tels les Z E I S S P R O X A, qui permettaient de descendre jusqu’à 20cm.

Pour une fois, je n’ai pas de sac tout prêt avec le boitier. Ce qui pose problème si on veut le transporter car il ne possède pas d’attaches pour y fixer une dragonne ou une sangle. Restera à le déposer dans un sac (oubliez la poche, il est trop lourd, près de 700gr avec un film).

Dernier point. Ce modèle est le second produit. Au jeu de différences entre son ainé et lui, notons que les deux trous du flash étaient couvert par une petite plaque métallique pivotante, absente du second ; la lecture de la cellule par au dessus se faisait à travers une loupe, disparue ici aussi ; le compteur de vue portait aussi une roue supplémentaire qui était le mémo de sensibilité du film, relégué sur la porte arrière ici. C’est tout mais ça vous permet de voir quel type d’appareil vous avez sous les yeux.

Que penser de cet appareil ?

Contemporain du Kodak Retina IIF que je vous présentais sous peu, personnellement, je trouve qu’il manque de ce petit je ne sais quoi qui charme dans le Kodak.

Ici nous avons un beau rectangle, sans fantaisie, rationnel, très bien construit, efficace mais … terne (je sais, c’est subjectif).

Au delà de ces considérations esthétiques, force est de reconnaître que c’est un bel engin. Avec ou sans cellule fonctionnelle, il est toujours partant si vous vous munissez d’une cellule à main ou si vous pratiquez la règle du Sunny 16.

C’est un télémétrique efficace pour la photo de rue, grâce notamment à son grand viseur, très clair et à la facilité de réglage de celui-ci.

Peut-être un peu plus discret que le Kodak, il attirera quand même les regards car on en voit peu. Non pas qu’il soit rare mais l’absence d’identification aisée fait qu’on l’oublie trop souvent. Pourtant à son époque, il était un bel appareil haut de gamme.

Si vous voulez sortir des sentiers battus, pourquoi pas le faire avec lui ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

  • Zeiss Ikon, Allemagne (Stuttgart)
  • Film 135 (24x36mm)
  • Transport de films manuel, levier d’armement couplé (avance du film et obturateur)
  • Télémètre à coïncidence
  • Compteur de vue intégré et couplé
  • Cellule au sélénium, sensibilité de 12 à 1600 Asa (12 à 33 Din)
  • Contrôle de l’exposition manuel et semi-automatique avec utilisation de la mesure EV (couplage vitesse/ouverture)
  • Objectif fixe Zeiss Carl, Oberkochen, 50mm ouvrant à f2,8 jusque f22, filtre à visser 28,5mm
  • Obturateur Alfred Gauthier, Calmbach, Allemagne, Prontor SLK Spezial
  • Vitesses 1s à 1/500s plus pose B, minuterie et synchro flash; flash dédié Ikoblitz 4 Special sans fil ou flash Ikoblitz 4 Standard avec prise PC sur le dessus
  • Poids nu 638gr
  • Période de production de 1960 à 1964

Références

https://kameramuseum.de/objekte/zeiss-ikon-contessa-matic-e/, en allemand ; https://parlonsargentique.com/zeiss-ikon-contessa-matic-e-fiche-technique-avis/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11844.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E.htm, https://dekerampois.e-monsite.com/pages/appareils-photographiques/u-z/zeiss-ikon/contessa-matic-e/, https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Contessamatic-E-1.htm, en français ; https://bluemooncamera.com/museum/exhibit/268/zeiss-ikon-contessamatic-e, https://www.pacificrimcamera.com/pp/zicontessamatic.htm, https://www.pacificrimcamera.com/rl/00076/00076.pdf, en anglais

Argentique

Dans la famille Retina, il y a le IIF

Préambule

Second appareil acquis lors de la brocante Unicef de Ath. Il est tout beau, tout propre, comme tous les appareils de ce Monsieur.

Il manque le couvercle de la pile, en dessous, je peux donc vous faire un prix. Mais avec plaisir ! Et voilà ce magnifique Kodak Retina II F qui va rejoindre les quelques uns que j’ai encore.

Car si souvent la marque ne m’inspire pas parce que la plupart de ses appareils sont de piètre qualité (produit de masse), force est de reconnaître que les Retina sortent du lot.

Une chose m’intrigue cependant : pourquoi m’a-t-il parlé d’une pile alors que l’appareil possède bien une cellule (toujours active) mais au sélénium ? Trop tard pour lui poser la question, ce sera l’occasion de quelques recherches …

Un peu d’histoire

Ce chapitre ne sera pas très long car je vous ai déjà présenté quelques Kodak Retina, comme le Retina type 149, le Retina IIC ou le Retina IIIC.

Pour mémoire, Les Retinette et Retina seront parmi les plus grands succès de Kodak. Peut-être parce que ce ne sont pas vraiment des Kodak ?

En effet, il faut aller voir chez August Nagel pour trouver l’origine de ces appareils. Rappelez-vous, en 1926, Contessa et Nettel intègrent le groupe Zeiss Ikon. Las, August aime trop son indépendance et il se lance dans une nouvelle entreprise et crée en 1928 la Nagel Werke ou Dr-August Nagel-Factory.

Seulement voilà, les années noires de 1929 passent par là et il doit trouver des fonds pour continuer son activité. Car il a commencé à développer un appareil en 135 capable de rivaliser avec Leica et Contax, tout en restant abordable : c’est la naissance des Retinette et Retina. Il développe aussi une autre évolution, celle de la cartouche préemballée de film 24×36 (celle que nous connaissons encore de nos jours !)

Il négocie le rachat de son entreprise avec Kodak, qui voit là un moyen d’élever la qualité de ses appareils (fabriqués aux USA) et de casser l’image de bas de gamme qui leur collait à la peau. La Kodak AG devient la filiale allemande de Kodak, avec à sa tête ce cher August Nagel, qui pourra alors développer les deux appareils, qui seront commercialisés pendant plus de trente ans sous de multiples versions : boitier avec viseur simple, avec télémètre, avec objectifs fixes, puis interchangeables et enfin des réflex mono-objectif. Le film en bobine sera là encore une autre réussite, que Kodak déclinera en centaines de versions.

Cependant, dès les années cinquante, les appareils japonais ont commencé à laminer l’industrie photographique allemande. Kodak AG ne fut pas épargnée et les derniers Retina seront de pâles descendants des Retina des débuts (par exemple, le Kodak Instamatic Reflex – 1968 – 1972 – n’est autre qu’un Retina Reflex à objectifs interchangeables mais qui utilise le film en cassette 126).

Les Retinette sont la version simplifiée et moins chère des Retina. Elles utilisent aussi le film 135 en bobine. Elles sont essentiellement avec un petit soufflet, comme les Retina, qu’elles perdront au début des années cinquante.

Rappelons encore que cet appareil est le premier à avoir utilisé le film 24×36, en 1934. On peut penser que celui-ci fut créé pour lui, ou inversement.

La gamme s’étend donc de 1934 à 1969 (belle longévité), avec cette qualité de fabrication qui fera bien défaut plus tard.

Bien évidemment, sur les 35 ans de carrière du Retina, les améliorations ont été nombreuses et progressives : on passe du simple viseur au télémètre (Retina I vers Retina II) ; puis la synchronisation du flash, le remplacement des boutons d’avance et d’armement par un levier (plus rapide et agréable à utiliser) ; l’adjonction d’une cellule au sélénium, non couplée puis couplée ; des objectifs fixes out interchangeables ; pour certains modèles, couplage de la commande d’ouverture et de vitesse sur base de la valeur d’exposition (EV).

Petit résumé des appareils à simple viseur (type I) :

Évolution des appareils photo Retina avec des modèles de 1934 à 1963, illustrant les changements et développements au fil des ans.

Et de la série avec télémètre (type II)

Évolution des appareils photo Retina II de 1937 à 1963, illustrant plusieurs modèles avec leurs années de sortie.

Bien que très bien construits et équipés, les Kodak se vendaient (un peu) moins chers que leurs concurrents, les Zeiss Ikon et les Voigtländer, les Leica et les Contax, bien évidemment.

L’année 1963 sera celle – a mon avis – du basculement car c’est à cette époque que Kodak lance le film en cassette 126, qui simplifie à l’extrême le chargement du film. La marque va alors privilégier des appareils plus simples (ce qui ne veut pas dire simplistes car de belles trouvailles s’y trouvaient aussi – voir les Instamatic sur le site) et fabriqués en masse. Car rappelez-vous, si Kodak a raté le coche de la photo numérique, dont elle était pionnière, c’est parce que les actionnaires de l’époque ont voulu garder la manne extraordinaire que représentait la vente des films et, accessoirement, des appareils (dans les années 80, plus de 80% des bénéfices de l’entreprise étaient issu de la vente des consommables).

Les Retina S1 et S2, produits à la suite de celui que je vous présente, seront (déjà) en plastique. On peut considérer que ce modèle sera un des derniers construit pour durer !

Présentation du Kodak Retina II F (type 047)

Vous vous en doutiez, si c’est un Retina avec le chiffre deux, c’est qu’il en eut un chiffre un avant. En l’occurrence, le Retina IF, qui n’était pas télémétrique. Une partie du châssis vient de la Retinette, la version plus abordable des Retina (pas de petite économie chez Kodak) dont la version sans soufflet est apparue en 1954.

Donc, notre Retina IIF est un appareil avec télémètre, couplé à l’objectif. Il sera mis sur le marché en 1963-64 et le quittera en 1967.

Outre le télémètre, il est équipé d’une cellule au sélénium (qui n’a donc pas besoin de piles), couplée à l’ouverture et à la vitesse.

Une aiguille, visible dans le viseur, en dessous du cadre collimaté et qui possède des marques pour la correction de la parallaxe. Un viseur bien clair et grand, avec le patch du télémètre au milieu, sous forme d’un rond (télémètre à coïncidence).

Une caméra vintage avec des étiquettes pour "EYE ÉLECTRIQUE" et "ÉCHELLE D'OUVERTURE DE LENTILLE" accompagnée d'une image d'une femme et d'une fillette jouant au bord de la mer.

Vu de haut, le Retina II F est très dépouillé : une roue aide-mémoire pour le film utilisé – je vais y revenir – jouxte une griffe porte-accessoire sans contact, puis un grand rectangle qui porte le nom du modèle.

Vue de dessus d'un appareil photo vintage Retina II F en argent, montrant l'objectif et le réglage de l'exposition.

Tiens, il n’y a pas de déclencheur ?

Si, bien certainement, mais celui-ci est en façade, vous verrez un peu plus loin.

Car je reviens sur la roue aide-mémoire : en fait, elle a deux fonctions, celle déjà décrite et la seconde lorsque l’on appuie dessus, ce qui la fait jaillir, permet de rembobiner le film terminé dans la chambre. Si vous tirez plus fort, vous n’ouvrirez pas le dos de l’appareil mais cela vous aidera à insérer une nouvelle bobine.

Vue supérieure d'un appareil photo argentique argenté, avec des détails sur les réglages et les boutons.

Pour ouvrir le dos de l’appareil, il faut faire tourner la roue qui est sous le boitier. C’est elle le verrou, ne tirez donc pas sur la tige au risque de l’abimer.

Image montrant une main utilisant un appareil photo avec un bouton, un levier moleté, et un bouton de rembobinage.

Le montage est très bien fait et les rainures sont gage d’une bonne étanchéité à la lumière.

Illustration d'un appareil photo avec des légendes identifiant ses différentes parties, telles que le socket flash, le viseur télémetre, et d'autres éléments techniques.

Venons-en à la face avant, elle aussi très sobre : au centre, une pièce métallique qui porte l’objectif. Et sur le côté de cette pièce, à droite, le levier du déclencheur.

Si la position ne nous semble pas habituelle, d’autres appareils faisaient pareil, comme les Praktica, les Voigtländer Vito CD, les Bilora Bella, par exemple. Lorsque ce type de déclencheur est doux, il génère moins de mouvement vers le bas que le déclencheur sur le capot et éviterait ainsi les flous de bougé en cas de vitesse lente.

Vient ensuite le bloc optique avec un objectif Schneider-Kreuznach Retina-Xenar de 45mm ouvrant à f2,8 et l’obturateur, un Compur-Special, qui donne des vitesses de 1s à 1/500s, plus une pose B. La synchronisation du flash (X) se fait à 1/30s et une prise PC est située au dessus du déclencheur sur le plastron métallique.

Le saviez-vous : le 45mm est plus large que le 50mm, même si ça se voit peu. Mathématiquement, il est plus proche que la lentille de 50mm (dite normale) pour la taille du cadre, car il est plus proche du champ de vision de l’œil humain. Il se rapproche aussi du 43mm qui est la diagonale du film 24×36.

On a souvent considéré les Schneider-Kreuznach Xenar comme moins bons que les Zeiss mais ils tirent quand même très bien leur épingle du jeu et à f8 ils sont excellents. Ici donc l’objectif, un Xénar de 45mm ouvrant f2,8, est un quatre lentilles de type Tessar, qui n’a pas à se cacher derrière le xénon à six lentilles 50mm f2 des modèles III-er en termes de performance d’images.

Ces objectifs acceptent les filtres Kodak à viser en 32mm. Comme l’objectif est fixe, on peut ajouter des compléments optiques comme les lentilles pour grands angles NI et NII (kit Model C) ou mini télé avec les lentilles R (3 modèles).

Et là, je vous sens curieux : qu’y a-t-il sous la plaque qui porte le nom et le modèle ?

Vue supérieure d'un appareil photo avec un éclairage et un indicateur de socket.

C’est l’implantation astucieuse du flash à ampoule, la plaque ainsi relevée servant alors de réflecteur pour l’éclair (et accessoirement de protection car ces ampoules pouvaient parfois éclater). Les lampes doivent être des types AG-1.

Vous aurez donc deviné que le F du Retina IIF est là pour le flash !

Le saviez-vous/vous en souvenez-vous ? Pour calculer la portée d’un flash, les constructeurs donnent une indication : le nombre-guide. Il s’agit du produit de l’ouverture multiplié par la distance en m sur un objet gris neutre. Soit pour une distance de 5m avec une ouverture de f 8, la formule NG = D x F = 40 ; autrement dit, pour trouver l’ouverture en fonction du nombre guide du flash NG/distance = f (ouverture). Un exemple : NG 50/2,5m (distance) = f6,3. Dans ce cas précis, il faudra utiliser l’ouverture la plus proche, soit f5,6

Ces ampoules sont généralement dans une boite qui reprend les caractéristiques du flash.

Ensemble de lampes Philips Photoflux AG1 avec une carte de spécifications.

Le saviez-vous ? Les ampoules sont en verre, remplies de gaz d’oxygène et de filaments de magnésium. Elles sont allumées électriquement par un contact dans l’obturateur de l’appareil photo ou une source d’alimentation externe basse tension (entre 5v et 21v). Une telle ampoule ne peut être utilisée qu’une seule fois puisque les filaments, très fins, brûlent. Attention, elle est très chaude et ne peut être manipulée immédiatement après utilisation. Certains flashs sont munis d’une protection car il peut arriver que l’ampoule explose. Il existe deux types d’ampoules, les AG1 et les AG1B. La différence est un film plastique bleuté qui recouvre les ampoules AG1B. Ces ampoules sont utilisées pour simuler la lumière du jour quand on utilise un film couleur équilibré pour la lumière du jour.

Cet agencement particulier du flash oblige alors le compteur de vue à migrer sous l’appareil ainsi que le bouton pour le régler.

Vue supérieure d'un appareil photo avec des étiquettes décrivant le compteur de film, l'avance du compteur et le levier d'entraînement rapide.

C’est là dessous aussi que se situe le levier d’armement rapide. C’est d’ailleurs une des particularités des Retina.

Une vue en plongée d'un appareil photo vintage noir et argent, montrant l'objectif, les boutons et les réglages sur le dessus.

Si cet emplacement est surprenant, là encore d’autres l’ont fait avant Kodak (comme le Ricoh 35) et, finalement, avec un peu d’habitude, on s’y fait très vite et cela reste assez discret comme manœuvre.

RETINA IF et IIF

Ah, au fait, et ce couvercle manquant pour une pile ?

Vous ne l’aviez pas oublié, tant mieux. De fait, ce couvercle est sous l’appareil, entre le levier d’armement et la verrou. Cette pile, une antique PX-13 au mercure, que l’on peut remplacer par une PX625A, ne sert qu’à alimenter le flash, qui a besoin de courant pour fonctionner et faire brûler l’ampoule. Ce n’est pas l’élément le plus important mais si je trouve un bouchon compatible, pourquoi ne pas l’y fixer.

Prendre une photo avec ce Retina suppose 5 actions : armement avec le levier à course rapide, réglage de la vitesse, réglage de l’ouverture en regardant l’aiguille du posemètre dans le viseur, réglage de l’image avec le télémètre et déclenchement.

Avec un peu d’entrainement, tout se fait très vite.

Mais je reviens un instant sur le combiné objectif/obturateur.

Comme l’appareil est muni d’une cellule, il faut en régler la sensibilité (de 25 à 1250 Asa) pour ajuster celle-ci.

Le réglage de la sensibilité du film se fait avec un anneau autour de l’objectif, par dessous (chiffres rouges).

Détail d'un objectif de caméra montrant le cadran de vitesse d'obturation avec des valeurs numériques et une indication de verrouillage.

Un second anneau, celui du réglage de la vitesse est presque à l’extrémité du fut. Il est bien cranté, sans être dur.

Gros plan sur le dessus d'un appareil photo montrant les anneaux de vitesse et d'ouverture.

Ensuite, l’anneau pour régler l’ouverture est plus près du corps de l’appareil, fluide, sans crantage.

Vue rapprochée de diverses bagues sur un objectif d'appareil photo, incluant l'anneau des distances, l'anneau des vitesses et l'anneau des ouvertures.

Bien que ce soit un télémétrique, il y a une échelle de profondeur de champ, pour les photos que l’on prépare à l’avance (comme en photo de rue).

Un gros plan du réglage de mise au point d'un appareil photo Kowa avec des indications sur la distance minimale et maximale de mise au point.

Ce que j’apprécie sur cet appareil, c’est qu’il évite le système EV, qui couple l’ouverture à la vitesse et que ses concurrents utilisaient encore.

Pour le reste, il est magnifique dans son sac tout prêt en excellent état.

Que penser de cet appareil ?

C’est toujours subjectif mais je le trouve beau.En tout cas, il a traversé les ans avec panache : les cuirs sont impeccables, les chromes aussi et toute la mécanique fonctionne parfaitement, même la cellule au sélénium.

Et lorsque des personnes vous abordent, elles sont sidérées que ce soit un Kodak.

C’est un appareil que l’on peut porter dans son sac tout prêt, car il y a des crochets pour attacher une lanière. Par contre, le fait de ne pas l’utiliser fait que la cellule est alors toujours exposée à la lumière et donc – si elle est encore fonctionnelle comme ici – va s’user plus vite. L’entre deux serait de le porter dans un petit sac, avec un dragonne toute simple.

L’appareil fait son petit poids mais ce n’est pas désagréable et ça assure une bonne stabilité.

Pas de soucis majeur pour charger (et pourtant, Kodak a bien inventé les cassettes 126 et 110 pour le simplifier ce chargement !). Juste ne pas oublier de régler ensuite le compteur de vue.

Se promener avec lui offre un confort d’utilisation certain et, surtout, il n’est pas commun ! Produit seulement à environ 30.000 exemplaires, ce n’est pas un appareil rare mais suffisamment que pour qu’on s’y intéresse, et pas seulement pour la collection.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Un peu de technique

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

  • Type : appareil photo télémétrique 35 mm
  • Objectif : Retina-Xenar 45mm f/2.8
  • Obturateur : Compur, 1-1/500 + B, avec synchronisation flash, déclencheur à câble et minuteur
  • Plage de vitesse du film : 12-1250 ASA
  • Diaphragme : f/2.8 réglable en continu à f/22, marquages à un stop
  • Viseur : viseur à hauteur des yeux, cadre lumineux
  • Mise au point : mise au point coïncidente couplée par image à distance, 1 mètre à l’infini.
  • Exposition : Centrage à l’aiguille/manuel
  • Mesure : cellule sélénium
  • Transport du film : avance à levier simple course (sur la base)
  • Flash : Ampoule AG-1 dans un porte-flash intégré, prise PC pour les flashs électroniques
  • Douille trépied : Douille standard
  • Filtres : Série VI / 32 mm à visser
  • Pile PX625A pour alimenter le flash
  • Années de production : 1963 -1964

Des références

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak_Retina, https://fr.wikipedia.org/wiki/Kodak_Retina, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Kodak_Retina_IIF, https://retinarescue.com/retina2f.html, https://photoethnography.com/ClassicCameras/KodakRetina.html, https://www.kodaklist.com/cameras/KODAK-RETINA-IIF-Camera, https://kodak.3106.net/index.php?p=301&cam=916, en anglais ; https://www.supernovamedia.de/retina-iif.html, en allemand

Argentique

Un appareil de poche vintage ? Pensez au Puck

Préambule

Nous sommes le 08 mars 26 et dehors il fait près de 18°C !

Nous, nous sommes enfermés à l’intérieur car nous avions réservés pour une des premières dates de brocante – couverte – sur Ath et au profit de l’Unicef. Bien nous en a pris – enfin en tout cas pour moi – car j’ai retrouvé là un Monsieur à qui j’ai déjà acheté des appareils, collectionneur qui essaie de liquider doucement ses nombreux appareils, car ni ses enfants ni nombreux petits enfants ne montrent d’intérêt pour la chose photographique.

Cela n’a pas manqué, j’ai trouvé sur son stand de quoi alimenter encore le site de quelques petites perles intéressantes.

La première tient dans une poche de pantalon ou de manteau, sans soucis. C’est un modèle inédit pour moi et je sens que je vais devoir chercher des infos à son sujet. Vous allez les découvrir.

Un peu d’histoire

Honnêtement, ce ne fut pas facile car la société à l’origine de cet appareil n’a, semble-t-il, pas laissé beaucoup de traces dans l’industrie métallurgique allemande.

La Metalfabrik Eugen Ising, Bergneustadt (Rhénanie, Allemagne) a fait l’objet d’un livre, en 1996 mais ma connaissance de l’Allemand va me dispenser d’en faire et la lecture et l’acquisition.

En résumé, Eugen Ising a créé une fabrique de produits métalliques, vers 1890, qui produisait essentiellement des trépieds (y compris pour l’armée allemande, trépied pour système optique), des flashs, des projecteurs de films, des engins pour visualiser les images animées, des trépieds à boule et douille pour Agfa et, in fine, quelques appareils photo, dont un Pucky fabriqué en … bakélite (cherchez l’erreur !) au tournant des années vingt et jusqu’au seuil des années trente. Elle produisait quand même 130.000 unités par an.

Dans les appareils photos, outre donc le Pucky en bakélite, elle fabriquera aussi :

  • des Puck, appareils télescopiques avec objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,9 et obturateur Compur-Rapid B 1-/500 sec ou des Rodenstock Trinar de 45mm ouvrant à f3.5 et obturateur Prontor II B 1-/250 sec, voire un mélange des deux (celui que je vais vous présenter, image de 4×3). Vers 1948 – 1950, produit à environ 10.000 exemplaires.
  • des Isis, appareils télescopiques en 6×6 (1954)
  • des Pucky, 6×6 pseudo TLR (différents modèles – 1950) ou des Isoflex, 6×6 pseudo TLR (une variante sous un autre nom du Pucky 1)
Affiche d'exposition sur les appareils photo de 1890 à 1960, indiquant les dates et les événements au Heimatmuseum Bergneustadt.
Une affiche colorée présentant l'histoire de l'appareil photo Pucky de la société Ising, avec des images d'appareils photo anciens et des références à des photographes et des souvenirs photographiques.

Il semblerait que l’entreprise ait produit quelques articles accessoires jusqu’en 1970, puis elle s’est recentrée sur son cœur business, les ateliers mécaniques et s’est retirée du monde de la photographie.

Les appareils qu’elle a fabriqué ne sont pas sophistiqués, sans être mauvais. Ils étaient sans doute destiné à un public d’amateurs.

Elle a toutefois produit assez que pour l’exportation car on retrouve des Pucky sous le nom de Bolsey-Flex (importateur Bolsey) et Tower 120 Flash (importateur Sears).

Ici nous allons voir ce que cache un Puck, tout petit, tout mignon, en film 127.

Présentation du Puck

Le Puck n’est guère plus grand qu’un Rollei 35 et, comme lui, propose un objectif sortant.

La comparaison s’arrête là car les 2 appareils sont diamétralement différents.

De prime abord, ce petit boitier semble très simple mais il nous réserve quelques surprises.

Comme son obturateur, un Gauthier Prontor II qui offre quand même des vitesses de 1s à 1/250s, plus une pose B et une synchro flash (prise PC). La vitesse se règle grâce à la roue dentée sur le pourtour. On arme l’obturateur avec un levier et on déclenche avec un second, placé plus bas. Il y a même un minuteur. Cet obturateur étant central, j’en déduis que la synchro flash se fait à toutes le vitesses.

Ancienne caméra avec objectif Prontor II, présentant des réglages de vitesse d'obturation et une lentille visible.

Le combiné objectif/obturateur est donc télescopique. Bon, c’est pas gagné pour le faire sortir, sans doute un peu d’oxydation.

Sur ce combiné, un objectif Steinheil München Cassar de 50mm ouvrant à f2,8. La mise au point minimale est à 1,2m jusque l’infini.

Bon, génial, j’ai réussi à sortir l’objectif et à le bloquer en position mais depuis, il refuse de revenir en place. Au lieu de cela, je me retrouve avec le combiné obturateur/objectif en main !

Je vais en profiter pour nettoyer les lentilles, c’est déjà ça de gagné. Cela m’a encore permis de débloquer le petit levier, plaqué contre le corps du combiné et qui permet de régler l’ouverture, de f2,8 à f16.

Finalement, une ouverture à f2,8 n’est pas courante à cette époque. Pourtant, c’est un design de lentille anastigmate de base à trois éléments en trois groupes. Ici, il est monté sur une rampe hélicoïdale, très fluide, sans arrêt. En monture M42, cette optique est réputée, pourquoi serait-elle mauvaise ici ?

Evidemment, pas de traitement anti-reflets, il faudra y faire attention.

Pour le reste, un discret verrou sur la tranche gauche permet d’ouvrir le dos monté sur charnière et découvre la chambre. N’oublions pas que ce Puck utilise du film en bobine 127 (appelé A8 chez Agfa), ce qui dispense le boitier d’avoir un compteur de vues puisque le papier qui protège le film porte les nombres de photos. Sur la porte d’ailleurs il y a deux fenêtre, que l’on peut occulter. Ce film a une largeur de 46mm et il était destiné aux appareils compacts.

Les formats habituels étaient le 4×6,5cm (8 photos par film) ou 4x4cm (12 photos). Mais ici aussi (comme en 135), il existe du demi-format et la chambre du Puck fait 28x37mm. D’où les 2 fenêtres : le chiffre 1 apparait à droite (comme en plein format) et le chiffre 2 à gauche ensuite (parce que c’est un demi-format, les images 1 et 2 sont sur une même longueur de film).

Diagramme montrant les dimensions de l'Ising Puck (28 x 37 mm) par rapport à la taille du cercle d'image de l'objectif et à un film 135 pour comparaison.

Malin, non ? Ensuite, une plaque de pression incurvée (ressort très souple) est fixé sur le dos du boitier, percée elle aussi pour les deux fenêtres.

Et enfin, il y a une troisième ouverture, celle du viseur, qui traverse la chambre et tout le corps du Puck. Il est minuscule mais donne une idée assez approximative de ce que l’on veut capter, en vertical bien sûr.

Que dire de plus ? En dessous, un filetage pour installer l’appareil sur un trépied et autour, un pied repliable qui permet au Puck de rester bien à plat sur une surface plane, sans piquer du nez.

Appareil photo vintage avec un design noir et argent, vu de face.

Sur le capot, deux molettes : celle de gauche fait avancer le film que l’on place à droite et celle de droite est simplement une aide à la mise au point avec une échelle de profondeur de champ. Comme le 127 se déverse d’une bobine sur une autre, pas besoin de rebobiner, il suffira de retirer le film terminé et de coller la languette pour éviter que la bobine ne s’ouvre (comme pour le film 120).

Que penser de cet appareil ?

C’est sa taille et sa bouille sympathique qui m’a attiré vers lui en premier.

Ensuite, au fur et à mesure des recherches, je me suis aperçu que ce petit boitier était, finalement, bien intéressant et relativement rare.

A la réflexion, je me dis quand même qu’au temps de l’argentique il y avait des appareils qui, sous des dehors très simples, cachaient des solutions techniques originales et performantes, à coût raisonnable.

De plus, dans ce gabarit réduit, ils avaient trouvé le moyen de placer un viseur, certes riquiqui mais suffisant.

Vais-je utiliser ce Puck ? Non car hélas le labo avec lequel je travaille ne peut plus traiter les films 127, ils leur manque une pièce, introuvable, sur leur machine.

Tant pis, il reste une belle pièce collectionnable, que je proposerai à la vente lors d’une Foire, par exemple.

Un peu de technique

  • Appareil compact demi-format (3×4) pour film 127 en rouleaux
  • Objectif Rodenstock-Trinar 4,5 cm f/3,5 ; Steinheil Cassar 5cm f/2.8, ou Staeble Kata 50mm f/2.8.
  • Obturateur Prontor II à fermeture centrale, B-1-2-5-10-25-50-100-250. Également avec le Compur-Rapid (jusqu’à 1/500 s) ou le Vario (B-25-75-200).
  • Mise au point manuelle sur l’objectif (à partir de 1 m ou 1,2m) en ajustant l’objectif avant
  • Viseur simple, très petit viseur
  • Prise flash sur l’obturateur.
  • Transport du film avec bouton rotatif, double fenêtre rouge pour le demi-format
  • Minuteur automatique
  • Bouton de profondeur de champ sur le dessus (sabot d’accessoires sur les versions ultérieures)
  • Filetage de trépied 1/4′
  • Support pliant
  • Accessoire : sac tout prêt
  • Dimensions, poids environ 100x70x47 mm, 360 g
  • Année(s) 1948-1950, probablement moins de 10 000 exemplaires au total.

Des références

https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-5949-Ising_Puck.html, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Puck, https://mikeeckman.com/2020/10/ising-puck-1948/, https://camera-wiki.org/wiki/Ising, https://www.artdecocameras.com/cameras/ising/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Ising , en anglais ; https://knippsen.blogspot.com/2019/09/ising-puck.html, https://nat.museum-digital.de/people/238033,https://kameramuseum.de/firmen/ising/, https://www.yumpu.com/de/document/read/5743918/fotoapparate-1890-heimatmuseum-bergneustadt/2, en allemand

Argentique

Un moyen format abordable et performant, le Yashica Mat

Préambule

Encore un que j’ai trouvé sur la brocante de Bois de Villers, un peu avant le Minox 35 AF que je vous présentais il y a quelques jours.

Autant ce dernier pouvait encore se glisser dans une poche, autant celui-ci demandera un petit sac et une bonne sangle pour le porter. Pas qu’il soit aussi lourd que le Mamiya C33 déjà vu sur le site, mais il est de cette école où le plastique était encore utilisé avec parcimonie et le métal majoritaire.

Il est en très bon état et me crée d’emblée un cas de conscience : vais-je le garder ou plutôt le Rolleiflex T type 3 ?

J’entends déjà quelques uns qui frémissent de cette question, mais vous allez comprendre pourquoi elle se pose …

Un peu d’histoire

Yashica est une marque que j’ai déjà beaucoup évoquée, en réflex (le FX-3 comme bel exemple), en compacts (le MF-2 me vient, entre autre, à l’esprit), en télémétriques (Le Lynx 5000 par exemple) et en moyens formats (ah, le Mat 124 G).

Je vais donc plutôt approfondir leur gamme en moyen format, qui mérite bien un historique.

Leur premier appareil fut le Pigeonflex (1953), très, très inspiré du Rolleicord II mais bien plus abordable financièrement. C’est lui qui donna le goût de la photographie au TLR à grand nombre de Japonais.

Schéma explicatif du fonctionnement d'un appareil photo bis-objectifs, avec des annotations numérotées décrivant les principales parties : objectif, miroir, lentille de Fresnel, loupe, second objectif, bouton d'obturation, film.

En 1957, Yashica améliore son premier opus et sort le Mat : un appareil très époque, car il propose l’avance du film et l’armement de l’obturateur couplé grâce à une manivelle. Ce Mat sera le premier d’une longue série qui se clôturera avec le Yashica Mat 124 G, un excellent TLR à prix encore doux pour des prestations de haut niveau.

Puisque j’évoque le terme de séries, accrochez-vous : il y eut deux grandes familles dans les reflex à double objectifs, les 66 (pour 6×6 en film 120) et les 44 (pour le 4×4, en film 127). Dans ces familles, on compte environ (parce que tous les auteurs ne sont pas d’accord) 31 modèles pour les premiers et 4 pour les seconds, mais 81 variations pour les 2 séries. Amis collectionneurs, bon amusement …

Tiens, au fait, pourquoi Yashica MAT ? Deux hypothèse se côtoient : la première dit que c’est une contraction comme une autre d’automatique alors que la seconde dit que cela serait une énième copie du terme utilisé par Rolleiflex pour son Rolleiflex Automat, … lui -même contraction d’automatique.

Rassurez-vous, je ne vais pas tout reprendre, alors voici les grandes lignes de la gamme 66 (les 44 sont plus anecdotiques et je n’en ai plus sous la main) :

  • les YashicaFlex, l’équivalent des Rolleicord chez Franke & Heidecke (exemple YashicaFlex S), de 1953 à 1959
  • les Yashica avec bouton pour l’avancement (Yashica C et D en exemples), de 1957 à 1965
  • les Yashica avec manivelle pour l’avancement et l’armement (celui-ci et le Yashica Mat 124 G), de 1957 à 1983

Pour plus de détails, je vous renvoie LA.

Ce qui est important à retenir, me semble-t-il, c’est la distinction entre ceux à boutons et ceux à manivelles, distinction reprise aussi chez Rolleicord et Rolleiflex . Ceux avec les boutons sont (un peu) plus simples au niveau mécanique mais n’en sont pas moins aussi bien équipé que leurs frères tant en ce qui concerne les objectifs que les obturateurs.

Encore une fois, comme chez Rolleiflex, avec même – comme là aussi – parfois des appareils à bouton qui peuvent en remonter à ceux à manivelle (combinaison objectif/obturateur plus évoluée (un bel exemple est le Yashica 635 équipé d’un obturateur Copal MXV qui monte au 1/500s et d’un objectif Yashinon de formule Tessar ouvrant à f2,8).

Que ce soit en formule avec boutons ou manivelles, ces TLR sont majoritairement en métal, très bien ajustés, et pensés pour être faciles d’utilisation.

Sans doute n’ont-ils pas l’aura du précurseur allemand mais ils ne déméritent pas en terme de qualité d’images et de fonctionnalités.

Car au fur et à mesure de l’évolution des boitiers, ceux-ci vont bénéficier de vitesses en expansion, de minuteur, de synchronisation flash, de cellule non couplée puis couplée, de compteur de vue, de griffe porte-accessoire, de baie de tailles différentes (bay 1, bay2, etc.) et de toutes une série d’accessoires utiles.

Si je devais résumer ici les TLR de Yashica, je dirais qu’ils sont un excellent choix pour débuter et/ou pratiquer le moyen format car ils sont moins onéreux que certaines marques et tout aussi efficaces à caractéristiques égales (là, je sens que je vais susciter des commentaires !).

Pour en revenir à notre Yashica Mat, premier du nom, il sera d’abord équipé d’objectifs Lumaxar de 75mm ouvrant à f/3.5, ainsi que d’un Lumaxar de75mm ouvrant lui à f/3.2 comme objectif de vision, suivis plus tard d’objectifs similaires bien qu’en version 80mm. Là encore, il existe une petite polémique car d’aucuns disent que les objectifs étaient livrés à Yashica par l’Allemagne de l’Ouest et assemblés à Nagano alors que d’autres disent qu’ils étaient fabriqués et livré par Tomioka (Japon).

Ces objectifs sont de type Tessar, composés de 4 éléments répartis en 3 groupes. Ils changeront ensuite de nom et deviendront des Yashinon

On estime que 95% de la production sera en 80mm. Autre différence, selon l’âge des appareils, les vitesses d’ouverture auront deux échelles différentes : l’ancienne échelle de vitesses – B, 1, 2, 5, 10, 25, 50, 100, 250 et 500 – puis la nouvelle échelle des unités – B, 1, 2, 4, 8, 15, 30, 60, 125, 250 et 500)

Ceci étant, l’obturateur est un Copal d’excellente réputation (MX, MXV et SV par la suite).

Le Yashica Mat et le Yashica MAT 124-G seront les deux appareils les plus vendus, tant en termes de quantité que de durée (plus de 16 ans chacun). Voilà deux maîtres achat à ne pas négliger.

Présentation du Yashica Mat

Celui que je vous présente aujourd’hui est un modèle équipé du Luxamar de 75mm ouvrant à f3,5 et f3,2 pour la visée et d’un obturateur Copal MXV. Il est sans doute issu des premières séries de 1957.

Sa présentation est on ne peut plus classique : un beau rectangle vertical, tout en métal, avec une platine qui avance selon un système à crémaillère, très fluide et assez court. Gainé de cuirette noire, celle-ci est sensible dans le temps et il n’est pas rare d’en trouver avec un revêtement un peu abimé. Ce qui n’empêche en rien l’appareil de fonctionner parfaitement, c’est juste une question d’esthétique.

Appareil photo vintage avec des réglages sur le côté, y compris des commandes pour l'exposition et l'ASA.

Le plus intéressant sur cet appareil est bien évidemment la manivelle qui fait donc avancer le film d’une vue et arme l’obturateur : il faut la faire tourner dans le sens anti-horaire jusqu’à ce qu’elle bloque, puis revenir dans l’autre sens jusqu’au niveau du compteur de vue, où elle cale de nouveau et vous permet de remettre la manivelle dans son encoche. Vous êtes prêt à déclencher.

Appareil photo vintage noir avec un design classique et un levier de déclenchement.

Mais avant, réglons la distance : vous ouvrez le viseur et regardez dans le tunnel l’image renvoyée par le miroir sur le dépoli, assez clair je trouve, et quadrillé pour une meilleure composition. Soit vous travaillez en regardant uniquement là, en tournant la molette de gauche, et arrêtez votre réglage dès que l’image est nette (et vous pouvez vous aider de la loupe fournie dans le couvercle), soit vous regardez l’échelle de mise au point situé sur le côté gauche de l’appareil (mise au point minimale de 1m à l’infini). Le diaphragme compte 10 lamelles.

Le dépoli contient une lentille de Fresnel avec un quadrillage de lignes rouges (5×5) aidant la composition. Pour une mise au point plus précise, on peut toujours sortir la petite loupe qui est sous le capot. Petite remarque en passant : la visée est de 5,5×5,5cm sur un film de 120. Les photos captées seront au format 55x55mm (dite 6×6). Le viseur est donc à 100% de la vision.

Il reste maintenant à régler la vitesse et l’ouverture. Ici le conseil est d’utiliser une cellule à main que vous réglez grâce à l’aide mémoire fourni par l’appareil (réglage de la sensibilité Asa/Din – de 5 à 400 Asa – sur la grosse molette de gauche, pour mémoire).

Gros plan sur les réglages d'une vieille caméra, mettant en évidence le cadran de vitesse et les échelles DIN et ASA.

Ensuite, avec le petit bouton rond de gauche, judicieusement placé entre les objectifs, vous réglez l’ouverture. Petit plus non négligeable de l’appareil, le petit écran au dessus des objectifs qui reprend l’ouverture (f) et la vitesse (sec) que vous aurez choisies.

Gros plan sur le bouton de réglage d'une ancienne caméra, mettant en avant les chiffres et les marques de focalisation.

Plus besoin ici de quitter le viseur des yeux, vous voyez immédiatement les réglages prévus, juste en regardant par dessus l’objectif.

La vitesse, vous l’aurez compris, se règle avec le bouton de droite, du bout des doigts, vous permettant d’assurer une bonne stabilité à l’appareil, niché au creux de vos paumes.

Le déclencheur est situé en bas à droite du boitier. Une légère pression suffit pour déclencher et vous serez surpris du bruit très contenu de cet appareil (ce n’est pas un Praktica ni un Zenit).

Au milieu des 2 objectifs toujours, sur la gauche, le sélecteur pour la position de la synchro flash : M ou X. M étant réservé aux anciens flashs et X aux flashs plus modernes. L’obturateur étant central, il y a synchronisation à toutes les vitesses.

Attention toutefois à un point important : mettez toujours la synchro flash en position X si vous voulez utiliser le minuteur, minuteur que l’on arme après avoir tourné la manivelle d’avance et d’armement. L’obturateur possède une protection pour éviter les mauvaises manœuvres mais que vous pourriez passer (= casser) en forçant. Second conseil utile (et ça c’est LE conseil à ne jamais oublier) : si ça résiste, si ça coince, on ne force pas !

Gros plan sur un appareil photo Yashica avec lentille et réglages visibles.

Je résume : on cadre, on ajuste la distance, on règle la vitesse et clic !

Cet appareil accepte des accessoires B1, comme le pare-soleil, utile à très utile car l’objectif n’est pas traité anti-reflet. Il existe aussi des filtres, moins courant.

Le déclencheur n’est pas fileté pour y ajouter un câble de déclenchement. En fait, il faut une petite pièce qui se vise dessus et sur laquelle vous pourrez fixer le câble.

Le chargement de l’appareil est aussi très facile : il suffit de faire tourner le verrou, en dessous, qui libère la porte, que l’on soulève vers les haut.

Appareil photo vintage en noir et blanc, vue de face avec un objectif sur le dessus et un cadran de réglage sur le devant.

La bobine réceptrice se place en haut, en tirant sur la petite molette sur la gauche de l’appareil afin de bien placer le film. On tire sur l’amorce pour la glisser dans la fente de la bobine et on fait avancer le film jusqu’à la flèche marquée sur le papier du film, qu’il faut faire coïncider avec les 2 flèches rouges sur le bord de la chambre. Ensuite, on referme et on tourne la manivelle jusqu’à ce qu’elle se bloque sur le chiffre 1. Le boitier est prêt pour ses premières photos.

Lorsque vous refermez la porte, vérifiez toujours que le petit ergot fixé sur le boitier est bien pris dans la lame du verrou.

L’appareil ne possède pas de griffe porte-accessoire et pourtant, il y a bien une prise pour un flash et une discrète tirette pour la synchro de celui-ci : M pour les anciens flashs à ampoules, et X pour les nouveaux. Il faudra trouver une planchette à fixer sous l’appareil et qui portera le flash, déporté.

Et sous l’objectif qui prend la photo, une discrète tirette avec un point rouge : c’est celle de la minuterie (+/+-10sec).

Enfin, sur le flanc droit, une petite fenêtre ronde, en haut, celle du compteur de vue. Et sous l’appareil, un filetage pour le fixer sur un trépied ou pour y attacher un porte-flash.

En résumé, un bel appareil, simple, pas trop onéreux et qui offre de très bonnes prestations photographiques.

Que penser de cet appareil ?

Eh bien, j’en reviens à ma question existentielle du début : vais-je le choisir plutôt que le Rolleiflex T que j’avais mis de côté ?

En termes de fonctionnalités, ils se valent, avec – pour moi – une préférence au Yashica qui utilise un système simple de réglage de la vitesse et de l’ouverture, alors que le Rolleiflex T utilise un couplage basé sur l’indice de lumination (EVS), débrayable mais que je n’aime pas.

Ensuite, le Luxamar avec formule Tessar offre les meilleures prestations, quasi au même niveau que le Tessar et le Xénar du cousin allemand.

Finalement, j’aurais peut-être dû garder le Mat 124-G, encore un cran au dessus et avec une cellule au CdS et un objectif plus lumineux. Mais, franchement, celui-ci évite les soucis de cellules parfois capricieuses et avec un peu d’entrainement, donne d’aussi bons résultats.

Car ces appareils ne sont pas faits pour travailler dans l’urgence. Plutôt dans le moment, en réfléchissant à ce que l’on fait : cadrage, composition (le carré est une belle surface mais il faut l’apprivoiser), réglages de la vitesse, de l’ouverture. Et puis ce déclic typique, tout en douceur.

Un film de 120 autorise 12 poses sur une bobine. Il faut les savourer comme il convient et, en cas de longue sortie, prévoir son petit stock. Ensuite, quel plaisir que de découvrir les détails dont fourmillent les images captées et qui reviennent du labo !

Enfin, cerise sur le déclencheur, ces appareils n’ont pas la grosse tête et restent abordables : comptez environ 180€ pour un bel exemplaire, idéalement avec son sac tout prêt en cuir. De quoi vous laissez des sous pour acheter une bonne sangle de portage et quelques bobines de film.

Essayez, vous y reviendrez …

Vidéos d’illustration

Un peu de technique

  • Reflex bis-objectifs avec viseur de poitrine
  • Film 120 (B2-4 / B2-6 / B2-8 de 1932)
  • Format négatif 6 x 6 cm
  • Transport de films : manuel
  • Objectifs Luxamar 75mm f3,2 et f3,5 (prise de vue)
  • Obturateur Copal MVX
  • Vitesses : B, 1s – 1/500s
  • Synchro flash à toutes les vitesses, positions M et X, prise PC, pas de griffe porte-accessoires
  • Armement et avance du film couplé par manivelle
  • Année de sortie : 1957

Des références

https://www.dirapon.be/TLR.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2541-Yashica_Yashica-Mat.html, https://www.suaudeau.eu/memo/collection/mformat/Yashica_mat.html en français ; https://casualphotophile.com/2020/06/26/yashica-mat-review/, https://jnoir.eu/en/cameras/yashica/yashica-mat/, https://www.yashica.com/our-history, https://yashicatlr.com/(une mine d’informations), en anglais