Argentique

Le Canon Prima Sol

Celui-ci ça fait un moment que je le cherchais et c’est grâce à une charmante dame qui se défait lentement de la riche collection de son mari que j’ai pu l’acquérir.

Il est tout beau, tout propre, avec sa petite pochette en satin gris.

Mais que je vous explique mon intérêt pour ce petit compact original.

Alors comme d’habitude, faisons le tour des dénominations utilisées : il s’appelle Autoboy SE au Japon, Sure Shot Delsol en Amérique du Nord et Prima Sol en Europe

C’est un compact de la gamme Prima, un des bestseller de Canon dans les années nonante.

Lorsqu’on le voit pour la première fois, fermé, on doute : radio de poche, chargeur de piles ? Et puis il y a le mot Canon sur le devant, qui devrait nous mettre sur la piste …

Car ce qui intrigue, c’est ce panneau solaire sur le devant.

« Non, ils ont osé mettre un panneau solaire sur un appareil photo ? »

Eh oui, il s’agit même du premier appareil photo au monde à utiliser exclusivement l’énergie solaire pour ses besoins de fonctionnement !

Oui, vous avez bien compris : voici le premier appareil photo qui n’utilise que l’énergie solaire pour charger des batteries internes grâce à des cellules photoélectriques haute performance situées sur sa face avant.

Ah, j’entends déjà quelques personnes qui se récrient : le premier appareil a énergie solaire est le Ricoh XR-S de 1981.

Source : The Chens. On voit bien les cellules solaires sur les 2 côtés du prisme

Et bien non car si le XR-S avait un panneau solaire de chaque côté du prisme, ils ne faisaient que compléter l’alimentation du circuit de mesure et ils n’alimentaient pas l’ensemble de la caméra comme sur le Prima Sol. De plus, si le soleil faisait grise mine, le posemètre disposait d’une source d’alimentation de secours de 1,5 volts via une SR44/LR44, contrairement au Prima Sol qui n’est alimenté que par la batterie chargée par le panneau solaire.

La batterie solaire amorphe (source d’alimentation principale) et une batterie lithium-ion (source d’alimentation secondaire) fonctionnent en tandem. Le soleil fournit toute la puissance nécessaire au système AF, à l’obturateur électromagnétique programmé, au flash intégré et au transport du film. Une caméra écologique avec un concept de développement futuriste pour l’époque.

C’est en mars 1995 que Canon a sorti cette petite bombe « verte » avant l’heure, car c’est un appareil autonome et conçu pour être peu gourmand en énergie (une recharge solaire de 6h assure l’utilisation de l’appareil avec 5 films de 36 vues).

Pour le reste, il intègre les composants du Prima Mini (Autoboy F ou Sure Shot M), à savoir :

  • Une mise au point entièrement automatique avec un objectif 32 mm f/3,5.
  • Un autofocus intelligent à 3 points
  • Une ouverture et un obturateur à commande électromagnétique.
  • Plusieurs mode flash (automatique, anti-yeux rouges, débrayé)

Son utilisation est des plus facile : tout d’abord éloignez le panneau des cellules solaires en le poussant doucement vers le bas et l’appareil s’allume, l’objectif se déplie. Vous le portez à l’œil et visez à travers un viseur placé au milieu du boitier (couverture de 84% avec un grossissement de 0,32). Au centre, une croix qui est l’indication de l’AF et des lignes de cadre. Une LED verte s’allume lorsque la mise au point est verrouillée sur le sujet. Cette lampe clignote lentement quand on effectue un gros plan et plus rapidement pour signaler un risque de bougé (faible lumière).

Une pression légère sur le gros bouton orange, clic-clac, c’est dans la boîte et l’appareil entraine le film à l’image suivante, assez silencieusement.

Lorsque vous avez fini votre prise de vue, refermez doucement le panneau, l’objectif se rétracte et l’appareil s’éteint.

Comme il est tout automatique, vous vous doutez bien que le nombre de boutons de commande est limité.

De fait, outre le bouton orange du déclencheur, sur le dessus, il y a sur le côté droit (vu de face) deux boutons pour le contrôle du flash (celui du haut le coupe et force le boitier à choisir une vitesse lente qui peut aller jusqu’à 1s) et l’autre active la synchro lente en cas de fill-in (déboucher des ombres).

En dessous de ces boutons, le verrou pour ouvrir la chambre et y placer un film.

Toujours sur la tranche droite (en le regardant de face), vous verrez un gros bouton rouge. Il permet d’activer l’affichage de la charge sur le petit écran LCD qui est sur le devant de l’appareil. Lorsque vous appuyez dessus, vous verrez la silhouette d’une pile, divisée en 4 parties et celle qui est noircie correspond à la charge restante.

Alors je ne sais pas si vous possédez des panneaux solaire chez vous, ou comme moi montés sur un camping car, mais lorsque le soleil brille et les active, ça chauffe.

Canon en était aussi conscient car si vous laissez votre appareil 6 heures en plein soleil, la température interne va vite grimper et risquer d’abimer le boitier. Le panneau des cellules peut se déplacer vers l’avant s’il détecte cette montée de température et s’il ne le fait pas, actionnez le petit bouton sur la tranche gauche, son petit cœur de silicium vous remercie.

Au point de vue qualité des prises de vue, comme avec tous les Prima, l’appareil prend tout en charge et il le fait bien.

Personnellement, j’apprécie particulièrement son objectif plutôt grand angle (32mm).

Mais que penser de ce drôle d’engin ?

C’est peu dire qu’il s’agit d’un boitier original, qui sort des sentiers battus car dans les années nonante, Pentax, Olympus, Minolta par exemple sortaient aussi d’excellents petits compacts. Munir celui-ci d’une technologie particulière était gage d’interpeller le public blasé.

Toutefois, son prix put être un obstacle. En effet, le coût des cellules photovoltaïques était encore important en 1995, tout comme la pile lithium-ion peut courante à l’époque (le classique des rechargeables était le Nickel Cadnium moins performant).

Ensuite, paradoxe du Canon Prima Sol, sa batterie devrait être remplacée après dix ans d’activité ou … d’inactivité. Et là, les ingénieurs n’ont jamais pensé que les clients les remplaceraient eux-même car la pile est soudée.

Appareil écologique doté de l’obsolescence programmée ? Un comble, non.

Mais les férus de ces vieux machins ont plus d’un tour dans leur sac et si celui que vous avez trouvé, ou que vous possédez, est en panne de batterie, allez voir sur le site de Mike Eckman, il vous explique comment remplacer celle-ci.

Je l’ai emporté avec nous lors de vacances familiales, pour le tester. Je n’ai pas terminé encore le film malheureusement. Mais de cette courte expérience d’utilisation, que retenir ?

L’appareil est très plaisant à utiliser, très facile à manipuler. Pourtant, second paradoxe de celui-ci, le fait de devoir ouvrir le panneau avant de prendre une photo n’est pas un geste très naturel ni discret, et le laisser ouvert augmente le risque de l’heurter et le casser. Mais le plus perturbant est que finalement un compact, on le met dans un petit sac, une grande poche, voire on le porte autour du cou (la dragonne est assez longue). Dans ce dernier cas, il va faire le plein de soleil, sinon il faudra le ressortir pour le placer sous la lumière.

Rappelez-vous, il n’y a pas de piles de secours en cas de décharge.

Personnellement, ça ne m’a pas posé problème, le portant justement autour du cou ou le déposant (sous bonne garde) sur une table voire un accoudoir à une terrasse.

Mais je le remiserai pour les mois d’automne et hiver, le plaçant parfois sous une bonne source lumineuse pour entretenir sa batterie.

Ce n’est pas un appareil courant et il est même assez rare à trouver. Son prix s’en ressent : un bel exemplaire fonctionnel se négocie encore autour des 100€.

Si vous êtes curieux et que vous avez la chance d’en trouver un, n’hésitez pas, au delà du gadget du panneau solaire, c’est un excellent petit appareil photo.

Pour des exemples de photos prises avec cet appareil, c’est par LA.

Video d’illustration :

Un peu de technique :

  • Objectif 32 mm f/3,5 avec 3 éléments répartis en 3 groupes.
  • Autofocus intelligent à 3 points de 45 cm à l’infini.
  • Exposition automatique avec des vitesses d’obturation allant de 2 s à 1/250 s.
  • Plusieurs modes de flash, dont réduction des yeux rouges, suppression et synchronisation lente.
  • Chargement automatique, décodage DX, avance et rembobinage du film 35 mm.
  • Posemètre : cellule en silicium, AE entièrement programmé
  • Alimentation : pile au lithium-ion rechargeable 3 V CR-123A et panneau solaire amorphe en tandem
  • Dimensions et poids : 124x67x46 mm, 260g

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Canon_Sure_Shot_Del_Sol/Prima_Sol/Autoboy_SE, https://global.canon/en/c-museum/product/film178.html, https://mikeeckman.com/2019/06/canon-sure-shot-del-sol-1995/ en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-10087-Canon_Prima%20Sol.html, en français

Argentique

L’Olympus OM 10

Cet appareil est le troisième acheté sur la brocante de Namur du 1er mai ’23 et ayant appartenu au grand-père du vendeur, comme le Zeiss Ikon Ikonta et le Yashica MF2.

Après quelques autres Olympus comme le OM-101 ou le OM-707 qui n’avaient pas laissé un souvenir impérissable, je vous avais présenté l’OM-1 pour me faire pardonner.

Cette fois-ci, ce sera un Olympus d’entrée de gamme mais pas dépourvu d’intérêt et peut-être plus facile à trouver et à s’acheter, l’Olympus OM-10.

Pour mémoire, Olympus lance en 1972 le premier appareil de la série OM, le OM-1, qui sera suivi par un OM-2, OM-3 et OM-4. Ces appareils sont plutôt destinés aux professionnels ou aux amateurs très éclairés.

Les appareils destinés aux professionnels c’est un peu comme la Formule 1 par rapport à nos voitures : un fabuleux terrain de tests où on essaie les innovations qui font, normalement, la différence avec les concurrents.

Seulement voilà, une Formule 1 en ville, c’est pas pratique et de toute manière, il y a peu de gens qui peuvent s’en payer une.

Alors comme dans toutes les marques, Olympus lance une série destinée à « Monsieur et Madame tout le monde » : L’Olympus OM-10 voit le jour en avril 1979 pour contenter le plus grand nombre. Il sera commercialisé jusqu’en 1983.

Il faut reconnaître qu’il a surpris pas mal de gens cet OM-10 car, à l’époque, la presse spécialisée tablait plutôt sur un OM-3, qui devait prendre la place de l’OM-2.

En fait, Olympus le présentait comme un OM-2 … simplifié, spécialement conçu pour attirer les plus jeunes photographes et les amateurs rébarbatifs aux réglages supposés compliqués des grands frères.

Ce sera donc un automatique non débrayable à priorité ouverture. Ça veut dire que vous choisissez l’ouverture et l’appareil calcule la meilleure vitesse pour cette ouverture donnée. Si vous vous en souvenez, l’OM-2 est un automatique débrayable et l’OM-1 un semi-automatique.

Il présente bien : tout métal et cuir, c’est un boitier plutôt compact pour sa catégorie (13,3mm x 7,6 cm x 4 cm), plus contenu qu’un Canon A-1 par exemple.

Disons-le tout de suite, simplifié ne veut pas dire simpliste, Olympus a juste fait quelques économies en bridant un peu cet appareil.

Par exemple, sur l’OM-2, comme ici, la mesure s’effectue en temps réel par réflexion sur le premier rideau, puis sur le film, par une cellule unique. La surface du rideau a une surface particulière afin de pondérer la mesure (le petit logo, quadrillé noir et blanc, qui se trouve à proximité du 10 de OM10, rappelle cette particularité du mode de mesure). Mais si sur le grand frère il y a 4 modules, ici il n’y en a plus que 2, placés de part et d’autre de l’oculaire.

Le dessin particulier pour la mesure de la cellule.

Ensuite, il ne bénéficie plus de la mesure TTL pour le flash, y compris ceux qui lui sont dédiés, les flashs Olympus T-20 ou le T-32.

Et les Winder (moteur d’armement) des autres modèles ne fonctionnent pas non plus, il faut celui spécifique au modèle (Winder 2). La cadence sera alors de 2,5i/s. Mais est-ce bien nécessaire ?

Automatique, écrivais-je, avec 3 modes de base : le 1ᵉʳ est le tout automatique. Attention, sans piles (2 LR44), l’appareil ne fonctionne pas. Le second mode est la priorité à l’ouverture et le troisième, c’est la fonction Bulb pour la pose longue.

Mais pour être complet, il faut signaler encore un quatrième mode mais qui n’est accessible qu’en montant un adaptateur en façade. Cet adaptateur débloque en fait un mode manuel, avec des vitesses de 1s à 1/1000s. Qui ne fonctionne, encore une fois, que s’il y a des piles dans l’appareil. A défaut, il ne travaillera qu’au 1/60s uniquement en priorité ouverture.

Avec cet ajout, il devient un appareil complet puisque vous pouvez choisir et la vitesse et l’ouverture. Nous avons alors là un « vrai » OM-2 … simplifié !

Source : 35mm.mc. Le module, à gauche, pour modifier les vitesses manuellement.

Il est temps de faire le tour du propriétaire …

Regardons-le dans les yeux, bien en face : un bouton, juste à côté de la sérigraphie du modèle, qui m’intriguait avant de découvrir l’univers Olympus, est celui qui permet de débrayer le film pour le rembobiner.

En dessous, une diode indique si la pile est toujours bonne et, surtout, elle clignote lorsqu’on actionne le retardateur (12s.) Et pour être bien certain que vous puissiez être sur la photo, la petite grille jouxtant la diode est un petit haut-parleur qui sonne quand les 12 secondes sont atteintes.

Passons de l’autre côté pour découvrir une prise qui ressemble à une petite prise jack. C’est la prise de l’accessoire qui permet de passer en manuel. Le petit plot en dessous sert à fixer l’ensemble fermement.

Remontons pour découvrir le capot de cet Olympus, qui semble bien fournit. A gauche, l’habituelle petite manivelle pour rembobiner le film et en dessous, un sélecteur pour mettre l’appareil sous tension, le contrôle des piles et au dernier cran, le retardateur. Lorsque vous mettez le sélecteur sur « check » vous devez voir la diode de façade s’allumer et entendre un petit « bip ». A défaut, soit les piles sont en bout de course, soit mises à l’envers (le pôle plus vers le haut).

Si vous aviez oublié de mettre le sélecteur sur ON, vous pourrez prendre une photo, sans aucune indication dans le viseur, car l’appareil ouvre le circuit juste pour que votre photo soit bien exposée.

Au milieu du capot, la griffe pour le flash avec le plot central pour la synchro. Puis sur la droite du prisme, la roue pour sélectionner les Asa et le sélecteur des modes de fonctionnement : B pour la pose longue, Auto pour quasi tout le temps, sauf si vous avez acheté l’adaptateur. Dans ce cas, vous passez sur « manuel adapter » et en mode … manuel (puisque dès ce moment vous pouvez sélectionner les vitesses).

Le déclencheur, le levier d’armement et le compteur des vues (qui se remet à zéro automatiquement) complètent l’espace restant.

Ah oui, il y a encore la compensation d’exposition.

En poussant vers la gauche ou vers la droite le petit sélecteur qui se cache sous le levier d’armement, vous pouvez corriger l’exposition de -2 à +2 valeur, sauf si vous utilisez un film de 1600Asa ou plus, là ça ne fonctionne plus.

Passons par dessous, pour trouver sur la semelle le logement des piles, le filetage pour un trépied, la douille de couplage d’un éventuel moteur tout comme le contact électrique de ce dernier.

Un appareil assez classique en somme, avec ce qu’il faut là où on l’attend, sans faute de goût ergonomique. Quoique les grandes paluches trouvent parfois le boitier trop petit et elles auraient apprécié un peu plus de grip (un petit bossage ?).

Le viseur est agréable, confortable même. Au milieu, un stignomètre à coïncidence entouré d’un dépoli. Sur la gauche, une échelle qui indique les vitesses sélectionnées par le boitier selon l’ouverture que vous aurez choisie.

Source : Benber

Une petite diode rouge s’allume à côté du chiffre de la vitesse sélectionnée. Si le sélecteur plafonne dans le rouge, en haut, c’est que vous êtes en surexposition ou que vous avez branché un flash.

Vous vous sentez prêt à y glisser un film ?

Après avoir classiquement tiré sur la manivelle de rembobinage, le dos s’ouvre en grand. La bobine se place à gauche, tête en bas. Il faut tirer l’amorce, que l’on glisse dans une large fente de la bobine réceptrice en veillant bien à ce que les trous du film soient au dessus de la roue d’entrainement. Deux armements/déclenchements pour s’assurer que le film est bien pris et on referme le tout. Encore deux fois l’exercice et le compteur se met sur le chiffre 1 : vous êtes prêt à photographier (ne pas oublier quand même d’ajuster la sensibilité du film).

Un mot encore des objectifs. L’OM-10 accepte toute la gamme des objectifs Zuiko.

Comme ils sont nombreux, vous n’aurez que l’embarras du choix et à prix abordable. Le classique en le 50mm f1,8, qui permet de descendre à 45cm pour sa mise au point minimale.

Voici donc un petit boitier sympathique, qui sera remplacé en 1983 (aïe, ça ne nous rajeunit pas !) par l’Olympus OM-20.

Facile à prendre en mains, tant pas son « ergonomie » que pour ses fonctionnalités, c’est un petit boitier qu’on n’a pas peur de prendre avec soi. Et si vous avez la chance d’en trouver un exemplaire avec le module pour pouvoir le faire passer en manuel, prenez-le, il ne devrait pas vous décevoir.

Quant au prix, raisonnablement il devrait être à vous contre un billet de 50€ s’il est en bon état et avec au moins un Zuiko 50mm f1,8.

De quoi bien commencer son parcours photographique ou redécouvrir les joies de l’argentique à prix contenu.

Videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

De références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Olympus_OM-10, https://35mm-compact.com/reflex/olympusom10.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=928, https://benber.fr/revue-express-olympus-om-10/, https://www.wikiwand.com/fr/Olympus_OM-10 en français; https://www.vintagecamerareviews.com/brands/olympus/olympus-om-10/, https://www.35mmc.com/23/03/2021/olympus-om-10-my-journey-and-review-by-jessica-goodwin/, https://www.digitalcameraworld.com/features/i-hope-the-new-olympus-om-10-does-what-made-the-original-camera-a-classic

Argentique

Le Minolta 16 II

J’avais envie de changer de format, après un reflex 24×36, un instantané, un télémétrique costaud et un moyen format.

Si nous ne sommes pas dans la catégorie du Minox LX, nous sommes quand même dans du « très petit », ce que l’on a appelé les « sub-miniatures ».

Il y a un moment, je vous présentais le Minolta 16 MG mais ici nous en venons presque à la genèse du modèle, le Minolta 16, paru en 1957 et produit jusqu’en 1960.

Et qui dit genèse suppose un peu d’histoire : à l’origine, c’est l’Institut Konan qui, en 1947, développe le concept d’un appareil sub-miniature utilisant un film de 16mm. Cette entreprise est spécialisée dans la conception d’appareil dont elle vend les brevets à d’autres constructeurs.

En l’occurrence ici, ils ont vendu à Chiyoda Kogaku Seiho Company Limited (l’ancien nom de Minolta) le brevet d’une cartouche spéciale pour ce film 16mm. En métal, elle est pourvue d’un volet qui permet de changer la pellicule même non terminée sans voiler le film. Comme ils avaient aussi développé un appareil pour utiliser ce film, le Konan Automat (qui ne fut pas un succès commercial), ils cédèrent aussi les brevets de ce dernier.

Minolta a bien évidemment modifié et amélioré l’appareil, tout comme la cassette à laquelle ils ont retiré le volet.

C’est ainsi qu’est né le Minolta 16 premier du nom.

La cassette évoluera encore et passera au plastique, moins couteux à produire. Minolta reconditionne les films d’autres fabricants, qu’il glisse dans ses propres cassettes et ce n’est qu’en 1995 que cessera cette production. Entre-temps, elle deviendra le standard pour les appareils, toutes marques confondues, qui utilisent ce format. Il va sans dire qu’elle sera beaucoup copiée, un peu partout dans le monde.

Tout comme pour le Minox, des cuves spéciales de développement existaient (ou existent encore si vous fouinez bien) avec une spirale pour le 16mm. A l’époque, il existait même du film en bobine pour que vous puissiez charger vous-même vos cassettes.

En 1960 la firme sortait un Minolta 16 II, qui deviendra lui le standard des appareils de ce format. Identique à son prédécesseur, ce sont quelques détails qui les différencie, nous allons les découvrir.

Entièrement mécanique, le Minolta 16 II sera suivi d’un Minolta 16 P (le plus simple de la gamme) en 1962, d’un Minolta 16 EE avec un posemètre au sélénium la même année, bientôt remplacé en 1963 par un Minolta EE II qui gagne un posemètre au CdS (et qui aura besoin d’une pile), ensuite le Minolta PS (le même que le P mais avec deux vitesses) en 1965, puis le Minolta 16 MG qui possède un posemètre couplé et un obturateur à priorité à l’ouverture.

Dès 1972, la série des sub-miniatures de Minolta doit se défendre contre le format 110 inventé par Kodak.

Une autre cassette en plastique mais avec un film légèrement plus grand que le 16mm de Minolta (13×17 contre 12×17) et dont le film n’est pas perforé, contrairement au 16mm Minolta qui possède deux rangées de perforation.

Minolta modifie alors sa cassette et le film, qui n’a plus qu’une rangée de perforation puis qui les abandonnera définitivement.

Sortira ensuite le Minolta 16 MG-S (1970 – 1974) en haut de gamme et le Minolta 16 QT, simplifié, qui utiliseront le nouveau film d’abord avec une rangée de perforation puis sans. Dès lors, le format de l’image passe à 12x16mm contre 10×14 auparavant.

Mais en 1975, Minolta abandonne et « se convertit » au format 110, pour lequel il développera des appareils miniatures haut de gamme.

Revenons donc à notre Minolta 16 II, celui qui a lancé le « standard » du 16mm.

Lorsqu’il est fermé, il ne prend guère de place (à peine plus que le Rollei A 110) et ouvert il n’est pas beaucoup plus grand, de toute manière.

Tout en métal, il inspire la robustesse malgré son gabarit.

Son objectif est un Rokkor de 22mm ouvrant à f2,8, fixe. C’est un objectif en trois éléments dont le plan focal est fixé à environ 45m. En étant à f5,6, vous êtes net de 2,10m à l’infini.

Le réglage des vitesses s’effectue sur le côté, tout comme les ouvertures.

Il propose des vitesses de 1/30s à 1/500s plus une pose B, et des ouvertures de f2,8 à f16.

Le système d’avancement du film, comme le Minox, est appelé « push-pull » soit pousser – ouvrir. Comme le Minox, vous pouvez armer l’appareil même sans prendre de photo, pour éviter de gâcher de la pellicule.

Petite particularité de ce petit appareil, il pouvait recevoir quelques accessoires, notamment des filtres carrés de 14x14mm (UV, 80A, Y48, 81B), qui ne sont pas interchangeables avec ceux des appareils suivants; des lentilles auxiliaires (gros plan #1 et #2). On pouvait encore lui adjoindre un flash électronique, moyennant le montage d’un support spécifique, qui portait aussi un emplacement pour le fixer à un trépied. Il était livré avec un étui en cuir, où logeait deux filtres au choix, et une dragonne.

Enfin, il a existé dans toute une collection de couleurs : chrome, noir, or/jaune, bleu, rouge, violet/magenta et vert. Histoire de voir la vie moins tristement …

Des nombreux auteurs que j’ai parcouru pour préparer cet article, il ressort qu’il serait facile de recharger des cassettes de film en 16mm, je veux bien les croire. Mais peut-être est-il encore possible de trouver certains des derniers films dans ce format (arrêté par Minolta en 1995 pour mémoire). Sinon, il y a ci-dessous une petite video sur le « comment faire ».

Ah, au rayon des bizarreries, cet appareil a été vendu en 1962 sous le nom de Sonocon 16 MB-ZA, et il était muni d’une … radio intégrée ! L’attente de l’instant décisif peut être longue, parfois.

En résumé, un petit appareil, que l’on ne qualifie pas d’appareil espion (ce qu’il n’a jamais revendiqué mais que d’aucuns essayent de faire croire), mais plutôt un petit compagnon discret. Entièrement mécanique, il est facile d’emploi, malgré sa petite taille. Son seul défaut, finalement, c’est d’avoir une bobine de film devenue rare.

Ils ne sont pas forcément rare mais plutôt « peu courant ». Nombreux sont ceux qui ont fini leur carrière au fonds d’un tiroir ou, pire, dans une déchetterie, le film ayant été stoppé au tournant de l’ère numérique.

Si vous avez la chance d’en trouver un complet, avec sa gaine et sa dragonne (et, cerise sur l’objectif, avec au moins 2 filtres dans la gaine), comptez environ 40€ pour repartir avec lui.

Des videos d’illustration :

Des références : http://www.subclub.org/shop/minolta.htm, https://en.wikipedia.org/wiki/Minolta_16 en anglais; https://www.minolta.suaudeau.eu/histoire/Minolta_16/Minolta_16.html (une mine d’information sur la marque Minolta), https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12537.html, http://ericconstantineau.com/photo/review_minolta16_fr.html, en français.

Argentique

Le Polaroid Image Pro

Oui, je sais, j’ai déjà écris que je n’achèterais plus de Polaroid, et pourtant …

Une brocante à Fleurus et au détour d’un étal, ce beau Polaroid Image Pro retient mon attention, toute mon attention …

Je vous ai déjà présenté le Polaroid Image System (qui reprend l’histoire de la gamme), l’Image Elite et l’Image 2, et comme je suis fatigué, je vous invite à aller les relire, na.

Si l’Image 2 n’a guère plus d’intérêt de nos jours, L’Elite et le Pro sont les hauts de gamme de cette série qui rompait avec les standards Polaroid connus (les SX-70 et le 600).

Hélas, pour des raisons que le cœur ignore, Polaroid Originals n’a pas pu/voulu re-développer la gamme des films Spectra, ceux qui alimentaient ces engins.

On peut encore, parfois, en trouver qui sont toujours utilisables, mais ça devient de plus en plus rare (les piles s’épuisent même si on ne s’en sert pas).

Or ici, coup de chance, il y a encore une cassette de film dedans (vide hélas) et la pile est encore bonne.

Honnêtement, je ne l’ai découvert qu’en nettoyant l’appareil, revenu à la maison.

Et, second coup de chance, j’ai le mode d’emploi multilingue avec l’appareil.

Voilà, voilà, le décor est planté.

Que nous propose cet engin au design futuriste pour son époque ?

Lancé en 1990 sous deux noms, soit Spectra Pro ou Image Pro, il utilise donc le format 9,2×7,3 (contre le format carré 7,9×7,9 du film 600) du film Spectra intégral (ainsi appelé car il contient aussi la chimie et la pile), peut-être plus adapté à un usage paysager (la surface est rectangulaire et non plus carrée).

Le format reste compact et élégant. Intriguant aussi lorsque vous l’utilisez car la plupart des personnes voient le Polaroid à travers la multitude des 600, tantôt carrés, tantôt aux formes un peu adoucies, voire carrément arrondies en fin de vie.

Fermé, il est bien moins haut que le reste de la gamme, excepté le SX-70 pliant, qui reste le champion de la compacité, fermé. Il a sans doute inspiré la gamme des One 600 apparue plus tardivement (2000 – 2001).

Ouvert, il n’est guère plus haut que les modèles Impulse (voir l’Impulse 600 ou Impulse AF qui possède aussi un sonar).

Mais, à la grande différence de ces appareils, il est le plus sophistiqué des Polaroid, jugez-en plutôt :

  • objectif de 125mm en trois éléments
  • lentille en verre et non plus en plastique (les lentilles Quintic), enduite
  • tout automatique
  • ou au contraire, à pilotage manuel
  • possibilité de faire des multi-expositions
  • retardateur de 12 secondes
  • vitesses de 1/245s à 6 s
  • ouverture de f10 à f45
  • prises de vue séquentielles à intervalles fixes et variables
  • mise au point par sonar
  • flash électronique du 1/3000s au 1/20000s
  • temps d’exposition programmés
  • cellule au silicium pour la mesure ambiante et la gestion de la lumière du flash
  • compteur de vues (c’est comme ça que je sais qu’il me reste encore 3 photos en magasin étant au chiffre 7)
  • le traditionnel sélecteur clair/foncé (correcteur d’exposition)
  • flash débrayable

En plus, un panneau de contrôle, à l’arrière, permet de piloter le boitier via quelques touches :

  • sélecteur clair foncé
  • sélecteur pour activer ou désactiver le flash
  • sélecteur pour activer ou désactiver l’autofocus
  • sélecteur pour activer ou désactiver le retardateur
  • sélecteur pour activer ou désactiver le buzzer
  • sélecteur pour mesure métrique ou en pieds
  • le compteur de pose

Un témoin de charge du flash est aussi visible à l’arrière (LED rouge qui passe au vert quand il est prêt).

Je peux encore ajouter qu’il est muni d’un filetage pour trépied et que des accessoires, aujourd’hui difficiles à trouver, lui étaient dédiés, comme une télécommande à distance, des filtres créatifs, des bonnettes Close Up (Stand 7500 pour réaliser des photos 1:1ou f112 pour descendre jusqu’à 25cm du sujet)

A cela, déjà impressionnant, j’ajoute qu’il possède un « vrai » viseur, bien clair et lisible même s’il est dépourvu de cadre ou d’une correction de la parallaxe (si, si, au prix où il était vendu, on pouvait être exigeant !).

Franchement, quel dommage qu’il ne soit (presque) plus possible d’alimenter cet Image Pro.

A moins de « bidouiller » des cartouches avec du film 600 à l’intérieur, mais on perd alors la saveur de son large format.

Sa tenue en mains est assez particulière car, une fois ouvert (curseur sur la gauche, en dessous de la courroie de maintient), il faut le tenir entre les mains et actionner le déclencheur avec l’index droit. Quoique, à bien y réfléchir, on le tient ainsi fermement entre les deux mains, ce qui assure une bonne stabilité.

Ah, une petite chose : si vous avez la chance d’encore trouver des films exploitables, lorsque vous vous promenez avec votre appareil, ne le laissez pas ouvert, cette position gaspille l’énergie de la pile et l’appareil est gourmand. Ne pas oublier que la pile du film alimente le moteur, la cellule, le panneau de commande arrière, le flash, le sonar.

Cette condition exige que vous fassiez aussi des photos plus réfléchies, au détriment certes de la spontanéité, mais au prix où sont les films restant, on n’est jamais trop prudent.

Question prix, comptez entre 10 et 20€ pour un bel exemplaire fonctionnel, mais dites-vous que tôt ou tard, ce sera le prix le plus élevé que vous donneriez pour un presse-livre.

Quelques vidéos d’illustration :

Regardez la pub Polaroid au début du film, elle est géniale.
Les manipulations sont identiques à tous les appareils de la gamme Image/Spectra.
Quelques conseils judicieux pour éviter de rater trop de photos.
Petit clin d’œil aux nostalgiques de « Maman j’ai raté l’avion 2 ».

Des références : https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-image-spectra.php?id=285, https://www.des-clics-photos.fr/blog/bien-choisir-le-format-de-votre-pellicule-polaroid-n74, en français; http://www.passionepolaroid.com/2013/10/polaroid-image-pro.html, en italien; https://www.instantphoto.eu/pola/pola_image_pro.htm, en anglais.

Argentique

Le Gomz Leningrad – Ленинград

C’est un appareil que j’avais découvert par hasard, au grès de mes déambulations sur Ebay, et il m’avait intrigué.

Mais le prix, la rareté et, de nos jours, l’embargo contre les produits russes, m’ont fait penser à un phantasme, à un « un jour peut-être » …

Et puis une belle rencontre et un peu de chance m’ont fait découvrir un exemplaire qui semble sorti du magasin, dans son beau « sac tout prêt » en vrai cuir russe épais, vernis, sans presque une craquelure ni égratignure. Cet article fait partie d’une série d’hommages.

Je vous préviens tout de suite, impossible de faire l’impasse sur un peu d’histoire à son sujet.

Alors je commence …

Tout d’abord, la marque à l’origine de cet appareil est GOMZ pour Gosularstvennyi Optiko-Mekhanicheskii Zavod (soit Usine optique-mécanique d’État). Elle fut fondée en 1932 près de Leningrad, autrefois appelée Saint Petersbourg (du nom du saint patron de la ville, Pierre, en 1703), devenue Petrograd (russification du nom Sankt Petersburg à la première guerre mondiale, 1914 – 1924), puis Leningrad (1924 – 1991 à cause de Lénine) avant de revenir à son premier nom en 1991. C’est une des plus anciennes usines d’optique de Russie.

GOMZ deviendra LOMO (Leningradskoe Optiko Mekhanichesko Obedinenie pour Union optique-mécanique de Leningrad) en 1965.

Première remarque d’importance : le Leningrad, même s’il utilise la monture à vis LTM 39 d’origine Leica, est complètement issu de l’ingénierie russe. Contrairement aux FED, Zorki et Kiev qui sont, à l’origine, des « copies » du Leica ou du Contax, même s’ils évolueront ensuite sans plus rien devoir à la marque allemande, innovant même souvent.

Soyons de bons comptes, Gomz ne partait pas d’une feuille totalement blanche. Entre 1933 et 1937, l’usine a produit le Voomp Pioneer inspiré par le Leica II. Il ne sera produit qu’environ 1200 exemplaires de ce Pioneer. Et à la même époque, l’usine FED avait lancé sa « Commune du travail » pour jeunes en insertion et elle produisait le FED lui aussi très inspiré du Leica II.

Source : Soviet Cams.

C’est un appareil télémétrique avec télémètre couplé, motorisé et à objectifs interchangeables. Le premier prototype sera testé en 1953 mais sa production débute réellement en 1956 et ce jusqu’en 1968.

Cependant, seulement un peu plus de 76.000 exemplaires seront produits pendant cette (longue) période de fabrication. Et très peu seront vendus à l’étranger bien que le Leningrad ait représenté ce qui se faisait de mieux en terme d’appareils photographiques venu de Russie.

Il remportera le Grand Prix de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958.

Vous vous doutez bien que sur cette longue période de production il évoluera par petites touches : le nom de la marque changera, il y aura des exemplaires (rares) en lettres latines, la séquence des vitesses changera, la forme des boutons, le nombre de vis, bref du classique pour nos amis collectionneurs.

D’origine, l’appareil sera livré soit avec un Jupiter 3 ouvrant à f1,5 (50mm) soit avec un Jupiter 8 ouvrant à f2 (50mm toujours, comme sur mon exemplaire).

Seconde remarque importante, la motorisation repose sur un ressort, que l’on remonte via la grosse molette sur le dessus (il y eut même des exemplaires destinés à la Police soviétique avec des ressorts doubles pour photographier plus longtemps). Ce « moteur » donne une cadence de 3i/seconde et une « remontée » autorise la prise de 12 vues consécutives.

Pour bien comprendre le mécanisme de ce gros bouton de remontage, sachez qu’il exerce une tension sur le transport du film et sur l’obturateur pour faire avancer automatiquement le film et armer l’obturateur après chaque exposition, préparant ainsi l’appareil photo pour sa prochaine prise de vue. Une pièce de mécanique horlogère en somme.

Petite remarque utile pour ceux d’entre vous qui ont le doigt lourd et la rafale facile : la prise de vue en continu n’est pas possible. Ce qui veut dire que pour atteindre les 3i/sec il vous faudra un index agile.

Autre chose, si vider une bobine de film semble assez rapide, le rembobinage est lent. Pourquoi ? Parce que le gros bouton de traction du film s’accouple à un engrenage interne, démultiplié vers le bas et pas vers le haut. Ce qui signifie que la bobine tourne plus lentement que vous ne faites tourner le bouton. Tout est fait pour restreindre vos ardeurs car le bouton de rembobinage est en fait un disque plat moleté qu’il faut dévisser en appuyant dessus avec la pointe du pouce.

Le télémètre est intégré au viseur (comme le Zorki 3 – 1951 – et le Leica M3 -1953) et comme le Leica, le cadre s’adapte à la focale de l’objectif monté sur le boitier (35mm – 50mm – 80mm – 135mm). De plus, le viseur bénéficie d’une correction dioptrique toujours bien utile.

Il faut bien se dire que les boitiers télémétriques dotés de plusieurs lignes de trame étaient encore assez rares à l’époque. Et si chacun y allait de sa recette, il n’y avait pas de consensus fort en matière de conception sur la meilleure façon de le faire. Il y avait les lignes lumineuses « projetées » du Leiva M3 et du Nikon SP puis les lignes de cadre « réfléchies » du Nikon S3 ou des Canon VI et P.

Le Leningrad propose lui des lignes claires, gravées pour les objectifs de 35, 50, 80 et 135mm sur fonds noir. La fenêtre complète du viseur est égale au champ de vision d’un objectif de 35 mm.

Source : Micke Eckman

Si on y ajoute, comme je le signalais plus haut, une compensation dioptrique via un oculaire moleté à filetage hélicoïdal, ce boitier offrait un système de visée bien sophistiqué pour son époque.

Heu, petite astuce au sujet de cette correction via le dévissage de l’oculaire, n’allez pas trop loin sous peine de le dévisser complètement et de devoir chercher après car il sera tombé !

Et tant qu’à montrer la sophistication de cet appareil au sujet de la visée, un peu de technique : le viseur est « semi-compensé » pour la parallaxe en déplaçant latéralement toute l’image pendant la mise au point. De fait, le point du télémètre reste fixe pendant que le champ extérieur se déplace. Cela est possible grâce à un système optique très sophistiqué qui implique un prisme en toit monté à l’extrémité d’un bras pivotant au lieu de miroirs ou de séparateurs de faisceau pour projeter une image télémétrique précise pour une mise au point facile. Malgré une base télémétrique de 57mm « seulement », l’image est lumineuse et très nette même par rapport aux concurrents de l’époque.

Il faut cependant un certain temps pour s’habituer à ce « point télémétrique », car il s’agit uniquement d’une image divisée – contrairement à la plupart des télémètres combinés, le point n’est pas semi-transparent. Vous vous concentrez donc en alignant des lignes verticales sur les bords du patch. C’est très simple et précis s’il y a des lignes verticales dans le sujet — mais pour les sujets moins délimités tels que les visages, les surfaces texturées, les champs de fleurs, heu … c’est moins évident. On ne peut pas être bon partout.

Il existe un réglage pour le télémètre : la petite plaque située sur le capot, devant la griffe porte-accessoires, permet un ajustement, en étant prudent.

N’oublions pas que c’est un appareil tout mécanique, aux « commandes » peu nombreuses : vous réglez la visée et la vitesse vous-même. Pas de cellule, pas de pile.

Puisque j’aborde les vitesses, l’obturateur est lui aussi assez avancé avec des vitesses d’obturation de 1s, 1/2s, 1/4s, 1/8s, 1/15s, 1/30s, 1/60s, 1/125s, 1/250s, 1/ 500s, 1/1000s, B, Д ou T (exposition longue). La notation des vitesses changera dans le temps (voir ci-dessous mon exemplaire, daté de 1958).

L’obturateur est en soie caoutchoutée, solide mais complexe en cas de problème. Il offre une synchronisation du flash réglable et une griffe porte-accessoire dite « froide » (pas de contact central).

Autre choses à laquelle il faut s’habituer (je vous l’ai écris, c’est un appareil singulier) : il est impossible de faire avancer le film autrement que par le moteur à ressort, j’y reviendrai.

Ensuite, pour l’ouvrir vous devrez tourner une clé en dessous et dévisser une molette afin de faire glisser tout le dos vers le bas. Vous devrez faire tourner la molette plusieurs fois dans le sens anti-horaire pour libérer le dos. Mais au centre de cet anneau vous voyez un bouton plus petit, avec un motif moleté en métal sur lequel vous devrez appuyer tout en tournant la molette, ceci afin de relâcher la tension sur le tambour autour duquel le film est enroulé.

Sans cette double manipulation, il est impossible de rembobiner le film car le tambour maintiendra la tension sur le film et le risque de le déchirer est bien réelle.

Lorsque vous aurez remis un nouveau film dans la chambre, ne pas oublier de ré-appuyer sur ce bouton pour remettre la tension du le tambour sinon le film n’avancera pas correctement.

Oui, je sais, on a déjà fait plus simple !

Dans la chambre, vous découvrirez qu’il n’y a pas d’arbre d’entrainement du film pour mesurer le déplacement de celui-ci, ni d’engrenage différentiel pour compenser l’épaisseur supplémentaire à mesure que le film s’accumule sur la bobine réceptrice. Ce qui induit que l’espacement entre les cadres augmente progressivement tout au long du déroulement du rouleau. Ce n’est pas un problème pour l’utilisateur noir et blanc, mais cela rend la vie difficile au tireur de diapositives puisque les machines automatiques de découpe et de montage seront perturbées (ce qui implique que vous devrez couper et monter vos diapositives à la main).

Ce système d’avance sans pignon explique pourquoi la bobine réceptrice est si grosse : en fait, le mécanisme fait tourner la bobine d’1/2 tour exactement pour chaque image.Il fallait qu’elle soit suffisamment grande pour pouvoir tirer le film sur toute la distance.

Mais à chaque image qui s’enroule, le diamètre effectif de la bobine augmente et donc l’espace entre les images aussi.

Attention, le ressort d’entrainement n’est pas dans la grosse bobine mais dans le gros bouton sur le capot.

Si jamais vous étiez tenté de le démonter, pour éviter de prendre le ressort en pleine figure, il faut prendre toutes les vues (ou déclenchements) emmagasinées lors d’un remontage, jusqu’à ce qu’il s’arrête. Il y a encore un peu de tension résiduelle, que vous pourriez vider en réarmant l’obturateur via la molette des vitesses, avec précaution.

Tiens, un petit truc utile, au cas où.

Si votre Leningrad refuse soudainement de faire avancer le film après avoir déclenché, plusieurs causes sont possibles :

  • le ressort est trop tendu,
  • le ressort est trop lâche,
  • le film est trop tendu,
  • le film est trop lâche,
  • il fait trop humide,
  • il fait trop froid,
  • c’est un jour férié …

Ne le jetez pas par la fenêtre (vous pourriez blesser quelqu’un, il pèse 990gr !), essayez de faire tourner la molette des vitesses dans le sens inverse des aiguilles d’une montre puis relâchez-là. Souvent cela permet de libérer le mécanisme et permet au film d’avancer à la vue suivante. De toute manière, comme il n’existe pas d’autre moyen manuel de faire avancer le film, croyez-y très fort !

Pour fixer le film à la bobine réceptrice, vous devrez recouper l’amorce car la fente est très petite. Il faut en outre faire tourner légèrement la bobine pour pouvoir l’y glisser puis refermer l’appareil et armer le ressort. Pour désengager la bobine, il faut dévisser le petit bouton en dessous de celle-ci. Vous pourrez la faire bouger pour engager l’amorce. Ne pas oublier de bien revisser le tout ensuite.

La caractéristique la plus remarquable du Leningrad est sans aucun doute le transport motorisé du film, mais c’est aussi le maillon le plus faible de l’appareil. Avec un film chargé dans l’appareil photo, il n’y a absolument aucun moyen de savoir si le film avance correctement. Si l’amorce se détache du tambour, le boitier continuera à s’enrouler et à déclencher normalement. Comme le bouton de rembobinage ne tourne pas pendant le transport normal du film, comme sur la plupart des appareils photo mécaniques, vous ne savez pas s’il est correctement chargé.

Comme vous avez pu le découvrir sur les photos jointes, le Leningrad est tout métallique, avec un simili-cuir du plus bel effet. Sa forme, rectangulaire, est assez imposante (plus grand qu’un Contax à qui il pourrait faire penser un bref instant d’égarement) et pourtant, sa tenue en main est confortable, notamment grâce à la forme particulière de la poignée, un peu inclinée, sur la gauche.

Au rayon des gadgets utiles, je note cette base qui se replie sous l’appareil mais qui, une fois mise en place, stabilisera complètement l’appareil sur une surface plane.

Sur le capot, à gauche, une grosse molette noire : elle ne sert que de « pense-bête » pour le type de film inséré dans l’appareil. Les sensibilités sont exprimées en DIN et Gost (ГОСТ). L’échelle GOST utilise un système de numérotation arithmétique assez similaire à l’échelle ASA, ne différant que d’un facteur de 0,1. Par exemple, GOST 90 est identique à ASA 100, 180 correspond à 200, etc.

Sous le gros bouton du ressort, les chiffres de 5 à 20 sont gravés dans le métal du capot. En fait, ils représentent des délais réglages de 5 à 20ms lorsque l’on utilise des flashs. C’est le petit curseur mobile juste sous le gros bouton qui sert à régler ces délais, fonction des ampoules utilisées.

Ce qui est un peu gênant c’est qu’il n’existe plus de « tables » avec ces délais car on n’utilise plus ces types de flashs. Peut-être sur de vieilles boites d’ampoules …

Encore un mot, au sujet des objectifs cette fois.

Si la baïonnette est au standard LMT 39 vous ne pourrez toutefois pas monter tous les objectifs existant dans cette monture sur le Leningrad. En effet, le bord du capot dépasse et vient buter contre les objectifs dont le fut est court. ce qui veut dire que quelques objectifs Japonais (Nikon, Canon) ou Allemands (Leica, Voigtländer) ne passeront pas. Il faut être attentif en cas d’achat d’objectifs complémentaires au 50mm de la dotation.

Il me reste à vous parler du retardateur, en façade, qui se déclenche après 10 secondes et je crois avoir fait le tour de ce magnifique appareil.

Et du compteur de vue, qui « décompte » en fait et que vous devrez remettre à zéro avec le bouton plat à l’arrière.

Et à vous rappeler qu’en bon appareil russe, il ne faut jamais changer les vitesses avant avoir armé, sous peine de salade de pignons.

Alors, qu’en penser de ce Leningrad ?

Je le trouve fascinant, de par ses trouvailles techniques, la qualité de sa construction, sa complexité aussi. Il n’a rien emprunté à qui que ce soit, il est unique dans sa conception, même si elle est sujette à certaines bizarreries.

Reste qu’il est rare, surtout en bon état (rappelez-vous, seulement 76.000 appareils ont été assemblés) et donc les prix sont en conséquence. Comptez environ 300€ pour un exemplaire avec sa gaine et un des objectifs de base (Jupiter 3 ou Jupiter 8).

L’essayer, c’est une expérience et trouver des appareils aussi différents, c’est un immense plaisir.

Video d’illustration :

Un peu de technique :

Appareil photo télémétrique
Fabricant : Usine GOMZ
Période de production : de 1956 à 1968
Format : 24x36cm sur pellicule 135
Monture d’objectif : monture filetée m39
Objectif : Jupiter 8 f2.0 50mm ou Jupiter 3 f1,5 50mm
Base du télémètre : 57 mm
Obturateur : obturateur à plan focal avec des vitesses de 1 à 1/1000 sec.
Viseur : viseur optique à parallaxe combiné à un télémètre
Synchronisation du flash : prise de synchronisation « X », vitesses de synchronisation à partir de 1/20 s et plus.
Retardateur : mécanique
Poids : 900 grammes nu

Des références :https://mikeeckman.com/2018/10/gomz-leningrad-1956/, http://camera-wiki.org/wiki/GOMZ, http://camera-wiki.org/wiki/Leningrad, http://www.photoethnography.com/ClassicCameras/Leningrad.html, https://sovietcameras.org/gomz-lomo/, https://sovietcameras.org/leningrad/, https://cameraquest.com/soviet.htm, https://okvintagecamera.com/, https://corsopolaris.net/supercameras/leningrad/leningrad.html, http://ussrphoto.com/Wiki/default.asp?WikiCatID=12&ParentID=1&ContentID=75&Item=Leningrad en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-11017-Gomz_Leningrad.html, http://www.appaphot.be/fr/brands/gomz/gomz-leningrad/

Argentique

Le Canon Eos 300v

Encore un appareil boudé par nos plus jeunes, et pourtant …

Celui-ci trainait dans une brocante, dans un vieux sac Canon qui l’avait certes protégé de la poussière et des coups mais qui ne valait plus rien. Petite négociation et le voilà à mon épaule pour la suite de la balade.

J’ai déjà abordé le Canon Eos 300, celui qui inaugurait la dernière ère argentique des appareils destinés aux amateurs éclairés.

En fait j’ose à peine écrire que cet article sera court, la plupart des infos étant dans l’article cité précédemment. Mais quand je commence comme ça, je découvre toujours qu’il y a encore tant à dire sur le nouveau venu.

Allez, c’est parti … avant une petite remarque : pas évident de trouver des infos sur ce type d’appareil. Pas encore assez vieux, boudé par les aficionados de l’argentique, trop plastique, …. ? Même en anglais, les textes sont rares et mon japonais est rudimentaire.

Tout d’abord notre Canon Eos 300V s’appelle Rebel Ti aux USA et Kiss5 ou All New Kiss au pays qui l’a vu naître.

Présenté en 2002 au public, il étonnait par sa forme très ergonomique, sa légèreté (365gr), sa compacité et ses compétences. Il était, en effet, l’appareil disposant de l’autofocus le plus rapide et de l’exposition automatique la plus avancée de sa catégorie.

Il sera suivi du dernier Eos argentique, l’Eos 300X qui clôturera l’aventure en 2004.

La série des Eos 300 sera sans doute une des meilleure réussite commerciale de la marque : les appareils étaient performants, faciles à utiliser, permettaient de progresser, compacts, légers et, surtout, abordables.

Déjà ici, c’est un micro-ordinateur de traitement qui gère les algorithmes intégrés dans sa mémoire pour la gestion des prises de vue.

Ainsi, nous pouvons noter l’autofocus le plus rapide de sa catégorie (à 7 points), nous l’avons déjà écrit, et un autofocus prédictif très amélioré pour le suivi de sujets en mouvement.

Sa forme, ergonomique, notamment sa poignée très travaillée, autorise même la prise de vue à une main.

La partie arrière pourrait même prêter confusion avec un appareil numérique à cause de son grand écran LCD (30×30), rétroéclairé, qui permet de voir clairement tous les paramètres de l’appareil, même quand il fait sombre.

Ensuite, toutes les fonctions principales sont regroupées sur la droite permettant, la encore, d’utiliser l’appareil à une main si besoin.

Autre amélioration très appréciée : la monture d’objectif n’est plus en plastique (ce qui stressait nombre d’utilisateurs quand à sa solidité) mais en acier inox.

Pour le reste, on reprend ce qui a fait le succès de l’Eos 300 : un flash intégré « pop-up » fait également office de lampe d’assistance AF et de lampe de réduction des yeux rouges, un obturateur à plan focal vertical en métal qui offre des vitesses de 30s à 1/2000s, contrôlée électroniquement. La synchro flash est au 1/90s et il y a une pose B. Les pellicules codées DX sont lues par l’appareil avec une plage de sensibilité de 6 à 6400Iso. Il y a encore un retardateur électronique de 10 s. On peut vérifier la profondeur de champ et il y a une compensation d’exposition de +2 à -2EV avec incrément de 1/2 stop.

Ensuite, la mesure se fait à travers l’objectif (TTL) via une cellule photoélectrique au silicium (SPC) sur 35 zones. La sélection de la zone est soit automatique, évaluative (avec n’importe quel collimateur AF), partielle (réglée automatiquement avec le verrouillage AE) et enfin moyenne pondérée centrale (avec le mode manuel).

L’autofocus est basé sur un capteur CMOS et il travaille avec la lumière du capteur AF.

Il a existé une version « date » qui devrait peut-être encore fonctionner de nos jours.

Je reviens un instant sur la poignée, incurvée : le déclencheur est au dessus, légèrement incliné pour un meilleur touché. L’insert rouge est le capteur de la télécommande et la lampe témoin du retardateur. En dessous, elle renferme les batteries (2 CR2).

Sur la face avant de l’appareil, autour de la monture à baïonnette, le gros bouton pour désengager l’objectif et celui, plus petit, pour sortir le flash. Et en dessous, discret à se faire oublier, le petit bouton de prévisualisation de la profondeur de champ (au bout de la flèche).

Revenons au dos de l’Eos 300v. Un verrou permet d’ouvrir la porte sans forcer. Outre l’écran carré, il y a aussi les boutons de verrouillage AE (mémoire de l’exposition) et autour de l’écran, trois autres petits boutons : pour la compensation d’exposition, faire alterner les fonctions et pour illuminer l’écran. En dessous, qu’il faut actionner avec une pointe Bic par exemple, le minuscule bouton pour rembobiner anticipativement le film engagé. Une fonction permet de garder l’amorce sortie.

Vous voyez ici dessous toutes les informations que l’on peut lire sur l’écran. Avouez que là on n’est pas loin de ce que nous connaissons avec les numériques. Rassurez-vous, toutes les indications reprises ici le sont pour montrer la richesse de l’écran. De fait n’apparaissent que celles utiles et celles sélectionnées.

Si ce n’est, petite remarque personnelle en passant, que tous ces réglages étaient faciles à faire et qu’il n’y avait pas besoin de menus interminables et à rallonge pour les modifier, comme sur les numériques actuels (dit monsieur, on pourrait pas revenir à ça ?)

Le viseur de l’appareil lui aussi est on ne peut plus complet.

Il couvre 90% de l’image. C’est un écran laser mat avec les indicateurs de mise au point (les collimateurs) superposés. Sur la ligne du dessous, l’affichage de la vitesse, de l’ouverture, l’exposition, le verrouillage AE/FE, l’indicateur du flash s’il est prêt, l’icône pour la réduction des yeux rouges et un indicateur pour la bonne mise au point.

La molette de sélection vous rappellera des choses connues, c’est quasi les mêmes que celles des Eos numériques, la fameuse « roue PSAM », divisée en trois zones.

On y retrouve le programme P qui autorise des modifications de réglages, la priorité vitesse, la priorité ouverture, le mode manuel et le système de calcul de la profondeur de champ automatique (A-Dep).

Puis le fameux « carré vert », le mode tout automatique où l’appareil prend la main pour tout (enfin à part viser et déclencher bien sûr).

La troisième zone est celle des programmes automatiques pour des sujets spécifiques comme le portrait, le paysage, les gros plans, le sport, le portrait de nuit, et la désactivation du flash. Ça peut dépanner le cas échéant.

Imaginons que vous ayez l’appareil devant les yeux. Et imaginons que vous vous soyez mis en mode manuel : vous réglez d’abord la vitesse en tournant le molette sur le dessus de la poignée avec votre index, puis vous aller régler l’ouverture de l’objectif, en appuyant et maintenant enfoncé le bouton AV+/- et avec l’index, grâce à la molette, vous allez régler l’ouverture. Vous pouvez tout contrôler dans le viseur.

C’est aussi facile que ça !

Un mot encore sur la monture de cet Eos 300v, la désormais traditionnelle monture EF, qui vous ouvre un parc d’objectifs assez extraordinaire à découvrir. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses.

Une petite restriction toutefois : les objectifs EF modernes ne sont pas conçus pour la dynamique des films argentiques mais pour la froideur d’un capteur qui ne connait que deux états : 0/1.

Leur rendu sera souvent déconcertant. Mieux vaut aller piocher dans la riche gamme des « anciens » objectifs EF. Ils seront aussi moins chers que les plus récents.

Et vous serez surpris du rapport qualité/poids de l’ensemble. Avec un 50mm, un film, les batteries, vous ne dépasserez guère les 600gr. Avec un « bon vieux » tout mécanique bien vintage, vous ne serez pas loin du kilo !

Mais seulement voilà, il n’a pas l’aura, ni l’attrait de ces vieux machins tout métalliques. Ni sans doute leur résistance dans le temps (les plus anciens Eos 300v ont moins de 25 ans à la date de ces lignes).

Cependant, pour découvrir la photographie argentique, je reste persuadé que ce sont de bons appareils, qui vous éviterons bien des déconvenues et du gaspillage de films (au prix où ils sont maintenant !) car cet Eos 300v est précis, facile à utiliser, performant et pertinent dans ces aides aux réglages.

Bref, une espèce de maître achat incompris car cet appareil offrait le meilleur de son époque pour les amateurs désirant se perfectionner et progresser. D’autant que son prix, de nos jours, est souvent ridiculement bas : comptez environ 40€ avec un objectif Canon 50mm.

L’essayer, c’est l’adopter !

Videos d’illustration :

Le mode d’emploi, consultable en ligne, est ICI.

Pour les spécifications, pléthoriques, je vous renvoie au site CANON.

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS_300V, https://global.canon/en/c-museum/product/film236.html, https://www.imagingpixel.com/p/canon-eos-rebel-ti.html, en anglais; https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS_Rebel_Ti, en français

Argentique

Le Polaroid 636 Instant Talking Camera

Oui, oui, je sais, j’ai déjà écris je ne sais combien de fois « plus de Polaroid ! ».

Mais voilà, il y en a toujours bien un qui me fait de l’œil et en l’occurrence ici, un 636 tout simple, sauf que celui-ci … parle !

Mais commençons par le début …

Ce 636 Talking Camera date de 1995. Il ne va pas révolutionner le petit monde des Polaroid à film 600, il en garde toute la mécanique et les caractéristiques habituelles, comme le flash intégré, la correction d’exposition, l’exposition automatique.

Polaroid avait déjà tenté la chose en 1994 avec un Talking Sidekick, en 1994, au format différent et un Polaroid OneStep Talking Camera un peu plus proche, lui aussi de 1995.

De fait, le OneStep Talking est un 600 classique à qui ont a donné la parole tandis que le 636 Talking de l’article est un 636 CL (pour Close-Up).

Ce qui change donc par rapport à un 600 classique, c’est l’ajout d’une puce électronique « ChipCorder » qui assure l’enregistrement, le stockage et la restitution du son.

Là où ça fait « bricolage » c’est que cette puce est alimentée par la batterie du film et pas par un apport extérieur. Un appareil sans film neuf est un appareil muet.

Plus grave, un appareil trop bavard va décharger la pile rapidement et vous ne pourrez plus extraire le film de sa cartouche. Il faut absolument changer celle-ci pour que ça redémarre, mais au prix où sont les packs, on va peut-être y réfléchir à deux fois !

Bref, gardons le côté « fun » de l’engin : sa mémoire contient trois messages pré-enregistrés de trois secondes et demies mais il est possible de personnaliser un de ces messages en s’enregistrant soi-même (ou n’importe qui d’autre, voire même de la musique) pendant huit secondes.

C’est au moment de déclencher qu’il va se mettre à « parler », c’est-à-dire à restituer l’un des messages pré-enregistré.

Rassurez-vous, on peut désactiver les messages !

Ces messages préenregistrés varient apparemment selon le territoire dans lequel le boitier a été commercialisé et incluent des versions américaines et espagnoles, ce qui est un peu … peu (toujours rien en français !). La version britannique contient « Souriez, vous êtes sur Polaroid ! » et « Ne dites pas Cheddar, dites FROMAGE ! » sensé faire sourire le sujet photographié.

Le fonctionnement de l’appareil, haut-parleur éteint (ouf !) reste donc celui d’un 636 classique avec mise au point fixe et flash automatique. Il possède un objectif « gros plan » – une lentille qui coulisse devant l’objectif proprement dit – mais il a tendance à rendre encore plus « vague » les images. La qualité d’image restera toujours meilleure en extérieur, par grand soleil.

Ce qui est paradoxal car ce Polaroid a été prévu pour faire de photos en intérieur, lors de fêtes, de rassemblements familiaux, …

Voilà, voilà …

Honnêtement c’est plus un objet de collection qu’un appareil instantané utilisable au quotidien – en tout cas tant que le film sera au prix où il est actuellement.

Mais je ne pouvais pas ne pas vous le présenter, cela aurait été dommage, non ?

Ce n’est pas un modèle courant mais il alimentera joyeusement une collection de ces drôles d’engins à photographier, qui ont fait partie intégrante de l’histoire de la photographie.

Quant au prix, comptez à mon avis 30€ pour un bel exemplaire dans sa boite.

Video de démonstration :

Des références : https://www.polaroid-passion.com/appareils-format-600.php?id=19, https://www.benjaminfavrat.com/analog-photo-blog/polaroid-636-talking-camera, https://filmphotography.eu/en/polaroid-636-talking-camera/, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Polaroid_636_Talking_Camera, http://camera-wiki.org/wiki/Polaroid_636_Talking_Camera, en anglais; https://www.colleconline.com/en/items/261244/appareils-photo-camescopes-photos-argentique-films-instantannes-polaroids-636-talking-camera, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-710-Polaroid_636%20Talking%20camera.html en français

Argentique

Le Zeiss Ikon Nettar II 518/16

1er mai ’23, encore la brocante de Haversin et un stand discret, où je découvre ce bel Zeiss Ikon Nettar.

La dame qui le vend cède des appareils ayant appartenu à un parent aujourd’hui décédé.

Jeune femme moderne, elle ne sait trop que faire de ces vieux appareils et elle me le laisse pour un prix raisonnable.

Après le Zeiss Ikon Ikonta, l’Ikonta M, l’Ikonta en 24×36, le Super Ikonta, je pense avoir fait un bon bout de chemin dans cette merveilleuse gamme.

Ce Zeiss Ikon Nettar donc me fait de l’œil et je pressens que son histoire va être intéressante, comme souvent.

Alors, allons-y, commençons la visite …

Si vous avez lu les articles précédant, vous vous souvenez peut-être que Zeiss a lancé son Zeiss Ikon Ikonta en 1929. Appareil à soufflet, il proposait différents formats selon les versions, exprimées par des chiffres : 520 (6×4,5), 520/2 (6 x 9), 520/14 (5 x 7,5), 520/15 (6,5 x 11 cm), 520/16 (6 x 6 cm) et 520/18 (3 x 4 cm). Il a même existé un « Baby » Ikonta en film 127.

Si ces appareils ont connu un très beau succès commercial, leur prix ne les destinait pas à tout le monde et je connais peu de sociétés qui n’essaient pas de « ratisser » large et donc d’aller aussi chercher les clients un peu moins argentés, souvent les plus nombreux d’ailleurs (n’était-ce pas Colbert, ministre des Finances de Louis XIV, qui aurait dit : « Sire, taxons les pauvres, ils sont plus nombreux »).

Et comme il n’y a pas de petit profit, on réutilise les bonnes recettes pour produire un modèle moins cher mais basé sur le design Ikonta dont on récupère le châssis et les rails de guidage du soufflet.

Alors, selon la légende, le nom Nettar vient du grec Nessa, avant d’être latinisé en Netta, ce qui veut dire « l’incommensurable », celui qui vaut plus que son prix.

Il semblerait qu’un membre de l’équipe de conception de cet appareil ait eu une fille, baptisée Netta. La conjonction des deux a fait que Zeiss a adopté le nom Nettar, ce qui correspondait au concept de cet appareil : un appareil qui vaut plus que son prix.

Le premier Nettar est apparu sur le marché en 1934, sous le numéro 510 car sans doute la firme avait-elle déjà prévu une gamme complète pour ces appareils. Tout comme elle l’avait fait avec l’Ikonta.

De toute manière, le Nettar, comme souligné plus haut, utilise le même boitier que l’Ikonta (520/2). Ce qui va changer, c’est l’optique et l’obturateur.

De fait, après le 510, il y eut un 510/2 en 1936 (6×9), puis un 515 en 1937, un 516, etc.

J’ai envie d’écrire que « comme d’habitude », Zeiss va fabriquer sa gamme avec différents obturateurs et optiques avec une progression dans les prix, évidemment. Ainsi un Nettar livré avec un Tessar et un Prontor valait quatre fois le prix du même appareil livré avec un Nettar et un Derval.

Le premier Zeiss Ikon 510 (source : Camera Wiki)

Tout allait bien jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale vienne tout chambouler car le siège de Zeiss Ikon à Dresde est détruit et nationalisé par la République Démocratique Allemande. La guerre terminée, les usines Zeiss tombent dans la zone contrôlée par l’Union Soviétique. Les Russes embarquent alors tout le matériel de fabrication à Kiev et gardent le nom Zeiss. Cependant, dès 1947, le Zeiss allemand récupère sa production à Stuttgart (en Allemagne de l’Ouest), dans l’ancienne usine Contessa-Nettel, un des membres du groupe Zeiss d’avant guerre.

Dans un pays dévasté, les matières premières étaient rares et difficiles à trouver. Certains appareils étaient donc assemblés à partir des pièces existantes et anciennes.

Ce n’est qu’en 1949 que le Nettar fut relancé aux formats 6×6 (515/16) et 6×9 (515/2), avec l’ancien viseur à cadre posé sur le dessus de l’appareil.

En 1951, la situation s’améliore et le Nettar se modernise : on le dote d’un viseur optique intégré dans un capot chromé, c’est le Nettar II. Il sera présenté à la Photokina de 1951 aux formats 6×6 (517/16) et 6×9 (517/2).

Le Nettar 517/16 (source : Camera Wiki)

Le Nettar II (517/16) garde cependant les mêmes habitudes qu’auparavant, avec des configurations qui diffèrent en fonction du prix.

Nous avons donc maintenant des obturateurs Vario (le moins cher), Pronto et Prontor – SV, combinés avec des objectifs Novar Anastigmat de 75mm ouvrant soit à f6,3 ou f4,5.

Un petit mot sur ces fameux obturateurs : si nous regardons les images détaillées de l’objectif, ci-dessous, nous verrons un logo inscrit avec les lettres AGC (Alfred Gauthier Calmbach), autour d’une petite image qui symbolise un obturateur central à trois lames. Cet Alfred Gauthier Calmbach fonde l’entreprise Gauthier en 1902 et se consacre à la fabrication des obturateurs Ibsor, Vario, Pronto et Prontor. AGC a fabriqué l’obturateur ISBO (1908), qui fut le premier à intégrer un déclencheur à câble. En 1931, Zeiss devient actionnaire majoritaire d’AGC et commence à utiliser ces obturateurs dans les appareils photo Zeiss Ikon. Quatre ans plus tard, AGC fabriquait l’obturateur Prontor, qui offrait la plus haute qualité et les vitesses les plus rapides de l’époque. Après la Seconde Guerre mondiale, l’usine tombe dans la zone occupée par la France et peut redémarrer la production en 1948. À partir de 1976, AGC obtient la production exclusive de tous les obturateurs des appareils photo Contax, même si l’entreprise s’est déjà diversifiée. Actuellement, l’entreprise s’appelle Prontor et se consacre à la fabrication de mécanismes de précision pour la technologie médicale et continue de produire des semi-conducteurs pour la photolithographie et des diaphragmes pour la fabrication de puces.

Si vous aussi possédez un Nettar mais que vous ne savez pas situer le modèle, regardez sur l’arrière de l’appareil : d’un côté vous trouverez le numéro de série gravé dans le revêtement et de l’autre côté, le type de modèle.

Au fur et à mesure d’autres améliorations seront apportées, comme le mécanisme pour éviter les doubles expositions (1953). Un dispositif ingénieux fait apparaître un signal rouge dans le viseur si le film n’a pas été avancé après une exposition et il est impossible de déclencher tant que ce « signal » est visible. Vous aurez compris pourquoi on appelle ce modèle Nettar Signal.

Si le système est utile, il est cher à fabriquer. Il sera alors remplacé par un point rouge qui apparait dans les mêmes circonstances sur le capot, à côté du déclencheur.

Ces Nettar Signal auront les mêmes codes : 518/16 pour la taille 6×6 et 518/2 pour la taille 6×9. Les versions 6×6 sont plus courantes et plus faciles à trouver que les versions 6×9.

Tiens, et tant qu’à compliquer les choses dans les nomenclatures, sachez que chez Zeiss ils appelaient le 6X6 le « B » et le 6×9 le « C ». Vous trouverez alors des brochures qui présentent un Nettar IIB ou un Nettar IIC.

Pour compléter la série, qui sera construite jusqu’en 1959 quand même, en 1956 apparait le Nettax (513/16) qui sera un Nettar II Signal avec un posemètre au sélénium non couplé.

Ce seront les derniers appareils à soufflets (ou folding en anglais) de Zeiss Ikon, qui passera au 24×36 en 1960 (le dernier représentant du film 120, l’Ikoflex, un TLR, sera aussi abandonné cette année-là).

Voilà pour la partie historique. Voyons maintenant le côté pratique.

Ce ne sont pas des appareils modernes, on l’a vu, le soufflet commence à … s’essouffler et les appareils de l’époque sont soit des télémétriques (Leica et consorts) ou les premiers réflex qui ont le vent en poupe et vont bientôt détrôner tout ce petit monde.

Mais ils ont encore quelques avantages : d’abord leur construction rigoureuse et solide, ensuite le choix des objectifs et obturateurs qui sont très bons (surtout les plus chers) et enfin leur taille car lorsqu’ils sont repliés, ils ne prennent vraiment pas de place et savent rester très discrets.

En gros, un Nettar, c’est ça :

Ici la version Nettar Signal avec le plot rouge qui apparait dans le viseur, tout le reste est identique aux autres Nettar.

Alors maintenant, voyons comment fonctionne un folding et celui-ci en particulier.

Disons le d’emblée, c’est un appareil photo facile à utiliser et avec un peu d’entrainement et d’habitude, vous le transformerez en … automatique !

Commençons par le début : au dessus, le capot chromé propose le déclencheur et le petit bouton pour ouvrir l’abattant qui dévoilera l’objectif et l’obturateur. Au milieu, une griffe porte-accessoires et à gauche, une grosse molette qui vous permettra de faire avancer le film.

Lorsque le panneau avant s’ouvre, poussez bien, sans forcer, les deux guides pour qu’ils se verrouillent correctement. Pour refermer, appuyez sur les genouillères au milieu, vers le haut, et le tout se replie.

Un petit point à ne pas oublier : tous les Nettar utilisent le film dit « 120 » soit une bobine de film qui permet au mieux 16 images (en 6×4,5) mais plus généralement 12 vues comme ici (6×6).

Le format 120 possède une bande de papier collée sur toute la bande de film. Cette bande de papier porte une série de marques gravées dessus, qui avertissent de la proximité de l’image 1, mais elle porte également gravés les numéros des images restantes. De nombreux appareils photo moyen format, avant 1965, ne disposaient pas d’un compteur de vues ni d’un levier d’entrainement du film, de sorte que les numéros d’images sur la bobine elle-même font office de compteur de vues.

Exemple de marquages du papier qui entoure le film d’une bobine de 120.

Pour placer un film dans la chambre, il faut ouvrir le loquet sur la tranche, qui libère le dos.

Deux découpes singulières, dans le dos de l’appareil, viennent couvrir deux languettes à ressort. Il faut les abaisser (1 – D) pour y glisser la cartouche, sous le déclencheur (à droite vu de dos). Vous placez une bobine vide de l’autre côté, sur laquelle viendra s’enrouler la pellicule.

Lorsque vous sortirez la bobine de son emballage, vous verrez qu’elle est fixée avec une petite bande de papier avec de l’adhésif. Tirez le papier adhésif, prenez la languette de la bobine (qui est en papier) et passez-la dans la fente de la bobine vide. Enroulez ensuite en tournant la molette d’enroulement (2). Fermez le dos et ouvrez la vitre rouge inactinique (C).

Continuez à tourner la roue (2), lentement pour observer les marques sur la bobine. Petite remarque en passant : ces bobines sont conçues pour être compatibles avec la plupart des modèles d’appareils photo dit « moyen format », il peut donc y avoir des marques qui ne conviennent pas à un modèle particulier, mais ce ne sera pas le cas ici. Vous allez voir une ligne verticale épaisse, puis vous verrez deux flèches, ce qui signifie que vous êtes déjà proche de l’image 1. Déplacez-vous lentement jusqu’à ce que vous voyiez deux chiffres 1 verticalement, comme sur la figure (C).

C’est la première image. Le numéro de la photo doit être en plein centre de la fenêtre rouge. Refermez celle-ci et prenez votre première photo. Vous devrez rouvrir la fenêtre pour passer à l’image 2 et ainsi de suite. Une fois la bobine terminée, abaissez la languette (1) et retirez le rouleau. L’excédent de papier servira à fermer la bobine et à l’empêcher de se dérouler, en collant bien le petit morceau de papier à coller qui se trouve au bout. La pellicule est enroulée sur la bobine (B), que vous allez déposer pour le développement. La bobine vide qui vous reste sera la future bobine réceptrice, il suffit de la changer de place .

Si cette manipulation a l’air un peu complexe au début, c’est un geste que l’on apprend bien vite.

Bien souvent lorsqu’on prend en mains pour la première fois ce type d’appareil, on est déconcerté car on ne voit pas très bien comment ça fonctionne, la forme, les éléments étant loin des appareils plus « classiques » tels les télémétriques ou les reflex.

On n’a devant soi qu’un soufflet noir avec au bout un objectif porté par un cercle métallique sur lequel il y a plein de tirettes et manettes. Avec un minimum d’attention vous aurez compris qu’il s’agit des réglages pour la vitesse, l’ouverture et la distance.

Nous allons voir cela en détail, avec quelques astuces que le constructeur nous a laissé pour faciliter la prise de vue, vous verrez cela va devenir simple …

Passons rapidement sur le viseur, pas très clair et qui ne sert qu’à cadrer au mieux votre image. C’est un simple tunnel, sans plus.

Ce qui est utile, c’est de pouvoir contrôler son exposition, commençons par ces réglages :

Source : Camaracoleccion
  • 1. Bague de mise au point. L’échelle de mesure de ce modèle est en mètres. Dans d’autres versions, il apparaît en pieds.
  • 2. Marque de distance de mise au point. Sur cette image, le sujet est focalisé à 8 mètres.
  • 3. Connexion PC pour flash externe. L’appareil photo se synchronise au 1/25s avec les flashs lampes. Les versions dotées d’un obturateur Prontor-SV peuvent se synchroniser jusqu’à 1/300s avec le flash électronique.
  • 4. Levier de l’obturateur. Lorsqu’il est déplacé vers la droite, l’obturateur est armé. Le film doit être amené manuellement avec la grosse molette au dessus, sur le capot, ne pas oublier.
  • 5. Marque du diaphragme sélectionné. Sur cette image, une ouverture intermédiaire entre f/8 et f/11 a été sélectionnée.
  • 6. Onglet de sélection du diaphragme
  • 7. Molette de sélection de la vitesse d’obturation. Du B au 1/200s.
  • 8. Connexion pour câble de déclencheur souple.

Vous remarquerez sur les photos un point rouge (près du 8 de la distance et entre le 8 et 11 de l’ouverture). C’est ce que Zeiss appelle le réglage « au point rouge ». Cette configuration permet à l’appareil de prendre des photos correctes, sans que vous deviez sélectionner l’ouverture et la vitesse pour chaque prise de vue.

Ainsi, dans de bonnes conditions d’éclairage, placez la bague de mise au point sur le point rouge, situé à une distance de 8 mètres. L’ouverture est située à l’autre point rouge (entre f/8 et f/11). La vitesse idéale doit être comprise entre 1/25s et 1/100s.

Dans ce cas de figure, tout sujet compris entre 4m et l’infini sera net et correctement exposé. Appuyez sur le déclencheur, c’est dans la boite …

Ah, un détail important à ne pas oublier : ces appareils ont été conçu à une époque où les films étaient beaucoup plus lents que de nos jours. Donc pour un film de 100Asa, utilisez une vitesse de 1/130 ou 1/140s (vous devrez mettre le curseur entre 1/75s et 1/200s) pour une ouverture de f11.

Cet appareil demande l’utilisation d’une cellule à main pour estimer au mieux la lumière.

Dernière petite chose, tous les appareils ne disposent pas d’un retardateur, cela dépend du type d’obturateur monté. Ici c’est un Prontor et le retardateur est signalé par le curseur au point rouge. Attention, d’abord armer l’obturateur avent d’enclencher le retardateur sinon vous risquez de tout bloquer

Bon, vous pouvez maintenant contrôler votre exposition, allons-y pour la profondeur de champ.

Petit rappel utile pour ceux qui débutent : la profondeur de champ est la distance de mise au point devant et derrière l’objet que vous souhaitez photographier. Ce paramètre est essentiel pour obtenir une bonne image.

Comme ce réglage est fondamental dans la prise de vue, les principaux fabricants d’appareils photo ont intégré un dispositif permettant de prévisualiser la zone de mise au point. Les systèmes les plus complets incluent un bouton qui ferme le diaphragme et permet de visualiser la netteté de l’image, mais ça c’est pour (bien) plus tard que notre Nettar.

Les méthodes les plus simples incluent des marques qui délimitent les intervalles de distance qui seront mis au point. C’est celles que nous allons voir sur cet appareil.

Un exemple concret, en images : sélection d’une ouverture proche de f11, indiquée par la flèche orange. Le sujet est à 8m, indiqué par la flèche verte.

Les flèches rouges marquent l’intervalle de distance qui sera focalisé : entre 4m et l’infini (bien que la flèche pointe au-delà de l’infini).

Second exemple avec l’image de droite : sélection d’une ouverture de f4,5 en gardant la même distance de 8m. La distance de mise au point sera alors comprise entre 6m et 15m.

Petit résumé en images animées de ce qui vient d’être expliqué :

Voilà, voilà … vous l’aurez compris, ce type d’appareil peut encore très bien vous servir et les résultats seront généralement (très) bons – voir les exemples de photos prises avec cet appareil LA et LA.

Sa principale qualité, outre celle de ses images et de sa facilité d’emploi, c’est sa taille réduite quand il est plié : vous n’aurez aucune excuse pour ne pas l’emporter avec vous, il tient dans une poche.

N’aurait-il que des qualités ? S’il en a beaucoup, un de ses principal défaut est son utilisation pour le portrait. En effet, il n’est pas muni d’un télémètre et donc faire une mise au point fine sur les yeux du modèle, par exemple, est difficile. Cet appareil est excellent quand on travaille par zones et donc en paysage. Il donnera des négatifs fouillés et qui permettront des agrandissements de qualité.

L’astuce, pour remédier à ce souci est de le munir d’un télémètre qui vous fixerez sur la griffe qui porte bien son nom de « porte-accessoires ».

Je songe notamment à un Watameter, que je vous ai présenté il y a un moment.

Ensuite, il a été pensé pour des films lents. Il donnera son meilleur rendement avec des films de 50, voire 85Asa. Même si son utilisation avec des films de 100Asa ne pose pas de problème, en plein soleil, il faudra se méfier.

Fred, d’Histoire de Photos, vous dira que ce sont des appareils qui changent votre manière de photographier, en (re)prenant le temps, celui de la balade, de la découverte et de la convivialité (je vous encourage à aller voir son site car outre le 6×6, il travaille souvent en argentique et ses conseils sont toujours excellents en la matières).

Certes, vous ne prenez que 12 photos par film, mais des photos réfléchies, composées. Et puis, le temps de recharger, c’est le temps d’une pause qui permet souvent de discuter avec ceux qui vous ont regardé travailler.

« Est-ce qu’on en trouve facilement ? »

Oui car les Nettar ont été produit en relative grande quantité. Rappelez-vous, ils étaient les « entrées de gamme ».

Et donc si vous en trouvez un, vérifiez s’il n’est pas trop rouillé (mal entreposé), que la porte avant s’ouvre avec un minimum d’aide, que le soufflet est intact (croyez-moi, je n’en ai jamais vu un seul troué alors que les Agfa et Kodak c’est une vraie catastrophe à ce niveau), que tous les organes sont fluides (là encore, les Agfa ont généralement leur objectif bloqué – la faute à une graisse qui se fige avec le temps), que l’objectif est propre.

S’il est accompagné de sa sacoche en cuir, c’est encore mieux mais pas indispensable car c’est elle qui porte la sangle pour le porter, mais la majorité des personnes qui utilisent cet appareil le mette en poche ou dans leur petit sac.

Question prix, comptez maximum 40€ pour un en bon état. Attention, le prix peut être plus conséquent si vous tombez sur un exemplaire équipé du Pronto SV et d’un objectif Tessar mais ceux-là sont rares.

Ceci étant, si vous en trouvez-un, faites vous plaisir, vous ne le regretterez pas.

Si vous avez encore besoin du mode d’emploi, c’est par ICI.

Un peu de technique :

Combinaisons obturateur/objectif :
518/16 IIb Novar Anastigmat 1:4,5/75 mm en Pronto (fabriqué : 1949)
518/16, par exemple Novar Anastigmat 6,3/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Vero (fabriqué : 53 juillet – 54 novembre)
518/16 Ev Novar Anastigmat 6.3/75 (Rodenstock) à obturateur Vario (fabriqué : 53 décembre – 54 juin)
518/16 Iv Novar Anastigmat 4.5/75 (Rodenstock) à obturateur Vario (fabriqué : juillet 58 – décembre 59)
518/16 Ih Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Velio (fabriqué : 53 avril – 58 juillet)
518/16 Son Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Pronto (fabriqué : 52 juillet – 59 février)
518/16 Ips Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans un obturateur Prontor S (fabriqué : février 55 – mars 56)
518/16 Ipms Novar Anastigmat 4,5/75 (Rodenstock) dans l’obturateur Prontor SVS (fabriqué : 53 avril – 59 janvier)
518/16 Fps Novar Anastigmat 3,5/75 (Hensoldt) avec obturateur Prontor S (fabriqué : juillet 53 – décembre 55)
518/16 Fpms Novar Anastigmat 3,5/75 (Hensoldt) dans obturateur Prontor SV (fabriqué : 53 juillet – 55 juillet)
Ouverture : 4,5 à 22
Viseur : viseur optique à vision directe sous la griffe flash
Autre : prévention de la double exposition
indiqué par un point rouge dans la fenêtre du viseur lorsque le film n’est pas avancé (sous-modèles Signal) indiqué par un point rouge dans la fenêtre au-dessus du boîtier lorsque le film avance

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Nettar, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zeiss_Ikon_Nettar, https://blog.bkspicture.com/review_Zeiss_Ikon_Nettar_518_16-Anastigmat_f4.5.html, https://sites.google.com/site/fromthefocalplanetoinfinity/nettar, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/camera-review-zeiss-ikon-nettar-ii-517-16-6×6-folding-camera-by-david-hume# en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-816-Zeiss%20Ikon_Nettar.html, en français; https://www.camarassinfronteras.com/nettar/nettar.html, http://www.camaracoleccion.es/Zeiss_Ikon_Nettar.html, en espagnol

Argentique

Le ВИЛИЯ – VILIA

Etrange nom n’est-ce pas, qui est en fait écrit en caractères cyrilliques et en caractères latins.

Mais que je vous raconte : nous étions en vacances en Croatie et de passage à Zagreb nous apprenons qu’il y a une espèce de brocante continue, qui a lieu tous les jours. Comme je rêvais de trouver là-bas l’un ou l’autre appareil russe intéressant, ni une ni deux, nous voilà parti à la découverte de ce lieu très connu.

Il faisait beau, il faisait chaud, nous avons pas mal marché mais, in fine, j’étais déçu : quelques petits compacts des années nonante, japonais, rien de plus.

Et puis, au détour d’une énième allée, un petit compact on ne peut plus russe, ce ВИЛИЯ – VILIA dans sa sacoche en vrai cuir artificiel et, ma fois, beaucoup de poussières.

Petite négociation en anglais et me voilà avec, enfin, un appareil « de l’Est ».

Bon, de retour à la maison, cherchons un peu qui se cache derrière ce carré de plastique assez simpliste au premier abord.

Tout d’abord le fabriquant, la MMZ-BelOMO à Minsk, en Biélorussie (Minskiy Mechanicheskiy Zavod, ou usine mécanique de Minsk et OMO signifiant Optical and Mechanical Association). Vilia est aussi le nom d’une rivière qui court de la Biélorussie à la Lituanie.

Cet appareil y a été fabriqué entre 1973 et 1986 à plus de deux millions d’exemplaires ! C’est typiquement un appareil fabriqué en masse car « le peuple devait pouvoir posséder un appareil photo ». Il était vendu 23 roubles.

Petite remarque en passant. Si le nom de l’appareil est inscrit en russe et en alphabet latin, il ne sera toutefois pas exporté au delà des satellites de la Russie. Il est rare d’en trouver dans l’Occident décadent.

Commençons la visite : il est tout en plastique, avec néanmoins une feuille métallique qui fait quasi le tour de l’engin, donnant un aspect plus « chic » et solide. Il est d’ailleurs étonnamment lourd pour un appareil tout plastique, serait-il lesté ? Sans doute.

Sur le dessus, une prise pour un flash, tout à droite et à l’autre extrémité, la molette pour le rembobinage. Ne lui arrachez pas la tête pour tenter d’ouvrir le boitier, c’est un verrou, sur la tranche gauche qui s’en charge.

Le flash possède une synchro X et sur la tranche gauche, il existe aussi une prise PC pour les flashs plus anciens. Comme l’obturateur est central, la synchro se fait à toutes les vitesses.

« Et le déclencheur, il est où ? »

Sur le pourtour de l’objectif, en prise directe avec l’obturateur central. Celui-ci propose des vitesses de 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 et une pose B. Ces vitesses, vous les réglez avec la première bague, contre le boitier.

Tant qu’à être sur l’objectif, jetons-y un œil : inscrit en russe et en caractères latins, il est indiqué que c’est un triplet en verre, avec un revêtement multi-couche, de 40 mm ouvrant à f/4.

La mise au point se fait avec la bague notée soit en mètres soit avec des symboles tels que portraits, portrait à deux, groupe et bâtiment (tiens, y a pas de montagne en Russie ?). La mise au point minimale est d’environ 80 cm.

Si vous choisissez d’utiliser les symboles, la vitesse d’obturation est prédéfinie en fonction de l’échelle de vitesse du film indiquée sur sa bague, en dessous – de 1/30 s pour 25 ou 32 GOST à 1/250 s pour 200 ou 250 GOST (le Gost est la référence de sensibilité russe, comme nos Asa ou Iso), tandis que l’exposition est ajustée en changeant l’ouverture de 4 (gros nuages/pluie) à 16 (soleil éclatant). Les symboles météorologiques sont visibles uniquement en bas du viseur et sont signalés par un petit point lumineux, en fonction du réglage de l’ouverture. Il faut y être attentif car ils ne sont pas bien visibles (manque de contraste).

Le viseur et les symboles lors de la prise de vue. Le viseur, au reflet jaune, montre des cadres et une correction pour la parallaxe. Pas très clair mais suffisant pour la visée.

Par dessous, un petit levier, indiqué de 4 à 16 règle l’ouverture. L’obturateur est de type à lames, tandis que le diaphragme à quatre lames a une ouverture presque carrée.

Le compteur de vue est en dessous et commence à 1 pour finir à 36. Il se réinitialise en ouvrant le dos.

Toujours en dessous, un filetage pour un trépied et le bouton pour pouvoir rembobiner le film.

Au dos de l’appareil, une petite roue, exprimée en Gost et Asa (qui pourtant ne correspondent pas tout à fait) ne sert que d’aide mémoire pour le film introduit dans le boitier. L’appareil ne possède pas de cellule, vous l’aviez déduit.

Le levier d’armement est assez discret, affleurant et à la course assez longue. Peu bruyant, tout comme le déclencheur finalement.

Pour le transport, c’est soit via le sac tout prêt, soit via une dragonne qui se fixe sous l’appareil, sur le filetage du trépied.

Voilà, on a fait le tour de l’engin.

Si on le regarde avec des yeux d’occidentaux, il ressemble (de loin) à un petit compact de ces années-là. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il ressemble aux appareils japonais mais les derniers Bessy de Voigtländer, ou un Smena Symbol pour rester dans le pays.

En ce qui concerne l’objectif, le Triplet est correct et raisonnable. Mais à grande ouverture, parait-il, il y a davantage de distorsion visible sur les bords. Ceci est moins évident de plus près et à des ouvertures réduites.

Si vous voulez voir ce que ça donne comme images, c’est par ICI.

En résumé, un petit appareil tout simple, qui a toute sa place en Lomography : pas de prise de tête pour faire la photo, réglages simplifiés, images convenables.

Reste qu’en trouver un n’est pas évident, très peu d’exemplaires nous sont parvenus. Quoique, avec l’Internet, c’est relatif.

Question prix, disons 20€ maximum avec son « sac tout prêt », le prix de l’exotisme en somme.

Videos d’illustration :

Un peu de technique :

  • Objectif : Triplet-69-3 (ТРИППЕТ) 40 mm f/4, verre revêtu, filetage de filtre 46 mm
  • Ouverture : jusqu’à f/16 réglage : par un petit levier sous l’objectif
  • Plage de mise au point : 0,8 à 8 m + inf
  • Mise au point : mise au point manuelle de la cellule frontale, symboles sur l’échelle de distance (portrait, portrait de groupe, groupe, paysage) et échelle DOF
  • Obturateur : type vantail, vitesses : 1/30-1/250 +B
  • Déclencheur : sur l’obturateur
  • Prise de déverrouillage du câble : aucune
  • Levier d’armement : enroule également le film, course courte 180°), au dos de l’appareil photo
  • Compteur d’images : réinitialisation automatique, type additif, fenêtre sur la plaque inférieure
  • Viseur : cadre lumineux, avec lignes de correction de parallaxe
  • Levier de rembobinage : manivelle rabattable, sur la plaque supérieure
  • Déclencheur de rembobinage : bouton sur la plaque inférieure
  • Prise Flash PC : sur le côté gauche de l’appareil photo
  • Cadran mémoire : au dos de la plaque supérieure
  • Retardateur : aucun
  • Dos : à charnière, s’ouvre par un loquet coulissant sur le côté gauche de l’appareil photo
  • Prise trépied : ¼’
  • Corps : plastique
  • Poids : 357g
  • Numéro de série. sur la plaque inférieure

Des références : https://camerapedia.fandom.com/wiki/Vilia, http://cameras.alfredklomp.com/vilia/, http://camera-wiki.org/wiki/Vilia, https://austerityphoto.co.uk/belomo-vilia-review-black-in-the-ussr/, http://www.sovietcams.com/index8a6e.html?tmpl_into=middle&tmpl_id=262&_m_e_id=21&_menu_i_id=283, https://www.lomography.com/magazine/66745-belomo-vilia en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=10486, en français; https://www.photo-foto.eu/lomo-omo-gomz/belomo-vilia/, en allemand; http://www.photohistory.ru/1207248177772887.html, en russe.

Argentique

Le Nikon F-601ou N6006 (USA)

Encore une brocante sous le soleil et … la pluie, intermittente, tenace, qui a juste le bon goût de rafraîchir une atmosphère bien lourde, de celle qui précède les orages.

Et de pauvres brocanteurs qui ne savent plus où donner de la bâche, du parasol, de la tonnelle, au gré des sursauts du temps …

Là, une dame un peu triste de ce temps pourri, vend un Nikon, dans une sacoche Delsey un peu fatiguée.

Je prends l’appareil en mains et elle me déclare qu’il semble être en panne car il est impossible de déclencher. Il fait la mise au point mais un code, « FEE », apparaît et clignote tout le temps.

-« Ah, lui dis-je, ce n’est jamais bon signe. Et combien en voulez-vous ? »

-« Je ne sais pas, disons 10€ ? »

-« Sans avoir la certitude de pouvoir le remettre en route, je vous en propose 5€. Au mieux, ça lui évitera une énième averse ».

Marché conclu, me voici donc en possession d’un Nikon N6006 dont j’ignore tout mais monté d’un objectif Nikon 35-70, avec un mode d’emploi en anglais et le sac Delsey.

De prime abord, je tablerais sur les années nonante, mais nous allons découvrir tout ça ensemble.

Déjà, il apparaît que cet appareil a été acheté aux States car sa dénomination, en Europe est Nikon F-601, c’est celle que j’utiliserai.

Nikon l’a sorti de 1991 jusqu’en 1994. En kit, le F-601 était livré avec l’objectif zoom Nikkor autofocus 35 à 70 mm qui équipe celui-ci. Normalement, il est compatible avec une large gamme d’objectifs Nikon à monture F, y compris les types de mise au point automatique et de mise au point manuelle.

« Attention cependant, les anciens objectifs Nikon non modifiés par l’IA ne se monteront pas sans modification. Si vous le faites avec force, vous risquez d’endommager la goupille d’indexation sur le corps. En raison d’un défaut du micrologiciel, les objectifs de type G sans bague d’ouverture ne sont compatibles (en modes programme et priorité à l’obturateur) que si le capteur de position de la bague d’ouverture est actionné manuellement à sa position maximale, par conséquent, leur utilisation n’est pas approuvée par Nikon ».

Pour le situer dans la famille, il est entre le Nikon F-401ou N4004 (débutants) et le Nikon F-801ou N8008 (amateurs éclairés « prosumer » et riches, ou pro). Il a aussi existé une version sans flash ni autofocus, le Nikon F-601M dont on se demande quel était l’intérêt. Tout au sommet, trônait le F4, professionnel, lourd, magnifique.

Le Nikon F-601 était lui destiné aux amateurs avancés.

Pour être le plus complet possible, sachez que le F-401 est apparu en 1987. Il était le second appareil Nikon avec autofocus grand public, après le Nikon F-501 disponible un an avant.

Un peu comme chez le concurrent de toujours, Canon et ses Eos, ces Nikon donnent un bon aperçu d’une ergonomie qui devient moderne, avec une poignée plus épaisse, l’avance du film intégrée et gérée électroniquement. Et le F-401 introduisait aussi une pavé de commande qui permettait de multiples fonctions et réglages sans tourner les molettes dédiées.

Ensuite, c’est au tour du F-801 qui est le premier à proposer un groupe de 4 boutons-poussoirs à gauche et la molette de commande à droite. C’est ici que nait la disposition des commandes Nikon telle qu’elle existe encore de nos jours.

Amis Nikonistes, si vous prenez en mains celui-ci vous n’aurez pas l’impression d’être en terre inconnue, même trente ans plus tard.

L’interface des boutons présente les modes de prise de vue PASM qui sont omniprésents aujourd’hui. Le F-801 adoptait également un nouveau système de mesure matricielle qui évaluait et faisait la moyenne des données d’exposition, électroniquement, à partir de cinq segments du cadre.

Encore deux ans et nous sommes donc en 1990, date de naissance du Nikon F-601, qui présente la même configuration des boutons de contrôle que le F-801.

Il propose un flash intégré, une vitesse de prise de vue un peu plus lente (2i/s contre 3), un obturateur plus lent (1/2000s contre 1/4000s) mais son système de mesure est amélioré (le système d’évaluation multizone « Matrix ») et il dispose d’un système de mise au point prédictive qui peut suivre les sujets en mouvement.

Certain modèle, comme celui-ci, propose un dos dateur, qui peut être réglé pour imprimer la date et l’heure sur le film photo au fur et à mesure de l’acquisition des images. Comme il y a un film à l’intérieur, dans un premier temps je ne vais pas ouvrir celui-ci pour remplacer la pile, qui est HS. Mais je doute qu’il soit encore utilisable, comme souvent.

Puisque j’en parle, une autre nouveauté du modèle : il est le premier de la gamme à utiliser une pile au lithium de 6v, une CR-P2.

Si je résume, ainsi placé en milieu de gamme, l’appareil reprend pourtant des avancées déjà vues sur le haut de gamme (le F-801) et sa configuration n’est pas dénuée d’intérêt :

  • mise au point automatique (module AF AM200 qui équipait le F-801) : un seul servo qui assure le verrouillage de la mise au point/prise de vue et un autofocus à mise au point continue
  • mise au point prédictive avec même une meilleur gestion de prédiction que celle du F-801
  • débrayage de la fonction de mise au point automatique
  • système de mesure avec une matrice à 5 segments, la pondération centrale ou mesure spot au centre (attention, il est fait mention d’un certain manque de sensibilité par rapport au F-801. Fallait quand lui laisser quelques avantages).
  • verrouillage de l’exposition avec compensation de cette dernière
  • flash intégré et flashs dédiés, le Nikon SB-23 ou SB-24
  • codage DX pour les films (Iso 25 à 5000) et possibilité d’encoder manuellement la sensibilité (de 6 à 6400 Iso alors)
  • mode d’expositions multiples : P et Pm, priorité ouverture, vitesse, manuel
  • viseur avec une couverture d’image de +/- 92% et grossissement de 0,75
  • fonction braketing d’exposition automatique,
  • synchro lente, synchro sur le second rideau et synchro au 1/125s
  • obturateur à plan focal donnant des vitesses de 30s à 1/2000s plus pose B
  • retardateur que l’on peut régler de 1 à 30sec par incrément de 2s
  • possibilité de prendre une première photo après 10s et une seconde après 5s
  • chargement automatique du film et avance automatique

Voilà, voilà … pas mal pour un milieu de gamme, non ?

Le reproche, à l’époque, était que la vitesse en rafale n’atteignait que 2 images/sec. et qu’il n’était pas compatible avec tous les anciens objectifs Nikkor (bon, ça il n’est pas le seul).

A côté de « petit » désagrément, cet appareil photo effectue une mesure ponctuelle, pondérée centrale et matricielle, mais la matrice est de loin la plus efficace, elle compare 5 zones et expose en fonction de la moyenne des zones. Combinez cela avec le flash d’appoint équilibré automatique et vous obtenez la possibilité de prendre une combinaison photo flash/lumière naturelle très équilibrée.

Tiens, à propose de code erreur, il y en a un qui déconcerte, le code « E ». En fait, si vous travaillez en mode automatique, vous devez placer la bague d’ouverture sur sa plus petite ouverture, ce qui donne au boitier un indice sur la capacité de l’objectif. Sans ça, impossible de déclencher.

Et le code FEE qui était donné par le boitier de cette dame indiquait juste que le réglage de l’ouverture était incorrect. Juste un tour de bague et le problème fut résolu.

En écrivant au sujet de ces codes, j’ai trouvé un site intéressant, qui les décortique, ICI.

Vous l’avez compris, pour son époque, ce Nikon F601 était bien pourvu et aujourd’hui encore il reste dans le coup, sans rougir.

Souvent le côté « plastique » des années nonante rebute les plus jeunes qui veulent se lancer dans la découverte de l’argentique. Ils préfèrent se frotter aux « vrais » appareils en métal, ceux des années septante et quatre-vingt.

Mais ils oublient, enfants de l’informatique, que ces vieux machins requièrent des connaissances qu’il n’ont pas (encore) et qu’il est souvent plus gratifiant de capter de bonnes images avec un appareil plus élaboré. Quitte à revenir ensuite à des appareils plus anciens quand on a compris les effets des réglages sur sa prise de vue, ce que permet un Nikon F601.

Donc, si vous croisez la route d’un de ces boitiers, ne faites pas la fine bouche et prenez le pour vous accompagner un (bon) moment, il vous le rendra bien.

Habituellement, ce type d’appareil se négocie, avec au moins un objectif 50mm, autour des 40€. Ce n’est pas cher pour découvrir confortablement les possibilités nombreuses de cette belle machine.

Videos d’illustration

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Quelques infos techniques

Produit 1990 Nippon Kogaku K.K., Japon
Type de pellicule 135 (35 mm)
Taille de l’image 24 mm x 36 mm
Poids 23 oz (650 g) uniquement, sans batterie
Objectif Monture Nikon AF Quantaray Zoom 28-80mm
Taille du filtre 55mm
Plan focal électronique de l’obturateur (métal)
Vitesses d’obturation B, 30s-1/2000
Viseur SLR (92 % de couverture)
Compteur d’exposition TTL CdS avec lecture LCD de la vitesse d’obturation en VF, réglage de -2 à +2 EV
Plage EV -1 à 19 à ISO 100
Modes Priorité à l’ouverture, modes entièrement automatique ou manuel
ASA 25-5000 DX, 6-6400 non DX
Batterie 6V lithium CR-P2, 223A
Retardateur
Autowinder intégré, 1.2-2.0fps
Flash intégré (GN 13)
Autofocus ou mise au point manuelle
Cousins ​​proches : N6000, N8008s, T-600, T-601, T-801s (s=spot)

Des références : https://www.bhphotovideo.com/explora/photography/hands-review/classic-cameras-my-first-slr-nikon-n6006-f-601, https://mattsclassiccameras.com/slr/nikon-n6006/, http://camera-wiki.org/wiki/Nikon_F-601_(N6006), https://en.wikipedia.org/wiki/Nikon_F-601, https://lens-db.com/camera/nikon-n6006-1990/, https://mir.com.my/rb/photography/companies/nikon/htmls/models/htmls/slr8991.htm, en anglais

Argentique

L’Olympus XA

Après vous avoir présenté l’Olympus XA-2 il y a un moment, j’ai enfin pu mettre la main sur le premier du nom, le XA, celui qui a écris la légende.

1978, le génial Yoshihisa Maitani, inventeur déjà du non moins célèbre Olympus Pen, récidive en inventant ce « petit machin » qui est sensé tenir dans une poche de chemise. C’est à la Fotokina qu’il se découvre et il sera commercialisé en mai 1979.

Rappelez-vous (après avoir relu l’autre article), à la suite du XA il y eut un XA2, un XA3 et un XA4. Comme souvent dans les séries, le premier est le plus connu et, paradoxalement peut-être, le plus abouti et le mieux fourni.

Petit récapitulatif pour mieux saisir les nuances :

D’accord, mais qu’est-ce qui le rend si populaire et fait gripper sa cote vers des sommets himalayens ?

Peut-être d’abord son excellent objectif Zuiko de 35mm, qui ouvre à f2,8, le même que celui d’un autre best-seller de la marque, le Pen (1967). Cet objectif de qualité possède 6 éléments en verre.

Ajoutons à celui-ci un télémètre précis quoique pas facile à régler si on a de gros doigts.

Puis encore un obturateur qui va de 10s au 1/500s dans un appareil à priorité ouverture. Vous réglez le diaphragme à votre guise, et la vitesse se fait en fonction, affichée à gauche dans le viseur. Celui-ci est assez clair, collimaté avec correction de la parallaxe, avec le patch du télémètre au milieu (carré jaune).

Source : diaxa.com

Revers de la taille de l’ensemble, il est difficile comme dit plus haut de faire la mise au point et la vision dans le viseur mériterait d’être plus confortable. La solution, utilisée par beaucoup de « street photographer’s » est de régler le diaphragme sur f5,6 et de faire la mise au point juste en dessous des 3m. Ainsi tout est net de 0,9m à l’infini et l’objectif donne le meilleur de lui-même.

Le réglage de l’ouverture se fait grâce au levier situé à droite de l’objectif, en façade. Vous trouverez (moi grâce à mes lunettes de vue) une position flash puis des ouvertures de f2,8 à f22

Bon, ici je me dois de faire une parenthèse.

Le premier appareil en 24×36 dit « de poche » serait le Rollei 35 apparu en 1967. Un petit rectangle tout en métal qui possède un objectif rétractable. Puis vint le Minox 35, encore plus petit avec lui aussi un objectif rétractable. Car il fallait bien caser quelque part le 35mm dont étaient équipés ces deux petites merveilles de taille réduite.

Or dans le XA l’objectif de 35mm est … fixe.

C’est là que l’on comprend encore mieux le génie de Yoshihisa Maitani : cet objectif à six éléments en cinq groupes est un grand angle à rétrofocus inversé (c’est-à-dire que la mise au point se fait en interne) qui a été modifié pour raccourcir sa longueur totale (environ 31 mm de l’élément avant au plan du film) par rapport à sa distance focale d’une manière ressemblant à celle d’un vrai téléobjectif. Afin de pouvoir couvrir le format 24 x 36 mm, de grands éléments arrières sont nécessaires et, pour plus de rigidité ainsi que de faible profondeur, une mise au point interne (en déplaçant le troisième groupe optique d’avant en arrière) a été choisie. Les problèmes optiques qui ont dû être résolus suite à cette approche peu orthodoxe étaient redoutables : des verres à indice de réfraction élevé ont dû être utilisés pour contrôler les aberrations dans le champ de l’image et les éléments optiques ont dû être fabriqués et alignés selon des tolérances très étroites.

Bien sûr ces innovations vont en entrainer d’autres, notamment au niveau du télémètre. Sa base, d’environ 1,6cm, est la plus courte jamais intégrée dans un télémètre plein format. Il fait la mise au point sur toute sa plage d’avant en arrière sur 1,27cm. Les distances de mise au point (en pouces pour les USA et en centimètres ailleurs) sont indiquées dans une petite découpe au-dessus de l’objectif, que l’on voit en regardant l’appareil par le haut.

Tout dans cet appareil a été conçu en fonction de sa destination : être un appareil de poche. C’est la raison de ce couvre objectif coulissant, arrondi et peu saillant, qui lui permet de se glisser partout. Tous les éléments fragiles sont couverts par ce capot lors de sa fermeture, même la fenêtre du télémètre car le mouvement de fermeture actionne un petit volet qui vient la couvrir et la protéger aussi des poussières.

Vu donc sous l’angle des innovations, on comprend mieux l’engouement qu’il suscite et la qualité reconnue de l’objectif enfonce le clou !

Tout a été pensé dans cet appareil pour réduire sa taille mais la rendre confortable et utilisable. C’est un véritable cours de design auquel nous assistons en parcourant ses formes et fonctions : le réglage de l’ouverture par curseur, le bouton de l’objectif pour aider à la mise au point (télémètre), le minuscule levier en dessous avec 3 fonctions distinctes, la fonction rembobinage et ouverture du dos en un seul ensemble, le déclencheur électro-magnétique très doux pour éviter les vibrations et les mouvements inopportuns, les stries discrètes qui facilitent l’ouverture et la fermeture du capot protecteur.

Vous n’êtes pas encore convaincu ? Lorsque vous déployez le petit levier qui actionne le retardateur, il forme un petit support qui stabilise le boitier si vous le placez sur une table, le temps que vous couriez vous mettre devant pour être sur la photo.

Tant qu’a encore parler de miniaturisation, le XA possède un minuscule haut-parleur, caché sous le capot. Celui-ci émet un bip discret lorsque justement le retardateur fonctionne, ou lorsque vous vérifiez si la pile est toujours ok.

Au fait, le compartiment pile est en dessous, juste à côté du filetage pour le trépied, excentré pour une meilleure répartition du poids. Le XA utilise soit 4 piles LR44 soit 2 pile CR-1 (il faut 6v).

En pratique, vous avez ouvert le compartiment arrière, placé un film dans la chambre et, volet protecteur fermé, vous pouvez armer et déclencher deux fois pour amorcer correctement le film. Vous refermez et armer encore une ou deux fois : vous voilà prêt pour vos premières photos. N’oubliez pas de régler la sensibilité du film.

En portant l’appareil à l’œil, vous verrez dans le viseur, selon l’ouverture choisie, la vitesse déterminée par le boitier (échelle avec aiguille à gauche). Si l’aiguille grimpe au delà du 1/500s, vous risquez la surexposition. Il faut alors actionner le curseur d’ouverture, en façade, pour essayer de revenir à des valeurs exploitables. Normalement, vous pouvez effectuer la manœuvre sans quitter le viseur des yeux, avec un peu d’habitude.

Pour le réglage de la distance, avec un doigt de la main gauche vous ferez tourner la bague des distances afin d’amener les deux images qui apparaissent à coïncider. Bon, d’accord, avec un si petit télémétrique, vous pourrez avoir des doutes sur la précision, et ce n’est pas toujours aisé d’y arriver (un peu d’habitude aide) mais dites-vous qu’un tel objectif, presque un grand angle, avec ces spécifications, ne nécessite pas au départ une mise au point ultra-précise puisque sa profondeur de champ relativement grande fournira généralement des images suffisamment nettes malgré des écarts de mise au point mineurs.

Si tout est bon, un appui léger sur le gros rectangle orange, un petit clic très discret, c’est dans la boîte !

L’utilisation d’un flash augmente un peu sa taille mais rien de rédhibitoire, vous pourrez encore le mettre en poche. Le flash est un A-11, que l’on fixe sur le côte (comme pour le XA-2). Il utilise une seule pile AA classique (1,5v).

Vous devrez faire remonter le curseur des ouvertures sur la position flash. Dès lors, l’ouverture sera de f4 et la vitesse de 1/30s. Attention, sa puissance est réduite mais sera suffisante pour un portrait.

Tout est-il parfait dans ce petit appareil sympathique ?

Ah, la perfection n’existe pas. Relevons quelques désagréments : le premier est le risque de mettre les doigts sur l’objectif et d’y laisser une vilaine trace. Il faut vraiment ouvrir l’appareil comme indiqué pour l’éviter. Ensuite, le déclencheur, certes très doux, affleure le haut du capot et il arrive qu’on appuie dessus par inadvertance, gâchant ainsi une vue.

Alors que penser de ce (tout) petit Olympus XA ?

Il a été le plus petit appareil 24×36 pendant un moment. Il ne sera détrôné que par le Minox GL 35, que nous verrons bientôt (si, si j’en ai aussi trouvé un).

C’est réellement un condensé de bonnes idées et de qualités, qui ont maintenant une bonne trentaine d’année et qui restent encore d’actualité.

Quelques images prises avec cet appareil, LA, vous convaincront peut-être de l’acheter.

Mais reste la question épineuse du prix justement. Aujourd’hui, un bel exemplaire en parfait état se négocie autour des 180€, mais comme le dit l’adage, « quand on aime on ne compte pas ».

Toutefois soyez attentif, il peut y avoir de bonnes affaires à faire, en fouinant un peu. Et là vous aurez tout le plaisir de photographier avec ce petit boitier attachant, sans remords …

Videos d’illustration :

Le mode d’emploi est à télécharger ci-dessous :

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Olympus_XA, https://www.kenrockwell.com/olympus/xa.htm, https://casualphotophile.com/2018/06/20/olympus-xa-review-35mm-film-camera-rangefinder/, https://www.analog.cafe/r/olympus-xa-f6rw, http://camera-wiki.org/wiki/Olympus_XA, https://fstoppers.com/reviews/review-olympus-xa-561421, https://www.diaxa.com/xastart.htm (une mine de renseignements) en anglais; https://www.lomography.fr/magazine/172650-29-39-olympus-xa-the-perfect-camera-to-capture-people-on-the-street, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-908-Olympus_XA.html, en français.

Argentique

Le Mamiya M 645 Super

C’est en discutant avec Fred, d’Histoire de Photos, que je me suis aperçu que si j’avais déjà évoqué cet appareil, je n’avais pas été très prolixe à son sujet.

Je vais donc remédier à cette lacune car l’engin vaut le déplacement.

Celui-ci vient d’un photographe de portrait, qui me l’a cédé parce que j’allais le respecter et ne pas le laisser trainer au fonds d’une armoire.

Et je vous avoue que ce serait dommage, l’engin est certes costaud mais en plus sa cote monte, monte … (là, on flirte avec les 1000€ tout de même).

Mais commençons par la présentation dudit Mamiya M 645 Super.

Vous vous en doutez, le chiffre « 645 » désigne le format, le 6×4,5. C’est donc un appareil dit « moyen format », qui utilise le film 120.

Cet appareil fait partie d’un « système », en l’occurrence, un corps sur lequel on vient greffer les outils dont on a besoin : des objectifs différents selon les usages, des viseurs, des dépolis, des cellules, … bref tout ce dont le photographe pro (ou l’amateur éclairé et un peu fortuné) va tirer le meilleur.

Ça, c’est juste pour vous donner une idée de ce qu’est un « system » vu par Mamiya

Une petite remarque en passant :

1.Corps de l’appareil, 2. Objectifs, 3.Verres de visée, 4. Poignée moteur, 5. Levier d’armement, 6. Viseur à prisme avec photomètre, 7. Viseur à prisme, 8. Viseur de poitrine, 9. Dos pour bobine 120 chargé avec un film X, 10. Dos pour bobine 120 chargé avec un film Y, 11. Dos pour bobine 220, dos pour film 35mm, dos pour film Polaroid, dos digital (seulement pour des modèles plus récents), etc., 12. Adaptateur pour déclencheur souple

Mais reprenons le fil. Trois générations de Mamiya 645 se sont succédées : les argentiques à mise au point manuelle de la première génération, ceux de la seconde et puis les appareils argentiques à mise au point automatique (autofocus).

Les premiers, appelés Mamiya 645, sont au nombre de 7 et ils peuvent interchanger leurs objectifs, les inserts de film, les viseurs. Cette génération sera fabriquée de 1975 à 1987.

Elle permet de faire 15 photos au format 6×4,5 sur un film standard de 120.

Techniquement, le boitier utilise un obturateur à plan focal en tissu, à commande électronique, qui offre des vitesses de 8 s à 1/500s. On peut verrouiller le miroir et on peut sélectionner la multi-exposition.

Petite particularité de ces modèles, on peut précharger les films dans des cartouches mais on ne peut pas les interchanger en cours de prise de vues.

Au niveau des viseurs, il existe un viseur dit « de taille » (celui où on regarde de haut comme avec les Mamiya C330 pour rester dans la marque) et un pentaprisme plus trois viseurs à prisme comportant une cellule avec visée TTL.

L’objectif standard est le 80mm f2,8C ou le 70mm f2,8C ou encore, plus rare, le 80mm f1,9C.

Ensuite, le Mamiya M 645 1000s sera fabriqué lui de 1976 à 1990. Le « 1000s » signale que ce boitier peut atteindre le 1/1000s. Il bénéficie aussi d’un retardateur et d’un levier pour la prévisualisation de la profondeur de champ.

Puis, le Mamiya M 645 J sera fabriqué de 1979 à 1982. C’est une version simplifiée du M 645 : on a retiré le verrouillage du miroir et le second bouton d’obturation

Ensuite vient la seconde génération, fabriquée de 1985 à 1993. C’est le Mamiya M 645 Super, qui est un nouvel appareil, avec une coque en plastique sur cadre en métal moulé.

Au niveau des caractéristiques, elles sont semblables à celles du M 645 1000s mais cette fois, il bénéficie d’un dos de film amovible, qui permet, si besoin, d’interrompre un film en cours de route.

Vous vous en doutez, qui dit nouvel appareil dit malheureusement incompatibilité avec la génération précédente pour leurs accessoires respectifs (une « erreur » souvent commise par Mamiya, qui avait déjà fait le coup avec ses 24×36).

L’objectif standard est ici le 80mm f2,8N, le 80mm f1,9C (en début de production) puis f1,9N (en fin).

Viendront ensuite, en troisième génération, le Mamiya 645 Pro (1993 – 1998) qui gagne un retardateur et dont le style est moins anguleux. Il pouvait utiliser les objectifs du précédent (ah, là ils ont compris).

Le Mamiya 645 Pro TL (1997 – 2006) est identique au précédent bien qu’il gagne une mesure flash à travers les objectifs, qui restent ceux des précédents boitiers.

Le petit dernier sera le Mamiya 645E (2000), un « entrée de gamme » basé sur le 645 Pro mais sans dos interchangeables, ni viseurs mais il gagne un posemètre intégré dans le viseur. Il utilise toujours les objectifs en N.

Pour en terminer avec la liste des appareils, la dernière génération sera munie d’un autofocus. Elle se nomme Mamiya 645 AF, 645 DF et finalement, Phase One 645 DF.

Si vous voulez en savoir plus je vous renvoie sur le site de Wikipedia, qui en fait une liste exhaustive (voir dans les références ci-dessous).

Mais revenons à notre Mamiya M 645 Super du jour.

Sauf à être costaud, ne comptez pas trop vous balader en rue avec lui, il fait son poids et plus encore selon les accessoires que vous allez lui adjoindre (1.858gr pour cet exemplaire avec un objectif, le viseur prisme et la poignée électrique).

Il est plutôt à l’aise sur un trépied (votre dos vous dit merci), en studio ou en photo de paysage, où il excelle.

Si vous avez encore en tête l’image du « system » (voir plus haut), vous aurez découvert une multitude d’accessoires, dont des viseurs de forme et taille différentes.

Sans entrer dans toutes les subtilités de la chose, résumons en disant qu’il existe un viseur appelé WLF N (viseur à la taille, c.-à-d. qu’on regarde par au-dessus, comme les TLR de type Rolleiflex – notez le « N » qui le destine bien à cette gamme, comme les objectifs) et les prismes, qui ont le grand avantage (pour moi) de remettre l’image dans le bon sens et de permettre une visée directe (comme avec un reflex classique).

En portrait, la visée à hauteur de taille est moins confortable car l’appareil est « horizontal » (6×4,5 et non 4,5×6) par contre, il allège singulièrement le poids de l’ensemble (pas de lourd prisme en verre).

Le « PF N » pour « prism finder N » est le prisme sans cellule, le plus simple. Il vous faudra alors penser à prendre une cellule à main.

Puis il y a celui avec une cellule intégrée, comme sur mon exemplaire, le « Prism Finder AE N ». Son intérêt est d’embarquer la cellule avec l’appareil.

Comme je le faisais remarquer ici plus haut, il y a quelques objectifs intéressants, que vous pouvez compléter, par exemple, par des tubes qui vous permettrons de vous rapprocher de vos sujets si vous estimez la distance trop lointaine, les tubes dits d’extensions.

Selon plusieurs auteurs, qui ont utilisé ou utilisent encore cet appareil, voici la liste des meilleurs objectifs :

  • Mamiya 55 mm f2.8 N – objectif standard pour une vue plus large
  • Mamiya 70mm f2.8 N – objectif avec obturateur à feuilles (objectif spécialisé pour les photos au flash)
  • Mamiya 80mm f1.9 C – l’objectif le plus rapide de la gamme et le meilleur bokeh !
  • Mamiya 80mm f2.8 N – objectif de kit standard (net et compact)
  • Mamiya 110 mm f2.8 N – objectif net, idéal pour les portraits serrés

Mais ce qui fait la particularité et l’avantage de ce modèle, c’est la possibilité – enfin diront certains – de pouvoir changer de film en cours de route, si besoin.

Utile notamment en reportage de mariage car cela permet de disposer, p. ex. de dos chargés avec des films de sensibilités différentes selon les endroits de prises de vue, ou de film N/B et couleur selon l’envie et/ou les besoins.

Venons-en aux questions pratiques pour se lancer dans l’utilisation de ce bel appareil.

Tout d’abord, ne pas oublier d’y placer une pile, une 4LR44 de 6v. Petit détail en passant : prenez le temps de replacer le commutateur sur le trait rouge (hors tension) sous peine de vider la pile rapidement lorsque vous n’utilisez pas le boitier.

Ce bouton, électro-magnétique, ne fonctionne que si donc il y a une pile dans l’appareil. Il est à « deux étages » : positionné sur le carré blanc, la première pression allume l’affichage relatif à la mesure si vous avez un prisme muni d’une cellule, la seconde déclenche l’obturateur.

Si vous ne possédez pas ce prisme, placez le sélecteur toujours sur le point blanc , pour pouvoir utiliser toutes les vitesses.

Et si les piles sont plates, même en plein travail, ce qui bloque l’appareil, mettez le sélecteur sur le point jaune, vous pourrez alors déclenchez au 1/60s, la vitesse mécanique.

Ensuite, il faut bien penser que si vous pouvez changer de film en cours de route il y aura des sécurités pour éviter tout accident. La première et la plus évidente est cette plaque métallique que vous devrez glisser impérativement entre le boitier et le magasin avant d’ôter celui-ci. N’allez pas la perdre, ce serait une catastrophe. Pour éviter cet ennui, Mamiya a prévu une encoche au dos du magasin pour l’y glisser et ne pas l’oublier.

Si un jour, après avoir armé, vous n’arrivez pas à déclencher, regardez donc si vous n’avez pas oublié de la retirer. Ou si vous désirez retirer le magasin et que cela semble bloqué, c’est que vous avez omis de la remettre en place.

En résumé :

Je ne vais pas vous faire le coup d’éplucher page par page le mode d’emploi car vous le trouverez ICI (simplifié) en français et LA en anglais (complet).

Sous ces dehors sérieux, cet appareil autorise les multi expositions. Il suffit de faire pivoter le levier du boitier ou glisser celui de la poignée.

Juste encore vous dire que c’est un bel appareil, plus moderne que le Zenza Bronica S2 que je vous avais présenté il y a un moment et plus modulaire que le Kiev 88 dont je vous parlerai bientôt.

« Mais me direz-vous, qui va se servir d’un tel appareil ? »

Les portraitistes vont l’adorer, tout comme les paysagistes, c’est là que ce type de boitier est à son avantage.

Il sera plus à l’aise sur un trépied même si son poids conséquent n’est pas si excessif que sa forme laisse penser. Mais cela dépend évidemment des accessoires dont vous l’aurez affublé, selon vos besoins.

D’autant qu’avec un prisme comme celui des photos, c’est un régal pour viser. La cellule intégrée n’est pas obligatoire, surtout en studio me semble-t-il où la lumière s’étudie mieux avec une cellule indépendante. Ni la poignée d’entrainement, qui offre un certain confort mais est un peu bruyante et qui alourdit le boitier (6 piles d’1,5v).

Pourtant, vous le savez, il n’y a pas de règle que l’on ne puisse transgresser pour essayer autre chose et donc rien ne vous empêche de le sortir dans la rue. Il vous sera sans doute reconnaissant de lui faire prendre un peu l’air ! Mais vous ne passerez pas inaperçu …

Maintenant, soyons raisonnable, ce n’est pas un boitier qui aime être bousculé, il n’a pas été conçu pour ça. Ensuite, ce genre d’appareil demande de prendre son temps pour composer son image et, rappelez-vous, il utilise du film en bobine de 120, donc c’est 15 photos maximum avec une bobine. Ou 20 avec un film de 220 (on peut mettre les deux). Voilà pourquoi on y réfléchit.

Mais le résultat est là, avec un grand négatif qui autorise les agrandissements sans perte de qualité. Et quand je vois le prix des moyens formats numériques (le ticket d’entrée tourne autour des 5000€, boitier nu !), je me dis qu’il y a là moyen de se faire plaisir à coût raisonnable (enfin, tout est relatif, il faut quand même débourser près de 900€ pour un appareil complet, c’est-à-dire la chambre, un dos, un viseur et un objectif).

Qui a dit : « quand on aime, on ne compte pas » ? C’est en tout cas une possibilité d’entrer dans un monde différent à un prix encore raisonnable, qui vous fera peut-être faire le pas ensuite vers une formule numérique, après l’avoir testé et vu si le format correspond à votre manière de travailler.

Videos guide rapide et d’illustration

Des références : https://en.wikipedia.org/wiki/Mamiya_645, https://mrleica.com/mamiya-645-super/, https://beyondtheaperture.com/2020/07/review-mamiya-645-1000s-medium-format-film-camera/, https://www.benjaminfavrat.com/analog-photo-blog/review-mamiya-645-super en anglais ; https://app-phot-col.com/mdpe_deta_5.php?numephot=0&dn=1&numero=1659&marque=MAMIYA&modele=645%20Super&ty=M, https://www.ledauphin.org/post/2017/02/25/Mamiya-M645-Super.html en français

Argentique

Les Agfa ISO-RAPID

C’est grâce à Isabelle (qui m’avait déjà donné le box Brownie Six-20 Model C et que je remercie donc encore chaleureusement) que je vais vous présenter un Agfa ISO-RAPID 1C.

Mais, dans le même temps et en déballant celui-là, je me suis souvenu que dans ma caisse « à brol » il me restait un autre ISO-RAPID, mais un 1F, en moins bon état que celui d’Isabelle.

Je vais donc faire d’un pierre deux coups et vous présenter les deux.

Une première réflexion, avant toute chose : si Isabelle a pu me céder ses deux appareils c’est parce que, comme beaucoup d’autres personnes, elle a hérité de ceux-ci. Se sont, tous les trois (le box, les 2 Iso-Rapid), des appareils qui ont été vendu « par camions » et qui ont marqué l’histoire de la photographie non pas par leur complexité inouïe (loin de là) mais par leur facilité d’utilisation qui en ont fait des appareils prisés. Ils ont donné accès à l’acte photographique au plus grand nombre et – accessoirement – permis à Kodak ou Agfa de vendre encore un peu plus de films.

Toute une époque …

  1. Un peu d’histoire.

Mais comme souvent, les choses les plus simples s’avèrent complexes à expliquer et nous ne pouvons faire l’impasse sur un peu d’histoire.

Il faut tout d’abord se remémorer ce qu’est un film et comment il fallait le mettre dans un appareil. Manifestement, cet acte en apparence simple était la hantise de nombreux photographes (très) amateurs.

Merci Manu.

Les industriels n’ont alors eu qu’une envie : trouver le moyen miracle pour simplifier le chargement et le déchargement de celui-ci.

Ils ont développé essentiellement deux voies : celle de la mécanique des appareils, avec des bobines réceptrices de plus en plus sophistiquées et/ou des systèmes permettant le chargement rapide et qui deviendra automatisé dans les années nonante. Je songe notamment au système QL (quick load) de Minolta, Yashica, Praktica ou Canon.

Et puis il y eut celle du film en lui-même : de l’appareil préchargé d’un film de Kodak (1898) qu’il fallait renvoyer pour développement et rechargement ensuite, en passant par des bobines, où il fallait enrouler soi-même le film dedans, à la bobine industrielle avec la pellicule prête à l’emploi, les fabricants ont cherché le truc ultime, qui apparaitra dans les années soixante : la cassette de 126, puis celle du 110.

Il y eut des formules intermédiaires, bien évidemment.

Et deux protagonistes, essentiellement, Agfa et son grand rival (ou l’inverse), Kodak.

De fait, ces deux-là ont bien essayé de trouver une entente car leur but était commun : vendre le plus de pellicules possible (ne nous leurrons pas, si les fabricants d’appareil photo gagnent leur vie, c’est surtout grâce à la vente de consommables qu’ils font du bénéfice). Pour cela, il fallait résoudre trois difficultés rencontrées par les photographes peu au fait de la technique mais nombreux. A savoir le réglage de l’exposition, le réglage des distances et le changement de film.

La première difficulté fut résolue en 1959 par Agfa avec l’Optima, qui introduisait une cellule au sélénium et le premier automatisme de l’ouverture couplée.

La seconde difficulté ne sera résolue qu’avec l’invention de l’autofocus mais bien plus tard (fin années septante). On avait bien instauré le système des symboles pour portrait, groupe et paysage et ça a fonctionné sans trop de soucis pendant longtemps, en simplifiant la recherche de la distance idéale.

Restait la troisième difficulté, le chargement du film dans l’appareil.

Bien souvent, le revendeur de film se chargeait de l’opération au moment de la vente, mais vous conviendrez avec moi que si « Monsieur et Madame Tout le Monde » sait le faire lui-même, ça permet de vendre bien plus de films !

En 1962 Kodak Allemagne et Agfa essaient de développer conjointement un système de chargement rapide, basé sur la cartouche Karat, inventée par Agfa en 1937.

Mais Kodak USA rejette le projet et présente alors de son côté, à la Photokina de mars 1963, l’Instamatic et son Kodakpak (cartouche de 126).

C’est l’ingénieur Australien Hubert Nerwin qui invente cette cartouche en plastique dans laquelle se place un film au format 35mm, avec des perforations spécifiques, doublé d’un papier jaune qui porte le numéro des vues (un peu comme les films en 120). On ne peut faire plus simple : il suffit de déposer la cassette dans la chambre, de refermer l’appareil et d’avancer à la première vue. Lorsque le film est terminé, pas besoin de rembobiner, il suffit d’enlever la cartouche et de la déposer au labo.

Tout n’était pas parfait, loin de là : problème de planéité du film dans la cassette même, impossibilité de mettre en place un presse film pour y remédier, imprécision dans la fabrication, avec comme conséquences des images pas toujours très nettes.

Kodak n’arrêta la production du format 126 qu’en 1999, soit trente-trois ans plus tard, et des millions de films et d’appareils Instamatic vendus, un succès !

Vexé sans doute, Agfa refuse de prendre la licence Kodak tant parce que les conditions leurs semblaient défavorables que pour rester indépendants technologiquement.

Agfa fait alors le « forcing » pour lancer son système Rapid, notamment en essayant d’amener le plus de fabricants d’appareil à rejoindre le « Club Rapid ». Il vont jusqu’à offrir des licences gratuites pour les convaincre d’adhérer.

Finalement, 27 fabricants européens et japonais se rejoignent. En décembre 1964 de nombreux appareils ayant adopté le « system Rapid » sont mis sur le marché. Mais essentiellement sur le marché européen d’abord, les USA ne seraient approché qu’une fois que le système fut bien implanté en Europe.

2. Résultats.

Dès le départ, le système Rapid sera à la traîne par rapport à l’Instamatic.

On peut dégager trois raisons à cela : le budget publicitaire de Rapid n’était que de 10 millions de DM (Deutch Mark pour mémoire) contre 50 millions de DM pour Instamatic rien qu’en Europe ; le changement de film encore plus facile avec l’Instamatic ; le manque de solidarité du Rapid Club a fait qu’en deux ans, tous les membres qu’ils avaient gagnés ont arrêté la production.

En conséquence, Kodak avait déjà vendu 22 millions d’appareils photo Instamatic dans le monde en 1967, tandis qu’Agfa n’en était qu’à environ 4 millions d’appareils photo Rapid au cours de cette période.

Finalement, Agfa proposera des films Instamatic pour ses appareils dès 1967 et il abandonnera les appareils Rapid en 1972. Les Agfamatic allaient prendre le relais, avec succès.

3. Le « system Rapid »

Mais revenons un instant sur ce « system Rapid ».

C’est un système développé essentiellement par Agfa lui-même en 1963 et présenté en 1964.

Il se compose de deux magasins métalliques identiques, l’un contenant un film 35 mm et l’autre vierge, qui recevra le film exposé. Le film passait d’un magasin à l’autre au fur et à mesure de son utilisation

La cartouche contenant le film était alternativement inséré à droite ou à gauche, selon la configuration de l’appareil.

En lançant le système Rapid, Agfa réactualise en quelque sorte le système Karat (inventé en 1937 pour mémoire) comme je l’écrivais plus haut.

C’est un film 35 mm dans un cartouche sans axe central. Le film n’est entrainé que par les dents d’un cabestan qui s’insèrent dans les perforations du film. Il est ainsi sorti de la cartouche débitrice et poussé dans la réceptrice. Il n’y a pas besoin de rembobiner en fin de film, les deux cartouches étant strictement semblables. Sur les cartouches, il y a un petit ergot métallique, de longueur différente suivant la sensibilité du film. Elle est « interprétée » par certains modèles d’appareils pour transmettre la valeur de la sensibilité au posemètre.

Ce nouveau système de chargement instantané du film permet de photographier plus simplement, plus sûrement et plus rapidement avec les avantages suivants : mise en place simple du film, accrochage automatique de celui-ci, réglage automatique de la sensibilité du film pour les appareils à commande automatique de l’exposition , pas de rembobinage, appareil rapidement prêt à fonctionner, changement de film rapide et netteté exceptionnelle grâce à un cadre presseur assurant la parfaite planéité du film.
Un seul métrage de film est prévu qui permet d’obtenir : 12 vues en 24 x 36, 16 vues en 24 x 24 et 24 vues en 18 X 24.

Le principe est séduisant et répond manifestement aux imperfections du concurrent Kodak (planéité du film, netteté, gestion de la sensibilité).

Concrètement, la cartouche Karat était identique à la cartouche Rapid à un détail près, une petite innovation qui, comme avec la cassette Instamatic, permettait de connaître la vitesse du film. À cet effet, une tôle en forme de T a été rivetée à la cartouche à mi-hauteur près de l’ouverture du film, la base du ‘T’ ayant une longueur différente, qui indiquait la sensibilité du film.

Heu, ce code n’intéressait que le labo, l’utilisateur n’en avait pas connaissance.

Les cartouches Rapid et Karat étaient rétrocompatibles, elles pouvaient donc être utilisées dans un appareil photo Karat ou Rapid, pour autant que celui-ci soit sans posemètre, les appareils du système Karat n’en disposait pas.

Techniquement, la cartouche Rapid n’a donc pas d’axe à l’intérieur. La languette de film, qui dépasse comme celle d’un film 35 mm, a été coupée droite et spécialement gaufrée afin d’obtenir une torsion avec laquelle elle devrait s’enfiler de manière fiable dans la cartouche réceptrice. Il s’agissait de la cartouche de rechange du dernier film ou d’une cartouche vide fournie avec l’appareil photo.

Après insertion du film et fermeture du dos de l’appareil, le film s’enroule image par image dans la cassette vide lors du transport du film. La cartouche pleine est ensuite déchargée pour le développement, et la cartouche désormais vide peut être utilisée pour le film suivant à enrouler. Il n’y a donc pas eu de rembobinage.

Vous noterez que cette particularité autorise toujours l’emploi de ces cassettes, que l’on peut charger avec du film moderne en rouleau. Mais il faut connaître le code de la cartouche pour la bonne sensibilité du film si l’appareil possède un posemètre.

Autre point à connaitre : la cartouche n’accepte que 60cm de film. Comme il n’est pas enroulé autour d’un axe, il est moins serré dans le contenant. Il faut en tenir compte.

4. Un peu de mécanique.

Au niveau mécanique, nous avons effleuré le sujet, ce système donne de meilleurs résultats (planéité, plaque de pression entre autre) mais il nécessite un mécanisme plus complexe pour le transport du film et un compteur de vue.

En effet, avec la cassette 126 il y a un seul trou de perforation par image, ce qui simplifie le mécanisme. Ensuite, on « compte » les vue à travers la fenêtre au dos de l’appareil puisque les chiffres sont notés sur la papier jaune à l’arrière du film, comme sur les bobines de 120.

L’autre avantage du système Rapid, c’est la plaque de pression qui assure une planéité parfaite au film. Le principe de la cassette ne permettait pas cet ajout, de sorte que le réglage de la distance, le cas échéant, ne produisait parfois pas le résultat souhaité.

Soyons de bon compte, cet aspect n’a joué aucun rôle avec les faibles intensités lumineuses des objectifs des appareils les plus simples, car les petites ouvertures associées se traduisent par une grande profondeur de champ. Pour cette raison, il n’y avait pas d’appareil photo Instamatic avec un objectif plus rapide que f2,8 – mais c’était également le cas avec les appareils photo Agfa Rapid.

Il y a un point commun entre la cassette 126 et le système Rapid. Tous les deux gardent la photo exposée à l’abri de la cartouche ou cassette. En cas d’ouverture intempestive du dos de l’appareil, on ne perd que la photo actuellement exposée.

Autre petit avantage au système Rapid : le nombre de photos. Dans les deux principes, il n’y a pas d’axe pour enrouler le film serré. Chez Agfa on dispose alors de 12 vues en 24×36, de 24 vues en 18×24 ou 16 au format 24×24. Avec les cassettes 126 il n’y a que 12, 20 ou 24 vues possibles pour la même longueur de film (60cm souvenez-vous).

Agfa proposait quatre émulsions de film Rapid :

  • Isopan I F 17 Rapid : film noir et blanc avec ISO 17/40°
  • Isopan ISS 21 Rapid : film noir et blanc avec ISO 21/100°
  • CN 17 Rapid : Film négatif couleur avec ISO 17/40°
  • CT 18 Rapid : film inversible couleur lumière du jour ISO 18/50°

Tiens, encore une question : pourquoi avoir baptisé leurs appareils d’entrée de gamme ISO-Rapid ?

C’est en fait une tradition d’avant-guerre, avec l’introduction du film noir et blanc isochromatique. Dès lors ce suffixe a trouvé sa place dans certains noms d’appareils photo d’entrée de gamme. L’Iso-Rapid I, par exemple, coûtait seulement 33 DM à son lancement en 1964.

4. Les appareils Iso-Rapid.

Les caméras Iso Rapid, produites de 1964 jusqu’au milieu des années 70 sont des appareils très simples, qui possèdent l’essentiel et sont complets.

Leur différence tient au type de flash pouvant être utilisé. L’Iso Rapid I utilisait un flash électronique traditionnel à insérer sur la griffe avec les contacts électriques, les autres utiliseront des FlashCube, sauf le Rapid 1F qui retrouve un « vrai » flash.

Tous seront remplacés progressivement par les Iso-Pak à la fin des années 60, Agfa rejoignant le rang des utilisateurs de cartouches 126. Ils auront quand même vendu près de 5 millions d’appareils sous le nom Rapid.

A partir de 1964 – 65, Agfa sort quatre gammes d’appareils qui utilisent donc le nouveau système, le Rapid.

  • Iso-Rapid, des appareils simples qui donnent 16 vues de 24x24mm
  • Isomat-Rapid, qui ont la particularité de pouvoir détecter la sensibilité du film et de régler le posemètre en conséquence. Les images sont toujours au format 24x24mm.
  • Silet Rapid, qui sont des 24×36 de milieu de gamme (film normal en 24×36)
  • Optima Rapid, le haut de gamme qui délivre 36 images en 24x36mm (idem).

Mais restons sur les Iso-Rapid, eux aussi au nombre de quatre :

  • L’Iso-Rapid 1 qui possède une griffe flash, un obturateur Parator avec un objectif Isitar f8,2, et, dans un premier temps, un déclencheur sur l’obturateur puis sur le capot dès 1966.
  • L’Iso-Rapid C qui utilise lui des FlashCube pour le flash (d’où le C dans le nom, pour cube). L’avancement du film est couplé à la rotation du flash cube. L’obturateur est toujours un Parator et l’objectif un Isitar ouvrant à f8,2. Le déclencheur est sur le capot.
  • L’Iso-Rapid 1c utilise toujours un FlashCube mais il faut le faire tourner manuellement (c’est beau le progrès !). Pour le reste, pas de changement.
  • L’Iso-Rapid 1F va utiliser des ampoules AG-1 et non plus des cubes de flash. Le déclencheur est toujours sur le capot dès 1966, l’obturateur reste un Parator mais l’objectif devient un Isinar ouvrant à f8.

Parlons donc du premier appareil en notre possession, l’Iso-Rapid 1F.

Dans le nom Iso-Rapid 1F, le F signifie « Flash » (vous l’aviez deviné). Il y avait donc une douille pour les ampoules flash – également de type AG 1 – à la place de la griffe porte-accessoires des autres modèles ou de la fiche pour les cubes.

Autour de la douille, une feuille réfléchissante semi-circulaire peut être poussée hors du boîtier grâce à une molette. La batterie de 6 volts pour l’allumage est accessible après avoir déclipsé le panneau inférieur.

Attention, il s’agit ici d’une batterie au mercure et il faut la remplacer par une 6V moderne, avec un peu de bricolage (les tailles ne sont pas identiques)

L’objectif, un Isinar de 42mm ouvrant à f8, est fixe. Un « point and shot » dans toute sa simplicité.

Les réglages sont très simples : deux symboles, soleil ou nuage/flash avec un curseur sur le fut de l’objectif, qui actionne les vitesses de 1/80s ou 1/40s. Un second curseur, de l’autre côté, indique 3 chiffres : 8 – 11 – 16 qui sont respectivement les ouvertures que vous pourrez utiliser. Le « 11 » étant spécifique à l’utilisation lorsqu’il y a du soleil, les autres ouvertures étant réservées à l’utilisation du flash (portrait ou groupe).

Ce dernier curseur actionne un disque avec des trous de tailles différentes, correspondant aux ouvertures choisies (comme sur les Box anciens). Simple, je vous écrivais …

En résumé, vous visez et vous appuyez sur le déclencheur, à droite de l’objectif. Puis vous actionnez la molette qui fait avancer le film d’une pause.

Le chargement du film est vraiment facile avec les cassettes Rapid : vous placez la nouvelle cassette pleine dans l’appareil photo à droite, une cassette Rapid vide à gauche. Il faut juste s’assurer que l’amorce du film est au-dessus de l’arbre du pignon et puis vous fermez le dos. Il n’est pas nécessaire de fixer le film à quoi que ce soit. Une fois le dos fermé, prenez deux photos factices jusqu’à ce que le compteur d’images pointe sur « 16 ». Cela pousse l’amorce du film dans la cassette vide. Lorsque le compteur de film atteint « 1 », le déclencheur ne fonctionne plus et vous devez enrouler le film plusieurs fois avec la molette pour faire passer la dernière image exposée dans la cassette réceptrice. Le film exposé dans la cassette de gauche peut ensuite être retiré pour être développé.

Petite particularité avec le compteur, qui est réinitialisé sur la lettre A lors de l’ouverture. Le compteur compte à rebours de 16 à 1 (deux images sont comptées entre le A et le 16 pour tenir compte de l’amorce du film qu’il faut engager dans la bobine réceptrice).

Ce modèle n’est plus guère utilisable, non pas tant à cause du film Rapid mais parce qu’il est compliqué de retrouver des lampes G1 fonctionnelles.

Venons-en alors au Iso-Rapid 1C, apparu en 1967, qui utilise lui un flash cube.

Ce flash cube est une invention de Sylvania, apparue en 1966. Il simplifie la manipulation d’un flash et propose 4 éclairs successifs avant de changer le cube. Ceci nécessite une pile de 6v à l’intérieur de l’appareil.

A part ça, rien de transcendant ni de vraiment nouveau : l’objectif est un Isinar ouvrant à f8,2, tandis que l’obturateur Parator est toujours à 2 vitesses (1/40s et 1/80s). Toujours 3 ouvertures aussi, f8 – f11 – f16.

De fait, l’Agfa Iso-Rapid 1C est l’adaptation du Iso-Rapid I à l’utilisation du flash cube. Contrairement à l’Iso-Rapid C, vous devrez faire avancer le cube du flash à la main, il n’est pas couplé au réarmement.

Ah oui, j’allais oublier, la pile. Elle se trouve en dessous de l’appareil, il faut faire « sauter » la plaque métallique qui recouvre la semelle, en tout cas pour les appareils qui en sont pourvus.

Si je résume, ces appareils ont été des locomotives pour Agfa, comme les Instamatic chez Kodak, qui ont permis de vendre massivement du film et des appareils.

De nos jours, ils n’ont guère plus d’intérêt, leur qualité étant réduite à leur simplicité.

Ils sont encore utilisables mais c’est presque du masochisme de vouloir s’en servir.

La qualité de leurs images est médiocre, voyez quelques exemples ICI.

Franchement, tant les Kodak Instamatic que ces Agfa Iso-Rapid n’ont plus grand chose à nous apporter.

On en trouve sur toutes les brocantes, par dizaines, et même à 1€ pièce, ils ont du mal à partir !

Par contre, j’en ai vu, colorés, collés les uns aux autres pour former des assemblages décoratifs. Quelques uns sont même transformés en lampe, d’autres en caméra espion, comme dans la vidéo ci-dessous.

Comme je suis un adepte inconditionnel de la récup et de la transformation, je ne saurai trop vous encourager à laisser parler votre imagination pour proposer une autre vie à ces petits cubes finalement sympathiques.

Des pubs d’époque (merci Collection-appareils)

Foto-Quelle, 1966 – 67.

Odéon-Photo, 1967.

Petite video d’illustration

Et si vous voulez quand même essayer d’y mettre un film moderne :

Et enfin un petit film qui résume les différences entre les deux systèmes :

Des références : https://www.lomography.com/magazine/94372-agfa-iso-rapid-ic, https://oldcamera.blog/2018/01/14/agfa-iso-rapid-if/, https://camerosity.wordpress.com/contents/agfa-rapid-film/(une mine d’infos) en anglais; https://www.kamera-museum-scholz.de/agfa-kamera/rapid/iso-rapid-1c/, en allemand; https://fr.wikibooks.org/wiki/Photographie/Fabricants/Agfa/Agfa_Iso-Rapid_1_C, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-756-Agfa_Iso-Rapid%20C.html, https://www.philcameras.be/kodak-instamatic-126/, https://www.philcameras.be/agfa-optima/ en français; https://www.lombardiabeniculturali.it/scienza-tecnologia/schede/ST110-00465/, en italien

Argentique

Le Yashica Minister III

Une belle trouvaille, comme d’habitude sur un stand de brocante. Et pourtant je m’étais dis « plus de Yashica », les ayant déjà pas mal présentés.

Mais c’était sans compter sur un monsieur qui, ayant parcouru la liste des appareils à vendre, m’a un jour demandé si je ne vendais pas un Minister III.

-« Ben non, je n’en ai pas »

Alors, quand j’ai vu celui-ci, vous me connaissez …

Et ça tombe bien car je ne savais absolument rien de ce modèle. J’ai eu quelques Electro 35, que vous pourrez retrouver de-ci de-là sur le site, et un Minister D. Je ne voyais pas trop où se situait celui-ci.

Un peu d’histoire ne fera pas de tort : alors dans la famille des Minister, nous avons en premier le Minister (1960), puis le Minister II, le Minister D (1963), le Minister 700 (1964) et enfin le Minister III (1966). 

Admettons que le modèle ne révolutionne pas le monde des télémétriques des années soixante, mais il a ce côté rassurant et robuste des appareils où le métal est roi.

Son architecture est classique : le viseur à gauche, une fenêtre pour le télémètre au milieu, un objectif assez imposant au centre de la façade, le capteur de la cellule sur le pourtour de l’objectif (et on peut visser un filtre devant).

Qui dit capteur en nid d’abeille pour la cellule suppose immanquablement une cellule au sélénium. L’ avantage de celle-ci est qu’il n’y a pas de piles car le sélénium produit le courant nécessaire au fonctionnement du posemètre. Le hic, c’est qu’à la longue, elle peut s’épuiser surtout si l’objectif n’a pas été protégé par un bouchon ou l’appareil placé dans un sac noir.

Ici, j’ai de la chance, elle fonctionne parfaitement.

Le posemètre donc analyse la lumière sans énergie extérieure et il vous transmet une information via une aiguille qui se place en face d’une valeur, que vous reporterez sur le fut de l’objectif pour avoir l’exposition correcte. Notez la petite fenêtre devant, elle sert à régler la sensibilité selon le film utilisé, en Asa.

Regardez la bague de l’objectif avec les marques qui reprennent les valeurs données par la cellule, j’y reviendrai. Notons que l’obturateur est un Citizen (par un Copal comme sur les Electro 35).

Nous avons donc là un appareil tout mécanique.

Puisque nous écrivions au sujet de l’objectif, c’est un Yashinon de 45mm qui ouvre à f2,8. On a connu, plus tard, des objectifs plus lumineux mais il est loin d’être dépassé et il est net dès la pleine ouverture, surtout si vous êtes près de votre sujet. Les Yashinon ont une excellente réputation.

C’est un appareil qu’on a rapidement en mains, il n’y a pas pléthore de commandes ou boutons : sur le capot supérieur, un déclencheur devant les indications et réglages de la cellule, un ré-armeur tout en métal, une molette pour le rembobinage tout à gauche et au milieu, une griffe porte-accessoires nue. Et tout à fait à droite, la petite fenêtre du compteur de vue (qui se réinitialise quand on ouvre le dos de l’appareil).

Ici on voit bien le détail du bouton pour régler la sensibilité (de 10 à 400 Asa) et l’échelle de valeur (EV de 4 à 18) que le posemètre indique, qui seront reportées sur l’objectif.

Si vous utilisez une cellule à main, ou le flash, vous ne tiendrez pas compte des indications du posemètre et le boitier ne vous en voudra pas, il déclenchera, la cellule n’est pas couplée et donc pas contrariante.

Dès que vous portez l’appareil à votre œil, vous plongez dans un viseur somme toute assez large, lumineux, avec des lignes de cadre bien visibles et correction de la parallaxe. Avec, au centre, un « patch » jaune, celui du télémètre, qui est couplé à l’objectif (ce qui veut dire que lorsque vous actionnez la bague de réglages de distance de l’objectif, vous voyez le résultat dans le viseur).

L’obturateur, central, est ici un Citizen, sans autre précision. De prime abord, il semble grand comparé aux Compur et Prontor contemporains.

Sur l’objectif vous trouverez 3 bagues de réglages :

  • la plus large, contre le boitier, est celle du réglage de la mise au point
  • la seconde, presque au milieu, est celle des vitesses
  • et la dernière, avec les chiffres rouges, est celle de l’indice de lumination (EV) relevé par le posemètre.

La bague de mise au point commence à 80cm vers l’infini. Curieusement, il n’y a pas de marqueur de la position, sans doute parce que l’utilisateur du télémètre n’en a pas besoin. Elle est notée en mètres et en pieds.

La bague des vitesses s’échelonne de 1s au 1/500s plus la pose B, classique. Le retardateur, car il y en a un, est actionné par la tirette en dessous de l’objectif. Attention, pour éviter les soucis, armez d’abord avant d’actionner le retardateur, ça évite de bloquer les mécanismes.

Enfin, la dernière bague, notée en rouge, est celle où vous reporterez le chiffre donné par la fenêtre du posemètre. Bizarrement, la bague commence par un deux alors que la fenêtre, en haut, ne commence qu’à quatre.

De fait, le réglage de la bague donne une gamme de vitesses et d’ouvertures : lorsque vous reportez le nombre EV donné, vous pouvez tourner la bague du milieu, ce qui modifie la vitesse et modifie également l’ouverture pour que l’exposition soit gardée.

Si vous regardez bien dans la petite fenêtre qui est juste derrière la bague des vitesses, elle indique l’ouverture déterminée par le couple vitesse/EV.

Il n’y a pas d’intervention directe possible sur l’ouverture. Ce qui signifie que si vous voulez en déterminer une particulière, vous devrez « jouer » avec la bague des vitesses pour la fixer.

La petite fenêtre qui indique l’ouverture déterminée par le couple vitesse/EV.

Toujours autour de l’objectif, tout devant, un magnifique « nid d’abeille », qui est le capteur du posemètre. Un capteur au sélénium qui, je le rappelle, vous dispense de mettre des piles dans l’appareil, le sélénium produisant le courant nécessaire en se nourrissant de la lumière qu’il reçoit.

Ici, comme pour tous les posemètres au sélénium, une seule règle à retenir : les maintenir dans l’obscurité d’un bouchon d’objectif ou, au pire, d’un sac tout-prêt, voire d’une pochette pour les garder en forme le plus longtemps possible.

J’ai longtemps crû que les boitiers qui possédaient ces cellules n’étaient pas dignes d’intérêt car risquant rapidement de me faire défaut. Or, avec un minimum de précautions (et parfois seulement de la « crasse » accumulée depuis des années), ces cellules fonctionnent encore soixante ans plus tard pour beaucoup.

Ce dispositif a deux avantages : il pointe dans la direction de l’objectif, donc de la visée et ensuite on peut généralement monter un filtre devant et le calcul du posemètre en tiendra compte.

Et pour en terminer avec l’objectif proprement dit, il s’agit d’un Yashinon-DX, soit un objectif traité multicouches. Constitué de cinq éléments en quatre groupes. C’est un 45mm, très proche de ce que perçoit l’œil humain. On pourrait objecter qu’une ouverture de f2,8 n’est pas très rapide mais rares sont les occasions où l’on ouvre à cette valeur, du moins en street photography, là où ce boitier excelle.

Je reviens aussi un moment sur la griffe porte-accessoire ou flash. Il n’y a pas de synchro mais bien une prise PC, tout à gauche du boitier.

Finalement, en dessous, le petit bouton pour permettre le rembobinage, le filetage pour un trépied, bien mis au milieu, sous l’objectif (bon équilibre et stabilité) et un curieux bouton pour déverrouiller le dos : il faut appuyer dessus en le tirant vers le bas. Pas facile, mais sans doute un manque d’habitude aussi. Ce système se retrouve sur d’autres boitiers de la marque, comme les Lynx.

Allez, petite revue en images :

Que penser de ce Yashica Minister III ?

Il respire la qualité des appareils de la fin des années 50 et ceux des années 60 : corps bis-tons, tout en métal.

Toutefois, si on le compare avec un Canonet, qui possède une cellule couplée, sorti en 1961 (soit deux ans avant le Yashica), il pourrait paraître dépassé. Il n’en demeure pas moins un appareil fiable et fait pour durer.

Pour les « puristes », ajoutons qu’il sera fabriqué au Japon (inscription Japan derrière et 7 chiffres dont les 2 premiers sont l’année de fabrication) et à Hong Kong la même période (marqué H plus 6 chiffres- comme sur l’exemplaire ici). Mais quelques uns seront fabriqués à Hong Kong et marqué Japan. Le modèle de vis devrait les départager : têtes fendues pour le Japon, cruciforme à Hong Kong. Quoique le mien soit noté H …. et a la vis fendue (dur, dur la vie de collectionneur pointu) !

Pour conclure, voici un bel appareil qui, pour un prix raisonnable, donnera encore beaucoup de plaisir à celui qui va l’acquérir. Et je comprends dès lors mieux la personne qui m’avait contactée, le sien étant tombé en panne après bien des années de loyaux services.

Comptez dans les 40€ pour un très bel exemplaire.

La seule chose qui va décontenancer un peu, c’est la « gymnastique » avec les nombres EV mais une fois qu’on a compris comment ça fonctionne, c’est très facile et finalement rapide d’usage.

Alors, si vous avez la chance d’en trouver un sur votre route, faites un brin de chemin ensemble, il vous le rendra bien.

Des exemples de photographies prises avec cet appareil ICI.

Publicités d’époque (merci Collection-appareils)

Grenier-Natkin, 1967
Photo-Hall, printemps 1968. Revue intéressante des concurrents de l’époque.

Videos d’illustration

Un peu de technique :

Objectif Yashinon 45mm f2.8
Mise au point télémètrique
Cellule au sélénium

Obturateur Cityzen de 1s au 1/500 s + B
Gamme ASA de 10-400
Filetage du filtre de 55 mm

Des références : https://www.k2-photography.dk/yashica-minister-iii-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Yashica_Minister_III, https://web.archive.org/web/20180517200504/http://www.kyphoto.com/classics/yashicaminister.html, https://oldcamera.blog/2014/10/04/yashica-minister-iii/, https://austerityphoto.co.uk/yashica-minister-iii-review-back-to-the-60s-in-style/, http://www.yashica-guy.com/document/chrono2.html (la bible), https://yashicasailorboy.com/tag/yashica-minister-iii/ en anglais; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1363-Yashica_Minister%20III.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-860.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-1364.html, https://www.folding-camera.fr/yashica-minister-iii.html, https://www.mes-appareils-photos.fr/Yashica-Minister_III.htm en français

Argentique

Le Nikon L35 AW AF

Si vous vous en souvenez, je vous ai déjà présenté la version baroudeur du classique de chez Nikon, le Nikon L 35 AF AW AD (ouf !).

En gros, ce modèle reprenait les caractéristiques du « classique » Nikon L 35 AF mais , vous pouviez le plonger dans le sable, la poussière et à 3 mètres de profondeur.

Bon, comme aujourd’hui je suis un peu fainéant, et frustré par cet appareil – vous allez comprendre pourquoi – je vous renvoie à l’article pré-cité pour les qualités de l’engin.

Alors, pourquoi suis-je frustré de ce Nikon L 35 AW AF (ou Action Touch aux USA) ?

C’est sur une brocante à Rhodes-St-Genèse, commune à facilité appelée Sint-Genesius-Rode en flamand, à majorité francophone mais administrée par des flamingants obtus, que j’ai acquis cet appareil, avec sa trousse.

La dame âgée qui le vendait, accompagnée de sa fille, en voulait 25€. Après quelques négociations (c’était le dernier appareil que j’achetais sur cette brocante, que j’avais toute parcourue et ça fait quelques kilomètres !), je l’ai emporté pour 15.

Et j’ai commis une horreur de débutant, je n’ai pas vérifié le compartiment des piles.

Chose que je n’ai faite qu’une fois rentré à la maison, le soir.

Et là, comment le dire poliment ? … je me suis bien fait avoir !

Mais voyez plutôt les photos

Tout le compartiment est littéralement mangé par l’acide, j’en ai retiré un paquet bien compact ! Ça ne laisse présager rien de bon : sans doute l’électronique en a-t-elle pris un coup aussi.

Bref, ne faites pas comme moi, lorsque vous achetez un appareil argentique, vérifiez toujours si les piles n’ont pas coulé, s’il n’y a pas de traces d’oxydation, si tous les contacts sont intacts.

Ceci étant, ce Nikon L 35 AW AF est-il très différent du premier du nom, celui qui permit, en 1983, à Nikon d’enfin rivaliser avec le Canon ?

Oui et non. En 1984, petite évolution avec une indication dans le viseur de la distance de mise au point, la sensibilité des films portée à 1000 Iso (au lieu des 400 de « l’ancien ») et la vitesse maximale passe au 1/700s (contre 1/430s avant).

Lancé en 1985, le Nikon L35 AF-2 a gardé son bel objectif 35mm ouvrant f2,8 (mais maintenant en 3 éléments), son très bon autofocus (pour l’époque s’entend), son flash intégré bien géré.

Par contre, il perd la compensation d’exposition (+/- 2) et on ne peut plus monter de filtre sur l’objectif, ni pare-soleil, ni lentilles de conversion (en fait, il n’y a plus de filetage) et on ne peut pas débrayer le flash.

Pas de quoi se pâmer mais ça fait le job … quand ça fonctionne car il apparait qu’une panne récurrente de ces appareils est l’enroulement du film une fois celui-ci terminé. Bien souvent, ça cale et impossible de rentrer le film dans la cartouche.

De fait, c’est Fuji qui lance la mode de ces appareils « étanches » avec sa série de baroudeurs. Eux sont partis d’une page blanche et ont conçu un nouvel appareil avec un cahier des charges précis.

Source : Collection-appareils.

Canon, avec son AS-6, puis Nikon avec son L35 AF AW ne font que modifier des boitiers existants. Est-ce pour rattraper leur retard ?

Source : Micke Eckman

Nikon modifie donc son L 35 AF-2 pour le rendre étanche jusqu’à 3m.

Et il le fait sérieusement car il propose la mise au point autofocus, que les autres ne proposent pas (encore). Maintenant, il faut relativiser cette « avancée » car elle fonctionne grâce à de l’infrarouge, qui est inefficace dans l’eau. Il faut alors revenir à la mise au point manuelle. Conscient de ce soucis, Nikon la rend débrayable (la grande molette sur le dessus).

Quel que soit le mode de mise au point choisi, une aiguille se déplace dans le viseur devant des repères classiques (portrait, groupe, montagne, etc.) pour aider le photographe et le plongeur photographe.

Soyons quand même prudent, la plongée se limite à 3m. Mais le boitier est étanche à l’eau, à la poussière, au sable et au froid. Ce n’est déjà pas si mal que ça.

De fait, cet appareil est identique au Nikon L35 AF AW AD que je vous présentais, le dos dateur (AD) en moins. Nous avons donc L 35 pour la lignée, AF pour l’autofocus et AW pour All Weather (tout temps).

Déjà vendu très cher au moment de sa sortie, il est proposé en plusieurs livrées colorées (bleu, orange, rouge et noir).

Les images produites par cet appareil restent très bonnes, voyez ICI quelques exemples parlant.

Pour moi, cet appareil a cependant un gros défaut (mais il n’est pas le seul dans ce cas) : son prix, disproportionné encore de nos jours (plus de 100€).

N’oublions pas qu’il a 40 ans, tout plastique et, c’est reconnu, sujet à une panne handicapante (rembobinage HS). Alors, en cas d’achat, outre les piles à vérifier (oui, je sais, je fais une fixation), emportez un film test à mettre dedans et vérifiez si tout fonctionne parfaitement.

Pour ma part, j’estime qu’il ne vaut pas plus de 30€ maximum avec sa trousse d’origine et sa dragonne.

Mais je vous ai noté sa solidité, sa capacité à prendre des photos dans des conditions de froid polaire et bien j’ajoute que son électronique est aussi très résistante.

En effet, vous me connaissez, un peu têtu, après avoir nettoyé consciencieusement le compartiment des piles et la chambre, j’ai pris le pari un peu fou que le boitier pouvait encore fonctionner.

Et hop, deux piles de 1,5v plus tard il … redémarre !

C’est assez inhabituel, pourtant tout fonctionne parfaitement : le flash, l’armement automatique, le chargement du film, l’autofocus, tout je vous dis !

Faudra juste mettre un bout de gaffer dans la chambre pour éviter tout risque de fuite de lumière (ce qui me semble peu probable, mais on ne sait jamais), et hop, voici un appareil qui revient de loin.

Des publicités d’époque grâce à Collection Appareils et Appaphot.

Une pub typique des années quatre-vingt

Une pub. japonaise, avec Latoya Jackson.

Petite video de présentation

Des références : https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-12763-Nikon_L35%20AWAF.html, http://www.appaphot.be/brands/nikon/nikon-l35-aw-af-noir/ en français; https://filmphotography.eu/en/nikon-l35-aw-af/, https://casualphotophile.com/2019/07/10/nikon-l35aw-action-touch-review/, http://camera-wiki.org/wiki/Nikon_L35AWAF/L35AWAD/Action%E2%80%A2Touch en anglais.