Argentique

Le Zeiss Ikon 521/2 ou Zeiss Ikon Ikonta C 521/2

Préambule :

Sans doute la première brocante extérieure de 2024. Il fait frais, le temps est incertain mais il ne pleut pas, la météo ne prévoit d’ouvrir les vannes qu’en milieu d’après-midi. N’empêche, on se dépêche, les prévisions ne sont pas toujours fiables …

S’il y a pléthore de vêtements d’hiver, de ceux pour enfants, de jouets, pas grand chose à me mettre sous les yeux au point de vue appareils photos. Sauf des Kodak Instamatic, des Agfa du même tonneau, des Click et des Clack, des box moisis comme leurs boîtes en cuir, … bref, rien de réjouissant.

Et puis, au détour d’un amas hétéroclite d’objets, un étui, dont le chapeau manque, retient mon attention. Je l’ouvre et je trouve là un Zeiss Ikon qui m’a l’air propre.

Petite manipulation pour voir s’il s’ouvre, si le soufflet n’est pas moisi, s’il déclenche à quelques vitesses, si l’objectif bouge : ça à l’air bon. Petite négociation sur le prix et hop, dans le sac à dos, où, pour une fois, il est bien seul.

Finalement, à l’issue de quelques kilomètres de pas lents et la visite des presque 500 exposants courageux, un seul autre appareil ira le rejoindre, un VTech Kidizoom, car je compte bien initier mes petites filles à la photo, doucement.

Un peu d’histoire :

Mais revenons à notre ancêtre, ce fameux Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 de son petit nom complet.

Je vous ai déjà présenté plusieurs Zeiss Ikon de la gamme Ikonta : le B 521/16, le Super 531/2, le 522/24, le M par exemple.

Sans refaire toute l’histoire (que vous trouverez dans les articles cités plus haut), il faut retenir que la gamme Ikonta est toujours de meilleure qualité que les autres produits Zeiss Ikon, comme le Nettar par exemple. Attention, ça ne veut pas dire que ceux-là sont mauvais, mais ils ont reçu moins d’expertise dans leur fabrication car ils étaient destinés à être des entrées de gamme (et des entrée de gamme de cette qualité, on en redemande !).

Pour résumer, les Zeiss Ikon Ikonta ont commencé leur carrière en 1929. Ils étaient proposés en 4 modèles : A, B, C et D. les trois premiers utilisaient du film 120 pour produire, respectivement des négatifs qu format 6×4,5, 6X6 et 6×9. Le D proposait un format plus grand sur des filsm en 116 ou 616 oubliés depuis belle lurette. Il y eut même un « Baby Ikonta » qui utilisait du film 127, assez proche du 24×36.

La première série de ces appareils était marquée 520 et tant qu’à compliquer les choses les Ikonta A, B et C se notaient 520, 520/16 et 520/2.

Puis, vers 1938, apparaissent les 521 : ils gagnent un déclencheur sur le boitier et non plus sur le combiné objectif/obturateur et un dispositif pour éviter la double exposition. Ces 521 ne concernent que les modèles A, B et C.

1950 voit venir les 523 pour les modèles B et C. Esthétiquement ils gagnent un capot chromé avec un viseur intégré ainsi qu’une griffe porte-accessoires.

Puis viendra la série des 524 qui apporte un télémètre non couplé, les fameux Ikonta M pour « Mess », abréviation de télémètre en allemand.

Ce seront les derniers Ikonta à soufflet.

Comme souvent à l’époque, il existait une large gamme d’objectifs et d’obturateurs qui modifiait le prix de vente en conséquence de l’équipement retenu.

Pour le format 6×6 la distance focale retenue était le 75mm tandis que pour le 6×9, c’était le 105mm.

Les objectifs étaient soit des Novar soit un Tessar. Si les premiers offraient des ouvertures de f6,3 (abandonné après la série des 520), f4,5 ou f3,5, le dernier offrait un f3,5. Les Novar étaient sous-traités chez Rodenstock ou Steinheil alors que le Tessar étaient fabriqués par Zeiss. Les premiers étaient des triplet alors que le Tessar comptait 4 éléments. Il va sans dire que ce dernier était rare sur les Ikonta ou Mess Ikonta, la marque les réservant aux Super Ikonta, le haut de gamme.

Quoique dans l’immédiat après-guerre, vous pourriez trouver des Zeiss Ikon Ikonta équipés de Scheinder Xenar, mais c’est anecdotique.

Ensuite vient la gamme des obturateurs. Le plus simple, qui était sur les premiers modèles, c’est le Klio à trois vitesses. Ensuite il y eut des Vario (3 vitesses et pose B), des Pronto (4 vitesses et poses T et B), les Prontor-S, SV, SVS (8 vitesses), les Compur (8 vitesses plus pose T et B), les Compur Rapid (9 vitesses plus pose T et B) et enfin les Synchro-Compur 1-MX (9 vitesses et pose B) et Synchro Compur (10 vitesses et pose B).

Si vous avez suivi, vous savez maintenant que les Super Ikonta recevront d’office le Tessar et le meilleur obturateur du moment de fabrication. Le client pouvait commander un Novar à la place du Tessar mais il recevait quand même d’office le meilleur obturateur.

Donc, si sur une brocante un vide-grenier « qui a été voir sur Internet » le prix de l’appareil qu’il veut vous vendre cher parce que c’est un Zeiss Ikon, vérifiez le type d’objectif et d’obturateur montés dessus car c’est eux qui feront la valeur réelle de l’appareil. Un Zeiss Ikon Super Ikonta équipé d’un Tessar vaut toujours plus qu’un équipé d’un Novar (ne vous inquiétez pas ici de l’obturateur, ce sera toujours le meilleur de l’époque).

La majorité des objectifs, aussi bons soient-ils, sont sensibles au reflets et au flare car ils ne sont pas traités. Ils ne le seront qu’après la seconde guerre mondiale.

De même, les obturateurs n’étaient pas synchronisés pour les flashs avant guerre. Il faudra attendre les Compur Rapid-X et suivants pour en bénéficier.

Présentation du Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 :

L’appareil que j’ai déniché est un Zeiss Ikon Ikonta C 521/2 d’après guerre (1949) car il est équipé d’un objectif Novar de 105mm ouvrant à f4,5 et d’un obturateur Prontor-S équipé d’un retardateur et d’une synchro flash grâce à un soquet placé sur l’obturateur. Pour être complet, la production de ce modèle avait commencé en 1938 et interrompue pour cause de guerre.

Il est équipé d’un système qui évite la double exposition … en principe.

Tout noir avec de beaux chromes, il faut avouer que s’il fait daté, il reste un bel appareil.

Avec ses 680 gr tout nu, il offre une bonne sensation en mains. Ici, pas de plastique, rien que du bon métal et du cuir pour le soufflet, garanti pour durer 100 ans (si conservé dans de bonnes conditions, s’entend).

Lorsque vous le sortez de sa gaine en cuir épais, il apparait comme un gros rectangle assez plat. Une pression sur un bouton rond, sur le dessus, libère le soufflet, qui se déplie, parfois avec un peu d’aide (il a 75 ans quand même).

Il faut veiller à ce que ce dernier soit complètement déplié et que l’objectif soit bien droit (on doit entendre un petit « clic » discret quand c’est fait).

Pour le replier, ne jamais forcer mais appuyer sur les deux barres noires vers le bas pour les déverrouiller.

Première remarque : on peut tenir le boitier verticalement (portrait) ou horizontalement (paysage). Attention, si vous vous en souvenez, c’est un 6x9cm. Un format idéal pour les groupes !

Personnellement, je trouve moins facile de le tenir horizontalement car la porte s’ouvre vers la gauche et même si elle offre une prise, on a tendance, si on n’y fait pas attention, à poser les doigts de la main gauche (qui soutiennent) dans le soufflet. Il faut un peu s’entrainer à les poser sur le combiné objectif/obturateur. En position verticale, la position est plus naturelle car la porte repose alors confortablement sur la main gauche mais alors le déclencheur, situé sur le capot, est moins accessible, sauf si vous l’actionnez avec le pouce gauche.

Bref, il faut s’habituer à la manutention de ce type d’appareil.

Ensuite, comme pour répondre à ces questions existentielles, il est équipé de deux pas de vis pour le monter sur un trépied : un en dessous et l’autre sur la porte.

Reste encore à apprendre à viser son sujet. Vous le ferez avec le cadre qui se déploie sur le capot, en deux parties dont l’une équipée d’un simple verre et l’autre d’un verre concave pour donner la distance du 105mm (marquage repris sur le viseur). C’est rudimentaire mais efficace pour cadrer.

Une seconde option était d’opter pour un viseur dit « clair » que l’on fixait sur le dessus du combiné objectif/obturateur (dans le support avec les deux rivets chromés). Personnellement, je trouve le premier système plus évident pour le cadrage et la visée.

Avant d’entamer la partie prise de vue, un mot sur le chargement de l’appareil.

L’opération est plus aisée si le soufflet est fermé, on tient mieux l’appareil en mains. Sur la tranche, sous la petite lanière de portage, il y a un verrou, en fait un bouton qu’il faut pousser dans le sens indiqué par une flèche. Tout le dos s’ouvre alors et tourne sur une solide charnière, vers la gauche, et découvre la chambre, qui parait immense (9x6cm quand même !).

Pour y glisser une bobine de film 120, il faut abaisser une fine plaque métallique, celle qui porte deux ronds chromés, afin de dégager les tenons qui assureront la tenue de la bobine dans l’axe (ici on est loin, par exemple, des plastiques fragiles d’un Diana). Vous introduisez la languette du film dans la bobine réceptrice, placée à droite, armez et déclenchez jusqu’à ce qu’une marque (généralement un trait épais) apparaisse sur le papier jaune du film. Il est temps de refermer le dos de l’appareil. Encore un ou deux déclenchements pour voir apparaitre dans la petite fenêtre rouge, au dos, le chiffre un. Vous êtes prêt pour votre première photographie.

Il est temps d’aborder la partie réglage.

Détaillons le combiné objectif/obturateur : vu du dessus, vous avez d’abord le premier cercle, qui est celui de l’objectif qui tourne à partir de la distance minimum, soit 1,5m, jusque l’infini. Un petit tenon empêche l’objectif de tourner librement autour de son axe.

Second cercle, une roue dentelée, qui est celle des vitesses. Elles s’échelonnent de 1s à 1/250s, plus une pause B.

Enfin, troisième cercle, l’ouverture qui se règle avec un curseur qui glisse de f4,5 à f 32.

Vous aurez remarqué que les vitesses sont reportées sur le cercle des ouvertures. Elles correspondent, dans le sens de la lecture, du haut, aux vitesses de la roue crénelée, qui se lit de face.

Toujours sur le pourtour du combiné, le socket de la synchro flash et, en dessous, en rouge, la tirette du retardateur (+/- 12 secondes). Ne jamais armer le retardateur si l’obturateur ne l’est pas au risque de tout bloquer.

Et puisque je parle de l’obturateur, il faut l’armer avec la tirette située entre la roue crénelée des vitesses et celle des ouvertures.

Lorsque celui-ci est armé, vous pouvez appuyer sur le déclencheur situé sur le capot et déclencher.

Pour avancer d’une vue, il faut tourner le levier en forme de demi clé située juste à côté, à gauche. Dès que c’est fait, le mécanisme empêchant la double exposition est actif et vous pouvez armer de nouveau l’obturateur pour prendre une nouvelle photo, sans risque.

Toutefois, si vous regardez bien comment s’agence l’armement, vous voyez, sur la droite (vu de face) de l’objectif un long bras chromé, qui repose sur un levier noir.

Armez l’obturateur, sans manœuvrer le bouton d’avance du film, et appuyez sur ce levier noir : l’appareil déclenche. Voilà la manière de contourner le dispositif qui empêche la surexposition volontaire.

Petite astuce qui fait partie des classiques chez Zeiss Ikon : les points rouges.

J’explique : sur la couronne des ouvertures et sur celle des distances, vous verrez deux points rouges. Si vous les faites coïncider pour une vitesse donnée, vous serez net, avec une exposition correcte.

Conclusion :

Que penser de ce bel appareil ?

Il est plus encombrant qu’un Zeiss Ikon Nettar ou M, à cause de son format (6x9cm) mais de peu. Et de toute manière, refermé, il tient vraiment peu de place. Vous ne le glisserez pas dans la poche d’un Jean’s mais un petit sac fera l’affaire, à moins que vous n’utilisiez le « sac tout prêt » en cuir livré avec l’exemplaire que vous aurez trouvé.

Celui que j’ai trouvé est hélas incomplet car il lui manque le chapeau mais les lanières sont intactes, le plus important en somme.

Question prix, comptez environ 50€ pour un exemplaire en très bon état. S’il était équipé d’un Tessar, ajoutez 30€ de plus. Mais, franchement, la qualité du Novar est déjà bluffante pour un appareil de cet âge. Juste faire attention aux reflets car même s’il est traité, nous étions au début des traitements anti-reflets.

Si vous voulez tenter le moyen format sans vous ruiner ni vous encombrer d’un gros appareil, voilà un excellent modèle, qui vous offrira 8 photos sur un film de 120, mais quelles photos : elles sont plus de trois fois plus grandes que celles d’un film 24×36 !

Envie de voir ce que donne en photos ce type d’appareil, c’est par ICI ou par LA.

Pour le mode d’emploi, c’est LA-BAS.

Quelques videos d’illustration (les manipulations y sont bien explicitées) :

Des références : http://www.alexluyckx.com/blog/2020/12/07/camera-review-blog-no-126-zeiss-ikon-ikonta-521/, https://vintagecamealab.com/zeiss-ikon-ikonta-521/,http://camera-wiki.org/wiki/Ikonta_521/2, https://thenoisyshutter.com/2022/06/23/classic-camera-review-zeiss-ikon-ikonta-521/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/zeiss-ikon-camera-reviews/camera-review-my-zeiss-ikon-folders-zeiss-ikon-ikonta-5202-zeiss-ikon-nettar-5152, https://collectiblend.com/Cameras/Zeiss-Ikon/Ikonta-521-2-(Ikonta-C).html, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Zeiss_Ikon_Ikonta, https://www.lomography.com/magazine/67655-zeiss-ikon-ikonta-c-521-2-my-golden-oldie en anglais ; https://www.mes-appareils-photos.fr/Zeiss-Ikon-Ikonta-521-2.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-12041-Zeiss%20Ikon_Ikonta.html, en français ; http://www.lippisches-kameramuseum.de/Zeiss_Ikon/Zeiss_Ikon_Ikonta_A_521.htm, en allemand

Argentique

L’Argus C-3 Match-Matic

Après la Ford T, la Cadillac !

« Mais de quoi il nous parle là ? »

Avec les deux photos des appareils cote à cote, vous allez comprendre mon analogie.

Ce second Argus fait aussi partie de la collection au sujet de laquelle j’ai commis un article.

L’Argus C-3 Match-Matic (1958 – 1966) n’est pas qu’une version colorée du C-3, c’est bien un nouveau modèle, qui devrait être accompagné de sa cellule, « Exposure Meter », qui prend place dans la griffe porte-accessoires.

Source : arguscg. La cellule était fabriquée au Japon. Il y eut d’autres modèles, variantes sur un même thème.

Cependant, il reste fort proche du modèle C-3. Il est à noter que bien que plus récent que le C3, il est plus rare.

Ce qui change, à cause de l’utilisation de la cellule, ce sont les indications des vitesses et des ouvertures :

  • Les vitesses 4, 5, 6, 7, 8 correspondent à 1/10, 1/30, 1/60, 1/125 et 1/300, la pose B se règle en pivotant le déclencheur
  • Les ouvertures 3 1/2 , 4, 5, 6, 7 et 8 correspondent à  f/3.5, f/4, f/5,6, f/8, f/11 et f/16.

Pour le reste, il utilise les mêmes objectifs que le C-3 (voir l’article sur l’Argus C-3).

Hormis donc l’adjonction d’une cellule, le modèle est identique (à quelques détails cosmétiques près) à l’Argus C-3 pour les manipulations, sauf que …

Ce modèle fut fabriqué pour simplifier au mieux les conditions de prises de vue. De ce fait, les molettes ont été modifiées comme vu plus haut.

Mais pourquoi ?

Souvenez-vous, c’est en 1939 que le C3 a vu le jour. Dès lors, à la fin des années cinquante, on pouvait considérer qu’il commençait à s’essouffler, d’autant que les productions allemandes et surtout japonaises proposaient souvent des technologies plus avancées.

Argus se devait de réagir et il propose alors une variante qui devra ravir les photographes amateurs, ceux pour qui les paramètres d’ouverture et de vitesse restent un mystère épais. Et il quitte enfin l’habit noir pour un cuir beige du plus bel effet et exclusif à ce modèle.

La marque va donc proposer un système de numérotation pour les expositions, censé être plus facile à comprendre pour les personnes qui pensent encore que les termes techniques de la photo, c’est du Chinois.

Ils vont de fait introduire 2 nouveautés : les inscriptions sur les cadrans et un posemètre au sélénium qui se greffe sur la griffe porte-accessoires.

La méthode est simple : vous réglez la sensibilité du film sur le posemètre puis, lorsque vous voulez prendre une photo, vous dirigez l’appareil et le posemètre vers le sujet. La cellule vous indique alors les paramètres à utiliser pour une exposition correcte.

Tout est encore purement manuel (viser, régler, lire le résultat) mais ce système prétend vous aider à obtenir une meilleure exposition même sans rien y comprendre en lecture de la lumière.

C’est le Match-Matic qui relance les ventes. Une autre variante, le Golden Shield viendra lui donner un coup de main mais restera assez confidentiel (ainsi appelé parce qu’il reçoit un revêtement tout en métal et non plus en simili-cuir).

Grâce à cet appareil, la marque tiendra encore huit ans. C’est en 1966 que le C3 cesse d’être fabriqué, après 28 ans de loyaux services.

Mais revenons un instant sur le posemètre, absent de mon modèle. A vrai dire, il ne sera plus d’une grande utilité car au sélénium, il y a peu de chance qu’il fonctionne encore car il était prévu pour être monté sur l’appareil mais ne rentrait pas dans la gaine en cuir.

Le photographe ne gardait alors que la partie basse du « sac tout prêt », qui était aussi munie de la sangle pour le portage.

C’est toutefois un accessoire qui va bien avec le boitier, même s’il n’est pas indispensable.

Dès lors, dans le mode d’emploi (que vous pourrez télécharger ci-dessous), ils donnent une grille avec les équivalences en ouvertures et en vitesses par rapport aux données Argus.

Rien ne vous empêche de coller un petit pense-bête à l’arrière de l’appareil.

Corollaire aussi de cet ajout du posemètre dans la griffe, c’est qu’il n’est plus possible d’y placer un flash, sauf à le fixer sur le côté via un accessoire à fixer sous la semelle.

Notons que la molette autour du télémètre change aussi et gagne un anneau marqué « Flash Finder », qui utilise un système numéroté de 1 à 8 pour aider à déterminer l’ouverture avec un flash.

Je vous renvoie d’ailleurs encore au mode d’emploi pour découvrir le guide pour ajuster certains films et types d’ampoules flash. Sans réglage, il est configuré pour fonctionner avec les ampoules flash Kodachrome 25 et Sylvania Press 25B.

C’est un bel appareil – je sais, c’est subjectif comme appréciation – mais sa nouvelle robe lui va bien.

Ça n’empêche qu’il reste désespérément carré, avec des boutons pas toujours bien placé. Son aspect a évolué, pas son ergonomie.

Si vous sortez avec lui en rue, ne comptez pas passer inaperçu !

Ceci étant, si aux USA les Argus sont nombreux, y compris les Match-Matic, en Europe ils sont plus rares et dignes d’attention. Leur prix s’en ressent : comptez environ 90€ pour un exemplaire complet (avec la cellule donc, même si elle ne fonctionne plus). Mais vous serez plutôt vers les 70€ car c’est un accessoire qui manque souvent.

Photographier avec lui est une expérience aux dires des nombreux auteurs que j’ai pu lire pour préparer cet article.

Pas qu’il soit fondamentalement difficile de s’en servir mais il demande, comme nombre d’appareils anciens, un peu d’habitude, leur fonctionnement n’étant pas encore « normalisé ».

Petite revue en images :

Le mode d’emploi est à télécharger ici.

Quelques videos d’illustrations :

Cette video peut être utile si vous devez nettoyer votre Argus C-3 :

Si vous deviez démonter et nettoyer le vôtre.

Des références : https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-602-Argus_C3%20Matchmatic.html, en français ; https://casualphotophile.com/2015/11/25/argus-c3-camera-review/, https://mikeeckman.com/2014/12/argus-c3-matchmatic-1958/, https://en.wikipedia.org/wiki/Argus_C3, http://camera-wiki.org/wiki/Argus_Match-Matic_C3, https://www.arguscg.org/reference/c.shtml, https://www.arguscg.org/, https://argusinfo.net/, https://aadl.org/node/204921, https://alysvintagecameraalley.com/2019/08/29/a-quick-cleaning-of-an-argus-c3-matchmatic/, https://schneidan.com/2015/10/07/argus-match-matic-c3-americas-beloved-awkward-box/, https://shotonfilm.wordpress.com/the-cameras-2/argus-c3-the-brick/, en anglais.

Argentique

L’Argus C-3

Jamais sans doute un appareil photographique n’a autant bien porté son surnom : « la brique » (« The Brick » dans son pays d’origine).

Plus carré que ça …

Un petit mot d’abord sur mes recherches au sujet de cet appareil : j’ai dû me disputer avec Google et Cie pour avoir des résultats qui me parlent d’un appareil photo argentique plutôt que de l’argus d’une Citroën !

Car ce petit bijou au design, heu … particulier (attribué à Gustave Fassin, un belge), nous vient du pays de l’Oncle Sam.

Mais commençons par le début.

Le premier nom d’Argus Cameras Incorporated fut International Radio Corporation. Née en 1931dans le Michigan (Ann Arbor) de la volonté d’un groupe d’hommes d’affaires de la région, elle fut une bouée d’oxygène pour l’emploi dans un pays touché de plein fouet par la grande dépression de 1929.

Dès la première année, 75 emplois furent créés pour fabriquer des radios en plastique moulé, moins chère que celles aux boitiers en bois de l’époque. Cette radio, appelée Kadette se vendit très bien grâce à son coût très abordable.

Dans cet état grand comme huit fois la Belgique, la production de radios est une activité saisonnière. L’automne et l’hiver sont propices aux ventes, pas le printemps ni l’été. Pour compléter le cycle des fabrications, il fut décidé de produire un appareil photo 35mm peu couteux mais qui devait être fiable. Pour mémoire, la Kodachrome venait de sortir et le public était friand de cette pellicule couleur nouvelle.

Ils reprennent la même recette : un appareil au corps en plastique moulé, le modèle A, qui sera produit en 1936 au prix fou pour l’époque de 12,5$. Il va sans dire qu’à ce prix-là, son succès fut immédiat : 30.000 pièces seront vendues en une semaine par Montgomery Ward (un gros distributeur).

La partie photo prit le pas sur celle de la radio devant un tel succès. L’entreprise vend d’ailleurs ses brevets radio et change de nom pour devenir International Research Corporation et ne garde que la production d’appareils photographiques dans ses activités.

Dès 1940, elle commence à produire aussi des équipements optiques pour le gouvernement américain, dans le cadre de contrats militaires et aussi pour diversifier sa production car le Japon livre des produits photographiques de qualité parfois moins chers qu’Argus.

Le 7 décembre 1941, c’est Pearl Arbor et le gouvernement américain commence à se mobiliser pour la guerre. International Research Corporation cesse ses activités civiles pour se consacrer à la production d’optique militaire et d’équipements radio pour les forces armées US et alliées. Grâce à des prêts gouvernementaux, l’entreprise s’agrandit plusieurs fois pour répondre à la demande de l’effort de guerre. En 1944, elle change encore de nom et devient Argus Incorporated.

Tous les efforts de l’entreprise seront récompensés par 5 prestigieux prix « Army Navy E Award ».

Tiens, au fait, pourquoi le nom « Argus » ? C’est un hommage à un dieu grec qui possédait 1000 yeux, détail utile quand on fabrique des appareils photo et du matériel optique.

Après avoir remboursé tous les prêts, au sortir de la seconde guerre mondiale, Argus reprend une production civile. Toujours attentif pour se positionner dans l’air du temps, Argus Inc consacre son activité à la fabrication d’appareil photographiques destinés aux amateurs. Ils sont dans le « milieu de gamme », là où d’autres entreprises ne s’aventurent pas. Ils développent encore la gamme des appareils et produisent maintenant des projecteurs de diapositives, qui deviendront aussi un produit phare de la marque.

Le nom de l’entreprise change encore en 1949 et devient Argus Cameras Inc.. A cette époque, ils sont les deuxièmes plus grands fabricants et distributeurs de matériel photographique aux USA, juste derrière Eastman-Kodak.

Pourtant, en 1957, Argus Cameras Inc. est rachetée par Sylvania. Elle poursuit toutefois ses activités sous le nom d’Argus.

En 1962, Sylvania revend Argus à Mansfield, un gros importateur de produits photographiques de Chicago.

Petit à petit, la fabrication des appareils a quitté Ann Arbor et en 1969, c’est la fin de toute production d’appareils photo. Reste que maintenant la marque Argus appartient à plusieurs entreprises qui importent des produits photographiques qu’elles étiquettent encore Argus.

Fondée pendant la Grande Dépression par des hommes d’affaires avisés, elle a employé, à son apogée, 1.300 travailleurs et elle occupait 2 pâtés de maisons de la 4e rue à Ann Arbor.

Alors, si le modèle A, lancé en 1936, a introduit Argus dans le monde photographique, c’est le modèle C3 qui sera le modèle le plus connu et le plus vendu.

Source : argusgc, le modèle A en plastique (bakélite) Photo Copyright Henrry Gambino

Pourtant, tant le modèle A, sorti à peine 4 ans après l’introduction par Kodak de sa pellicule en bobine industrielle, que le modèle C3 ont permis une progression des ventes du film 35mm qui a assis durablement ce standard. Certains auteurs émettent même l’hypothèse que si Argus n’avait pas utilisé ce type de film, le 35mm aura eu moins de succès.

Bref, le C3 apparait en 1939 comme une mise à niveau des modèles C (télémètre non couplé) et C2 (télémètre couplé sans synchro flash), eux-mêmes mise à niveau du modèle A initial : il propose un télémètre couplé et une synchro du flash intégré à l’appareil.

Le revêtement est parti (et je ne l’ai pas encore refait) et il manque une molette sur le devant (pas de vis en laiton). C’est un C3, produit de 1939 à 1957

Vendu à l’époque 25$, il s’agit de l’appareil photo le plus complet pour sa gamme de prix. Il va s’en dire que ce sera de nouveau un succès commercial et immédiat.

Sa conception simple, sa forme rudimentaire, comparable à une brique dotée d’une lentille, son prix très accessible font qu’il a survécu à tous ses concurrents mais aussi à tous les autres appareils produits par Argus même. Ce n’est qu’en 1966 et plus de deux millions d’exemplaires produits que le C3 quitte la gamme Argus.

Que proposait donc cet Argus C3 ?

The Brick (ou the Lunchbox pour le Japon qui ne manque pas d’humour) proposait donc un télémètre couplé et un flash synchronisé. Son ergonomie est discutable mais sa simplicité et sa robustesse sont légendaires.

Essentiellement construit en bakélite, entouré de pièces moulées en métal pour le devant et l’arrière, avec ses molettes devant et ses gros boutons, il inspirait confiance. Sa conception proposait un obturateur à diaphragme composé de 3 lames, intégré au boitier, ce qui permettait d’utiliser des objectifs interchangeables et simplifiait la construction.

Source : argusinfos, un éclaté qui montre le nombre restreint de pièces utiles

Comme sur les vieux Leica ou les anciens Fed et Zorki, le viseur est séparé de la fenêtre du télémètre. Celui-ci est cependant couplé à l’objectif par des engrenages placés à l’intérieur du boitier.

Vue sur les deux fenêtres à l’arrière : le viseur et le télémètre. Notez que la roue avec les Asa n’est qu’un pense-bête.

L’objectif d’origine est un triplet anastigmat Cintar de 50mm ouvrant à f3,5. Les lentilles sont sous traitées à Bausch & Lomb, ou Ilex et Graf Optical, qui a été racheté par Argus en 1939, avec une qualité variable malheureusement. Toutefois il est reconnu comme excellent par sa précision.

Sa mise au point est d’environ 90cm jusque l’infini. Comme pour le Leica, c’est un support à vis, mais pas du même diamètre. Pour le démonter, il faut dévisser l’engrenage entre l’objectif et le télémètre.

En effet, un peu comme sur les Contax ou les Kiev, on règle la distance (et le télémètre) en tournant la molette verticale sur le devant du boitier, qui actionne l’objectif.

Ici il manque la molette de liaison entre le réglage de la distance et l’objectif. Vous voyez les crans sur les diverses parties.

Il était possible de monter un téléobjectif de 100mm, un grand angle (35mm) en plus du 50mm d’origine. Un viseur Argus, avec cadres pour les trois focales et réglage de la parallaxe complétait la collection. Outre Argus, Fujitar et Soligor ont aussi fournis des objectifs compatibles avec le boitier. Pour de plus amples informations sur ce point particulier, je vous renvoie au site argusgc.org, où vous pourrez voir les différentes optiques recensées.

Les vitesses s’échelonnent de 1/10s à 1/300s. Le sélecteur de vitesse demande un peu d’habitude. Ainsi, il est fortement déconseillé de le faire tourner trop vite dans le sens horaire et surtout pas au delà du cran d’arrêt du sélecteur sous peine de tout casser.

On arme l’obturateur avec le levier situé sur le devant du boitier. Là aussi il faut faire attention à ne pas arrêter ou freiner le retour de ce levier sous peine de fausser l’exposition car le levier est directement relié aux pièces de l’obturateur.

L’avantage de cet obturateur est qu’il permet la synchronisation du flash à toutes les vitesses.

Le levier d’armement, qu’il faut pousser vers le bas pour armer.

Je pense ne pas avoir assez insisté sur le côté simple et pratique de la mécanique de cet appareil. Tout a été pensé pour être facile d’usage et pour le réparer sans trop d’outils sophistiqués. Autant les appareils allemands de l’époque (Voigtländer, Contax, Zeiss Ikon) étaient bien construits, cherchant presque la complexité mécanique, autant l’Argus est réaliste et pensé utile.

Puisque je m’attardais sur l’obturateur, prenons-le comme exemple de cette explication : chez les Allemands, l’obturateur est souvent une pièce achetée à une entreprise spécialisée dans la mécanique de précision (j’allais écrire d’horlogerie !), comme les Prontor, les Compur. Ils sont souvent logés dans un compartiment « étanche », rapporté sur l’appareil, miniaturisé autant que possible. Alors que sur l’Argus, il est immense, mécaniquement simple et robuste du fait des pièces de grande taille. Il sera dès lors facile à entretenir, sans outils spéciaux, et donnera l’assurance de déclencher à chaque coup, pour peu qu’on l’ait utilisé un temps soit peu (oui, même ici les graisses peuvent devenir poisseuses si on ne manipule pas l’appareil). Attention, l’obturateur est visible dès que l’on retire l’objectif. Ne pas y poser les doigts ou tout objet pouvant l’endommager.

Source : argusinfos, le mécanisme simple de l’obturateur

Un mot aussi sur le télémètre, couplé.

Le système n’est pas courant mais rappelle, me semble-t-il, un peu celui des Contax et Kiev, à savoir qu’on règle la distance avec une molette.

Ici la distance est indiquée sur cette molette, qui est placée autour de la première fenêtre du télémètre. La distance est exprimée en pieds (nous sommes aux USA), et commence à 3 pieds, soit environ 90cm jusque l’infini, avec un passage par 100 pieds (environ 30 mètres).

Mécaniquement, l’anneau entraine une came qui appuie directement sur le levier relié au miroir mobile du télémètre.

Les dents de la molette sont reliées à celles de l’objectif grâce à un engrenage amovible (perdu ici). Deux tiers de tours de la bague télémétrique fait tourner l’objectif d’un demi-tour. Autrement dit, on peut régler précisément la mise au point du télémètre et de l’objectif grâce à cette bague crantée.

La fenêtre, qui est à l’intérieur de l’anneau avec les distances, forme la partie supérieure de l’image, alors que la petite fenêtre teintée, celle au dessus de l’objectif, donne l’image dans les deux moitiés de l’image visible. En fait, pour faire le point de l’image, il faut faire « glisser » la partie supérieure de l’image vue par le télémètre sur la moitié vue par la fenêtre du télémètre. Ici il n’y a pas de télémètre à coïncidence ou à image divisée mais par glissement.

Le télémètre est légèrement teinté, en jaune sur cet exemplaire (mais il y eut aussi du bleu pour le modèle antérieur). Ça aide pour la mise au point car au début il n’y avait pas de couleur, ce qui rendait l’image réfléchie plus sombre que l’image directe. Encore une fois ici on ne peut pas réellement parler de « patch » comme sur les télémètres du style Leica, Contax, Canon, par exemple.

Notons encore que l’on peut régler le télémètre sans devoir démonter l’appareil, il suffit de dévisser la plaque ronde sur le dessus de l’appareil, qui cache deux vis, une pour l’ajustement vertical et l’autre pour l’horizontal.

Si vous voulez placer un film dans cette drôle de machine, il faudra ouvrir le ressort sur la tranche gauche pour libérer le dos monté sur charnière (costaude cette dernière). En principe, il suffit d’appuyer sur la plaque chromée sous le verrou et de tirer sur le ressort pour ouvrir. Heu … heureusement que j’ai toujours un petit canif Suisse sur moi et je vous le recommande si vous ne voulez pas y laisser vos ongles.

Une fois la porte ouverte, voici la chambre, avec sa bobine réceptrice, à gauche.

Rien de particulier pour monter la pellicule.

En fin de film, il faut pousser sur le bouton qui est juste derrière la roue du compteur de vue pour désengager l’avance et ensuite tourner dans le sens de la flèche la grosse molette sous l’appareil (celle qui n’a pas le filetage pour le trépied).

Le compteur de vue doit être mis à zéro manuellement. Il est en prise directe avec l’avancement, sauf si vous le débrayez avec le bouton derrière le compteur (appelé Film Catch par Argus). Autrement dit aussi, il n’y a pas de protection contre les doubles expositions, sauf à armer immédiatement après avoir pris sa photo et à avancer le film d’une image avec la grosse molette au dessus à gauche. Autre bizarrerie, il faut pousser sur ce fichu bouton après chaque photo pour que le compte incrémente une image : après avoir pris votre photo, vous avancez jusqu’à l’image suivante en maintenant enfoncé le levier du loquet du film et en tournant le bouton d’avance du film d’un quart de tour, puis en relâchant le loquet du film et en continuant à tourner le bouton jusqu’à ce qu’il s’arrête. On s’habitue … ou pas !

Le mode Bulb est activé en tournant le déclencheur de 90 degrés vers B.

Le déclencheur, qu’il faut tourner à 90° pour mettre en pause B.

Le compteur d’images au-dessus de l’appareil photo est doté d’un petit levier à côté, . Fondamentalement, il capture et arrête à la fois l’avancée du film et le compteur d’images après l’avancée de chaque image.

Le flash se monte sur la griffe porte accessoire, quand il y en a une. Sinon, il faut le monter sur une barre fixée dans le pas de vis du trépied. La synchronisation s’effectuer grâce à deux prises sur la tranche gauche de l’appareil. Pour rappel, la synchro se fait à toutes les vitesses. Mais il faut absolument que ce soit un flash Argus, un gros truc cylindrique qui fonctionne avec 2 piles C et qui utilise des ampoules de type Edison à viser, quoiqu’il existe un adaptateur pour pouvoir utiliser de ampoules #5 ou équivalentes de type à baïonnette. Le flash est muni d’un réflecteur amovible mais vivement conseillé.

Source : arguscg

La partie technique est terminée, passons à la partie subjective, celle qui répond à la question : que penser de cet appareil ?

Franchement, si je ne l’avais acquis de la collection qui a fait l’objet d’un article, je ne m’y serais pas attardé. Pour deux raisons : s’il est presque commun aux USA, il est plus rare chez nous et ensuite parce que je ne le trouvais pas … beau !

Maintenant que j’ai cet exemplaire en mains, je peux préciser ma pensée.

Non, définitivement, il n’est pas beau, mais il a ce petit quelque chose qui fait qu’on s’y attarde.

Au niveau de l’ergonomie, on a déjà fait (beaucoup) mieux, même à son époque. Il faut toutefois lui reconnaître une rusticité qui finalement fait sa force.

La simplicité de sa mécanique font que de nombreux appareils fonctionnent encore. Et comme cet appareil est archi-connu de l’autre côté de l’Atlantique, il y a une communauté d’utilisateurs très dynamiques qui fabriquent des tutoriels pour bien l’utiliser, le réparer, le remettre à neuf, l’embellir.

Il faut savoir aussi que cet appareil fut celui de nombreux GI’s pendant la seconde guerre mondiale – le comble c’est qu’il ne fut pas retenu par l’armée américaine, qui lui préféra le Kodak 35. Le célèbre soldat – photographe de guerre Tony Vaccaro le rendit encore plus célèbre sur le front européen.

Source : Mike Eckman. Cette photo des médecins du 2e Bataillon en décembre 1944 a été prise avec un Argus C3 par le photographe de guerre Tony Vaccaro.

Evidemment, de petits malins essaient de vendre très cher ces appareils ayant fait la guerre. Mais ils ne l’ont pas toute faite. Petite astuce pour s’y retrouver : le numéro de série. Pour les modèles d’avant guerre, il se trouve près de la bobine d’entrainement. Ensuite, il migrera sous la fenêtre de la chambre.

D’autres utilisateurs connus ont encore assis la réputation de l’Argus C3 : citons entre autres Duane Michals, Helen K. Garber et Jimmy Carter (dont l’exemplaire de C3 est exposé au musée homonyme).

Il est aussi apparu dans nombre de films, dont un Harry Potter (la Chambre des Secrets, 2002) et même dans un clip video de Tom Petty and the Heartbreakers (Into The Great Wide Open, 1991).

Vers la première minute du clip …

Si nous laissons de côté cette « starisation » de l’engin, il reste un bon vieux télémétrique pas dépourvus d’arguments. Assez pour que certains aient envie de l’essayer en tout cas.

Au niveau prix, un bel exemplaire, complet, se négocie en Europe autour des 60€. Le prix d’un certain exotisme en somme.

En tout cas, photographier avec un Argus C3 ne vous laissera pas passer inaperçu mais il vous permettra de sortir des sentiers archi rabattus.

Pour voir des photos prises avec cet appareil, c’est par LA ou ICI.

Quelques videos d’illsutration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI ou LA.

Des références : https://www.lomography.fr/magazine/98051-the-argus-c3-more-than-just-a-brick, https://www.usmilitariacollection.com/boutique/appareil-photo-us-argus-c3/, https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=384, en français ; http://camera-wiki.org/wiki/Argus_C3, https://en.wikipedia.org/wiki/Argus_C3, https://mattsclassiccameras.com/rangefinders-compacts/argus-c3/, https://casualphotophile.com/2015/11/25/argus-c3-camera-review/, http://www.artdecocameras.com/cameras/argus/c3/, https://argusinfo.net/, https://aadl.org/node/204921, https://www.arguscg.org/, https://www.argusmuseum.org/, en anglais.

Argentique

Le Minox 35 GT

Ah, si je vous dis que j’ai déjà eu toute la collection des Minox, me croirez-vous ?

Ben oui, c’était avant que ne me vienne l’idée de la création du blog. Je les avais acheté à un charmant vieux Monsieur qui ne pouvait plus s’en servir à cause d’une vue déficiente et de ses doigts que l’arthrite gagnait inexorablement.

Après les avoir tous essayés, je les ai revendus les uns après les autres car je les trouvais bien sympathiques mais peu maniables. Et si vous vous en souvenez, j’ai même fait un article sur le Chinon Bellami où je racontais cette anecdote.

Le Chinon a suivi le même chemin, tout comme l’Olympus XA et le XA-2, et quelques autres qui, s’ils étaient minuscules quoique performants, me ne permettaient plus d’y voir assez clair pour bien m’en servir. Place aux jeunes !

Mais revenons un instant sur la saga de cet appareil, qui étonne encore par sa compacité, sa qualité de fabrication et celle des images qu’il délivre.

Source : http://www.submin.com/35mm/manuals/minox/

Il faut bien chercher pour trouver qui dépose les premiers brevet de cet appareil passionnant : c’est un bureau en ingénierie (Krull & Co GmbH Ernst) qui dépose, pour Minox, un brevet pour un appareil avec abattant et objectif rétractable. Nous sommes en février 1974.

Ensuite, la construction de l’appareil sera confié à Balda, Minox n’ayant pas l’expérience d’une fabrication à base de plastique. Les Balda CE 35 et CA 35 sont d’ailleurs très proches du premier Minox, le 35.

Par la suite, Ricoh déposera encore des brevets pour faire progresser le concept, en 1978 – 1979. Ce sera d’ailleurs un jeu de va-et-vient entre les deux marques, chacune apportant une modification pour peaufiner le principe.

Source : Collection-appareils, qui vous livre toute l’histoire des brevets.

Pendant près de 25 ans l’appareil évoluera par petites touches, au gré de la capacité à miniaturiser toujours mieux certains composants, dont l’électronique.

Source : Minox35mm pour avoir une idée des différent modèles.

Pourquoi le Minox 35 ? Le Rollei 35 fut longtemps l’appareil le plus compact jamais fabriqué (excepté les appareils « espions », dont Minox était le spécialiste) utilisant une pellicule de 24x36mm. Nous étions en 1966.

Dans les années septante, la technologie des plastiques à permis de fabriquer des appareils plus légers, plus résistants que ceux tout en métal. Les formules optiques ne sont pas restées en reste, ni, évidemment, l’électronique, celle des obturateurs en particulier.

Voilà pourquoi Minox propose, en 1975, un appareil plus petit, plus léger, avec une exposition automatique et des contrôles d’exposition plus variés que le Rollei 35. Plus question non plus de se battre avec un objectif rétractable et une gymnastique bizarre pour armer l’appareil. Voilà le Minox 35 EL qui pointe le bout de son abattant, celui qui protège si bien l’objectif.

C’est le début d’une aventure avec plus de 22 modèles (et des séries spéciales) qui représenteront environ 2 millions de boitiers sur les 25 ans de fabrication du nouveau mythe.

Le Minox 35 GT sera sans doute le plus populaire. Je suis donc très content d’en avoir trouvé un sur une brocante bruxelloise, dans sa boite et avec un mode d’emploi en allemand (j’en ai trouvé un en français par après).

Le vendeur m’a expliqué que cet appareil l’avait accompagné lors de nombreux voyages, notamment au Vietnam et au Cambodge, où il faisait merveille car il se glissait réellement dans une poche de chemise et restait très discret.

Il vient sur le marché en 1981, après le EL et le GL. Dans la liste des améliorations, il apporte un retardateur électronique, avec une LED clignotante au-dessus du nom de l’appareil photo, un levier d’armement remanié.

Petit mais bien pensé : toutes les commandes sont au bon endroit, facile d’accès, mais à la taille de l’engin, soyons réaliste.

Ah, une petit astuce pour reconnaitre les différents Minox : la couleur de leur déclencheur ! En effet, pour différencier les séries d’appareils, il avait chacun une couleur différente. En vrac : le PL est vert, le GT est orange, le GT-E est rouge, le ML est jaune, le AL est blanc, il y eut même un déclencheur en or, sans compter sur les séries spéciales qui viennent parfois brouiller les pistes !

Avant d’entamer la présentation, une remarque : à l’origine, la pile du 35 GT était au mercure, une PX 27 de 5,6 volts. Elle peut être remplacée par une S27PX mais qui fait 6v ou plus simplement par des SR44 (ou LR44). Une correction peut être nécessaires Il existe différents adaptateurs, dont un fournit à l’époque par la marque. Les autres sont régulièrement en vente sur Ebay (Minox 35 battery adapter).

Source : https://www.thingiverse.com/thing:2980519
Ici avec l’adaptateur d’époque.

Fabriqué en Makrolon, un plastique particulièrement résistant, renforcé de fibres de verre, il est très léger et solide. Même sans trop le ménager, vous ne verrez pas vite les affres du temps s’inscrire sur ce petit corps tout en rondeur. Au fait, la couleur noir mat est nécessaire car la fibre de verre à tendance à être « brillante ». Il fallait donc la neutraliser pour éviter des soucis lors des prises de vue.

Le rabat, qui protège l’objectif sert aussi d’interrupteur car lorsque vous le descendez, il fait sortir l’objectif, met en route la cellule et arme le déclencheur. Si l’abattant est fermé, impossible de déclencher.

Tout d’abord c’est un petit appareil tout automatique, un priorité ouverture. Vous la réglez et il donne la vitesse pour une bonne exposition.

Pour le réglage des distances, c’est un zone focus. Le télémétrique viendra plus tard. Ici, vous estimez une zone de mise au point et selon l’ouverture choisie correctement, avec les effets voulus (bokeh ou grande zone de netteté, selon les sujets).

Attention, ça veut aussi dire que vous devrez contrôler la vitesse indiquée dans le viseur pour éviter les sur expositions (au delà du 1/500s) et les risques de flou avec une vitesses trop lente (sous le 1/30s).

Vous constaterez que l’anneau autour de l’objectif, s’il est petit, est relativement épais. Personnellement, je regrette qu’il n’y ait pas de « clics » qui confirme la position.

Même chose pour la bague des distances, à l’avant. Si elle est facile à manœuvrer, elle peut aussi rapidement se dérégler.

L’objectif est un Color-Minotar 35mm ouvrant à f2,8, formule Tessar à 4 lentilles en 3 groupes. Tous les auteurs reconnaissent la qualité de ce dernier, tant au niveau de la neutralité des couleurs que de sa restitution des détails pour autant qu’on l’utilise de f5,6 à f11, au delà et en deçà il perd de sa vigueur sur les bords surtout. Sa distance minimale de mise au point est de 90cm.

Si cette manière de travailler (le zone focus) est parfaite pour la photo de rue, elle le sera moins pour d’autres techniques, comme le portrait, qui demande une mise au point parfaite. Là, ça va être plus compliqué, voire impossible.

Idéalement, il faut utiliser des films de 100 à 400Asa maximum et rester dans la fourchette de f5,6 à f11. De cette façon on reste dans les limites de l’obturateur même en cas de soleil. Les films trop lents vont demander des ouvertures trop grandes avec un risque de mise au point trop aléatoire.

A noter que la cellule est située autour de l’objectif. Je devrais écrire les cellules car de fait il y en a deux : une pour l’affichage des vitesses et une seconde pour le réglage de l’obturateur. Elles travaillent de concert pour donner une exposition correcte.

L’exposition est une mesure globale. Comme le Minox est réputé pour être sensible aux contre-jours et aux lumières parasites, il y a une petite touche bien utile, la touche X2 qui permet de surexposer d’un diaphragme.

Comme je le notais, il faut utiliser des piles modernes, qui donnent 6v et non plus 5,6v. Il est conseillé de vérifier si cela influe sur la mesure de votre exemplaire, c’est variable.

La solution simple c’est de tromper la cellule en affichant un réglage ISO plus bas ou plus haut selon le cas.

Imaginons que votre Minox GT sous-expose : il faut le caler à 64 ISO pour un film 200 ISO, ce qui donne +1,7 diaph de correction. Le réglage de la sensibilité se fait avec une roue qui se trouve au milieu d’un cadran avec les chiffres en Din/Asa. Là malheureusement la peinture s’en va plus vite qu’ailleurs et il devient impossible de lire les informations (comme sur mon exemplaire). Il est conseillé de se refaire une grille à coller à la place de celle d’origine devenue inutile.

Réglage ISO d'un Minox 35
Affichage à 64 ISO pour un film 200 ISO.

L’obturateur est électronique donc sans piles, pas de photo. Le logement de celles-ci est sous l’abattant donc aisées à changer. Ça a l’air évident mais une remarque importante à faire ici : si les piles sont vides, vous aurez l’impression de pouvoir déclencher (vous entendrez un « clic » discret) mais en fait l’obturateur ne s’ouvrira pas. Pour éviter ses désagréments, il y a un testeur de pile sur le dessus.

L’obturateur se déclenchera entre 1s et 1/500s, mais avec des durées plus longues pour les films à faible iso. Ainsi, pour un film 25Iso, le Minox maintiendra l’obturateur ouvert pendant 15 secondes maximum. Mais le meilleur, c’est que l’obturateur, central, est incroyablement silencieux et totalement exempt de vibrations.

Le levier d’armement, bien intégré au design de l’ensemble demande un mouvement en deux temps (il arme en deux demi-mouvements). Il entraine aussi la protection contre la double exposition si vous ne faites pas avancer le film après un déclenchement.

Bien que petit (et orange), le déclencheur tombe naturellement sous l’index. Mais il est trop souple et comme l’appareil est particulièrement silencieux, on peut appuyer dessus pour inadvertance et gâcher de la pellicule. Remarquez le petit trou juste à côté, sur le capot : c’est l’emplacement pour viser un câble de déclenchement souple.

Un mot aussi sur le viseur, lumineux et confortable malgré la petite taille de l’ensemble. Les lignes de cadre, tout comme l’indicateur de vitesses, à droite, ne seront sans doute pas toujours bien visibles mais ils existent bien. Les porteurs de lunettes surtout risquent de le trouver moins agréable.

Source : https://tdacunha.com/minox-35-gt-utilisation-reparation/

Vous l’aurez remarqué,il y a une griffe pour le flash, avec contact de synchro au centre. Vous ne pourrez, normalement, pas y monter n’importe quel flash mais bien ceux dédiés aux différents modèles, et ils ne sont pas tous compatibles entre eux.

Source : http://www.submin.com/35mm/collection/minox/

Le flash prévu pour ce modèle est le Minox FC-35

Il faut bien reconnaître qu’une fois le flash monté sur l’appareil, il n’a plus rien de minuscule, celui-ci étant quasi aussi grand que le boitier. Peu de gens s’en sont servi à cause de cela. C’est encore un peu le cas du tout petit Pentax 110 qui, affublé de son flash, fait deux fois plus grand. Celui de l’Olympus XA, qui se branche sur le côté, rend l’ensemble moins imposant. Le Balda CE35 avait aussi choisi cette solution, qui préserve la silhouette de l’ensemble.

Ce tout petit appareil pouvait aussi compter sur une série d’accessoires : un flash, un trépied, une gaine, etc.

Source : http://www.submin.com/35mm/manuals/minox/

Pour charger l’appareil d’un nouveau film, il faut déverrouiller, en dessous, le gros verrou sur la semelle. Attention, c’est tout le dos qui s’escamote. Ensuite, il suffit de glisser une bobine à gauche, de tirer l’amorce jusqu’à la bobine réceptrice à droite, la glisser dans les fentes et armer au moins deux fois avant de tout refermer. Soyez attentif à bien remettre le dos dans les rainures avant de reverrouiller le verrou, pour ne pas forcer. Ensuite, encore deux armements/déclenchement et vous êtes prêt pour vos premières images.

Alors, que penser de ce Minox GT ?

Pari tenu, il tient dans une poche de chemise, sans trop la froisser !

Il a un charme certain et son design semble assez intemporel. Il a été bien pensé et séduit toujours.

Pourtant, il n’est pas exempt de défauts : le déclencheur, trop sensible ; le viseur, pas très lisible ; le changement de pile qui demande des adaptations pas évidentes aux non-initiés ; s’il est solide, il n’est pas étanche à la poussière et à l’humidité, il faut donc y faire très attention ; il n’y a pas la possibilité de fixer une dragonne pour le porter. C’est donc dans la poche ou dans un petit sac (pas facile à trouver en occasion) fait expressément sur mesure, car c’est lui qui porte la sangle. Enfin, le défaut de sa qualité : il est (tout) petit et dès lors pas simple à régler quand on a des problèmes de vue ni des gros doigts.

Reste que comme tous les mythes, ses défauts deviennent comme des signatures et ceux qui veulent en posséder un n’en ont cure.

Reste à se demander si les prix sont bien réalistes : on frôle parfois les 200€ pour un très bel exemplaire mais il faut compter plus de 100€ pour les autres. Un peu comme son concurrent de toujours, l’Olympus XA, qui partage les mêmes avantages et inconvénients, in fine.

Petite revue en images :

Petites videos d’illustration :

Bref résumé technique :

  • Appareil photo compact de type 35 mm
  • Taille 100 mm x 61 mm x 31 mm (L x H x P)
  • Poids 200 grammes (avec batterie)
  • Format d’image 24 x 36 mm (L x H)
  • Objectif Minox Color-Minotar, 35 mm f/2.8, sans filetage de filtre (les filtres propriétaires se clipsent).
  • Diaphragme à lames, réglable en continu de f/2,8 à f/16.
  • Mise au point grâce à une échelle sur l’objectif mettant au point de 0,9 m à l’infini.
  • Vitesses d’obturation 1/500 seconde, vitesse la plus longue dépendant de la sensibilité du film, par ex. 15 secondes à 25 ISO, 1 seconde à 400 ISO. Correcteur d’exposition +2
  • Viseur direct avec échelle à aiguille, marquages ​​pour 1/500, 1/125, 1/30 seconde, zones pour indiquer une surexposition et avertissement de vitesse lente.
  • Chargement manuel du film, tout le dos glisse pour charger la bobine
  • Transport du film par levier à double course.
  • Flash Contact Griffe, X synchronisé, commutation automatique du temps à 1/90s
  • Douille pour trépied 1/4″
  • Batterie PX 27 au mercure à remplacer par 4xLR44 – SR44 empilées

Les références si vous deviez démonter : https://www.modesdemploi.fr/minox/35-gt/mode-d-emploi?p=4

Des références : https://benber.fr/revue-express-minox-35-gt/, https://www.danstacuve.org/minox-35-gt-petit-mais-costaud/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-33-Minox_35%20GT.html, https://www.jeanchristophewiart.com/analog-trip-to-berlin/, https://tdacunha.com/minox-35-gt-utilisation-reparation/, https://www.club-niepce-lumiere.org/fondamentaux-54-les-minox-35-a-mise-au-point-manuelle/ en français ; https://www.analog.cafe/r/minox-35-gt-camera-review-0kl1, https://www.35mmc.com/11/01/2019/minox-35-gt-guest-review/, https://www.35mmc.com/02/02/2021/minox-35-gt-e-review-scale-focusing-a-pocket-camera-by-anton-yakovlev/, http://camera-wiki.org/wiki/Minox_35_GT, https://www.lomography.com/magazine/127748-minox-35-gt-a-must-have-camera-for-its-time, http://www.submin.com/35mm/collection/minox/, http://www.submin.com/35mm/manuals/minox/ (une mine d’informations) en anglais.

Argentique

Le Zenit E

Encore un appareil russe mais pas n’importe lequel, le Zenit E.

En plus, celui-ci en particulier, c’est mon épouse qui l’a déniché et l’a trouvé beau avec son grand « sac tout prêt » en cuir noir. Ni une ni deux, elle l’a négocié et emporté pour une bouchée de pain. Se laisserait-elle gagner par ma passion … ?

Si l’appareil, de prime abord, se révèle assez simple, son histoire est surprenante et mérite qu’on s’y attarde un peu car figurez-vous que ce reflex est sans doute celui qui fut le plus fabriqué au monde. On parle de sept à huit millions d’appareils fabriqués entre 1965 et 1988, un record.

La production démarre en 1965 et s’arrête en 1988. Pendant ce temps, KMZ a produit approximativement 3.334.540 Zenit E alors que plus de 5.000.000 seront produit à la MMZ entre 1973 et 1986. Si l’on compte les modèles dérivés, ES, EM, ET, 11 et TTL qui étaient basés sur le Zenit E, on arrive à un total hallucinant de près de 12 millions d’exemplaires.

Ces appareils ont donc été fabriqué dans deux usines, KMZ (Krasnogorski Mechanicheskii Zavod près de Moscou ) et MMZ (Minsk Mechanicheskii Zavod à Vileyka, en Biélorussie). Il faut savoir que l’usine mécanique de KMZ était une usine d’armement, qui produisait des viseurs pour chars et canons, des périscopes pour les sous-marins et des appareils de vision nocturne, dont des lentilles spéciales pour les satellites espion. De l’avis général, la fabrication des appareils photo ressemblait plus à une couverture de façade qu’à une vraie volonté de fabriquer du matériel purement photographique.

Ce qui veut dire que certains changements dans la fabrication de ces appareils ne sont pas clairement établis car classifiés « secret défense ». Il faudra attendre la Perestroïka des années nonante pour y voir plus clair, l’usine KMZ étant déclassifiée.

Pourtant, rien n’est simple car les fondateurs ont tous disparus et les archives se sont souvent éparpillées avant cette « ouverture ». Il reste à analyser les modèles entre eux pour essayer de trouver des réponses aux nombreuses questions que soulève la découverte des modèles différents, qui portent pourtant tous le nom de Zenit E.

Le site Kosmo Foto en est le spécialiste. Ses références sont en bas de l’article, comme d’habitude. Si vous voulez comprendre toutes les subtilités, je vous y donne rendez-vous.

Pour commencer, il faut savoir que l’obturateur est dérivé de celui du Leica II (1933) avec l’ajout d’un miroir et d’une synchronisation du flash (comme le Zorki S). Ce miroir est à retour instantané toutefois, contrairement aux Zenit reflex précédant.

Le changement le plus radical fut le passage de la monture initiale, au filetage M39, à celle plus universelle du M42.

Si vous vous en souvenez, les Zorki et Fed, copies plus ou moins fidèles du Leica d’avant guerre, utilisaient déjà la monture M39. Si celle-ci fut gardée dans un premier temps, c’est qu’elle était la manière la plus facile de concevoir un nouvel appareil sans devoir trop modifier les machines de production. Deux autres appareils utilisaient aussi cette monture, le Zenit Kristall et le Zenit 3M, nous y reviendrons.

Mais au fur et à mesure de la production et de l’ouverture de l’URSS aux exportations, il est devenu nécessaire de délaisser la monture plus ancienne du M39 au profit de la « nouvelle » M42. De fait, pendant quelques années les deux montures se sont côtoyées : M39 pour le marché intérieur car les photographes russes avaient un large parc optique dans cette monture et M42 pour les appareils destinés à l’export. Il en était de même pour le filetage du trépied : 1/4′ pour l’exportation et 3/8′ pour les consommateurs russes.

Finalement, la monture M42 et le filetage 1/4′ se sont imposés. On pense que la transition a eut lieu dès 1967 pour s’affermir au début des années septante, même si des numéros de série laissent encore planer le doute car des appareils plus récents étaient encore construits avec l’ancienne monture. Les collectionneurs apprécient.

D’autant que d’habitude, les numéros de série des appareils russes présentes l’année de fabrication avec les 2 premiers chiffres du numéro. Sauf qu’ici, lorsqu’on arrivait à 9999, on repartait à une autre série. Ce n’était plus dicté par le nombre sorti mais par de la comptabilité interne, pour les pièces notamment. Un vrai casse-tête !

Une autre explication serait que le Zenit 3M, normalement le prédécesseur du Zenit E, aurait encore été produit simultanément de 1965 à 1970. Dès lors il pouvait y avoir des boitiers construits de la même façon mais qui recevaient des « montages « platines » (ou brides) différentes selon les objectifs qu’on allait y monter par la suite.

La volonté de planification et d’unification chez les fabricants soviétiques pourraient d’ailleurs expliquer pourquoi le Zenit 3M (comme le Zenit Kristall) et le Zenit E sont si proches en interne. De nombreuses pièces de l’un sont interchangeables avec l’autre, en tout cas dans les premiers temps de production. Outre la molette des vitesses qui fut strictement la même pendant deux ans sur les deux appareils, la plupart des pièces de l’obturateur, le pentaprisme, le verre dépoli et d’autres détails internes, tels que la bobine réceptrice, étaient également similaires. Cette approche a réduit le coût de reconfiguration des machines et des équipements pour la production de nouveaux modèles. Les objectifs fournis avec les deux appareils photo étaient également les mêmes, les Hélios 44-2.

La grosse différence entre les deux appareils se situait sur le prisme, redessiné pour accueillir une cellule au sélénium non couplée pour le Zenit E.

Etonnant non ?

Cet appareil lourd, peu équipé (une cellule au sélénium non couplée), sans vitesses lentes et limité au 1/500s, avec un viseur peu agréable (un auteur cite « […] qu’il est particulièrement sombre et fait voir le monde en gris ») a pourtant eu un succès énorme.

Vendu à prix dérisoire, il fut, avec les Praktica, responsable de l’engouement d’une bonne partie des amateurs peu argentés à la pratique de la photographie.

A l’époque des Pentax Spotmatic ou des Olympus OM-2, ces appareils représentaient une alternative intéressante.

Pendant la guerre froide, des millions d’exemplaires seront envoyés en Europe. Des entreprises, notamment en Allemagne de l’Ouest comme Foto Quelle l’ont rebaptisé Revueflex E, alors que la chaine Dixons en Angleterre le vendait sous le nom de Prinzflex 500E. Aux USA même, l’importateur Kalimar le vendait sous les noms de SR 200 et SR 300, alors que Cambridge Caméra (Boston) le renommait Cambron SE.

Petite anecdote à ce sujet : dans les années 1970 et 1980, Technical & Optical Equipment (TOE) a importé des centaines de milliers de ces appareils photo, destinés aux amateurs anglais. Ils ont envoyés leurs techniciens chez KMZ à Moscou où ils ont appris sur la chaine de montage même comment ces appareils étaient fabriqués. De retour en Angleterre, ces mêmes techniciens ont démonté et réassemblé chaque Zenit E entrant au Royaume-Uni. Ce sont sans doute là les Zenit E les plus fiables jamais construit ! Car dans ces années-là, le slogan en Russie était « l’économie doit être économe ». La baisse de qualité des appareils russes était en partie due au besoin de faire des économies sur les matériaux, les échelles de production, etc.

Ils sont nombreux ceux qui ont fait leurs premières armes sur cet appareil, avant de se tourner vers des boitiers plus riches en fonctionnalités une fois leur écolage fait et dès qu’ils en ont eu les moyens.

Encore de nos jours, si vous voulez apprendre les rudiments de la photographie argentique sans vous ruiner, il demeure un excellent appareil école (encore une fois comme les Praktica) car le prix reste intéressant, même muni d’un objectif russe, qui sera souvent de qualité, n’en déplaise à certains.

Car la monture M42 vous ouvre un vaste choix d’objectifs : des Pentax (« l’inventeur de la monture universelle M42 »), du Yashica (comme sur cet exemplaire), Praktica, Chinon, Cosina, Ricoh, Fujca et Edixa, sans être exhaustif. Essayez quand même un jour un Helios 44-2 (58mm f2), vous serez surpris de la qualité de cet objectif (mon ami Pierre sera bien d’accord là-dessus). L’appareil sera aussi livré avec un Industar 50-2 (50mm f3,5) moins performant mais plus compact.

A ce sujet, il est amusant mais instructif de lire dans le mode d’emploi « dévisser ou viser l’objectif Industar 50-2 uniquement par la bague moletée de l’échelle de profondeur de champ, mais l’objectif Helios 44-2 par la bague molette de mise au point ». Vous voilà prévenus.

Voici un petit aperçu des objectifs recommandés pour le Zenit E. Il s’agit uniquement ici d’objectifs russes, que l’on connait mal finalement.

Une petite remarque à propos du Yashica Yashinon XD 50mm f1,7 qui équipe cet appareil : comme je l’expliquais, souvent l’acheteur préférait mettre un peu plus d’argent pour un objectif de qualité, puisque le prix d’achat très abordable du Zenit E permettait quelques économies.

J’écrivais donc que le Zenit E est un appareil simple :

  • les vitesses vont de 1/30s à 1/500s plus une pose B (pas de vitesses lentes donc). Remarque importante : il faut soulever le bouton pour changer les vitesses, et comme pour les Zorki, il vaut mieux le faire quand l’appareil est armé, pour ne rien abîmer
  • une cellule au sélénium non couplée avec un cadran sur le dessus pour la lecture
  • un retardateur mécanique sur la façade
  • un viseur sans stignomètre à coïncidence ni lentille de Fresnel, ni dépoli, ni aucune autre information d’ailleurs
  • une griffe flash
  • un sélecteur de vitesse où il ne faut jamais tourner la molette de B directement à 500. Vous devez la tourner complètement de B à 30-x à 60 et ainsi de suite
  • un compteur de vue qu’il faut réinitialiser à chaque changement de film
  • un bouton de rembobinage qui doit être enfoncé pour faire sortir une manivelle de rembobinage qui est une simple tige avec une tête métallique moletée pour faciliter la prise en main lorsqu’il est utilisé par temps froid (on est en Russie ne l’oublions pas)
  • un miroir à retour instantané (si, si)
  • pas d’attaches pour y passer une sangle de transport (il faut garder la moitié du sac tout prêt avec soi, c’est elle qui a les sangles)

Difficile de faire plus simple et pourtant, quand on y fait un minimum attention, le Zenit E est capable de délivrer d’excellentes photographies.

Si ce n’est pas un appareil « glamour », il a un côté rassurant, du style char d’assaut : tout en métal, il approche le kilogramme.

Ci-dessous, quelques remarques auxquelles faire attention pour éviter bien des déboires.

Soyez attentif à la cellule au sélénium. Si elle a été protégée, elle devrait encore vous donner toute satisfaction mais il est probable que le sélénium soit épuisé. Dans ce cas, vous utilisez soit la règle du Sunny 16 ou une cellule indépendante.

La lecture de la mesure se fait avec l’affichage à aiguille sur le capot, à gauche. Il faut tourner la molette autour du bouton de rembobinage jusqu’à ce qu’un anneau sur l’écran se trouve au-dessus de l’aiguille, auquel cas, si la vitesse du film est correctement réglée, vous pouvez lire une gamme de réglages équivalents de l’appareil photo à partir des marquages ​​sur l’anneau. Le compteur descend jusqu’à 30 secondes d’ouverture et f/2, et jusqu’à 1/500ème et f/32.

Les boitiers destinés à l’exportation sont marqués avec des vitesses en ASA et DIN, mais l’échelle ASA est étrangement numérotée – les chiffres correspondent à peu près aux vitesses de films soviétiques courantes, converties de l’échelle GOST en ASA (les deux sont mesurées dans des unités extrêmement similaires et correspondent étroitement, mais pas précisément), et sont généralement un peu moins qu’un arrêt par rapport aux vitesses internationales courantes (320 au lieu de 400, 80 au lieu de 100, 40 au lieu de 64, et cetera.) La seule vitesse internationale courante sur le cadran est 160 ASA, connue pour être la vitesse nominale de certaines émulsions Portra.

La synchronisation du flash est au 1/30s (comme sur les vieux Leica). Le sélecteur est en dessous du sélecteur de vitesse, il faut le faire glisser vers M ou X. En principe, on peut ajuster le délai de la synchro X à la M mais ils n’ont pas noté les marques en millisecondes sur le cadran des vitesses. Pifomètre sera votre meilleur allié.

Les tous premiers modèles du Zenit E ne possédait pas de griffe pour le flash. Par la suite, elle fut ajoutée comme une pièce rapportée, qui avait la fâcheuse tendance de se faire la malle quand elle avait été trop malmenée. Puis elle sera intégrée au boitier et mieux fixée.

Je reviens encore sur un point qui me semble intéressant de signaler : pour changer les vitesses, en tirant le sélecteur vers le haut, vous devez d’abord armer l’obturateur. Un petit point au centre du cadran montre le réglage en cours, pour mémoire. Il faut tourner le cadran dans le sens anti-horaire (lorsque vous déclenchez, vous le voyez tourner dans l’autre sens). Il existe aussi la possibilité de caler l’obturateur sur la position B : il faut maintenir enfoncé le déclencheur et tourner le cadran dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

Pour le rembobinage, vous verrez au centre de la couronne un petit rond métallique. Il faut le faire tourner dans le sens de la flèche et l’enfoncer pour libérer la tige qui servira à rembobiner le film. Ne pas oublier d’enfoncer et maintenir enfoncé le petit bouton près du déclencheur pendant la manœuvre (il débraye le mécanisme).

Pour charger un nouveau film, il faut ouvrir le verrou sur la tranche, qui libère le dos. Placez la bobine dans la chambre et tirez l’amorce jusqu’à la bobine réceptrice. Là, il faut avouer que ce n’est pas facile de l’y glisser car, en tout cas sur les premiers modèles, la tige de la bobine est entourée d’une feuille métallique sous laquelle il faut glisser le bout du film. Plus tard, Zenit optera pour une bobine en plastique, plus simple.

Le retardateur, qui est en façade ne peut être mis en bas que si vous avez d’abord armé l’appareil. Pour le libérer, il faut appuyer sur le petit bouton et vous aurez 9 secondes pour être sur la photo, … ou pas.

Bon, j’écrivais que l’appareil était simple, quoique … En effet, même s’il faut tenir compte des petites choses auxquelles faire attention ci-dessus, il y a des petits trucs pour vous aider à la prise de vue (je vous recommande le voir la première vidéo à ce sujet), comme par exemple le système de la lecture des données de la cellule : dès que vous avez fait tourner la molette pour juxtaposer le rond et l’aiguille, vous avez les infos pour l’ouverture et la vitesse recommandées, que vous n’aurez plus qu’à reproduire sur le cadran des vitesses et sur l’objectif. C’est pas gentil ça ?

C’est un fait, le Zenit E n’avait pas la souplesse des appareils japonais, ou même allemands, de l’époque, ni même leur agrément d’utilisation et ne parlons pas de leur sophistication par rapport à ses capacités. Mais au prix où il était vendu, il était tout aussi capable de faire d’excellentes photographies et, encore une fois, des générations de photographes amateurs ont connu avec lui leurs premiers émois photographiques (bon, ok, leurs premiers déboires aussi, parfois).

De nos jours, les Zenit E se vendent pour 10 à 15€, avec leur objectif d’origine. Et c’est presque triste à écrire, mais si l’exemplaire acheté venait à tomber en panne, il est moins couteux d’en racheter un que d’essayer de le réparer. Ils sont courants et faciles encore à trouver. Vérifiez quand même, lors de l’achat, si votre exemplaire vient d’Angleterre, auquel cas vous faites une excellente affaire pour ce prix-là.

Dans tous les cas, ouvrez-le après l’avoir armé et déclenchez à toutes les vitesses en observant attentivement les rideaux, qui doivent se refermer ensembles (pas de décalage). C’est une question de tension et/ou de graissage qui fera que ça fonctionne ou pas. Si tout est ok, faites le pas, pour le plaisir de l’expérience.

Petites videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://sovietcameras.org/zenit-e/, https://kosmofoto.com/2018/12/zenit-e-russian-camera-review/, https://www.lomography.com/magazine/20726-zenit-e-all-its-cracked-up-to-be, https://kosmofoto.com/2022/11/zenit-e-solving-the-enduring-mysteries-of-the-worlds-most-popular-slr/, https://www.lomography.com/magazine/187194-zenit-e-the-sturdy-metal-heart-of-russian-photography en anglais ; https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-508-Krasnogorsk_Zenit%20E.html, https://fr.rbth.com/art/histoire/2017/09/01/zenit-petite-histoire-de-lappareil-photo-le-plus-produit-au-monde_832506 en français

Argentique

Le Pentax Super A

Trouvé sur une brocante en juillet, je n’avais pas encore pris le temps de vous le présenter, quelle erreur !

Mais commençons par le début …

Ce Pentax Super A ou Super Program pour le marché anglo-saxon, apparu en 1983, il fait partie de la série A de la marque, même si sa taille et sa présentation sont assez proches de la série des M comme les ME et Super ME, qui l’ont précédé.

Disons-le d’emblée, il est un concurrent du Fujica AX 5, du Minolta XD-7 et du Canon A-1, c’est dire les ambitions du Monsieur.

Si en taille il est proche du Fujica, par rapport au Canon, il est (tout) petit.

Mais c’est un concentré de technologie aussi, nous allons le voir ensemble.

Pourquoi « Super A » ? Pour insister sur les automatismes d’exposition qu’il propose.

S’il y en avait déjà quelques uns sur les ME, ME Super et consorts, ici on va aller plus loin. Et pour y arriver, la baïonnette va devoir évoluer : exit la K, bonjour la K-A.

De fait c’est une K munie maintenant de 6 contacts électriques pour pouvoir bénéficier des nouveaux modes de l’appareil et les objectifs s’appellent désormais SMC Pentax A.

Ne jetez pas pour autant vos cailloux en K, ils sont toujours acceptés et vous garderez l’automatisme avec priorité ouverture.

Par contre, ici, sans piles, point de salut, même en mode manuel.

Ah quel suspens ! Mais il nous propose quoi de plus ce Pentax Super A ?

C’est le premier Pentax avec les modes d’expositions P (programme) – Tv (priorité vitesse) – Av (priorité ouverture) et M (manuel), le tout avec contrôle du flash TTL.

Pour autant que vous utilisiez la nouvelle monture K-A, sinon il reste les modes priorité ouverture et manuel avec les anciens objectifs M et K.

Disons-le d’emblée, si nous ne sommes pas dans la cour du Pentax LX, ce Pentax Super A est le haut de gamme du moment chez Pentax.

Mais reprenons point par point, ce sera plus facile.

C’est donc un appareil multimodes avec des modes entièrement automatiques programmés, à priorité ouverture, priorité vitesse et manuel.

Pour mémoire : en mode Program, le boitier définit automatiquement la combinaison précise d’ouverture et de vitesse en appuyant sur un bouton.

En priorité à l’ouverture, vous définissez l’ouverture et contrôlez la profondeur de champ sur la partie la plus importante de votre image. Le Pentax Super A définit la bonne vitesse d’obturation.

Et en priorité vitesse, vous définissez la vitesse d’obturation et le Super A définit l’ouverture juste.

Ajoutons-y des modes flashs automatiques avec mesure TTL (à travers l’objectif).

S’il innove, il ne réinvente pas tout : comme sur le ME Super avant lui, ce Super A utilise des boutons-poussoirs pour effectuer les réglages, dont le fameux A pour automatique sur la bague de réglages.

Là je vous avoue que je mets un bémol car ces boutons-poussoirs ne sont pas très pratiques. Déjà il faut appuyer sur un minuscule bouton pour déverrouiller la bague et mettre l’appareil en route, mais les différents réglages se font en poussant alternativement sur deux autres boutons pas beaucoup plus grands. De même chez Minolta avec son 7000 AF. Vous aller trouver que je ne suis pas impartial, mais lorsque Canon avec le T-90 (1986), a introduit le principe de la molette de commande électronique, que l’on retrouvera ensuite sur les EOS (1987), il a littéralement définit un nouveau standard, qui sera ensuite repris par les autres constructeurs, y compris Pentax, et qui perdure encore de nos jours.

La prise en mains est excellente, surtout si votre exemplaire possède les deux « poignées » prévues : un repose pouce à l’arrière, inamovible, qui porte aussi le mémo du film utilisé, et devant une petite poignée qui se fixe à l’avant (comme sur le Canon A-1), manquante sur mon appareil. C’est surtout pour les grandes mains que ces accessoires sont utiles, pour assurer une meilleure préhension car, n’oublions pas, le boitier est compact.

Lorsque vous le portez à hauteur d’œil, vous découvrez un viseur dans la veine des Pentax de l’époque : clair, aéré et qui couvre 92% de la surface (agrandissement x 0,82). Un stignomètre à coïncidence entouré d’un fin micro-prisme permet une visée facile à régler.

Voyez, en dessous, les 2 fenêtres pour les indications de prise de vue.

Vous y trouverez la vitesse sur le côté gauche et sur la droite les modes d’exposition sélectionnés avec leur indicateur : en mode programme ou en mode priorité vitesse, c’est l’ouverture qui est affichée ; en mode priorité à l’ouverture, par contre, vous ne verrez rien alors qu’en mode manuel, vous pourrez voir la correction d’exposition que vous pouvez apporter pour éviter une sur ou sous expo. Dans n’importe quel mode, si la compensation d’exposition est activée, elle est affichée sur le côté dans l’indicateur de droite.

Ces indications reçoivent la lumière naturelle à travers une fenêtre en plastique translucide sur le boîtier du pentaprisme (comme sur le Canon F-1), ce qui est une bonne idée mais ces indicateurs, il faut bien le reconnaître, ne sont pas toujours bien visibles, notamment en plein soleil. Il y a bien un petit bouton, sur le côté du barillet de l’objectif, qui actionne une petite lampe, mais c’est limite.

Pour mettre l’appareil en route, il faut enfoncer donc un minuscule bouton sur la couronne de la molette de réglage et passer sur la positon Auto, par exemple. Ensuite, la sélection du mode de fonctionnement s’effectue par une combinaison de la molette de mode et la position A sur l’objectif. Petit résumé ci-dessous :

N’oubliez pas que ces options ne sont possibles que si vous utilisez un objectif de la série A (monture KA). A défaut, les options Program et Tv (priorité vitesse) ne sont pas accessibles.

Toujours sur la molette de mode, la position 1/125 pour la synchro flash et B pour les poses longues.

Un petit écran LCD, parfois capricieux, affiche la vitesse et un P si vous avez choisit le mode Program.

De l’autre côté, autour de la manivelle de rembobinage, vous trouverez le réglage ISO et la compensation d’exposition. Contrairement aux autres réflex de l’époque, pour régler les ISO il ne faut pas soulever la molette mais bien enfoncer le bouton de verrouillage. Chacun son truc, finalement.

La mesure est pondérée centrale et il n’y a pas de verrouillage de l’exposition (AE).

Je reviens un instant sur l’utilisation du flash car le Pentax Super A propose deux modes de flash automatique dont un réservé au flash dédié et l’autre pour les flashs tiers :

  • avec le flash dédié, en mode Program, le boitier sélectionne la vitesse et l’ouverture appropriées et contrôle automatiquement la puissance de l’éclair
  • avec le flash TTL, en réglant le boitier sur la priorité ouverture (Av), la quantité d’éclair est mesurée pendant l’exposition. Ceci vous permet de sélectionner n’importe quelle ouverture dans la plage du flash et de contrôler la profondeur de champ avec le flash auto.

Avec des flashs tiers ou non dédiés, il faudra utiliser un cordon qui se branche dans la prise PC, sur le côté, près de l’interrupteur de lumière du viseur.

Le boitier propose des vitesses de 15s à 1/2000s, que vous sélectionnez avec les boutons noirs pour augmenter ou diminuer la vitesse. N’oubliez pas encore que si avec les ME Super vous pouviez encore photographier au 1/125s sans piles, ici ce n’est pas possible car l’obturateur est électronique. Pensez à avoir deux LR44 avec vous pour éviter tous déboires.

Tant que je compare le Super A au ME Super, ajoutons qu’une des caractéristiques supplémentaires est la possibilité de mesurer la profondeur de champ et l’autre réside dans le retardateur qui n’est plus actionné par un levier mais devient électronique (12s).

Pour charger l’appareil, du classique : on soulève la manivelle de rembobinage et le dos s’ouvre. Vous tirez l’amorce jusqu’aux baguettes magiques de la bobine réceptrice (une série de fine baguette de plastique, ce qui facilite l’accrochage) et vous armez et déclenchez une à deux fois avant de refermer la partie arrière. Le compteur se remet automatiquement à zéro (compteur additif). Juste sous le levier d’armement, vous verrez une petite fenêtre, qui est un témoin de l’accrochage du film.

L’appareil était accompagné de plusieurs accessoires : j’ai déjà évoqué les flashs dédiés (Pentax AF4OOT, AF200T, AF200S, AF 160) mais il y avait aussi un dos avec dateur, un moteur (Winder ME II ou Motor Drive A) qui donnait une cadence de 3,5i/s et bien entendu des objectifs en monture KA.

Que retenir de ce petit appareil sympathique ?

J’aime bien sa taille contenue, sa prise en mains assez typique de ces années-là. Il est bourré d’électronique, qui peut très mal vieillir, on le sait, mais généralement le boitier supporte bien les années.

Très bien fournit, des lectures que j’ai pu faire sur les différents sites consultés, l’avis est unanime, c’est un très bon appareil, qui donne d’excellents résultats. Les objectifs en monture KA valant aussi très largement les autres objectifs de la marque.

Personnellement, même si d’aucuns trouvent facile les réglages avec les petits boutons, qui permettent en principe de ne pas quitter le viseur des yeux pendant les modifications, je ne m’y habitue pas (sorry, je ne les sens pas sous les doigts).

Pour le reste, ce Super A fait partie des excellents appareils proposés par Pentax.

Il a existé en version chromée et noire, qui reste toujours un peu plus cher à l’achat et que je trouve plus jolie (avis tout personnel mais je le partage).

Question prix d’ailleurs, s’il n’atteint pas les folies des Canon AE-1, il se négocie quand même autour des 75€.

S’il n’a pas l’aura mythique d’un Pentax LX, il n’en demeure pas moins un excellent appareil qui mérite le détour, et l’achat.

Videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI (très complet mais en anglais).

Résumé technique (source : pentaxforums.com)

  • Appareil photo reflex 35 mm avec commandes d’exposition automatiques multimodes, obturateur à plan focal à commande électronique et mesure à travers l’objectif à pondération centrale à ouverture ouverte
  • Six modes de contrôle d’exposition : AE programmé, AE à priorité ouverture, AE à priorité vitesse, manuel mesuré, flash automatique TTL et mode flash automatique programmé
  • Réglage du mode de contrôle de l’exposition : En utilisant des combinaisons de réglages sur le cadran d’obturation et la bague d’ouverture des objectifs de la série « A »
  • Monture : Pentax KA Bayonet (monture à baïonnette Pentax K avec contact électrique)
  • Obturateur à plan focal métallique à course verticale Seiko MFC-E3, exposition automatique et réglages manuels, vitesses contrôlées électroniquement de 15 à 1/2000 s, 1/125 s (synchro flash) et B. Déclencheur électromagnétique avec bouton de déclenchement verrouillage
  • Indication d’exposition dans le viseur : Écran à cristaux liquides (LCD). Vitesses d’obturation automatiques et manuelles, ouvertures d’objectif réglées automatiquement, avertissement de facteur d’exposition, avertissement d’erreur de réglage de la vitesse d’obturation, avertissement de durée de vie de la batterie et indication AE programmée (P). Éclairage de la fenêtre LCD
  • Indication externe : vitesses d’obturation automatique et manuelle, indication AE programmée (P) et indicateur d’obturation armé
  • Synchronisation du flash : Griffe flash (contact X-synch, contacts flash dédiés), X-sync à 1/125 sec.
  • Couplage automatique du flash dédié : Réglage automatique de 1/125 sec. vitesse de synchronisation avec des flashs automatiques dédiés. Le contrôle automatique du flash TTL permet une mesure sur le plan du film. Plus lent que 1/125 sec. La photographie avec flash synchronisé est possible en mode manuel.
  • Retardateur : à commande électronique, indication du temps de retard par lampe clignotante et buzzer électronique, env. 12 secondes. délai d’attente, résiliable à tout moment ; lancer le processus en appuyant sur le déclencheur
  • Viseur pentaprisme à revêtement argenté avec écran de mise au point à image divisée/microprisme ; montre 92 % de la zone de l’image, grossissement 0,82X avec objectif 50 mm à l’infini. -1,1 oculaire dioptrique
  • Miroir à retour instantané de type à bascule arrière
  • Chargement du film à « aiguille magique » (un ensemble de fines baguettes dans lesquels on glisse l’amorce)
  • Levier d’armement rapide à une seule course avec une projection de 135° et un angle d’écartement de 30° ; Indicateur d’armement de l’obturateur LCD ; fenêtre indicatrice d’avance et de rembobinage du film. Accepte Winder ME II, Motor Drive A
  • Compteur d’exposition : additif, remise à zéro automatique. Règle automatiquement la vitesse d’obturation à 1/1000 sec. jusqu’à l’image « 0 » sur le compteur lorsque la molette d’obturation est réglée sur AUTO ou M
  • Rembobinage du film par manivelle
  • Mesure de l’exposition : Système de mesure de surface moyenne à ouverture ouverte, à travers l’objectif, à pondération centrale avec cellule GPD. Mesure film-plan pour flashs électroniques automatiques dédiés
  • Plage demesure : EV 1 (f/1,4, 1 sec) ~ EV 19 (f/16, 1/2000 sec. ou f/22, 1/1000 sec.) avec objectif 50 mm f/1,4 et film ASA/ISO 100
  • Réglage ASA/ISO : 6 à 3.200
  • Compenstion d’exposition : Cadran de compensation indexé à 4X, 2X, 1X, 1/2X et 1/4X
  • Témoin profondeur de champ : via le levier d’aperçu de la profondeur de champ lorsque l’ouverture est réglée manuellement
  • Alimentation : Deux piles alcalines ou à l’oxyde d’argent de 1,5 V, ou une pile au lithium de 3 V
  • Interrupteur principal : Allumé par le déclencheur et reste allumé pendant environ 30 secondes, arrêt par minuterie intégrée
  • Avertissement de batterie : Lorsque les piles s’affaiblissent, l’écran LCD fait clignoter alternativement les désignations d’exposition et le signe « ooo ». Lorsque les piles sont épuisées, les écrans LCD s’éteignent et l’obturateur se verrouille
  • Porte arrière : Dos d’appareil photo standard avec loquet à ressort, support/poignée pour mémo intégré, entièrement interchangeable avec Dial Data ME et Digital Data M

Des références : https://benber.fr/revue-pentax-super-a/, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-2039-Pentax_Super%20A.html en français ; https://www.pentaxforums.com/camerareviews/pentax-super-super-program.html, http://camera-wiki.org/wiki/Pentax_Super_A, https://www.35mmc.com/03/07/2020/pentax-super-program-review-by-chris-colten/, https://en.wikipedia.org/wiki/Pentax_Super-A, https://lens-db.com/camera/pentax-super-a-1983/, https://everythingvintage.uk/vintage-camera/pentax-super-program-super-a-review/, https://cjo.info/classic-analogue-cameras/pentax-super-a/, en anglais

Argentique

Le Canon Eos 100

Troisième appareil reçu de Philippe, un Eos 100 avec son zoom 28 – 80mm d’époque, un monument.

Pour mémoire, la gamme Eos a vu le jour en 1987, pour le cinquantième anniversaire de la marque.

Nous sommes en pleine transition car l’autofocus fait son apparition et il sera l’avenir dans la photographie, professionnelle ou amateure.

Leader du marché de la photo depuis des années, Canon perd ce statut malgré le lancement, en avril 1985, du T-80, le premier reflex autofocus de la marque : Minolta a lancé son 7000 AF en février, qui est un succès énorme, et Nikon, avec son F-501, lui a emboité le pas (avril 1986).

Le T-80 est un bon appareil mais son autofocus, de l’aveu même de la marque, est déjà dépassé par la concurrence. En juin 1986 le boitier est abandonné.

En plus, les Jeux Olympiques de 1987 approchent à grands pas et ils sont une vitrine que Canon ne peut pas rater, il en va de sa survie. Il faut trouver une nouvelle stratégie, et vite !

Ils présentent bien, en 1986, le Canon RC-701, le premier appareil video au monde mais ce balbutiement du numérique est trop en avance. Ce n’est pas la solution attendue.

Pendant deux ans, les ingénieurs de Canon travaillent d’arrache-pied sur une nouvelle monture, les optiques EF, pour Electro Focus, qui sont mues par des moteurs circulaires USM (Ultrasonic Motor) intégrés dans l’objectif. Ainsi va naître le système EOS (Electro Optical System) et il aura de l’avenir.

Cette monture propose un diamètre interne de 54mm, le plus grand, toutes montures pour 24×36 confondues. L’avantage, c’est d’offrir des objectifs à grande ouverture pour les nouveaux boitiers EOS.

L’originalité de la technologie développée pour les objectifs EF, c’est le moteur pour l’autofocus intégré à l’objectif lui-même. Il n’y a dès lors plus d’interface mécanique entre l’objectif et le boitier, tout se fait par signaux électriques. Les autres marques utilisent encore des cames pour leur moteur, associé à des contacts électriques et une vis hélicoïdale intégrée à l’optique .

Les objectifs EF de chez Canon ont alors un moteur spécifique par focale et le mécanisme est pensé pour être durable, la « mécanique » de jonction ayant été évacuée.

Depuis 1987, la gamme des EF s’est diversifiée et spécialisée pour répondre à tous les usages : du sport au portrait, en passant par le paysage, le photojournalisme. Elle a aussi bénéficié de toutes les nouveautés optiques ou électro-mécaniques, comme les moteurs ultrasoniques (USM), la stabilisation optique (IS), les verres diffringents (DO), l’utilisation de la fluorite pour le traitement des verres et des éléments asphériques sont encore introduits dans la construction de certaines focales, notamment celles des séries L (professionnelles).

En 2003, le numérique a fait sa place et Canon propose des boitiers à capteurs APS-C (Canon Eos 300D). La firme lance alors des objectifs spécifiques à cette gamme, les EF-S (S pour « Short back focus »), parce que l’arrière de l’optique est plus proche du capteur APS-C que les objectifs EF ne le sont des capteurs plein format.

Si on peut monter un objectif EF sur un boitier APS-C, la réciproque n’est pas vraie (un détrompeur empêche d’ailleurs de le faire). L’avantage d’un objectif EF sur un boitier à capteur plus petit, c’est qu’il « augmente » la longueur de l’objectif : ainsi un 24 – 70mm en EF devient, après application d’un coefficient de 1,6x, un objectif de 38 – 112mm. Si ce n’est pas toujours flagrant en focale classique, imaginez en photos animalières l’avantage que cela représente : un télé comme le 70 – 200 f2,8 devient un 112 – 320mm ouvrant toujours à f2,8. Vous pouvez y mettre un doubleur de focale, vous ne perdrez pas grand chose en luminosité.

Par contre, pour les très grands angles, il faut absolument passer par un objectif EF-S pour ne par perdre l’intérêt de la focale avec le coefficient de conversion (1,6x pour la majorité des cas, parfois 1,62x)

Petit aparté utile : les Canon Eos 10D – D 30 et D 60 sont les seuls numériques à petit capteur qui utilisent encore une monture EF et pas EF-S. Tous ceux venus après l’EOS 300D (2003) seront exclusivement en EF-S.

Pour être assez complet, en 2011 Canon lance les objectifs CN-E à réglage manuel, qui ne sont destinés qu’aux appareils du système EOS Cinéma.

L’année suivante, Canon met un pied dans les appareils hybrides, avec la série des EOS M et crée, dans la foulée, la monture EF-M, exclusive à ces modèles. Si vous vouliez réutiliser vos optiques EF et EF-S sur les appareils à monture EF-M, il fallait acheter une bague d’adaptation EF-EOS M. Particularité de ces objectifs EF-M par rapport aux autres : ils n’ont pas de sélecteur pour la mise au point ni de commutateur pour la stabilisation (IS).

Cette gamme ne sera pas poursuivie car lorsque Canon lancera ses premiers hybrides plein format (Canon R et RP), il lancera une nouvelle monture, la gamme RF

Second aparté : Canon a choisi une voie qui aurait pu s’avérer dangereuse en changeant totalement de monture. Les aficionados de la marque avaient déjà eu du mal à accepter le passage du FL vers le FD (les anciennes optiques argentiques mécaniques), mais leur annoncer tout de go qu’ils ne pourraient plus utiliser leurs anciens cailloux sur les nouveaux EOS pouvaient être catastrophique, surtout s’ils avaient investi dans des optiques de qualité. Le grand rival, Nikon, se targue de pouvoir utiliser toujours la mythique monture de ses F, même sur des appareils modernes (ce qui n’est pas tout à fait exact vu le nombre de restrictions), même si c’est au prix de tergiversations compliquées. Canon a eut le courage de couper les ponts et repartir sur de nouvelles bases, saines.

Bon, je résume cette épopée : retenons surtout que Canon, après l’échec de son T-80 qui était son premier autofocus avec monture FD, avait développé un T-90, sans autofocus, encore en monture FD. Si cet appareil était considéré alors comme le plus sophistiqué du moment, il était clair que la monture allait être l’obstacle qu’il fallait lever pour progresser (heu … j’en connais quelques uns qui vont me mettre en commentaire que ce T-90 était catastrophique, à cause de son électronique capricieuse. Mais bon, au moment de sa sortie, sur papier, il était « moderne »).

Une petite video résume tout cela en quelques images.

Canon remet donc ses ingénieurs à la planche à dessin avec un impératif : faire vite et bien !

C’est ainsi qu’est apparu le Canon EOS 650 en 1987, le premier EOS d’une longue série qui va perdurer jusqu’à nos jours (même si la monture RF et les hybrides semblent sonner le glas des reflex classiques de la marque).

Alors que la base est proche du T-90, nous avons là un tout nouvel appareil qui incorpore un microprocesseur, un moteur de très haute précision (à ultrasons) et un capteur CMOS pour l’analyse des images, très sensible. La vitesse de réaction de l’autofocus, liée à la précision de l’analyse des scènes l’ont rapidement rendu populaire, surtout auprès des photographes professionnels proches des milieux sportifs.

Il révolutionne aussi l’ergonomie des reflex : on quitte les angles vifs pour entrer dans du « rond ». Tout est pensé pour que les commandes tombent naturellement sous les doigts et que le port du boitier soit confortable.

Attention, l’autre coup de génie a été de proposer non pas un appareil neuf mais un « écosystème » complet autour de l’EOS 650 : des objectifs en veux-tu en voilà (162 références), des flashs, des accessoires, … bref, de quoi capter les utilisateurs qui deviendront fidèles à la mise au point automatique et l’automatisme de réglage de l’ouverture grâce aux moteurs électriques, silencieux et rapides.

Tiens au fait, pourquoi EOS ? Ce peut être une référence à la déesse grecque de l’aurore mais c’est surtout l’acronyme de Electro Optical System (système optique électronique).

Si l’EOS 650 était destiné aux amateurs experts, quoique, nous l’avons lu, aussi par des professionnels, il sera suivi, dès 1989 par l’EOS-1, le premier boitier vraiment professionnel en monture EF (les anciens Canon New F-1 étaient en monture FD).

Cet Eos-1 présente une ergonomie bien étudiée, de nombreux modes de prise de vue (programmes) et une vitesse d’obturation qui monte au 1/8000s. De plus, il propose un capteur d’images BASIS qui peut effectuer la mise au point automatique dans des conditions trop sombres pour le faire manuellement. Il est l’archétype des appareils modernes de la firme.

Bien que les professionnels et les amateurs éclairés soient bien servis, il faudra attendre 1993 et le Canon EOS 500 pour ouvrir la gamme des boitiers et des objectifs aux amateurs, c’est-à-dire au plus grand nombre de clients potentiels. Et ce avec un boitier performant, léger et compact.

Canon redevient le leader incontesté mais des appareils autofocus cette fois ! Si autrefois la bagarre avec Nikon, sur le marché professionnel, penchait encore et toujours vers la marque jaune, dès le moment où Canon a introduit le système EOS, la tendance s’est complètement inversée. Et, cerise sur le (gros) gâteau, il a même raflé une grande partie de la clientèle privée qui trouvait là un choix de matériel extraordinaire et évolutif.

Oui, changer radicalement de monture était un pari risqué, mais pari réussit !

Source : mir.com. La domination de Canon… Le moment de tension entre les photographes professionnels qui attendent à l’arrivée de la finale du 100 m hommes. Jeux olympiques d’Athènes 2004. Crédit : Vincent Thian, AP.

Venons-en à notre Canon Eos 100 ou Eos Elan aux States et Eos 100QD (avec dos dateur)/100 panorama (uniquement pour le marché intérieur) au Japon, apparu en 1993.

Commençons fort car c’est le premier reflex autofocus au monde qui intègre le concept du fonctionnement silencieux !

Bien qu’on entende encore les mouches voler, il faut quand même bien dire que les mécanismes dits silencieux (Whisper Drive) ont permis de réduire le bruit d’avance ou de rembobinage du film à un huitième du niveau sonore des appareils précédant.

Ici plus d’engrenages mais des courroie en néoprène renforcé de fibres qui ont le même office, le silence en plus.

Des blocs de caoutchouc sont utilisés pour amortir les vibrations et un système avancé de guidage du film par infrarouge, sans pignon, réduit encore plus le niveau de bruit. Si on ajoute encore l’avantage du fonctionnement tout aussi silencieux des objectifs USM, on peut dire que c’est un appareil particulièrement peu bruyant.

Un petit mot sur le guidage du film : dans les autres appareils, le film se rebobine grâce à une chaine d’engrenages bruyants et l’avance se fait grâce aux perforations le long des bords du film dont l’espacement détermine la distance entre deux images. Cliquetis en tout genre sont bien entendu au rendez-vous !

Dans l’Eos 100, c’est un système de détection optique qui mesure la distance d’avancement du film, sans même le toucher. De plus, deux moteurs sans noyau remplacent les moteurs classiques. Leur rotation est plus douce, quasi sans vibrations, et cela contribue encore à réduire le bruit du système d’entrainement.

Et pour aller au bout de la logique, des caoutchouc et de la mousse acrylique servent de supports flottants dans le corps même de l’appareil, isolant les vibrations qui pourraient atteindre la carcasse.

Le boitier porte un flash intégré, TTL, qui ajuste automatiquement l’angle du flash en fonction de l’angle de vue de l’objectif. Parmi les autres fonctionnalités de ce flash, on peut citer la synchro sur le deuxième rideau, la réduction des yeux rouges, la compensation d’exposition au flash. Il se déclenche automatiquement dans les situations de contre-jour (fill-in) ou de faible éclairage (attention, l’Elan américain n’a pas – allez savoir pourquoi – cette fonctionnalité).

Autre petite attention qui a réjouit les professionnels, une molette de contrôle rapide qui permet de régler la compensation d’exposition en temps réel, pendant que vous regardez la scène dans le viseur.

S’il a gardé le look des EOS 650 – 630, rajeunit, il a surtout gardé les fonctions intéressantes du EOS -10, à savoir la lecture des codes barre et, moins anecdotique, la molette arrière pour régler les fonctions utiles.

Et, bien sûr, il a engrangé quelques avancées technologiques, parfois issue des autres appareils de la gamme. Par exemple, il a opté pour le capteur BASIS de type croisé du EOS -1 pour détecter la mise au point sur les contrastes horizontaux et verticaux (l’EOS -10 utilisait des capteurs Tri-AF, moins sensibles).

Toujours emprunté au EOS-1, le boitier pro de la marque, la molette de commandes rapides, à l’arrière du boitier, pour contrôler les modes de fonctionnement. En plus, on peut personnaliser les fonctions (jusqu’à 8) que l’on utilise le plus souvent et on configure alors son appareil selon ses préférences.

Source : mir.com

J’ai bien l’impression que ces appareils ont inscrit la genèse des menus que nous connaissons encore et ils l’ont bien fait car déjà, ils étaient clairs et faciles à utiliser.

La plupart des fonctions de l’EOS 100 sont contrôlées par les trois parties de la molette « Commande », qui définit les modes d’exposition et sélectionne les modes de réglage pour la vitesse du film, l’exposition multiple, le bracketing d’exposition automatique et les fonctions personnalisées.

Un écran LCD très complet (tout ne s’allume pas en même temps, rassurez-vous).

Un mot sur le viseur : très clair, avec en son centre la mire de l’autofocus mais contrairement à l’écran LCD, il n’y a pas pléthore d’informations : la vitesse, l’ouverture, la correction d’exposition et le signal qui confirme la mise au point. L’essentiel en somme.

Autre gros avantage de l’EOS 100, son autofocus prédictif !

Avec un système d’autofocus classique, la mise au point se verrouille lorsque le déclencheur est enfoncé. Ce qui veut dire que pour les sujets en mouvements rapides peuvent être flous au moment du déclenchement.

Avec le système d’autofocus prédictif, l’appareil suit le mouvement du sujet et évalue sa vitesse et sa direction. Dès lors, il va « prédire » où se trouvera le sujet à l’ouverture de l’obturateur et la mise au point se fait à cette distance. Grâce au capteur Basis (Base Stored Image Sensor) , tout cela se fait en une fraction de seconde et garantit des images nettes.

L’EOS 100 propose encore une analyse fine de la profondeur de champ. Si vous dirigez l’appareil vers le point le plus proche de votre sujet, il suffit d’enfoncer à mi-course le déclencheur. Ensuite il faut viser le point le plus éloigné du sujet et de nouveau appuyer à mi-course sur le déclencheur. Cadrez et prenez la photo.

En fait, le micro ordinateur intégré dans le boitier définit automatiquement une ouverture et une distance de mise au point qui sera maintenue sur le sujet.

Il est encore possible d’utiliser le mode AE profondeur de champ en paysage, pour étendre la zone de mise au point du premier plan jusqu’à l’horizon, ou pour les portraits pour isoler le sujet avec un arrière-plan flou.

Si vous optez pour le réglage tout automatique (le carré vert), l’appareil vous avertit en cas de risque de bougé, grâce au capteur de mise au point du boitier, qui détecte les mouvements intempestifs. Si besoin, l’EOS 100 va alors sélectionner une vitesse appropriée, tenant compte du réglage de la distance focale de l’objectif pour dépasser l’effet de flou induit par le mouvement.

Autre innovation de cet EOS 100, la lecture de codes-barre.

Une série de conditions de prises de vue difficiles ont été mises en algorithmes que le boitier va pouvoir intégrer grâce à un petit lecteur de codes-barres (bar-code Reader E) qui se branche sur le côté. Selon votre pratique photographique, vous pouvez stocker la lecture de 5 codes-barres, que vous irez rechercher avec la molette de sélection de programmes.

Lorsque vous avez recours à ce système, l’appareil a intégré les paramètres pré-déterminés pour tel ou tel type de prise de vue. Vous pouvez dès lors personnaliser votre appareil photo finement.

Si cette solution peut sembler anecdotique, Minolta l’a utilisée sous forme de « carte » qui fallait glisser dans sa série des Dynax, à partir du 7ix si mes souvenirs sont bons.

Plus classique (enfin, maintenant que nous sommes habitués à cette configuration moderne et utilisée par tous les fabricants plus ou moins de la même manière), la roue de sélection des programmes, avec ses modes créatif, semi-automatique, automatique et manuel.

De nos jours tous ces « programmes » sont intégrés dans l’ordinateur de nos boitiers. Certains commencent même à recourir à l’AI pour certains types de prise de vue …

Dès lors, le cœur de commande de l’EOS 100, c’est sa molette de sélection. Elle permet de régler la vitesse, l’ouverture, la sensibilité du film, les fonctions personnalisées, le nombre d’expositions multiples, le bracketing d’exposition, etc.

Comme sur les Canon modernes, vous aurez donc la molette de sélection, une roue dentée à l’arrière, le « contrôle rapide » et une petite derrière le déclencheur. C’est avec la combinaison du jeu entre ces trois molettes que vous réglerez, comme aujourd’hui, les paramètres de prise de vue.

Je ne vais pas vous faire le mode d’emploi ici (il est en référence en bas de l’article, comme d’habitude) mais je vous suggère de regarder aussi les vidéos.

Sachez que vous avez d’office 8 fonctions personnalisées :

  • la synchro flash au premier ou second rideau,
  • le réglage des ISO, qui se fait automatiquement par la lecture du code DX, peut être fait manuellement
  • le faisceau d’assistance AF, qui peut être débrayé (le faisceau rouge est parfois intense)
  • le verrouillage ou déverrouillage AE
  • le bip sonore du retardateur peut être désactivé
  • le verrouillage du miroir, avec le retardateur : le déclenchement se fait 2 secondes après que le miroir ait été relevé, pour éviter les vibrations.
  • le bracketing d’exposition automatique (AEB) prendra 3 photos de la même scène, chacune avec une exposition légèrement modifiée. Vous pouvez régler la compensation d’exposition entre +/- 0,5 et +/- 2 valeurs (sous ex/exposition correcte/sur ex)
  • l’exposition multiple, qu permet jusqu’à 9 expositions sur la même image.

En résumant ici, nous pouvons qualifier cet appareil de moderne. S’il n’a pas le statut du EOS -1, le professionnel de la bande, il ne lui manque pas grand chose en terme de fonctionnalités.

Vous pouvez encore lui ajouter toutes une série d’accessoires, comme différents flashs, une commande à distance, le lecteur de codes-barres, etc.

Que retenir de cet EOS 100 ?

Outre ses molettes de commande si proches de celles que nous utilisons encore si nous sommes « canonistes », la grand nouveauté fut, ne l’oublions pas, l’électrification des commandes de l’appareil vers ses accessoires et réciproquement.

Plus de 50 types d’informations différentes sont traitées via la monture EF et le boitier.

De plus, le diaphragme électromagnétique autorise un contrôle rapide et précis de l’ouverture et un aperçu de la profondeur de champ en temps réel. Il sera bien secondé par un obturateur à lamelles métalliques à déplacement vertical qui autorise des vitesses de 30s à 1/4000s.

Enfin, comme chaque objectif EF est doté de moteurs de mise au point intégrés, ces moteurs sont à chaque fois calibrés en fonction du type d’objectif et finalement, ils sont plus rapides en mise au point autofocus que manuelle. Deux grandes familles de moteurs se côtoient alors : les AFD pour Arc Form Drive, qui sont des moteurs avec un couple élevé, les USM (ultra sonic) sont encore plus rapides et silencieux. Ces derniers équipent les objectifs des séries L, professionnelles.

Que dire encore ? Ah oui, il charge automatiquement le film, lit le code DX pour régler la sensibilité de la cellule et en fin de course, rembobine le film (on peut le faire aussi sans avoir terminé le film).

Franchement, quand on voit cet EOS 100, on a envie de le retourner pour vérifier l’écran. Et il n’y en a pas !

C’est un appareil trop peu recherché de nos jours, pourtant il offre encore des performances qui sont loin d’être ridicules. Avec un objectif 28 – 80mm, il devrait être à vous pour 50€.

Il sera remplacé, en 1995, par l’EOS 50/50E, mais c’est une autre histoire ….

Une video qui retrace l’histoire de la marque

Videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Un peu de technique :

  • Type Appareil photo reflex AF multimode à obturateur à plan focal 35 mm
  • Taille de l’image 24 x 36 mm
  • Objectif normal EF 28-80 mm f/3,5-5,6 USM, et toute la gamme EF ou tiers compatibles
  • Monture d’objectif Monture EF
  • Détection de phase TTL du système AF. Modes AF : AF One-Shot/AF servo prédictif AI (commutation automatique). Plage de fonctionnement AF à 100 ISO : EV 0 – 18. BASE de type croisé pour le capteur AF.
  • Obturateur Obturateur électronique à déplacement vertical et plan focal. 30 secondes. – 1/4000 sec., B. X-sync à 1/125 sec. (chaussure chaude). La vitesse d’obturation peut être réglée par incréments d’un demi-arrêt. Retardateur électronique intégré (avec bip).
  • Viseur Pentaprisme fixe au niveau des yeux. Grossissement 0,75x et couverture 90 %. Nouvel écran Laser Mat.
  • Viseur
  • Informations Marque AF, indicateur de mise au point, cercle de mesure partielle, vitesse d’obturation, réglage de l’ouverture, profondeur de champ AE, niveau d’exposition manuel, flash prêt, verrouillage AE, compensation d’exposition, lampe de réduction des yeux rouges, niveau de bracketing automatique et autres les indications.
  • Comptage et
  • SPC composite de contrôle d’exposition pour la mesure TTL à pleine ouverture (évaluation à 6 zones, partielle de 6,5 % au centre et moyenne pondérée centrale) avec AE priorité à la vitesse d’obturation, AE priorité à l’ouverture, AE profondeur de champ, programme intelligent décalable AE, modes de contrôle d’image programmé, mode code à barres et manuel de mesure. Verrouillage AE avec mesure partielle activée. Compensation d’exposition et plage de bracketing automatique de ±2 EV (par incréments de 1/2 valeur). Plage de mesure à 100 ISO et f/1,4 : EV 1 – 20. Plage de sensibilité du film : ISO 6 à 6400. Maximum 9 expositions multiples. 7 fonctions personnalisées.
  • Écran LCD externe Vitesse d’obturation, réglage de l’ouverture, vitesse du film, profondeur de champ AE, programme et numéro de code à barres, numéro de fonction personnalisée, mode de transport du film, vérification de la batterie, mode de mesure, mode AF, nombre d’expositions multiples, réduction des yeux rouges , bracketing automatique, compensation d’exposition, manuel et autres indications.
  • Flash intégré Situé sur la bosse du pentaprisme. Tête de flash pop-up automatique. Contrôle du flash automatique du zoom TTL avec mesure hors film. Lampe anti-yeux rouges fournie. Synchronisation sur le deuxième rideau activée. Guide n° 12 – 17 (à ISO 100 en m). Tête de flash à zoom automatique pour des focales de 28 mm, 50 mm et 80 mm.
  • Rapide
  • Molette de commande La molette située à l’arrière de l’appareil photo règle le montant de la compensation d’exposition en modes AE, l’ouverture en mode manuel et le montant de compensation d’exposition au flash pour le flash intégré.
  • Source d’alimentation Une pile au lithium 6 V 2CR5
  • Chargement des films et
  • Avancez Alignez l’amorce du film sur la marque, puis fermez l’appareil photo pour le chargement automatique. Avance automatique du film avec moteur intégré. Vitesse d’avance du film : env. 3 fps et avance unique.
  • Film Rewind Automatique avec moteur intégré. Rembobinage midroll activé.
  • Dimensions &
  • Poids 154 x 105 x 69 mm, 580 g

Des références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_EOS, https://global.canon/en/c-museum/product/film148.html, https://www.mir.com.my/rb/photography/hardwares/classics/eos/index.htm, https://www.mir.com.my/rb/photography/hardwares/classics/eos/eoscamera/EOS100Elan/index.htm en anglais ; https://leblogphoto.net/levolution-des-appareils-canon-eos-30-ans-dhistoire-et-dinnovations/, https://photoetmac.com/2007/06/les-canon-eos-o/, https://fr.wikipedia.org/wiki/Monture_Canon_EF, https://www.central-manuels.com/manuel_notice_mode_emploi_appareil_photo/canon.php (à garder pour trouver des modes d’emploi d’origine Canon), https://fr.independent-photo.com/news/a-brief-history-of-canon/, https://phototrend.fr/2022/02/ecosysteme-canon-eos-35-ans/, https://canon.ca/fr/a-propos-de-can, https://www.lesnumeriques.com/photo/les-abreviations-et-sigles-des-optiques-canon-pu100667.html, https://objectifreflex.com/objectifs-reflex-canon/, en français.

Argentique

Le Fujica ST 605

Celui-ci ça faisait un moment que je le cherchais et c’est grâce à la collection, qui a fait l’objet d’un article, que j’ai pu l’acquérir.

En fait, si vous vous en souvenez, c’est avec le Canon FTb des parents que j’ai appris à photographier (bon, je sais, ça ne nous rajeunit pas !). Par la suite, et je ne désespère pas de les retrouver dans le capharnaüm du grenier des parents, mon frère et moi avons eu quelques appareils « à nous ». De vénérables petits « pockets » avec cassettes 110 ou 126 et de petits appareils en 24×36.

Mais mon premier « vrai » reflex, ce fut ce Fujica ST 605. Acheté en Andorre à l’époque (1977) parce que les taxes y étant moins élevées, il était abordable pour mes économies que je partageais avec ma Honda SS50 et mon envie de cet appareil photo (et un petit coup de pouce de papa-maman en cadeau).

En plus, comme il possédait une monture à vis (M42, j’y reviendrai), je pouvais, au fil du temps, acheter quelques bons objectifs pour l’accompagner.

C’est aussi avec lui que j’ai fait mes premiers pas dans un labo photo, avec quelques camarades apprentis photographes et scouts pour la plupart. C’est à Monsieur Roland Thys que je dois cet engouement pour la photo, je ne l’en remercierai jamais assez.

Du haut de mes 15 ans, armé de ce Fujica ST 605, avec les autres apprentis, j’ai écumé la région du Centre (La Louvière, Manage et communes avoisinantes) pour de passionnants mini-reportages et quelques concours que nous avons remportés et que seules nos mémoires gardent précieusement en trophées.

Vous l’aurez compris, j’ai retrouvé un bout de mémoire et quelques nostalgies …

Alors, ce Fujica ST 605, que nous propose t’il ?

Il fait suite au ST 601 et il sera suivi d’un ST 605n qui a fait l’objet d’un précédant article. Sorti en 1976, il sera remplacé en 1978. Notez qu’il y aura un Fujica ST 605 II aussi mais réservé au seul marché nippon.

Oh, il n’a rien révolutionné mais il a fait avancer le ST 601 dans la modernité, notamment en passant résolument aux piles alcalines et non plus au mercure, en adaptant, bien évidemment, au passage sa cellule à la nouvelle énergie. Ici il n’est pas besoin de modifier quoique ce soit au niveau tension ou autre. Un bon point.

Par contre il garde la « mesure d’arrêt ». J’explique.

La cellule n’est activée que si vous appuyez sur un bouton en façade, au dessus du levier du retardateur. Il faut donc régler l’ouverture et la vitesse à un moment T, celui de l’appui sur le bouton. Ce n’est pas, comme sur le ST 801 (le haut de gamme), une cellule qui travaille en continu.

De fait, l’appareil fait une mesure pondérée centrale à travers l’objectif (TTL). Deux récepteurs de photocellules en silicium sont couplés à un circuit FET (Fiel Effect Transistor) et transmettent l’information à une aiguille, sur la droite dans le viseur, qu’il faut faire tenir dans le centre de l’échelle pour avoir une exposition correcte.

Voici ce que le constructeur disait de cette cellule :

La sensibilité était courante pour les films de l’époque : de 25 à 3200Iso/Asa. Pour régler celle-ci, il suffit de soulever le barillet des vitesses et de tourner ce dernier jusqu’à la valeur voulue.

Petit aparté utile : Fujica a été un constructeur fécond et il a proposé quelques belles trouvailles dont l’adoption de photodiodes au silicium (SPD) pour le système de mesure TTL du ST701(1971), qui étaient plus sensibles que les cellules CdS (sulfure de cadmium) largement utilisées auparavant, et que d’autres utiliseront ensuite.

Autre chose qu’il a gardé du ST 601, la monture M42, dite « monture universelle » par Pentax, qui l’ a lancée. Ce qui ouvre, comme je le signalais plus haut, une large gamme d’objectifs intéressants et aujourd’hui abordables. Et ne faisons pas l’impasse sur les objectifs Fujinon contemporains, qui couvraient toute la gamme des cailloux disponibles à l’époque, du fish-eye 16mm au téléobjectif 1.000mm. Les optiques Fujinon comptaient parmi celles qui bénéficiaient des meilleures avancées en matière d’optique car la marque Fuji était présente dans l’industrie, le cinéma, la télévision.

Il suffit de tourner l’objectif dans le sens anti horaire pour enlever l’objectif et dans l’autre sens pour le remettre (2 tours et demi sont nécessaires. Ne forcez pas quand il est en bout de course, ça ne sert à rien)

Petit aperçu des objectifs Fujinon :

Et second petit aparté : lorsque Fujica a remplacé son ST 701 par le ST 705 (1977), il a également trouvé un moyen de permettre une mesure à pleine ouverture, une commodité inhabituelle sur un appareil photo reflex à vis. Malheureusement, le ST 605, considéré comme entrée de gamme n’en a pas bénéficié.

D’autres innovations sont à mettre à leur actif, comme le premier constructeur à avoir utilisé un affichage LED dans un viseur (1972, Fujica ST801) et qui sera encore améliorée par un affichage LED de la vitesse dans le viseur (1974, Fujica ST901).

Puisque nous en sommes à la monture M42, revenons un instant sur « la mesure d’arrêt ». Elle était une nécessité de la monture des objectifs à vis (ce fut d’ailleurs la principale raison pour laquelle elle a finalement été universellement abandonnée pour les raccords à baïonnette) et cela signifiait que l’objectif se fermait toujours jusqu’à l’ouverture réglée lors de la lecture de l’exposition. Par conséquent, le viseur s’assombrit progressivement avec les ouvertures plus petites et devient plus difficile à voir, notamment à f/16 et f/22. Heureusement, le viseur du ST605 est assez lumineux au départ et le 55 mm f/2,2 d’origine ne s’arrête qu’à f/16, auquel cas vous pouvez toujours voir clairement ce qui se passe. Bien sûr, en arrêtant l’objectif, vous obtenez un aperçu de la profondeur de champ pour faire bonne mesure. On n’a pas tout perdu …

Pour le reste, le Fujica ST 605 est un appareil tout mécanique, sans fioritures inutiles : du simple, du compact (pour l’époque), du solide.

A titre de comparaison, les concurrents du moment se nommaient Canon AT-1, Nikkormat FT-2, Cosina CS-1 ou Pentax K1000 et MX. Du beau monde, vous en conviendrez.

Fujica que l’on connait encore aujourd’hui, après un passage à vide, s’est largement inspiré du ST 605 pour sa gamme néo-retro.

Décrit comme « remarquable par sa compacité et sa légèreté », le ST 605 fait quand même ses 570 gr nu ou 705 gr avec l’objectif standard Fujinon 55 mm f/2,2. Il serait aujourd’hui considéré comme un poids lourd par rapport à des modèles comme le Fujifilm X-T30 II qui pèse 329 gr nu et le X-T200 faisant pencher la balance à 321 gr tout nu aussi.

Mais revenons à notre Fujica ST 605 car il a une autre particularité : des vitesses qui s’échelonnent de 1/2s à 1/700s. Pourquoi cette vitesse du 1/700s alors que tous les autres étaient au 1/1000s voire plus ? Mystère, je n’ai pas trouvé de réponse à cette question lancinante !

Techniquement, le mécanisme de l’obturateur ne comporte pas d’huile (ils ont utilisé du silicium pour lubrifier), ce qui lui permettait de rester fiable dans les températures extrêmes.

Pourtant, c’est un obturateur à rideau en tissu de soie recouverte de caoutchouc qui se déplace horizontalement qui équipe le ST 605. Alors que la norme sera celle des obturateurs à déplacement vertical et à lames métalliques (plus rapide car le chemin à parcourir est plus court). Un pied dans le passé et l’autre dans l’avenir …

Avec ce type de boitier, on se simplifie la vie. Ce n’est pas moi qui le dit mais le mode d’emploi :

Facile et on peut travailler sans pile à tous les coups !

L’appareil bénéficie d’une griffe flash avec synchro au centre et une prise PC, pour les flashs plus anciens. La synchronisation est au 1/60s.

C’est vraiment ce que j’appelle communément un appareil école : vous faites la mise au point, vous réglez la vitesse et/ou l’ouverture fonction des indications de la cellule et vous appuyez sur le déclencheur. C’est dans la boite.

Pour charger une bobine, rien de sorcier : il faut tirer sur la manivelle de rembobinage, ce qui libère le dos sur charnière. Vous glissez le film dans la chambre et tirez sur l’amorce jusqu’à la bobine réceptrice. Vous la glissez dans la fente, armez une ou deux fois en vérifiant que le film est bien engagé dans les dents du cabestan. Refermez le dos et armez encore une ou deux fois. Un point blanc (les chiffres impairs) va apparaître dans la fenêtre du compteur de vue. C’est bon, vous pouvez prendre vos premières photos. Un dernier petit conseil : quand vous avez chargé votre film, faites faire un petit tour à la manivelle de rembobinage dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ça tend bien le film (sans forcer, hein !).

Et lorsque vous serez arrivé à la dernière vue, pour sortir le film, il faut appuyer sur le petit bouton en dessous (sur la semelle), dégager la manivelle (sans tirer sur le barillet vers le haut surtout pour ne pas ouvrir le dos intempestivement) et tourner celle-ci dans le sens de la flèche. Lorsqu’elle tourne sans résistance, c’est que toute la pellicule est revenue dans la bobine, vous pouvez ouvrir. Le compteur de vue se remet à zéro automatiquement.

Soyons de bons comptes, vous ferez pas mal d’essais/erreurs mais vous apprendrez à maitriser tous les paramètres du triangle d’exposition avec lui et ça vous servira aussi avec votre numérique, ou d’autres vieux argentiques.

Ce petit éclaté, issu du mode d’emploi, vous montre bien la simplicité de l’engin :

Le viseur ne vous donnera pas pléthore d’informations, juste une échelle pour la cellule, sur la droite et c’est tout. Mais en son centre, un stignomètre à coïncidence et un dépoli très fin vous aide efficacement lors des prises de vue. Le cadre est d’ailleurs assez lumineux pour ce type d’appareil (il couvre 92% de la surface).

J’ai signalé au début de cet article que l’appareil avait le bon goût de fonctionner avec des piles « modernes », c’est-à-dire des alcalines et non plus de celles au mercure. Comme je le précisais, c’est un grand avantage car il ne faut pas modifier quoique ce soit, la cellule donnera des indications justes avec deux LR44 classiques.

Tiens, et si vous voulez vérifier que celles-ci sont toujours bonnes, petite gymnastique pour le contrôle :

Remarquez qu’il est fait mention de « pile rechargeable » ! Ne vous y trompez pas, la traduction nous égare car ils veulent dire si les piles sont mal introduites dans l’appareil (chargée dans …) il faut les recharger (dans le bon sens) dedans !

Tant qu’à explorer ce vieux mode d’emploi et comme je le signale souvent, à l’époque il faisait dans le sobre et l’efficace. Petit exemple pour l’explication de la profondeur de champ (parfois un cauchemar pour les néophytes) :

Ai-je oublié quelque chose ? Ah oui, le boitier est équipé d’un retardateur de +/- 10 secondes. Pour l’enclencher, il faut abaisser le levier complètement vers le bas puis appuyez sur le minuscule bouton argenté en dessous pour le libérer. Notez qu’on peut l’armer avant ou après avoir armé l’appareil mais si vous appuyez sur le déclencheur, la photo sera prise.

Voilà donc un petit appareil sympathique et plein de nostalgie pour moi. Pour l’époque, il pouvait étonnamment être accessoirisé de multiples façons, en voici un aperçu.

Les Fujica ont souvent été les parents pauvres de l’époque, parce qu’ils n’ont pas développé de gamme professionnelle en 24×36, contrairement à leurs concurrents de l’époque (Canon, Nikon, Pentax, Minolta par exemple). De nos jours, en tout cas pour les plus jeunes qui ne connaissent que les productions modernes, c’est un peu comme si la marque était « nouvelle ». Or Fuji a un beau passé dans l’histoire de la photographie, par ses appareils et sa production de film, qui ont souvent été des précurseurs innovants.

Reste que ce déficit de connaissances font que les Fujica, sauf peut-être les AX, sont moins côtés que d’autres boitiers de la même époque. Et c’est tout bénéfice pour vous qui en chercheriez un. Pour 50€ vous devriez pouvoir vous offrir celui-ci avec un Fujinon 50mm f1,4.

Et il vous restera assez de sous pour une lanière dans le ton de l’époque (je n’ai pas résisté pour le mien) et quelques boites de film.

Soyez raisonnable, faites-vous plaisir, le Fujica ST 605 ne demande qu’à sortir en balade.

Si vous voulez voir ce que peut délivrer cet appareils, quelques exemples ICI, LA et LA car je n’ai pas encore retrouvé nos diapositives familiales et je ne suis pas certain de leur état.

Des videos d’illustration :

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Un peu de technique :

Monture d’objectif M42
Mise au point manuelle via un télémètre à image divisée et un dépoli à microprisme fin.
Contrôle de l’exposition par mesure TTL avec moyenne complète à l’aide d’une photodiode au silicium « bleue » (SPD) couplée à un FET (Field Effect Transistor). Comptage d’arrêt. Plage de mesure = EV 3,3-17,6 (ISO 100, f/1,4).
Obturateur à plan focal à commande mécanique, déplacement horizontal, rideaux en tissu, de 1/2s à 1/700s seconde plus « B ». Synchronisation du flash jusqu’à 1/60s.
Deux piles bouton de 1,5 volts (type SR/LR44).
Dimensions : 133x86x50mm (boitier).
Poids : 570g (boitier nu sans piles)

Des références : http://www.alexluyckx.com/blog/2019/01/28/camera-review-blog-no-101-fujica-st605/, https://web.archive.org/web/20211113223657/https://www.beautycameras.com/fujica-st605, https://www.digitalcameraworld.com/reviews/fujica-st605-review, http://camera-wiki.org/wiki/Fujica_ST605, en anglais ; https://www.guidafotousato.com/4-STORIA_MARCHE/imm-fujica/00_FUJICA-new.htm, en italien ; https://alibi5753.blogspot.com/2018/09/fujica-st605.html, en japonais

Argentique

Humour de brocanteur …

Un dimanche matin, froid et gris, mais j’ai envie de sortir un peu.

Comme il y a une brocante qui se tient toute l’année dans d’anciens locaux d’un sidérurgiste à Jemappes, je décide d’aller y faire un tour.

C’est un endroit étonnant, on y trouve de tout même parfois du n’importe quoi, mais ça fait partie du charme de l’endroit quand on aime farfouiller. Ceci étant, pas grand chose à se mettre dans le sac à dos, la pêche sera pauvre.

Finalement, je découvre un Minolta dans son sac tout prêt en cuir noir, assorti d’une sacoche typée des année septante dans laquelle traine un second objectif et un vieux flash cuit par l’acide des piles qui y ont coulé.

J’ouvre le sac tout prêt pour découvrir un srT 101 clc à l’aspect pas trop mal, hormis qu’il est très sale.

J’arme, il déclenche. Un bon point.

Mais comme je veux voir l’état du compartiment de la pile (une PX625), j’ôte le rabat du sac tout prêt pour avoir plus facile à tout enlever.

Tiens, c’est quoi ce truc … ?

Entre-temps, le brocanteur s’est approché : « c’est 30€ avec la sacoche et les accessoires » (entendez par là le second objectif, le flash pourri et la sacoche elle-même).

Pour toute réponse, je le préviens que je vais vérifier l’état de la pile et j’entreprends de déshabiller le boitier.

Et là, qu’elle ne fut pas ma surprise en voyant ceci :

Un bout de ferraille plié pour fermer le dos de l’appareil et le tenir contre !

Comme je le montre au brocanteur, il me répond tout sourire, « oui, mais il déclenche bien et on sait l’armer facilement « .

De fait, les crochets du verrou ont été arraché et pour assurer la fermeture du dos, on a bidouillé ce bout de fer qui sert de crochet.

En plus de cela, la pile commençait à couler dans son compartiment, je l’ai donc vite enlevée et remise au brocanteur.

S’en suit une brève négociation sur le prix car je lui fais remarquer à ce brave brocanteur que son appareil est quand même bien cassé et qu’il sera difficile de le réparer. Que la pile a coulé dans son logement et que le flash, comme la sacoche, sont tout juste bons pour la poubelle.

Finalement, j’emporte ce magnifique srT 101 avec un Minolta MC Rokkor PF de 58mm ouvrant à f1,4, un Minolta MD 50mm f2 et un sac tout prêt en bon état pour la somme folle de 20€ (j’espérais m’en sortir pour 10€ mais le retors brocanteur n’en démordit pas).

Morale de l’histoire : faites toujours attention à tout lorsque vous voulez acheter un appareil ancien et, normalement, fuyez tous les bricolages exotiques inventés pour fermer telle ou telle chose ou faire tenir tel ou tel morceau.

Ici je me retrouve certes avec une épave mais les objectifs sauvent la mise.

Argentique

Le Minolta Riva Zoom 135ex

Petit tour dans mon Emmaüs préféré mais où il y a de moins en moins d’appareils photo à se mettre sous la main …

Par acquis de conscience, je vais voir la caisse où se trouve les quelques uns qui restent : de vieux Kodak Instamatic, de vieux Pola en pack 80 désormais inutilisables, un Polaroid 636 CL, un magnifique mais incompris Minolta Vectis 100, un autre Minolta, un 20ix avec son flash mais à un prix indécent pour cette entrée de gamme, un pocket Kodak 400, de vieilles caméras magnifiques en 8mm et super 8mm et ce Minolta Riva Zoom 135ex dans sa pochette.

J’ai fait remarquer à la responsable qu’il serait temps de recharger un peu la caisse, on verra si j’ai été entendu …

Bref, revenons à la trouvaille du jour. Je regarde s’il s’allume encore car il y a des piles dedans : elles sont quasi vides mais l’écran me l’indique, c’est presque bon signe.

Revenu à la maison, vous connaissez le rituel : nettoyage du corps, vérification de l’état des mousses, nouvelles piles, allumage pour voir si tout fonctionne et j’ai ajouté le test avec un film-test car ces appareils aux mécanismes en plastique déclenchent parfois tout à fait normalement mais sont incapables de faire avancer un film. Ici, tout va bien.

Je vous avoue que j’aime bien ces grands écarts car hier je vous proposais un Agfa Billy Record de 1933, puis un Yashica Mat 124 G des années ’80 et nous voici avec un compact des années ’90 aujourd’hui.

Quand j’écris que l’histoire de la photographie nous propose toujours de belles découvertes. Du rudimentaire Agfa en passant par le sérieux Yashica, nous atteignons ce qui fit le bonheur de tant de photographes amateurs : un appareil qui fait le point pour vous, qui étudie la lumière et fait les réglages à votre place, qui charge le film tout seul ou presque et le rembobine en fin de course. Vous n’avez plus qu’à viser, cadrer et appuyer sur le déclencheur.

Et en plus, ces appareils bénéficiaient déjà d’une longue tradition photographique, compilée dans de véritables mini ordinateurs, ce qui donnaient, pour la plupart des cas photographiés, de très bons résultats lors de la prise de vue.

Les plus jeunes d’entre nous peuvent difficilement comprendre l’engouement que ces appareils, qu’ils délaissent souvent avec dédain, ont pu provoquer chez leurs parents et grands-parents. Toutes les marques historiques encore présentes dans ces années-là se sont battues à coup de petites astuces, d’améliorations discrètes ou sensationnelles pour proposer à leur clientèle le meilleur de la photo amateur de l’époque.

Et je vous avoue que parfois j’ai une espèce de nostalgie. Car essayez de trouver de nos jours un appareil numérique au format 24×36, avec un viseur, des réglages automatisés pertinents et la possibilité de revenir au tout manuel si besoin, qui tiennent en plus dans une poche !

Je n’en ai pas encore trouvé qui pourrait remplacer mon bon vieux Ricoh R1. Et vous ?

Mais revenons à notre Minolta Riva Zomm 135ex ou Freedom Zoom 135EX de l’autre côté de l’Atlantique.

Celui-ci fait partie des hauts de gamme de l’époque (1994), que vous pourrez acquérir pour un prix dérisoire aujourd’hui.

La pièce maitresse c’est son objectif, composé de 8 éléments dont 2 asphériques qui offrent une excellente qualité d’image.

C’est un zoom 38 – 135mm qui ouvre au maximum à f3,5 et f9,2 au 135. Bien évidemment, la netteté se fait grâce à un autofocus efficace. La distance minimale de mise au point est de 80cm au 38mm, qui peut descendre à 50cm quand on met l’appareil sur le mode « macro ».

Si vous aviez besoin de le mettre sur un pied pour des photos rapprochées ou prises avec le retardateur, il a aussi existé une télécommande à infra rouge (modèle RC-3).

Bien évidemment, comme pour tous les appareils de ce type, lorsque vous mettez un film dans la chambre, il lit le code DX qui règle la sensibilité du film pour la cellule, sensibilité qui va de 25 à 3200Iso.

Outre cet excellent objectif, l’appareil proposait aussi des modes de prise de vue intéressants. Le but étant toujours de faciliter la prise de vue et de pouvoir le faire de manière créative si on le désirait.

Le zoom se manipule du pouce droit, avec la grosse molette à l’arrière. Fluide et assez rapide, vous suivez son mouvement dans le viseur.

Par exemple, il est doté d’un mode « autoportrait » qui permet de bloquer la mise au point si vous aviez envie de passer l’appareil à un badaud pour qu’il vous imprime sur la pellicule. Attention, si vous l’utilisez, pensez que l’appareil passe automatiquement en 38mm. Il faudra demander à votre complice de se rapprocher si vous ne voulez pas être perdu dans le cadre.

Puisque l’appareil est tout automatique, tant l’ouverture que la vitesse sont réglées par le boitier.

Pourtant, il existe quelques réglages, outre les modes, que vous pouvez actionner, comme une correction d’exposition de +/-1,5.

Quant aux fameux modes, vous pouvez choisir photo sportive, portrait, portrait de nuit, prise de vue en continu ou choisir une mesure spot.

Tout cela est clairement indiqué sur le petit écran LCD et les petits boutons autour servent à faire les réglages.

Pour les plus téméraires, le Minolta Riva Zoom 135ex vous permet de faire des doubles expositions.

N’oublions pas les modes du flash intégré, qui par défaut est automatique, avec un effet anti-yeux rouges, pour le fill-in et il peut être désactivé. Sa portée, pour un film de 100Iso, va jusque 5,5m. En plus, il se recharge assez vite pour sa catégorie (4s).

Un petit appareil d’environ 300gr, que vous alimenterez avec 2 piles C123A, qui devraient vous assurer 550 déclenchements dont la moitié avec le flash. Economique en plus.

Le viseur ne vous donnera pas beaucoup d’informations mais il propose les traits pour la correction de la parallaxe et sur les côtés, vous verrez 2 diodes s’allumer, qui signalent le chargement du flash ou la mise au point.

1. la zone de mise au point de l’autofocus, 2. cercle dans lequel l’appareil fait la mesure en spot, 3. diode verte fixe = point verrouillé – diode verte clignote rapidement = mise au point pas juste – diode verte clignote lentement = surexposition, 4. diode orange du flash = clignote rapidement, il charge – fixe = le flash est prêt, clignote lentement = problème, 5 traits pour corriger la parallaxe.

Pour être complet, sachez qu’il a existé en noir ou en argenté. Il y eut même une version avec un dos dateur (Quartz Date). Ce modèle possède une petite horloge intégrée pour l’impression des dates, qui se font avec des LED tournées vers le film.

Il fallait une pile supplémentaire (CR1220) pour alimenter le dos dateur. Mais comme la plupart de ces appendices, il ne dépasse pas l’année 2019.

En résumé, si vous cherchez un petit compagnon de sortie, polyvalent et de qualité, je pense que ce Riva Zoom 135ex est un bon appareil compact. C’est le genre de petit boitier que l’on peut négocier, en très bon état et avec sa house, autour des 20€. Décidément, il a tout pour lui.

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI

Pour le mode d’emploi, c’est par LA.

Petite video d’illustration :

Quelques données techniques :

Type de caméraCaméra instantanée
Format de film35mm
Transport de filmAutomatique
Mécanisme de transport du filmMoteur
Format d’image24 mm x 36 mm
Distance focale38 mm – 135 mm
Plus grande ouverturef/3,5
Distance de mise au point minimale80 cm / 2,624 pieds
Fonction zoomOui
FocusAutofocus
Conception de l’objectif8 éléments en 7 groupes
Temps d’exposition1/500 seconde à 4 secondes
PosemètreOui
Vitesses de film prises en chargeISO 25 à 3200
Auto DXYOui
Modes d’expositionProgramme automatique
Paramètres d’exposition manuelsNon
Impression de la dateVariante du modèle
Fonction double et/ou exposition multipleOui
FlashFlash intégré
Portée du flash0,8 Mètre – 5,5 Mètre
Modes de flashFlash d’appoint, Réduction des yeux rouges
Support pour trépiedOui
Filetage de dégagement du câbleNon
RetardateurOui, fonction retardateur avec un délai de 10 secondes
Alimentation2x piles CR123A
Taille13,1 x 6,9 x 5,7 cm
Dimensions en pouces5,16 x 2,72 x 2,24 pouces
Poids305 grammes
Pays de productionJapon
Valeur estimée / Prix d’occasion49,72 Euro i
Prix ​​d’occasion moyen au cours de l’année 202351,02 Euro (55.20 US-Dollar)

Des références : https://www.minolta.suaudeau.eu/appareils/135/AF/riva-zoom-135.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-5705-Minolta_Riva%20Zoom%20135ex.html, https://pellochemoi.com/produit/minolta-riva-zoom-135ex/ en français ; https://filmphotography.eu/en/minolta-riva-zoom-135ex/

Argentique

Le Yashica Mat 124 G

Voilà bien un appareil qui peut déchainer les passions …

Pourquoi donc ?

Une des premières raisons c’est que beaucoup le trouve beau (je sais, c’est subjectif, mais je suis d’accord avec eux, na !), tout de noir vêtu, avec cette petite touche dorée du G dans le nom. Ensuite, il est abordable pour un appareil double objectifs (TLR pour twin lens reflex), bien moins cher que le sacro-saint Rolleiflex mais quand même un peu plus que le Lubitel, soyons réaliste. Encore, il est facile à prendre en mains et son ergonomie est très bonne. Puis il accepte les films en 120 et en 220, ce qui double le nombre de photos (24 au lieu de 12 habituellement). Les images qu’il délivre sont au format 6x6cm et parce qu’enfin les photos qui en sortent sont (très) bonnes quand on sait s’en servir.

Voilà, voilà …

Yashica est une marque qui a longtemps développé de très bons appareils, tant en 24×36 avec ses reflex ou ses Yashica Electro télémétriques mais aussi avec les TLR qu’elle a produit depuis le début des années cinquante, comme les Yashica Flex puis les Yashica A, B, C, D, les Yashica Mat dont le célèbre Mat 124 et enfin, le dernier de la série, ce Yashica Mat 124 G.

C’est le modèle le plus abouti de la gamme des TLR, le plus jeune aussi puisqu’il fut produit de 1970 à 1986, soit parmi les derniers TLR jamais construits (tous les autres avaient déjà jeté l’éponge, sauf Rolleiflex).

C’est vraiment un appareil qu’il faut privilégier pour s’initier au moyen format car celui-ci vous permet d’encore acheter des films et de manger à votre faim après l’avoir acheté.

Le Yashica Mat 124 et le Mat 124 G sont presque identiques : ils offrent tous deux un objectif de prise de vue de 80mm – soit l’équivalent d’un 50mm en 24×36 – ouvrant à f3,5. L’objectif de vision lui est un 80mm ouvrant à f2,8. Sa plus grande ouverture permet de mieux faire la mise au point sur le dépoli, qui reçoit de ce fait plus de lumière. Tous les deux bénéficient d’un posemètre intégrés mais non couplés, alimentés par une pile (autrefois un PX625 au mercure de 1,35v, aujourd’hui remplacée par un PX625A alcaline, de 1,5v, ce qui n’influe pas significativement sur la précision des mesures).

Bon, mais alors quelle est la différence ?

Mais la lettre G en grand caractère doré et le fait qu’il soit tout de noir vêtu alors que le Mat 124 est chromé et qu’il ne dispose pas de contacts électriques dorés à l’or fin (le G de gold), sensés assurer de meilleures transmissions et une meilleure résistance à la corrosion.

Ne répétez pas ce que je vais écrire, mais si vous craquez pour un Mat 124 vous aurez aussi un bon appareil, mais moins cher. Chuuuut …!

Ce beau rectangle (77 x 148 x 101 mm) pèse plus ou moins 1,2 kg avec sa pile et un film dans la chambre. Oui, c’est assez lourd mais comparé à un Mamiya C220 ou 330, il fait léger. De fait, il est compact pour un appareil de sa catégorie.

Le poids n’est pas un ennemi ici, il permet de bien sentir l’engin dans ses mains et le rend bien stable pour les prises de vue.

La particularité des TLR est d’offrir une visée par le dessus. Comme je l’ai déjà indiqué dans d’autres articles consacrés à ce type d’appareil, cette attitude fait que vous ne regardez pas vos sujets de manière agressive car vous ne les visez pas directement, comme avec un reflex mono objectif par exemple.

D’aucuns disent qu’ils donnent une « posture d’humilité », la tête inclinée vers votre viseur et votre sujet. D’autres diront qu’ils sont « hypocrites » car vous ne regardez pas vos sujets « dans les yeux ». Voici quelques considérations pour une thèse philosophique, le cas échéant.

Bref, l’autre particularité de ce type de visée, c’est que l’image que vous voyez dans le viseur, sur le dépoli, est inversée gauche-droite et qu’il faut un peu d’habitude pour savoir dans quel sens se tourner pour faire la mise au point. Même si l’écran est immense par rapport à tout ce que vous connaissez comme viseur, et vous pouvez en plus vous aider d’une loupe pour affiner la mise au point (grossissement X3).

Personnellement, je n’y arrive pas (des soucis de santé font que ça me perturbe trop) et croyez bien que je le regrette profondément.

En photos de paysage ou de portrait, c’est un appareil des plus efficaces. Même en studio, posé sur un trépied.

Sa vraie limite, c’est quand vous voulez faire des photos dans une autre position que vous regardant vers le bas, dans le viseur. On y arrive, mais ce n’est plus évident du tout.

Autre point auquel il faut être attentif, la parallaxe. Les deux objectifs n’étant pas au même étage, lorsque vous allez photographier un sujet proche, il faut penser à incliner l’appareil un peu vers le haut pour ne pas couper votre sujet. Ce désagrément ne se ressent pas ou quasi pas sur des sujets plus lointain.

Il a même existé des compléments optiques pour pouvoir faire de très gros plans ou des grands angles. Ils sont difficiles à trouver mais ils suggèrent que beaucoup de choses étaient envisageables avec ces appareils.

Si je résume cette présentation, c’est un appareil simple et direct car vous ne trouverez pas de boutons ou molettes inutiles sur le Mat 124 G : tout est à sa place pour vous permettre de vous concentrer sur la prise de vue, le cadrage, sans devoir tâtonner.

Tout est-il parfait dans le meilleur des mondes ? Non car on peut reprocher au Mat 124 G de n’être pas tout métallique et de compter du plastique dans son habillage. Certains louent la discrétion de son obturateur mais estiment que le levier d’avance du film fait trop de bruit comparé au Rolleiflex.

Oui mais c’est comme comparer une honnête Fiat Stillo à une Mercedes Maybach : avec les deux vous irez d’un point A à un point B si ce n’est qu’avec la première vous sentirez l’état de nos routes en Belgique tandis qu’avec l’autre vous survolerez les débats.

Ceci étant, le Rolleiflex est souvent pris comme l’exemple à atteindre mais n’oublions pas, outre son prix, qu’il n’est pas le plus jeune ni le plus dynamique des appareils photo. Et que l’appellation « Rolleiflex du pauvre » donnée au Mat 124 G est déjà une référence en soi.

Enfin, paradoxe de cet appareil, s’il fait inévitablement penser à un appareil « vintage », il présente toutefois un aspect moderne que d’autres n’ont pas, ce qui le rend un peu « indémodable » finalement.

C’est bien beau tout ça, mais il fonctionne comment ce Yashica Mat 124 G ?

Nous allons d’abord glisser une bobine de 120 dans la chambre. Par dessous le boitier, il faut tourner le gros verrou pour libérer le dos, sur charnière.

Comme sur la plupart des moyens formats de ce type, il faut placer la bobine en bas et tirer l’amorce vers la bobine du haut. Quand elle est engagée dans la fente, il faut tourner la manivelle de rembobinage jusqu’à ce que la marque de départ du film soit visible. Puis on referme et on tourne encore un peu jusqu’à ce que le mécanisme se bloque et que le chiffre 1 apparait dans la fenêtre sur le côté gauche.

Si vous doutez encore, petit coup d’œil aux videos ci-dessous.

Remarquez encore l’indication « 12ex » : elle correspond au nombre de vue possible avec un film 120 et c’est malheureusement la seule que vous utiliserez car le film 220 n’est plus produit de nos jours (il vous aurait permis de faire 24 pauses).

Le format 220 a été introduit en 1965 et il permettait de faire 24 expositions. Pour y parvenir, le support papier qui protège le film était enlevé sauf une partie pour l’amorce et la bande contenant les informations d’amorçage. Le film lui-même était moins épais. Dès lors, il fallait que la plaque de pression du film soit réglable pour assurer la planéité du film. Le choix du 12 ou 24 exp. s’occupait des modifications fonction du film utilisé.

En principe, le 220 a disparu en 2025. Il doit bien rester des stocks par-ci par-là et ils sont toujours utilisables avec le Mat 124 G (pour autant qu’ils aient été stocké correctement c’est-à-dire au frigo). Aux dernières nouvelles toutefois, la Chine aurait relancé le format avec le Shanghai GP3 220 qui a une sensibilité de 100Asa.

Au risque de me répéter, l’objectif du haut ne sert qu’à la visée tandis que celui du bas porte l’obturateur et c’est donc lui qui « fait » la photo.

Pour prendre une photo, on tient l’appareil contre soi et on ouvre le viseur, en soulevant délicatement le capot vers l’avant, ce qui lui permet de se déplier. Ne forcez pas au risque d’abimer ce bel enchainement des volets qui s’ouvrent les uns après les autres pour se positionner correctement.

Vous serrez sans doute un peu surpris car même si le verre de visée est immense, il est un peu sombre, c’est normal.

Source : Shootinwithfilm

Comme pour tout appareil photo mécanique, vous allez devoir régler la distance, l’ouverture et la vitesse.

Ici l’appareil vous aide un peu car il est équipé d’une cellule au CdS, alimentée par une pile PX625A (qui remplace la PX625 au mercure). Cette pile ne sert qu’à alimenter le posemètre, tout le reste est entièrement mécanique. Vous pouvez donc travailler sans pile.

Cette cellule est située au dessus de l’appareil (le gros rond à gauche). Elle se met en route dès que vous ouvrez le viseur. Vous pouvez régler le type de sensibilité (de 25 à 400Iso) avec la molette sur le côté et l’indication apparait dans la fenêtre à coté de celle de la cellule.

Un petit écran, sur le dessus, montre deux aiguilles : une verte et une rouge.

La rouge bouge dès que vous avez ouvert le viseur donc. Lorsque vous réglez l’ouverture et la vitesse (les deux roues noires près des objectifs), vous faites bouger l’aiguille verte. Vous l’avez compris, il faut faire coïncider les deux aiguilles pour obtenir la bonne exposition.

Soyons de bon compte, cette cellule n’est pas des plus précise car elle travaille sur la moyenne de la luminosité devant le boitier. Si vous deviez être très précis, une cellule à main est recommandée. Si le posemètre intégré est idéal pour le paysage, en portrait et en studio, une cellule indépendante sera un allié bien plus précieux.

Lorsque vous tenez l’appareil entre vos mains, vous serrez surpris de voir avec quelle facilité vos deux pouces se posent naturellement sur les deux roues situées de part et d’autre de l’objectif. Avec celle de gauche vous réglez l’ouverture et avec l’autre, vous choisissez la vitesse. Les valeurs que vous aurez choisies sont reportées par un mécanisme à double roue, visible sur le dessus du premier objectif (et facilement lue pendant vous visez un sujet).

Les vitesses s’échelonnent de 1s au 1/500s plus la pose B et il y a un retardateur de 10 secondes.

Pour faire la mise au point, c’est avec le gros bouton sur la gauche de l’appareil.

Lorsque vous le faites tourner délicatement, vous constatez que toute la platine portant les objectifs avance ou recule. Sur ce bouton vous verrez les repères classiques de profondeur de champ, toujours utiles. La mise au point minimale est de 1m et s’étend jusque l’infini.

Bien, vous avez fixé votre cadre, fait les réglages de vitesse et d’ouverture, il ne vous reste plus qu’à déclencher pour prendre la photo. Le déclencheur est tout en bas, à droite. Remarquez que l’on peut le bloquer en pivotant le trait rouge sur le L (lock)

Votre photo prise, vous devez réarmer le boitier. Il faut déplier la manivelle sur la droite, la tourner dans le sens des aiguilles d’une montre jusqu’à un blocage (avancement du film) puis la faire tourner dans le sens anti-horaire jusqu’au second blocage (armement de l’obturateur). C’est particulier mais pas unique (voir Rolleiflex).

Vous voilà prêt pour votre première sortie avec ce boitier.

Petit conseil pour obtenir de bons résultats, n’ayez pas peur de fermer à f5,6 voire f8 pour obtenir le meilleur.

Vous pourriez avoir besoin d’un flash aussi. La griffe porte-accessoires est sur la gauche, sans contact.

Vous devrez faire basculer le petit levier pointé en jaune sur la lettre X ou M pour la synchronisation et insérer le câble du flash dans la prise prévue à cet effet.

Ah, j’en profite pour un petit aparté au sujet de la synchronisation des flashs car on en parle toujours mais comment ça fonctionne ?

A quoi sert la synchro-flash ?

Pour éviter que la photo ne soit pas bien éclairée par le flash, il faut que l’obturateur soit complètement ouvert au moment du déclenchement de l’éclair.

Ici nous avons un obturateur central à lamelles, qui s’ouvre toujours complètement. Le flash peut donc être utilisé à toutes les vitesses.

Ce n’est pas le cas avec les obturateurs focaux à rideaux. En dessous d’une certaine vitesse, le flash ne peut pas être utilisé parce qu’aux vitesses lentes, le premier rideau découvre tout le négatif puis le second le recouvre.

Alors qu’aux vitesses rapides, le second rideau démarre alors que le premier n’est pas encore arrivé au bout : il se crée donc une mince fente qui découvre le négatif à un instant T.

Dès lors si vous déclenchez le flash à une vitesse rapide, on n’éclaire qu’une bande de l’image et le reste sera noir.

C’est pourquoi les constructeurs indiquent toujours une vitesse minimum pour l’utilisation du flash. Cette vitesse est la vitesse « synchro-flash ».

Vous aurez sans doute déjà remarqué que sur la plupart des appareils anciens vous voyez deux types de synchro-flash : la synchro X pour les flashs électronique et la synchro M ou P pour les flashs à lampes au magnésium dont le départ de l’éclair maximum est plus lent. Sur les emballages des anciennes lampes vous trouverez souvent un tableau de valeurs. Parfois aussi les modes d’emploi les renseignent.

Pour communiquer avec le flash il faut un contact. Celui-ci sera soit directement sur la griffe porte-accessoires (le plot au milieu), soit via une prise séparée.


Nous avons fait le tour de ce beau boitier. Si quelques esprits chagrins lui ont reproché de n’être pas tout en métal, j’avoue que mon exemplaire, qui flirte avec les quarante ans, n’a rien perdu de sa superbe.

D’autres ont prétendus que le rendu des photos n’était pas piqué, mou sur les bords, etc. Toujours en comparaison avec le Rolleiflex f2,8.

Vous savez ce que j’en pense de ces comparaisons …

Un petit tour sur le site de Lomography vous permettrons de vous faire votre propre opinion, notamment avec des exemples comme ICI ou LA.

A la question du prix, la moyenne relevée au moment de cet article était de +/- 450€ pour un bel exemplaire soit environ la moitié du prix d’un Rolleiflex avec un objectif f3,5 (je ne compte pas les f2,8).

Vous aurez alors un excellent appareil, facile, compact, bien équipé pour débuter au mieux dans l’univers du moyen format.

Si vous en trouvez un, soyez raisonnable, faites vous plaisir !

Cet appareil fait partie des hommages que je décline pour ce grand collectionneur partit trop tôt.

Videos d’illustration

Quelques données techniques :

Yashica Mat-124 G
Appareil photo reflex bi-objectif (TLR)
Films : 120 et 220
Objectif : Yashinon 80mm f/3.5 en 4 éléments
Mise au point : Manuelle
Obturateur : central, Copal-SV, de 1 s au 1/500 s plus pose B, synchro-flash X et M, retardateur (10secondes)
Flash : Synchronisation flash avec les flashs électronique X et flash à lampes M
Alimentation : 1x PX625A

Pour la référence du film Sanghai GP3 220, c’est par LA.

Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Quelques références : http://www.lumieresenboite.com/collection2.php?l=1&c=Yashica_Mat_124_G, https://www.visionlarge.ch/Blog/mon-avis-sur-le-yashica-mat-124/, https://www.studio-plus.fr/photo-argentique/yashica-mat-124-g.html, https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-171-Yashica_Yashica-Mat%20124%20G.html, https://www.photosurcour.fr/yashica-mat-124/, https://www.filmisundead.com/test-avis-yashica-mat-124-g/, https://pellochemoi.com/produit/yashica-mat-124g/, http://herlent.daniel.free.fr/reparation/yashica_mat_124_g/index.html (si vous devez changer la mousse entre le viseur et le porte platine) en français ; https://www.rossjukesphoto.co.uk/photographyblog/yashica-mat-124-g-review, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/yashica-camera-reviews/my-first-roll-with-a-yashica-mat-124g, https://www.35mmc.com/14/07/2020/yashica-mat-124g-perspective-from-a-newbie-by-salman-rameli/, https://emulsive.org/reviews/camera-reviews/camera-review-the-yashica-mat-124-by-malcolm-myers, https://kosmofoto.com/2022/05/yashicamat-124g-review/, https://www.lomography.com/magazine/91134-yashica-mat-124g-a-twin-lens-classic, https://mattsclassiccameras.com/tlr-box/yashica-mat-124/, https://shootitwithfilm.com/yashica-mat-124g-camera-review/, https://www.lomography.com/magazine/93031-yashica-mat-124g, en anglais.

Argentique

L’Agfa Billy Record

Ici nous avons affaire à un ancêtre car cet appareil date de 1933.

Je vous avais déjà présenté l’Agfa Billy – Clack 74 qui datait aussi du début des années trente.

La différence entre ces deux ancêtres est la manière dont ils s’ouvrent : un bouton sur lequel on appuie pour le Clack et qui libère avec le même bruit le soufflet, automatiquement ; un levier discret, sur le devant de la porte du Billy-Record, qu’il faut tirer doucement pour déplier le soufflet.

Ce Billy-Record 7,7 sera suivi, en 1938 d’un Billy-Record 88 (objectif Agfa Anastigmat Jgestar/Igestar f8.8/105mm ou Jgestar/Igestar 8.8/100mm) puis d’un dernier Billy-Record 4,5 en 1940 (objectif Apotar f4.5/105mm ou Solinar f4.5/105mm avec un obturateur Prontor II qui offrait les vitesses de 1S à 1/150s et une protection contre les doubles expositions).

Cet appareil fait partie de ceux qui ont permis l’essor de la photographie, adressés aux photographes amateurs, comme les Box et folding de Kodak, les pliants de Voigtländer ou Zeiss Ikon, par exemple. Ils utilisaient du film en bobine de 120 pour un tirage de 6x9cm. Avec ce format, il n’était pas utile d’agrandir les images car un simple développement par contact suffisait pour délivrer une photographie de 6×9 cm. Vous avez sans doute déjà vu, dans de vieux albums, ces images aux bords découpés : on utilisait une simple paire de ciseaux crantés.

Au vu des données ci-dessus, nous sommes bien en face d’un appareil aux possibilités réduites mais néanmoins, il a « du style » et vaut la peine d’être présenté.

D’autant que ce modèle présente des côtés dans le style « art déco » du plus bel effet.

Partons du principe qu’il est toujours utilisable et que nous allons y installer un film.

Pour ouvrir le dos, il faut appuyer sur l’espèce de réglette placée sous la lanière de portage. Heu … pas facile car il faut presser sur la réglette et tirer en même temps la porte vers soi, et l’âge n’arrange pas la fluidité du verrou (une lame de métal qui fait ressort).

Si vous voulez refermer l’appareil, appuyez sur les genouillères vers le bas et le mécanisme se libère, permettant de replier le soufflet. Ne brusquez pas la manœuvre, ces vieux soufflets sont parfois devenus fragiles, nous y reviendrons.

Pour le reste, il faut glisser la cartouche de film dans le logement vide, à gauche (vue de la chambre) en soulevant les deux leviers de calage de la bobine. Puis tirer l’amorce jusqu’à la bobine réceptrice que l’on insert en soulevant la molette de bobinage.

Il faut enrouler le film jusqu’à l’apparition du témoin de début de film. Refermer le tout et continuer à tourner lentement jusqu’à l’apparition du chiffre 1, que l’on voit à travers la fenêtre en rouge inactinique. Fenêtre qui sert aussi, vous l’avez compris, de compteur de vue rudimentaire. Pour éviter les fuites de lumière par temps très ensoleillé, on peut refermer un petit panneau devant la fenêtre.

Voilà, le film est en place, nous allons pouvoir commencer la prise de vue …

Holà, holà, prenons le temps car ici tout est manuel.

Pour régler la distance, ne comptez pas trop sur le viseur qui n’est finalement qu’un accessoire pour cadrer sa photo, à peu près. Sur le modèle que je possède, il manque le viseur de côté, un viseur à prisme, toujours aussi imprécis que l’autre.

De toute manière, vous n’aurez que deux choix : de 2m à 5m et de 5m à l’infini. Vous faites ce réglage en faisant coulisser une tirette sur la droite de l’objectif (vu de face). Attention, lorsque vous refermez l’appareil, il revient d’office à la distance 5m – infini. Vérifiez toujours ce curseur avant de prendre une photo proche.

Pour l’ouverture, vous aurez le choix entre f7,7, f11 et f16, là aussi en faisant glisser un curseur.

Quant aux vitesses, elles s’échelonnent de 1/25s – 1/50s – 1/100s et une pose B, toujours en faisant glisser un curseur. Petite astuce, pour actionner la pose B, il faut faire glisser le curseur sur la lettre et maintenir appuyé un petit levier qui maintient le déclencheur en partie basse, c’est-à-dire en ouvrant l’obturateur. Il restera ouvert aussi longtemps que vous maintiendrez ce levier appuyé ou le câble souple enfoncé.

Rappelez-vous qu’à l’époque les films étaient très lents (10 à 50Asa maximum) et donc ces vitesses étaient suffisantes, tout comme les ouvertures.

Revenons aux réglages des distances : Agfa considère que la distance 2m – 5m est celle pour les portraits. Le réglage de l’objectif assure que tous les sujets dans cette distance seront nets. Les autres sujets, comme les paysages, seront nets s’ils sont dans la seconde fourchette de 5m l’infini.

Si vous vouliez descendre plus bas que la distance minimum, et surtout si vous les trouvez, il existe deux compléments optiques : un « close-up » qui se fixe par clip sur l’objectif (diamètre de 23,5mm pour ceux qui veulent chercher). Ce complément permet de descendre à 1m – 1,5m et un complément portrait qui permet de descendre à 1,5m – 2m.

Il était encore prévu un filtre jaune à clipser sur l’objectif, le « Agfa Record Topaz Filter » de grade I ou II selon les effets que vous voudriez donner aux cieux de vos paysages. Le mode d’emploi précise qu’il existe une table avec les différents filtres et les corrections d’exposition et de vitesse. Avis aux chercheurs de raretés.

Alors si vous trouvez un de ces appareils en brocante, si on vous en donne un (comme celui-ci que j’ai reçu), si vous en trouvez un dans un vieux grenier familial, quelques petits points à vérifier :

  • lorsque vous l’ouvrez pour la première fois, c’est en douceur et en amenant les pliants jusqu’au bout de leur course, pour bien stabiliser le soufflet
  • ensuite, dans le noir absolu, ayant ouvert le dos de l’appareil, placez une lampe de poche puissante dans la chambre pour vérifier qu’il n’y a pas de trous, même minuscules. Sinon c’est la fuite de lumière qui ne pardonne pas. Si le soufflet est percé, c’est mal parti.
  • puisque l’appareil est ouvert, rallumez et vérifiez que l’obturateur s’ouvre bien quand vous pressez le déclencheur
  • enfin, vérifiez en faisant coulisser le curseur des distances que l’ensemble du bloc optique tourne dans un sens et dans l’autre. Parfois la graisse utilisée se fige et il est pratiquement impossible de débloquer le tout.

Voilà, si vous avez envie de vivre une expérience différente, c’est un bon appareil, facile à prendre en mains et à régler. Mais c’est un appareil qui demande un peu de temps pour l’apprivoiser et qui vous fera oublier la frénésie des appareils modernes et leurs rafales supersoniques. Ici vous avez le temps de peaufiner votre cadrage …

Ces Agfa Billy Record et leurs confrères de l’époque ont accompagné nombre de soldats dans les tranchées. Fidèles compagnons de galère, ils ont participé à écrire une partie de l’histoire de ces hommes plongés au cœur de l’horreur. Mal vus des commandements, ils montraient la réalité crue des combats, les petits moments de répit, la tristesse et parfois les joies toutes simples d’un instant de trêve. Ne les oublions pas, ce sont des témoins précieux.

Ce sont des appareils que l’on trouve encore assez facilement, pas toujours en bon état hélas. Ils se négocient pour une bouchée de pain (maximum 10 voire 15€ si la gaine en cuir accompagne le boitier).

Ceci étant, les images que délivrent cet Agfa Billy Record f7,7 ne sont pas désagréables : voyez des exemples ICI et LA.

Si vous voulez faire des expériences photographiques, c’est un bon instrument.

Petite video d’illustration :

Un peu de technique :

  • Agfa Billy Record 7,7
  • Type : pliant vertical d’Agfa
  • Année de lancement : 1933
  • Films : 120 films en rouleau, format d’exposition 6×9
  • Objectif : Agfa Anastigmat Jgestar f7,7/100 mm (trois éléments optiques) – distances de mise au point 2 à 5m et 5m vers l’infini
  • Obturateur : Prontor (Alfred Gauthier, Culmbach), vitesses 1/25s – 1/50s – 1/100 sec et pose B.
  • Ouvertures : f7,7 – f11 – f16
  • Poids : 560g
  • Dimensions : 165×88×37mm (fermé), 165×108×131mm (ouvert)


Pour le mode d’emploi, c’est par ICI.

Des références : https://www.danstacuve.org/test-agfa-billy-record-la-sensibilite-de-nos-aines/, en français ; http://camera-wiki.org/wiki/Agfa_Billy_Record

Argentique

Le Voigtländer Vito CD

Les Voigtländer Vito sont un peu comme les Zeiss Ikon Contina, de fabuleuses machines à photographier mais qui ont tendance à toutes se ressembler.

Assez fidèles à une tradition d’évolution dans la continuité, les constructeurs allemands ont décliné ces appareils par (toutes) petites touches, donnant ainsi l’impression de mettre un nouvel appareil sur le marché, qui n’était en fait que le précédant avec le petit détail qu’ils avaient omis d’installer. Un peu comme la politique des voitures allemandes, qui peuvent tout proposer comme options, … en supplément.

Mais nonobstant cela, je le redis, ce sont de magnifiques appareils photos : bien construits, solides, avec des assemblages précis, des mécanismes faits pour durer. La preuve, près de septante ans plus tard, la grande majorité fonctionne toujours impeccablement.

Il y a peu, je vous présentais un Voitgländer CLR, qui venait après un CSR, un Vitoret et un Vitomatic IIa.

Celui-ci est issu de la série des C qui succédait à la série B, qui connut un grand succès.

Plus moderne dans ses lignes que son prédécesseur, il était aussi moins cher. En tout cas le Voitgländer C, qui était le modèle d’entrée de gamme, sans posemètre ni télémètre.

Et donc, fidèle à la tradition de l’offre dans la marque, vient le CD : un C auquel on a ajouté un posemètre, non couplé. Pour faire encore plus fort dans la « personnalisation » du modèle, il existait un CD « standard » et un « Luxus ». La différence se voyait au tour du cadre du viseur et du posemètre, noir, alors qu’il est chromé sur le Luxus, ainsi que le capot du second, chromé avec le lettrage en relief du plus bel effet. Preuve que ces différences fonctionnaient : le CD « standard » s’est vendu à 40.000 exemplaires alors que le « Luxus » s’est écoulé à 120.000 exemplaires. Ah, le  marketing !

Mais revenons à la série : le posemètre couplé, ce sera pour le CL d’abord (au sélénium) puis le CLR (au CdS). Voyez le petit récapitulatif ci-dessous :

C’est un posemètre Bertram, dont la fenêtre de lecture est placée sur le capot. Lorsque l’on vise un sujet, il faut ensuite quitter le viseur des yeux pour relever la position de l’aiguille du posemètre, ensuite la reporter sur la bague des ouvertures, en espérant qu’elle n’ait pas changé pendant la manipulation et /ou que vous revissiez au même endroit.

Normalement, dans le sac en cuir destiné au transport et à la préservation du boitier, il devrait y avoir un bout de plastique blanc, que l’on vient placer sur le devant de la cellule, pour la protéger et pour faire aussi une mesure incidente. Ici l’exemplaire n’en est plus pourvu.

Ceci étant, pensez à toujours remettre l’appareil dans son « sac tout prêt » après utilisation, ou tout autre sac d’ailleurs, pour préserver la cellule au sélénium, qui s’use avec le temps.

La cellule permet le contrôle de la sensibilité de 10 à 3200 asa.

Parlons un peu du viseur, qui est quand même, je trouve, la pièce maitresse de cette gamme. C’est un viseur 1:1 c’est -à-dire qui couvre tout le cadre et qui est sans doute le plus clair jamais construit (mieux même que le Leica). A l’intérieur, les lignes de cadres sont nettes et il y a des lignes pour la correction de la parallaxe. Si vous avez lu l’article sur le CSR, vous vous souviendrez qu’il est fabriqué à partir d’un bloc de cristal. L’essayer c’est l’adopter !

Je ne reviendrais pas sur les manipulations pour charger un film ou effectuer les réglages, ils ont été décris dans l’article sur le Voitgländer Vito CSR. Oui, je sais, mais je suis fatigué aujourd’hui …

Petite revue de l’engin :

Pour nous situer un peu dans le temps, sachez que la série B sera produite de 1954 à 1961, la série C le sera de 1960 à 1969 alors que le CD le sera en 1961.

L’objectif a bonne réputation. Vous verrez des exemples de photos prises avec un Vito CD ICI, LA et encore LA.

L’obturateur, un Pronto propose des vitesses de 1/30s jusqu’au 1/250s plus une pose B. Comme je l’écris assez souvent, à l’époque de ces appareils, les films étaient plus lents que les pellicules modernes. Et il y avait déjà du soleil sur les plages, les pistes enneigées, du brouillard et des nuages il y a soixante ans. Ça n’a pas empêché des tas de photographes de garnir leurs albums familiaux de belles images. Pensez juste à acheter des films plus lents et un trépied, ça peut servir.

Et donc, si vous en trouvez un bel exemplaire, dans sa belle sacoche en cuir, faites-vous plaisir, vous aurez là un compagnon au style un peu décalé mais terriblement efficace. Comptez un budget de maximum 40€ si vous craquez, vous ne le regretterez pas.

Vous devez juste faire attention, lors de l’achat à deux choses : le viseur doit être clair car comme il est d’une seule pièce, impossible de le nettoyer s’il est jauni ; ensuite, ouvrez-le pour vérifier que l’obturateur s’ouvre bien à toutes les vitesses. Un remisage de très longue durée peut gommer les lamelles et on ne démonte pas ce système sans un minimum de connaissances. Si un de ces points n’est pas bon, passez votre chemin.

Petites videos d’illustration :

Le modèle de la première video est un CD Standard, celui de la seconde, un Vito Luxus.

Quelques données techniques :

Voigtländer Vito CD Standard
Année de construction 1963 – 1969
Optique Voigtländer Lanthar 1:2,8/50 mm
Obturateur Pronto 250 S(1/30 – 1/250 et ‘B’)
Mesure d’exposition Bertram – posemètre au sélénium découplé
Mise au point manuelle d’1m à l’infini
Sabot de connexion flash sans contact central
Prise PC sur le boîtier

Des références : https://collection-appareils.fr/x/html/appareil-11761-Voigtlander_Vito%20CD%20.html, http://www.appaphot.be/fr/brands/voigtlander/voigtlander-vito-cd/ en français ; http://www.lippisches-kameramuseum.de/Voigtlaender/Voigtlaender_Vito_CD_Standard.htm, en allemand ;https://en.wikipedia.org/wiki/Voigtl%C3%A4nder_Vito, http://www.jollinger.com/photo/cam-coll/cameras/Voigtlander_Vitos.html, https://phogulum.com/cameras/voigtlander-vito-cd/

Argentique

Le Zeiss Ikon Contina Ia

Finalement, c’est une marque que j’aime bien, Zeiss Ikon. Ils ont essayé un peu de tout, du box au folding (pliant) en passant par les reflex et les « compacts » de l’époque.

Si vous vous êtes déjà promené sur le site, vous avez pu découvrir quelques unes de leurs réalisations, qui ont souvent un point commun : la qualité des assemblages.

Celui que nous allons découvrir aujourd’hui ne déroge pas à la règle : c’est du compact, c’est du solide, c’est du beau (même si cette dernière notion est toute subjective).

Et comme c’est une marque mythique, un peu d’histoire ne fera pas de tort pour comprendre cet appareil.

Cet boitier est né pendant la Seconde Guerre mondiale du cerveau fécond de Hubert Nerwin, le designer en chef de chez Zeiss Ikon depuis la fin des années trente.

On lui doit, par exemple, les modèles Contax II et III, le TLR Contaflex (bi-objectifs), le Tenax et l’Ikoflex.

Il réfléchissait à un appareil nouveau quoique encore basé sur un principe de « pliant » ou folding. Ses travaux vont permettre à Zeiss Ikon de redémarrer dans de bonnes conditions mais « à l’Ouest » (Stutgart), avec 3 fabuleux modèles : le Ikonta 35, qui sera rebaptisé Contina, ensuite le Contina II, doté d’un télémètre non couplé intégré, et le haut de gamme, le Contessa 35 avec télémètre couplé et posemètre au sélénium, non couplé.

Ironie de l’histoire, il ne verra pas tous ces appareils réalisés car il quittera l’Allemagne pour les USA où l’attendait une nouvelle carrière chez Graflex, puis chez Kodak. Mais il sera l’initiateur du changement.

Le premier modèle est donc l’Ikonta 35 522/24, selon la numérotation chère à Zeiss Ikon. C’est encore un appareil photo pliable mais avec un soufflet très court, comme les Kodak Retina par exemple.

Cet Ikonta 35 avait un objectif de 45mm au bout donc d’un soufflet court qui se déployait à l’ouverture de la porte de protection. Il bénéficiait de la prévention de la double exposition lorsque l’on arme l’appareil, le déclencheur était encore sur l’obturateur (un câble simplifiait le déclenchement) pour les premiers modèles et il n’avait pas de griffe porte-accessoires (ce sera chose faite pour les derniers modèles).

N’oublions pas, nous sommes au sortir de la guerre, les installations de production ont été fortement touchées et une partie de l’usine sera déplacée vers l’Est (partition de l’Allemagne). Dès lors, il y a des problèmes d’approvisionnement et de production, notamment du Tessar, l’objectif phare de la marque.

L’Ikonta 35, devenu Contina premier du nom, héritera alors d’un objectif qui n’est pas signé Zeiss Ikon mais bien Schneider.

Ce sera un Schneider Xenar avec un obturateur Compur Rapid ou Prontor. Plus tard, ce seront des objectifs Novar et un obturateur Pronto. Que voulez-vous, les temps sont durs … Quelques rares modèles plus tardifs seront équipé d’un Zeiss-Opton Tessar T (traité). Nos amis collectionneurs en salivent.

L’Ikonta 35 tire sa révérence en 1953, définitivement. Mais dès 1951 il est petit à petit remplacé par celui qui il s’appelle dorénavant Contina. C’est encore un appareil pliant, avec un soufflet très court et une porte qui bascule vers l’avant.

Enfin, en 1954, le Contina (522/24) devient un appareil « rigide » : il n’y a plus de soufflet mais bien un corps d’objectif fixe accolé à une platine liée au corps de l’appareil.

Quelques modifications mineures plus tard, nous arrivons en 1955 date de parution du Contina Ia (526/24), celui qui nous occupe aujourd’hui.

D’autres corrections esthétiques et techniques suivent pour qu’enfin, en 1955, il change sa face avant et la prise de synchro du flash quitte le fut d’objectif pour passer sur la plaque qui entoure cet objectif, un Novar qui deviendra plus tard un Novicar.

Ce Zeiss Ikon Contina Ia sera produit de 1954 à 1958.

Il est équipé d’un objectif de 45mm ouvrant à f3,5, un Novar-Anastigmat. Son obturateur est un Prontor SVS qui offre des vitesses de 1s à 1/300s plus une pose B. Il est équipé d’un retardateur et possède 3 positions M-X-V sur le côté, nous y reviendrons.

Dans la vaste gamme des appareils Zeiss Ikon de l’époque, ce Contina Ia est un appareil « populaire », destiné aux photographes amateurs et à prix abordable … pour un Zeiss Ikon.

Mais voyons ça de plus près.

L’appareil est dense (un peu plus de 500gr nu), compact et les commandes sont symétriques (ça c’est juste pour le plaisir des yeux). Tout est bien assemblé, les métaux ont résisté au temps, tout comme le simili-cuir, qui n’a pas bougé.

Sur le capot donc, à droite (vu en visant), la molette pour armer l’appareil et faire avancer le film. Cette manœuvre empêche aussi tout risque de double exposition, la hantise de l’époque. Dans le cercle de la molette, le compteur de vue, qui ne se remet pas à zéro lorsqu’on ouvre le dos de l’appareil. Il faut le remettre sur le chiffre quand on y met une nouvelle bobine. Au milieu toujours, le déclencheur fileté, doux et peu bruyant.

De l’autre côté, quasi identique, une autre molette qui servira à rembobiner le film en fin de course. En son centre, un mémo pour se souvenir de la sensibilité du film, s’il est en couleurs ou pas. Il fut déplacer trois minuscules plots sur les chiffres indiqués.

Au beau milieu du capot, le viseur qui, il faut bien l’avouer, est bien petit. Pourtant il est clair et donne tout le cadre de la prise de vue.

Comme cet appareil n’est pas muni d’un télémètre, on peut en fixer un sur la griffe porte-accessoires au dessus, ou plus simplement, travailler avec l’échelle de profondeur de champ gravée sur l’objectif. Nous y reviendrons.

Puisqu’on en est à la griffe porte-accessoires, elle sert aussi à y placer un flash. Elle est dite « froide », c’est-à-dire sans contact central pour une synchronisation. Le contact du flash, sur ce modèle, est encore un tube (3mm) placé sur le bloc objectif/obturateur.

Si vous vous en souvenez, il y a aussi 3 lettres V-X-M à côté de la prise. Le X, sans surprise est la synchronisation, au 1/25s. C’est sur cette lettre qu’il faut mettre le curseur pour les flashs électroniques et aussi les flashs avec lampes.

La position M est utilisée uniquement pour les flashs avec ampoules car elle permet de donner tout le temps nécessaire à l’éclair de l’ampoule (avec la synchro X, le flash ne se déclenche que lorsque l’obturateur est complètement ouvert) de se développer.

Extrait du mode d’emploi pour donner les valeurs selon les flashs utilisés.

Enfin la position V est celle du retardateur. Il faut d’abord armer l’obturateur puis glisser vers cette position pour bénéficier d’un délai de 8s lorsqu’on appuie sur le déclencheur.

Pour introduire un film dans la chambre, il faut faire glisser le verrou, sur la tranche gauche (vu de face) et le dos s’ouvre. L’amorce se glisse dans la bobine réceptrice. On arme une ou deux fois pour vérifier que le film est bien arrimé puis on referme le tout.

Armer et déclencher encore deux fois puis ne pas oublier de mettre le compteur de vue sur zéro. Lorsque le film sera terminé, pour le rembobiner il faudra appuyer sur le bouton sur la semelle et tourner la molette de gauche dans le sens indiqué par la flèche. Du classique finalement.

Vous voilà prêt pour vos premières photos.

Zeiss Ikon, depuis le temps qu’ils fabriquent des appareils photo, a compris que la hantise des amateurs est de rater ses photos par manque de netteté, due à une mauvaise estimation des distances ou une autre du temps d’ouverture.

Et donc, ils ont essayé de trouver des solutions, simples, pour rassurer les photographes et leur assurer les meilleures prises de vues possibles.

Les bagues des ouvertures et des distances sont accompagnées de repères. Bien crantées, elles restent en place une fois le réglage déterminé.

L’avantage de ces vielles optiques est qu’elles sont faites pour que la profondeur de champ soit parfaitement lisible.

Dans son mode d’emploi, Zeiss Ikon ajoute une table qui reprend ces distances. Je ne l’ai pas reprise ici car elle est exprimée en pieds alors que l’appareil de cet article est en mètres (plus facile pour nous).

Mais pour accélérer les réglages, Zeiss Ikon a aussi prévu ce qu’ils appellent « les points rouges ». Une (très) bonne idée reprise sur de nombreux appareils de la gamme et que d’autres constructeurs ont aussi utilisées (je ne sais pas qui a inventé ce système pratique).

La vitesse dépendra de la luminosité et de la sensibilité du film. Dans la plupart des cas, on sera entre 1/25s et 1/100s. La première vitesse nécessite soit un trépied soit un appuis solide pour éviter les flous de bouger.

Le mode d’emploi renvoie encore à une table, annotée à l’époque.

Vous constatez que les vitesses des films de l’époque n’étaient pas « rapides » : pour une prise de vue en extérieur sous le soleil, pour un film de 40 Asa l’ouverture sera de f8 pour une vitesse de 1/100s ; pour une prise de vue en extérieur sous ciel couvert, toujours pour un film de 40Asa , l’ouverture sera de f5,6 et la vitesse 1/50s.

N’oublions pas que l’obturateur ne nous donne que des vitesses entre 1s et 1/300s (plus la pose B). La latitude des films modernes risquent d’arriver vite aux limites de l’appareil. Optez pour des films plus lents car du soleil, il y en avait aussi dans les années cinquante, de la pluie, de la neige et des nuages et les photographes de l’époque s’en sortaient bien !

Vous verrez dans les photos que je n’ai pas ouvert l’appareil pour vous montrer la chambre (qui est sans surprise) mais en voulant le faire, j’ai découvert qu’il y avait un film dans ce Contina et que seules 5 photos avaient été prises. Qui seront gâchées par mon imprudence mais il me restera quelques images à prendre avec ce boitier (je m’aime pas gaspiller la marchandise !).

Ceci étant, j’aime bien cet appareil. Le tenir en mains est « rassurant » au sens où on sait ce que l’on a entre les doigts. Et puis la qualité de fabrication fait regretter tous les appareils qui viendront plus tard, en plastique !

Un mot encore sur le « sac tout prêt » qui accompagne ce Zeiss Contina Ia : tout en cuir, il est malheureusement déchiré à la jointure (le cuir est solide mais pas éternellement). Je vais demander au cordonnier le prix d’une réparation, si elle se justifie.

Car cet appareil n’est pas vraiment rare – rappelez-vous, c’était le modèle le plus abordable et donc le plus produit – et sa valeur ne dépasse pas les 80€ en très bon état (ce qui est le cas de cet exemplaire).        

Des références : http://camera-wiki.org/wiki/Contina, https://retinarescue.com/contina1a.html, https://filmandsensor.com/i-bought-a-zeiss-ikon-contina-1a/, http://camera-wiki.org/wiki/Zeiss_Ikon, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-6696-Zeiss%20Ikon_Contina%20Ia.html, http://www.appaphot.be/fr/brands/zeiss-ikon/zeiss-ikon-contina-ia-52624/, http://glangl1.free.fr/Liste-Zeiss.html en français

Argentique

Le Koroll 24 de Bencini

Encore un appareil étonnant et peu courant. Celui-ci m’a été gracieusement offert.

Il faut reconnaître que ce Bencini Koroll 24 intrigue : une carrosserie tout en métal moulé et simili-cuir noir du plus bel effet.

Et avec son drôle de bouchon d’objectif, il semble sorti d’une bande dessinée de Barbarella, mais dix ans avant la BD !

Nous sommes tellement habitué aux appareils allemands et japonais qu’on en viendrait presque à oublier que d’autres nations ont produit aussi d’excellent appareils photographique dont la Suisse, la France, les USA, l’URSS, l’Italie – au risque de me faire lyncher par ceux que je n’ai pas cités.

Alors un peu d’histoire ne fera pas de tort. Qui est Bencini de Milan ?

On sait peu de choses sur Antonio Bencini. On suppose qu’il est né dans les dernières années du 19ème siècle, quelque part près de Florence.

On le retrouve conscrit lors de la Première Guerre mondiale et l’on sait, grâce à son fils, Roberto Bencini, que c’est lors du conflit qu’il va rencontrer la photographie.

En effet, l’armée italienne utilisait des caméras françaises pour son aviation. Lorsqu’un boitier tombait en panne, il fallait le renvoyer en France et attendre qu’il revienne. Et comme nous étions en période de guerre, disons que tout n’était pas simple ni surtout rapide.

C’est là qu’Antonio Bencini eut l’idée de proposer de réparer lui-même ces appareils.

Technicien aéronautique, il servait dans le service de reconnaissance et savait donc pertinemment l’importance de ces appareils dans le conflit.

Ses supérieurs lui donnent alors l’autorisation de réparer les appareils défectueux et comme il savait y faire, on le laissa le faire.

Heureusement, toutes les guerres ont une fin et une fois celle-là terminée, Antonio Bencini décide d’utiliser son expérience. Il ouvre une menuiserie à Florence et commence à fabriquer des caméras et des loupes.

En 1920, avec un associé, il fonde la F.I.A.M.M.A. (Fabbrica Italiana Apparecchi Machinei Materiali Accessori). Ce fut un succès car dès 1931 l’entreprise possédait une usine de 3.000 mètres carrés et employait 100 salariés.

En 1933, FIAMMA continue à fabriquer des chambre en bois pour les professionnels mais elle se lance aussi dans la production de petits appareils en tôle, destinés aux débutants. Le Fiammetta offre un format 6×9 sur pellicule 120 et le Gioietta pour le format 4,5×6 sur film 127.

Pourtant, en 1935, Ferrania, la plus importante industrie photographique d’Italie, rachète et absorbe la FIAMMA.

Dès lors, Antonio Bencini va s’installer à Turin où il fonde FILMA avec laquelle il continue à construire ses boites en tôle qui font des photos, toujours dans les mêmes formats.

Décidément Ferrania est gourmande car en 1937, elle rachète encore cette société.

Pas découragé, Antonio Bencini part pour Milan où il crée ICAF. Avec elle, il continue à fabriquer des appareils simples et économiques mais de qualité.

Dès 1939 apparait un nouveau boitier, le Roby, en métal pour film 120 et donnant un format de 6x9cm et le Gabry, toujours en métal avec du film 127 pour le format 4x6cm, et enfin le Delta, un pliant (folding) en format 6x9cm sur film 120.

Selon la légende, Roby et Gabry étaient dérivés des noms des enfants d’Antonio Bencini, Roberto et Gabriella.

Au seuil de la seconde guerre mondiale, la société change de nom et devient CFM. Comme nous sommes sous un régime fasciste, qui émet des règlements pour tout et n’importe quoi et notamment l’utilisation des mots étrangers, les noms de Roby et Gabry deviennent Robi et Gabi. A ceux-là s’ajoutent deux nouveaux pliants, l’Etna et l’Argo, semblables au Delta.

Ce qui devait arriver arriva, la seconde guerre mondiale éclate et l’entreprise ne produit plus que des composants pour vélos et l’industrie aéronautique.

Au sortir de ce second conflit, Bencini reprend la production de certains appareils d’avant guerre, dont le Robi et l’Argo, ainsi que deux autres appareils, toujours des pliants, le Deko et l’Erno (rares).

Il faut attendre 1946 pour qu’un nouvel appareil n’apparaisse, le Rolet, qui utilise des film en 127 pour un négatif en 4x6cm. C’est un appareil que l’on dirait hybride au sens où il conserve la structure des appareils pliants mais le soufflet est remplacé par un barillet en tôle sur lequel on greffe le bloc optique et l’obturateur, qui est un objectif rentrant.

Source : Camera-wiki, le Rolet

C’est au fils Bencini, Roberto, que l’on doit cette idée. Il sera d’ailleurs dorénavant le créateur des nouveaux modèles de la Bencini Spa. Pour contrer les éternels appétits de la Ferrania, Roberto Bencini interrompt ses études à la Faculté d’Architecture de l’École Polytechnique de Milan et se lance dans la conception de nouveaux modèles pour sa société.

Après le Rolet, ce sera le Comet, qui sera la dynastie d’appareils photos la plus connue et la plus longue de l’entreprise. Nous sommes en 1948.

C’est encore un petit appareil en aluminium moulé sous pression, pour film 127 avec toujours un négatif de 3x4cm.

Source : Artdecocameras

Cet appareil simple mais à l’apparence robuste est un succès commercial immédiat. D’autant que le nom choisit ne l’était pas par hasard : c’était celui du premier avion à réaction transportant des passagers utilisé en Angleterre à la même époque.

Dès 1951, la Bencini Spa (dernier changement de nom) présente deux nouveaux appareils en aluminium moulé sous pression, le Relex (qui succède au Rolet) et le Koroll. Si le premier utilisait encore du film 127 pour un négatif de 3x4cm, le second était en film 120 et offrait un double format, le 6×6 ou le 4,5x6cm.

La firme proposait finalement au photographes amateurs une gamme d’appareils qui couvrait les formats les plus usuels à l’époque, le 3×4 et le 6×6 en film 127 et 120. Les solutions techniques et les modèles étaient, au demeurant, assez similaires.

Au fil du temps, ces différents appareils vont évoluer avec, par exemple, la synchronisation des flashs en 1955 ou des améliorations esthétiques, destinées surtout à abaisser les coûts de fabrication et réduire les temps de production.

Bencini a été la dernière des industries italiennes productrices de matériel photographique non professionnel à cesser ses activités, après avoir résisté à la concurrence allemande puis japonaise. Après quelques autres tribulations, la firme arrêtera toute production en 1984.

Pour en revenir à l’appareil qui nous préoccupe aujourd’hui, le Koroll 24, il apparait en 1957. Toujours en aluminium moulé sous pression, il utilise du film 120 avec lequel on obtient 24 négatifs de 3×4,5cm.

En 1960 le modèle évolue et devient le Koroll 24S parce qu’il gagne un objectif plus rapide avec la sélection de 2 ouvertures (f9 et f11) et jouit des quelques corrections esthétiques.

Notre Koroll 24 donc sera produit de 1957 à 1960. Il propose des solutions simples et finalement éprouvées :

  • un objectif de 60mm ouvrant à f11
  • la mise au point se fait avec une échelle en mètres ou en pieds (le cas de cet exemplaires prévu pour le marché anglais où la société exportait ses appareils depuis 1947)
  • une vitesse unique de 1/50s et une astucieuse pose B

Pendant sa brève carrière, il n’y aura que 2 variantes du Koroll 24 : les premiers appareils auront une bague ronde pour la mise au point et l’échelle de distance est gravée sur la bande décorative autour, alors que pour la seconde mouture, cette bague est conique avec l’échelle de distance gravée dessus.

Le Koroll 24 dispose d’une vitesse unique, à 1/50 de seconde, et d’une pose B, sélectionnable à l’aide d’un petit ergot situé sur le côté de l’objectif, à tirer vers le haut.

Sur le bloc objectif et obturateur, nous trouvons la prise pour le flash (3mm) et de l’autre côté, le petit levier de la pause B. Tant que ce levier est soulevé, l’obturateur reste ouvert.

Pour ouvrir l’appareil, il faut descendre le verrou, sur la tranche gauche (vu de face) et le dos s’ouvre sur la chambre. Pour refermer, manœuvre inverse car il ne faut pas oublier de refermer le verrou. Les assemblages sont très bons et il n’y a pas de jeux dans les pièces.

Lorsque l’on ouvre la chambre pour la première fois, ce qui frappe, c’est la forme du cadre, un 3×4,5cm. Pas de guide pour positionner le film mais les deux bobines sont bien serrées dans la chambre et évitent tout jeu à cet endroit. Une large plaque de pression fait son travail pour éviter tout mouvement intempestif. Pour pouvoir insérer la pellicule il faut soulever la grosse molette d’entrainement.

Au fonds de la chambre, on aperçoit le mécanisme rudimentaire mais efficace de l’obturateur, qui n’est pas sans rappeler celui des Bilora Bella ou Bilora Bella 66, contemporains.

Sur le capot, un gros bouton pour faire avancer le film et le déclencheur, en saillie et fileté ; puis, au dessus du viseur, la griffe pour le flash. Attention, le fait de faire avancer le film n’arme pas le déclencheur, qui est toujours en position pour prendre une photo. Risque de double exposition donc si on n’y prends pas garde.

Aux deux extrémités du capot, vous trouverez deux emplacements pour fixer une courroie de transport (qui disparaitra sur le Koroll 24S).

Et un viseur disons, rudimentaire : un simple tunnel avec un minuscule trou pour visser et une fenêtre de sortie tout aussi riquiqui. Mieux vaut estimer les distances sur l’objectif quoiqu’il n’y ait pas d’échelle de profondeur de champ pour vous guider. La mise au point minimale descend à 3 pieds, soit plus ou moins 1,2m si je ne me trompe pas dans la conversion.

Ici, pas de compteur de vue mais 2 fenêtres rouges sur la porte arrière, par lequel vous verrez les chiffres imprimés sur le papier du film 120 défiler. Simple et efficace à défaut d’être « moderne ». Pourquoi 2 fenêtres ? Sans doute un héritage des anciens Koroll qui permettaient de passer d’un format 3×4,5 au 6×6.

Ce qui est étonnant, aussi, avec ce Koroll 24, quand on le regarde pour la première fois, c’est vraiment cette impression de solidité : hormis la charnière sur la tranche droite (toujours vu de face), il n’y a pas d’aspérités. Le moulage du corps comprend une seule pièce qui réunit le corps proprement dit mais aussi le fut de l’objectif et le cadre du viseur. Une belle pièce de fonderie.

Le bloc objectif et obturateur est fermement fixé au fut. Il y a finalement très peu de vis apparentes sur cet appareil (autour du viseur et de l’objectif).

Comme souvent avec ces appareils très simples, on ne risque pas trop de se tromper pour prendre une photo : rappelez-vous, ouverture fixe de f11 et vitesse unique de 1/50s, possibilité de fixer un flash à lampe ou électronique et enfin une pose B pour essayer de jouer sur des vitesses différentes (pied indispensable alors).

Étonnamment, les images produites par ce Koroll 24 sont très belles (voir le lien ci-dessous). Comme quoi, il ne faut pas toujours une « usine à gaz » pour fixer des moments uniques sur la pellicule.

Un petit rappel toutefois : le format 3×4,5 est un format en « portrait », c’est-à-dire dans la hauteur si vous tenez l’appareil normalement. Si vous voulez passer en « paysage », il faut basculer l’appareil pour le mettre à la verticale. On s’y fait …

En résumé, cet appareil est assez rare, mais – heureusement – ça n’influe pas trop sur son prix. Paradoxe des collections car à l’origine cet appareil était un champion des prix compressés.

Disons qu’il faudra compter sur 50€ pour un exemplaire en parfait état et, idéalement, avec son « sac tout prêt ». Mais il faudra chercher …

Des exemples de photos prises avec cet appareil ICI.

Données techniques des Koroll 24/24s :

Introduit vers 1953
24 images 3×4,5 cm sur film 120, utilise deux fenêtres rouges
Obturateur : à vitesse unique et B
Objectif : f/11 (24S : f/9 ou f/16)

Pour le mode d’emploi (11 pages, ça change), c’est par LA mais est-ce bien nécessaire ? Ils l’écrivent eux-mêmes dans le livret :

Des références : https://www.lomography.com/magazine/199584-bencini-koroll-24s-a-beautiful-camera-from-the-50s, http://camera-wiki.org/wiki/Bencini_Koroll, https://historiccamera.com/cgi-bin/librarium2/pm.cgi?action=app_display&app=datasheet&app_id=3723&, https://cameracollector.net/bencini-comet-koroll/ en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/x/html/page_standard.php?id_appareil=79, en français ; https://bencinistory.altervista.org/intro%20modificata.html, https://bencinistory.altervista.org/15sch_koroll24.html, en italien.