Le G. Glunz & Sohn n°3

Préambule.

Voici le dernier appareil acheté à notre ami collectionneur sur la brocante d’Ath.

Depuis le temps que je rêvais de ce type d’engin, là je suis servi : il est dans sa superbe boite en cuir, avec son mode d’emploi, son dépoli et 6 porte-plaques de 9x12cm.

Vous l’avez deviné, c’est une antique chambre, une G. Glunz & Sohn, de Hanovre : les nouveaux modèles Glunz constituent, à un prix avantageux, le maximum de perfectionnement technique dixit le mode d’emploi.

Un peu d’histoire.

La société Glunz & Sohn voit le jour en Allemagne (Hannover) en 1889 et s’éteint vers 1939.

Elle produira essentiellement des chambres, des folding, un Klapp. Petite particularité de ces appareils ? Ils n’ont pas de nom mais portent des numéros, souvent réutilisés, sauf le klapp (ce qui veut dire rabattable en allemand).

Source : Collection-appareils.fr

La plupart des chambres sont en bois au début puis passent à l’aluminium recouvert de cuir noir.

Comme souvent, des objectifs et des obturateurs différents justifient des prix plus ou moins élevés selon la configuration.

L’appareil qui nous préoccupe porte le numéro 3, chiffre déjà attribué dès 1913 à un modèle qui ne cesse d’évoluer pour arriver à celui-ci, vraisemblablement fabriqué vers 1928.

Enfin, quand j’écris évoluer, je pense que je suis gentil car à cette époque il existait déjà des appareils bien plus performants chez Zeiss Ikon, Voigtländer, Rolleiflex, Leica, … pour n’en citer que quelques uns en Allemagne.

Cette série d’appareils devaient avoir une clientèle de fidèles mais elle n’incitait pas à s’affranchir d’un passé encore bien présent dans ces applications ici (obturateur lent, système de visée archaïque, chargement lent, etc.).

Présentation du G. Glunz & Sohn n°3.

Nous avons donc ici une chambre, c’est-à-dire un appareil muni d’un soufflet, d’une platine objectif/obturateur, d’un double système de guidage, d’un dépoli pour la visée et des plaques à insérer, contenant soit un plan film soit une feuille de papier photographique.

Dès que les réglages sont effectués, on enlève le dépoli – sans rien bouger au reste – et on le remplace par une plaque qui contient encore une fois soit un négatif soit un papier photographique. On arme le déclencheur, on retire la plaque de protection du film/négatif et on déclenche. C’est dans la boite et on remet de suite la plaque de protection avant de retirer le châssis !

Reprenons les réglages :

  • la vitesse est confiée à un obturateur Vario. Elles s’échelonnent de 1/25 – 1/50 -1/100, une pose B et une T (pour mémoire, la différence entre pose B et T : dans le premier cas, l’obturateur reste ouvert tant que l’on maintient le doigt sur le déclencheur ; dans le second cas, l’obturateur s’ouvre au premier déclenchement et reste ouvert jusqu’à ce qu’on ré appuie sur le déclencheur … à ne pas oublier de faire). La vitesse se règle sur le dessus, avec la petite roue dentée sur l’obturateur. Il n’y a pas de retardateur mais il est possible de déclencher via un déclencheur souple, à viser.
  • l’objectif est un Glunz Anastigmat de 135mm ouvrant à f6,3 jusque f25. L’ouverture se règle avec une réglette située sous le bloc optique/obturateur.
  • la distance se règle grâce au bouton situé sur l’échelle, à côté du rail de guidage. Un appui sur ce bouton permet de faire avancer le bloc jusqu’au chiffre choisi, d’1,5m à l’infini.
  • un second réglage, micrométrique, permet de faire monter ou descendre le bloc optique/obturateur, par exemple pour compenser la parallaxe ou redresser les lignes de fuites. Ce réglage se fait en regardant à travers le dépoli (tout comme la distance de netteté). La roue de réglage agit sur le support en U autour du bloc optique/obturateur.
  • l’armement se fait grâce à un levier sur le côté du bloc optique/obturateur.

Ce que je trouve étonnant, ce sont les viseurs supplémentaires, dont je me demande à quoi ils pouvaient servir : un viseur rapide sur le coté de l’appareil, un viseur dit sportif, en fait une simple barre de métal formant un rectangle, un viseur réflex. Admettons que le photographe de l’époque ajustait son cadre à la volée avec eux et affinait avec la vision au dépoli.

Que penser de cet appareil ?

Autant l’écrire tout de suite, c’est un appareil qui demande que l’on prenne son temps pour l’utiliser et le secours d’un trépied sera plus qu’utile (il faut trouver un convertisseur car le pas est ancien et large, c’est du 3/8 de pouce).

Il faut être méthodique : on monte l’appareil sur un trépied, puis on ouvre la chambre (bouton sur la droite), on estime la distance pour appuyer sur le bouton qui libère le soufflet et pour avancer sur le rail de guidage on pince les deux petites boutons ronds, devant (on peut vérifier le cadrage avec le viseur réflex au dessus du bloc optique/obturateur) ; pour le réglage fin, on ouvre le dos de l’appareil pour faire apparaître le dépoli, à travers lequel on ne voit rien si on n’a pas pris la précaution d’armer et de mettre l’obturateur sur T, ceci afin d’ouvrir l’objectif et donc de voir sur le dépoli le sujet/la scène choisie … à l’envers (ça va pas m’arranger cette inversion, mais bon …) ; avec le réglage sur l’échelle de guidage, on essaie d’être net et avec le réglage de bas en haut (on parle dans ce cas de décentrement horizontal ou vertical) de régler les déformations éventuelles de perspectives ; on referme l’obturateur et on règle l’ouverture et la vitesse en fonction des données soit d’une cellule à main soit de la carte (voir image ci-dessous) livrée avec l’appareil ; on retire le bloc arrière avec le dépoli, que l’on remplace par un châssis fermé qui contient soit un plan film soit du papier photographique ; quant tout est prêt, on ôte la plaque de protection du châssis, on arme l’appareil et on déclenche avec le câble pour éviter les vibrations ; on remet la plaque de protection sur le châssis et on recommence avec un autre châssis.

J’ai très envie de l’utiliser mais je vais devoir demander à mon ami Fred Buchet de placer les papiers dans les châssis, car pour ma part, je ne sens plus les éventuelles petites aspérités ou encoches qui m’indiqueraient le bon sens d’insertion. Et s’il veut bien, me les tirer aussi car je n’ai pas de chambre noire à la maison. Lui s’amuse beaucoup avec ces vieilles chambres, qui lui permettent de nombreuses expérimentations.

J’ai aussi découvert, en préparant cet article, qu’il existait des châssis prévus pour mettre un rouleau de film 120, ce qui serait une très bonne alternative. Je sens que je vais piocher sur Ebay pour essayer de trouver cette merveille.

Exemple de ces dos avec cartouche de 120

Video d’illustration de l’utilisation d’une telle chambre.

Il s’agit ici d’un Voigtländer, mais vous verrez qu’il est très proche de notre Glunz & Sohn.

Des références.

https://www.emtus.ch/glunz—sohn.html, https://www.engel-art.ch/glunz-sohn-hannover/ en allemand ; http://www.redbellows.co.uk/CameraCollection/Glunz/GlunzcameraMod3_441.htm, https://camerapedia.fandom.com/wiki/Glunz, https://collectiblend.com/Cameras/Glunz-G/, en anglais ; https://www.collection-appareils.fr/general/html/listeG_imagettes.php#Glunz

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