Pas courant, le Ruberg und Renner Hollywood

Préambule.

Au lieu dit Le Grand Large, près de Mons, c’est la dernière brocante de l’année. Pour une fois, nous y sommes vendeurs, le décès de mes parents nous ayant laissé encore beaucoup d’objets à écouler.

La météo est formelle, il ne pleuvra pas, mais le temps est bien gris et frisquet en ce très petit matin (5h). Installation sans courir car l’humidité est mauvaise pour les sacs, les vêtements, les livres et tout ce qui contient de l’électricité/électronique. Les quelques appareils photos que j’ai pris attendront qu’il fasse plus sec.

La matinée s’écoule au gré des passants qui passent et repassent …

Enfin, presque 13h30, il n’y a plus foule et je vais en profiter pour faire un petit tour, sait-on jamais. Mes mais Fred et Tristan ne sont pas passés, j’ai une petite chance d’encore trouver quelque chose …

Et là, sur un stand qui commence (déjà) à remballer, je tombe sur une série de vieux appareils, pour la plupart dans un état plus proche de la déchèterie que de la vente, mais il ne faut pas toujours se fier aux apparences. En fouillant bien, je déniche 5 appareils que j’estime intéressant Peut-être ais-je tort, nous verrons bien à l’autopsie car certains me semblent bien loin !

Voici le premier que je compte ressusciter : il est complétement rouillé, l’objectif est bloqué mais voir écrit, sur la même surface les mots Hollyvood, Rodenstock Périscope et fabriqué en Allemagne écrit en français, cela me titille.

Un peu d’histoire.

J’en rassure certain(e)s, ce ne sera pas (trop) long. La société Ruberg & Renner a été fondée en 1918 à Hagen – Delstern, en Allemagne, par Joseph Ruberg qui est devenu plus tard un industriel local notoire et un fervent partisan du N.S.D.A.

Dès 1917, Joseph Ruberg (1875 – 1941) a développé de nouveaux types de cartouchières métalliques, mais comme le traité de paix de Versailles interdisait la production d’armes automatiques et d’accessoires en Allemagne jusqu’en 1935, il ne pourra pas produire ses inventions.

Donc, à l’origine, la Ruberg & Renner fabrique des chaînes de transmission pour vélos, motos, automobiles et machines – outils. Vers 1930 – 31, la société se tourne vers la fabrication d’appareils photo simples et bon marché. Cette activité sera brève car elle s’arrête au début de la seconde guerre mondiale (1942) car l’entreprise est priée de participer à l’effort de guerre. Elle fabriquera dès lors les fameuses ceintures pour cartouches de mitrailleuses, notamment pour les armes des avions.

Les fils de Josef Ruberg, Felix (1909-1994) et Werner (1912-2005), étaient également actifs dans l’entreprise.

Tandis que Felix fonde sa propre entreprise de supports de canon embarqués (plus tard des appareils ménagers) en 1937, Werner reprends la direction de la société Ruberg & Renner en 1941.

À partir de 1947, Ruberg & Renner se concentre à nouveau sur les chaînes d’entraînement et de transport. L’entreprise a promu le cyclisme et le motocyclisme et a maintenu sa propre équipe de course jusqu’en 1967. Dans les années 1970, Ruberg & Renner est rachetée par la société américaine Rexnord. En 1982, Rexnord Ketten GmbH a déménagé sa production à Lennetal près de Fley et elle existe encore de nos jours.

Pour en revenir aux appareils photo, pendant cette courte période (1931 – 1942), elle aurait produit 4 modèles différents déclinés en 25 versions d’appareils photo. Au sortir de la guerre, elle ne relancera pas la production mais reviendra à ses premiers produits, les chaines.

Les boitiers fabriqués par Ruberg & Renner étaient faits en métal ou bakélite, ou les deux mélangés. Souvent vendus sous des noms différents comme le Baby Ruby, le Dici, Fibi, Alfa, Ruby Sport, Hollyvood, Present et Rubette, entre autres. Vers 1935 – 36, la production déclinera avant de cesser définitivement. Ce ne devait pas être une production importante pour l’entreprise car une brochure de présentation de celle-ci, en 1953, ne mentionnera même pas le secteur d’activités photographiques.

L’appareil à l’origine sera le Ruberg, au format 4 x 5,5cm sur film 127. Une plaquette portant ce nom, rivetée sur le côté de l’appareil et/ou reprise sur le bord de l’objectif sera remplacée par le Little Wonder, le Dixi ou le Hollywood, selon les endroits où l’appareil serait distribué (USA, Angleterre, France). Noms différents mais toujours le même appareil, simpliste.

Appareil photo Ruberg avec objectif Rodenstock, en métal noir, design vintage des années 1930, affichant le nom de la marque sur l'objectif.
Source : engel-art.

En l’occurrence, le Hollywood est en fait un Dixi destiné à l’exportation vers la France : le pourtour de l’objectif, très Art Déco, est rédigé en français. Il sera disponible en deux versions : celle avec une plaquette métallique sur la gauche de la face avant et le nom repris sur l’objectif et celle sans cette plaquette mais toujours le nom sur l’objectif.

C’est donc un boitier très simple, en métal et bakélite (corps de l’objectif), de forme rectangulaire.

Présentation du Hollywood.

Un petit rectangle en tôle emboutie, avec un objectif dont le fut, tournant, est monté sur un tube en bakélite qui se vise dans un second fut, métallique. La plaque, au bout de cet objectif, porte la lentille au centre, le réglage de la vitesse, celle de l’ouverture (tirette par en dessous) et le déclencheur.

Sur le dessus, un viseur rapide en tôle, qui se déplie et reste en place grâce à de petits ressorts. C’est très imprécis et la forme du cadre semble bien optimiste par rapport à la taille du film. A côté, une molette en bakélite pour faire avancer le film. Pas de compteur, mais une fenêtre rouge inactinique qui en tient lieu (le film 127 est entouré d’un papier comme le 120).

Je reviens un instant sur le porte objectif : le nom Hollywood est sérigraphié en cursives élégantes et très Art Déco. Tout autour de la lentille, le texte en français fabriqué en Allemagne, breveté dans tous les pays. Selon la position du bloc tournant, le périscope Rodenstock, les réglages sont à des places différentes mais considérons qu’il est à son maximum d’ouverture. Dès lors, normalement, la petite roue des vitesses et sur la gauche et le déclencheur sur la droite. En dessous, sous l’inscription en français petit diaphragme, une tirette permet de passer de f11 à f16 et inversement. Sur la tranche du porte objectif, dans le trou pratiqué à cet égard, il est possible de fixer un câble souple de déclenchement.

Un ancien appareil photo Hollywood de Ruberg & Renner, avec un design en métal et bakélite, présentant une lentille et des inscriptions en cursif, sur un fond flou d'une pièce.

L’obturateur à guillotine offre deux vitesses : le 1/30s – noté par un I pour instant sans doute et une pose T.

Le fait de tourner la molette d’avance du film n’arme pas le déclencheur, ce qui veut dire que celui-ci fonctionne toujours (il n’y a pas de protection contre la double exposition). Distrait, pensez-y !

Par dessous l’appareil, un filetage au pas du Congrès permet de fixer un trépied.

Sur la tranche gauche, un simple verrou permet d’ouvrir le dos, monté sur charnières. Pas de protection particulière pour empêcher ce verrou de s’ouvrir, d’autant qu’il est monté s’ouvrant du haut vers le bas (ce qui me semble dangereux si on le met dans un sac, par exemple). Ceci étant, un rebord important est autour du cadre, ce qui devrait assurer une bonne isolation contre les fuites de lumière.

Une vue latérale d'un ancien appareil photo Ruberg & Renner Hollywood, présentant son boîtier métallique et son objectif en bakélite, sur un fond de bureau.

A l’intérieur de la chambre, on voit bien le tube de l’objectif dans lequel se vise la spirale en bakélite. la lentille est un simple ménisque de focale inconnue.

Une fois ouvert, sur la gauche, la bobine sur laquelle enrouler le film et sur la droite, la pellicule 127. Encore une fois, comme sur la pellicule 120, celle-ci est composée du film, protégé par une bande de papier où sont notés les chiffres du nombre de vues. Lorsque le film est terminé, il n’est pas nécessaire de le rembobiner, il suffit d’ôter la bobine réceptrice (en soulevant la molette d’avance) et de coller une languette qui ferme le film exposé.

Le dos du boitier est recouvert d’une feutrine noire et une petite fenêtre ronde, en rouge inactinique, sert de compteur.

Que penser de cet appareil ?

Moins encombrant qu’un box voire même qu’un folding (pliant), il est tout aussi simpliste que les premiers cités. Les réglages sont vraiment le minimum syndical !

Pas de fioritures, hormis le lettrage en lettres dorées. Du rationnel (tôle emboutie), du pratique (objectif rentrant). En résumé, du vite fait – bien fait à prix mini.

N’espérons pas de la grande qualité optique car la mise en place de l’objectif est assez aléatoire (suis-je bien à fond ?), c’est un simple ménisque (une seule lentille) et à l’intérieur de la chambre, il n’y a pas de presse-film pour assurer la planéité, juste deux rails sous lesquels il faut,je pense, faire passer la pellicule, ce qui ne doit pas être facile. Pas de roue d’entrainement avec des ergots pour assurer un bon avancement (tiens, ils ne pouvaient pas faire des chaines miniatures pour y remédier ?).

Comme il était tout rouillé, je l’ai poncé et repeint en noir, comme à l’origine, prenant bien soin de laisser à l’un ou l’autre endroit quelques défauts pour signaler ce repeint.

Quelle est sa valeur ? Et bien la relative rareté de l’engin donne des prix surprenants : il n’est pas rare de voir ceux-ci tourner autour des 100€

Mais êtes-vous collectionneur ?

Un peu de technique.

Marque Ruberg & Renner, Hagen, Allemagne
Film photographique : Rouleau de film 127 (A-8)
Format négatif : 4 x 6 cm
Lentille : Rodenstock, Munich, Allemagne périscope 1:11, focale inconnue
Objectif fixe, mise au point fixe, ouverture f8 – f11 (?)
Obturateur : à guillotine, exposition manuelle de 1/30s et pose B
Période de production : 1932 – 1933
Matériau du boîtier : Métal
Dimensions : 11,5 x 8,5 x 7 cm (hors tout)
Poids : 220gr

Des références.

https://kameramuseum.de/objekte/ruberg-renner-hollywood/, https://www.kamerasammlung.ch/kamera.php?page=2&mobile=no&man=202&camera=750, https://blende-und-zeit.sirutor-und-compur.de/thread.php?board=2&thread=153, https://www.engel-art.ch/ruberg-renner/, https://kameramuseum.de/firmen/ruberg-renner-2/, https://westfalen.museum-digital.de/index.php?t=people&id=45935, en allemand ; https://www.mes-appareils-photos.fr/Ruberg%20und%20Renner_Hollywood.htm, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-2524-Ruberg%20und%20Renner_Hollywood.html, https://www.collection-appareils.fr/x/html/appareil-15794-Ruberg%20und%20Renner_Hollywood.html, https://www.retrocamera.be/fr/films/formats-speciaux/films-127, en français ; https://camera-wiki.org/wiki/Ruberg_%26_Renner, https://web.archive.org/web/20161019075700/http://sites.google.com/site/ldtomei/ruberg&renner, en anglais

2 réflexions au sujet de « Pas courant, le Ruberg und Renner Hollywood »

  1. Jamais entendu parler de ce Ruberg Hollywood. Merci de nous faire découvrir ces objets rares !

    1. latelierdejp – Passionné de peinture et de photographie, j'essaie de partager mes univers car il n'est rien de plus vain que de garder cela pour soi. L'art est échange, ouverture d'esprit, tolérance, polémique (parfois) mais il suscite toujours le débat et crée du lien. N'ayons pas peur de lui, apprenons à l'apprivoiser et à le transmettre pour nos enfants, aussi.
      latelierdejp dit :

      Bonjour Fred, eh oui, parfois j’ai encore la chance de tomber (sans me faire mal) sur de petites pépites et je t’avoue que ça entretient la motivation. Toutes mes amitiés

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